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AKWABA dans mon domaine !!!!!
Un homme de Paix
Une Ivoirienne portant une robe à l'effigie du Président Houphouët-Boigny (1965) |
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Président Félix HOUPHOUËT-BOIGNY Du 7 Août 1960, Indépendance de la Côte d'Ivoire, au 7 décembre 1993. On lui doit notamment les phrases suivantes : "La Paix, ce n'est pas un mot, c'est un comportement" "Un homme qui a faim n'est pas un homme libre" |
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La Côte
d'Ivoire est longtemps apparue comme un des Etats les plus stables d'Afrique
de l'Ouest. Comment expliquer ces trente années de stabilité
politique et sociale sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny
? La deuxième moitié de la décennie 80 fut beaucoup plus agitée en raison de la dégradation de la situation économique, de la contestation sociale, notamment celle des élèves et des étudiants, l'organisation d'une opposition clandestine
Félix
Houphouet-Boigny (1905-1993) Premier
président de Côte d'Ivoire (1960-1993) Né
à Yamoussoukro d'une famille de chefs baoulés, il fut médecin
avant de diriger une plantation prospère. En 1944, Houphouët-Boigny fonda le Syndicat agricole africain, à l'origine du Parti démocratique de la Côte d'Ivoire (PDCI) qui adhéra ensuite au Rassemblement démocratique africain (RDA). Membre des deux Assemblées constituantes françaises en 1945 et 1946, député de Côte d'Ivoire au Parlement français de 1946 à 1959, d'abord apparenté au groupe communiste puis à l'Union démocratique et socialiste de la Résistance
(UDSR), il occupa plusieurs postes ministériels durant la IVe République. Proche allié de Charles de Gaulle, Houphouët-Boigny rompit pourtant les liens unissant la Côte d'Ivoire à la France en août 1960 et proclama l'indépendance ivoirienne. Les deux
États, cependant, conservèrent des relations étroites,
notamment à travers la présence, en Côte d'Ivoire,
d'une importante communauté française. En 1979,
l'accueil offert à l'ex-empereur centrafricain Bokassa, éloigna
du président ivoirien une grande partie de la jeunesse. En mars
1993, Houphouët-Boigny dut affronter une mutinerie de sa garde
présidentielle. Son décès, le 7 décembre 1993,
jour anniversaire de l'indépendance, ouvrit une période
de turbulences, avec notamment une scission au sein du PDCI-RDA et la
répression d'un mouvement de protestation étudiant en mai
1994. Le mandat de Félix Houphouët-Boigny fut achevé
par le président de l'Assemblée nationale, Henri Konan Bédié,
issu également d'une grande famille baoulée. Konan Bédié
fut ensuite élu président de la République en novembre
1995. "Le
Vieux", "le sage de Yamoussoukro", "l'homme de
la paix et du dialogue", "Félix le pieux", "Houphouët
le généreux, le clément", "l'homme par
qui le miracle arrive" , "le bélier de Yamoussoukro".
Pour ses adversaires, il était bien "le réactionnaire",
"le valet de l'impérialisme", "le chantre de la
balkanisation de l'Afrique"... Ce regard
fourchu entre deux extrêmes ne doit pas surprendre. Il relève
de la nature même de ces géants de notre histoire qui nous
fascinent autant par leur personnalité que par leur pouvoir. Ces
hommes-chefs, hors du commun, " ceux que le dieu des forts a touché
de son aile". Il est de ces hommes déterminants aux responsabilités
immenses, surgis de loin aux carrefours de l'histoire, pour dicter le
destin de leur peuple. Il est vain de chercher à les cerner tant
ils sont complexes dans leur caractère. Ni ange ni
démon, ni bon ni méchant, il est tout simplement hors du
commun, un homme admirable. Ces grands caractères campés
par André Maurois dans ses Dialogues sur le Commandement : "
Ce merveilleux mélange de hardiesse et de modestie, un miraculeux
état d'équilibre entre des qualités opposées.
Il y faut la volonté; il y faut la modération. Sans doute,
il paraît difficile qu'un tel mélange soit possible, mais
en fait il existe chez le grand soldat. C'est parce qu'on trouve ce mélange
chez lui qu'il devient un grand soldat, et c'est parce que ce mélange
est rare que les grands hommes sont peu communs. " Quand vous parlez
de moi, dit Lyautey, ne dites jamais " ou " dites " et
". Ne dites pas " Est-il fort ou est-il faible ? ". Dites
" Il est fort et il est faible. " Tous ceux
qui ont approché Félix Houphouët-Boigny s'accordent
à dire que sa proximité était une véritable
source de pensée et d'action. Houphouët
l'Ivoirien, l'Africain, l'entrepreneur, le parlementaire, le ministre
du général De Gaulle, le syndicaliste, le chef de parti,
le chef d'Etat, le chef coutumier. Ils sont tous présents devant
nous et dans nos mémoires. Lequel de ces personnages domine les
autres ? Lequel privilégier ? Privilégions ici i'Homme d'Etat,
celui précisément sur lequel l'Histoire aura son mot à
dire. Félix
Houphouët-Boigny était bien trop grand pour ne pas être
profondément humain ". Homme d'une grande netteté d'esprit.
Malgré sa générosité spontanée et son
penchant pour la clémence, nul moins que lui n'était dupe
des hommes et des mots. " Le petit homme à la tête d'un
petit Etat ", c'est ainsi qu'il aimait se qualifier. " Le
style, c'est l'homme même ", nous apprend-on à l'école.
Le style d'Houphouët-Boigny, c'est Houphouët même. C'est
cette intelligence tournée vers l'action. Une maîtrise de
soi et une mémoire du type de celle qui permettait à Napoléon
de dicter jusqu'à sept lettres simultanément. Dans ses idées,
ses discours, ses entretiens et ses notes, on retrouve le même équilibre
et la même constance. Un grand
don chez lui, selon la formule de Paul Valery: " Il comprenait toujours
la chose qui n'avait jamais été. " Personnage
et destin exceptionnels, homme de foi aux aptitudes peu communes, Houphouët-Boigny
était au centre de son projet de société avec une
unique préoccupation: celle de convaincre et non d'imposer. Il
prenait la peine de le faire avec une intelligence souveraine à
la fois vigoureuse, souple et subtile, une énergie inflexible en
ses buts mais qui savait attendre et si besoin était, s'allier
à une étonnante habileté manoeuvrière. Il
partage avec les grands hommes d'Etat, cette volonté froide et
toujours lucide. Dans son visage net, tout était vision lucide.
Un des plus agréables causeurs de son temps, il arrivait à
cet homme de caractère, d'être sensible jusqu'aux larmes.
Les nombreuses épreuves de la vie avaient contribué à
conforter sa résolution. Politicien, nul ne le fut avec autant
de virtuosité que Félix Houphouët-Boigny. Nul n'a mieux
connu que lui, la psychologie et le maniement des masses. Félix
Houphouët-Boigny était, en Afrique, certainement le mieux
préparé aux hautes fonctions qui seront les siennes en Côte
d'Ivoire. Son expérience et son intelligence lui ont permis, avant
d'atteindre les sommets de l'Etat, de faire le tour des idéologies
régnantes. Son hérédité lui a légué
une assurance et une rectitude dignes de la plus authentique aristocratie.
L'hommage qui lui a été rendu par le Général
de Gaulle, qui lui confiera les plus hautes responsabilités dans
ses différents cabinets ministériels, atteste de cet état
de préparation et des énormes potentialités de l'homme
appelé à présider aux destinées de la Côte
d'Ivoire. "Un
cerveau politique de premier ordre dira-t-il -... de plain-pied avec toutes
les questions qui concernent non seulement son pays, mais aussi l'Afrique
et le monde entier, ayant chez lui une autorité exceptionnelle
et au-dehors, une indiscutable influence et les emploie à servir
la cause de la raison". Pour ceux
des Africains qui n'auraient pas compris la démarche, " le
Vieux " avertit: "Notre liberté sera illusoire aussi
longtemps que nous n'aurons pas su exploiter nous-mêmes, organiser,
harmoniser les ressources de nos différents pays pour nous passer
progressivement de l'intervention de l'étranger dans notre économie.
" Il avait déjà conscience que la formation d 'une
nation était une oeuvre de longue haleine qui prenait plusieurs
générations. Pour Félix
Houphouët-Boigny, les maître-mots des pays nouvellement indépendants
restent donc : liberté, dignité, souveraineté et
coopération. Pour lui, la règle d'or de la survie pour les
peuples anciennement sou domination coloniale c'est de " rester nous-même,
dans un monde où se multiplient les occasions d'aliénation.
On retrouve le bon sens, le sens des réalités, le réalisme
gaullien: " Les choses étant ce qu'elles sont ! " dès
que le Vieux aborde la " question des idéologies à
la mode: " L'étude du monde moderne fait apparaître
de plus en plus clairement que les doctrines qui sacrifient l'Etat aux
individus, se révèlent aussi inefficaces que celles qui
prônent le principe contraire. " Le projet
du Vieux est séduisant : il porte sa marque: netteté d'esprit
et hauteur de vue, ambition collective. Un tel projet requiert un moteur
et un vecteur pour le propulser. Il requiert une autorité forte
et cohérente pour arbitrer sa mise en oeuvre et, au besoin, contenir
les intérêts partisans et imposer l'intérêt
général. Il fait des Ivoiriens des acteurs de leur propre
devenir. Il requiert d'eux énergie, discipline et solidarité. L'Etat que
le Vieux propose aux Ivoiriens est en réalité un Etat adapté
aux réalités de son pays. Un Etat fort avec à sa
tête un chef qui exerce effectivement le pouvoir, un homme libre
de toute influence partisane et qui n'est responsable que devant la nation.
Un homme qui incarne des valeurs politiques et morales. C'est un Etat
fortement lié à la nation et qui lui assure unité,
responsabilité et direction. C'est en ce sens que de Gaulle disait
que " La seule institution qui ait qualité pour répondre
d'une nation, c'est l'Etat qui la dirige ". Diriger,
c'est non seulement indiquer la voie à suivre, mais c'est surtout
prendre les décisions qui s'imposent. Les actions de l'Etat, de
son chef, du gouvernement et du parlement sont sanctionnées par
le renouvellement de leur mandat en reconnaissance d'une action heureuse
ou en les écartant au profit d'une nouvelle équipe qui présente
un projet plus prometteur. Telle est la loi de l'alternance démocratique
avec l'arbitrage du suffrage universel. Dans un monde
en rapide évolution, Félix Houphouët-Boigny a voulu
un projet pour la Côte d'Ivoire. Un projet pour comprendre où
elle va et pourquoi. Architecte de ce projet, il a confié son exécution
à l'Etat. Ce projet est un art de vivre ensemble solidairement
dans une nation ouverte sur le monde. C'est ainsi que l'Etat ivoirien
a voulu assumer les responsabilités d'un Etat intégrateur,
un Etat facteur d'unité entre ceux qui l'ont institué, c'est-à-dire
les citoyens. Parce que
la cohésion nationale n'est jamais totalement à l'abri des
forces de désintégration, telles que le tribalisme, l'analphabétisme,
le chômage, parce que la nation n'est pas donnée une fois
pour toutes, mais le fruit, d'un processus dont la finalité reste
l'unité nationale, l'Etat sera le gérant de l'intégration
nationale en exigeant de chaque région du territoire national,
à chaque citoyen et à chaque génération, d'être
solidaires les uns des autres. C'est un tel esprit que Henri Bergson qualifiait
en ces termes: " Au fond de l'obligation morale, il y a l'exigence
sociale. " Mai 1963,
il était bien présent à Addis-Abeba lors de la création
de l'Organisation de l'Unité Africaine. Mais il était trop
averti et trop rigoureux pour ignorer " la mésentente cordiale
" et les rivalités sournoises qui couvaient dans les relations
entre dirigeants africains. Il était trop sage et trop perspicace
pour ne pas comprendre que dans pareilles circonstances, ses propositions
et sa voix avaient très peu de chance d'être entendues. S'il est
un terrain sur lequel cela devait se confirmer, c'est bien celui de la
lutte contre la politique de discrimination raciale instaurée en
Afrique du Sud. En dépit de son aversion pour le régime
d'apartheid, en dépit de sa ferme condamnation de ce régime,
Félix Houphouët-Boigny tiendra un langage de lucidité
et de courage qui ne trouvera pas d'échos en Afrique. " Les
problèmes de discrimination raciale, si douloureux, si affligeants
qu'ils soient pour notre dignité de Nègre, ne doivent pas
se régler, à notre avis, par la force... " "Je
crois que le dialogue avec les Blancs d'Afrique du Sud est possible, si
nous le situons dans une perspective de paix par la neutralité
et dans la neutralité politique". Il préconise
ni plus ni moins une politique d'ouverture en direction de l'Afrique du
Sud avec une seule condition: " les Blancs de l'Afrique du Sud doivent
engager le dialogue avec leurs frères d'Afrique du Sud ". Le courage
de Félix Houphouët-Boigny rejoint ici le sens que Jean-Jaures
donne à ce mot lorsqu'il écrit que " Le courage n'est
pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison
peut résoudre... Le courage c'est de ne pas livrer sa volonté
au hasard des impressions et des forces... " L'Apartheid,
en fin de compte, cédera sous les vigoureux coups de boutoir de
ses nombreux adversaires. Tous déterminés , chacun avec
sa conviction sur la meilleure attitude de combat, les meilleures armes
à adopter face à leur adversaire commun. Rien ne viendra
ébranler la confiance et la détermination de Félix
Houphouët-Boigny dans son intime conviction que le dialogue n'a pas
de substitut dans une situation de conflit. Souvenons-nous
de ces mots venant de lui : " Je rêve d'une société
libre et démocratique où tous les hommes auraient des chances
égales et vivraient ensemble en harmonie. C'est un idéal
pour lequel je continuerai à me battre, et que je souhaite voir
se réaliser un jour. Mais c'est également un idéal
pour lequel je suis prêt à mourir. " C'est ainsi que la paix était devenue chez Félix Houphouët-Boigny une obsession. La paix d'abord, la paix sans laquelle rien de sérieux et de durable ne saurait se construire. Paix sans laquelle il n'y a pas de famille, pas de clans, pas d'ethnies, pas de société, pas d'Etat, pas d'Afrique, pas de monde. |
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