I
- HISTOIRE ET PRÉSENTATION DE MAYOTTE :
A)
Géographie : La Métropole est à 10
000 km, le relais réunionnais à 1 500. Ce n'est
ni l'Afrique ni Madagascar, pourtant proches voisins (à
400 km), et ce n'est plus les Comores, situées entre
70 et190 km. Mais c'est 1 000 km2 de lagon et 140 km de récifs
coralliens. C'est enfin 140 000 habitants et une population
qui a presque quadruplé en 30 ans et qui double en 10
ans (6 enfants par femme + forte immigration).
B)
Histoire : L'histoire de Mayotte est à la fois très
courte et bourrée de "non-dits" - mais, depuis
quelques années, commencent à sortir en nombre,
chez l'Harmattan et ailleurs, des livres qui permettent de mieux
saisir la "Question mahoraise" dans l'ensemble comorien,
austral et international. En voici l'essentiel, résumé
sous forme de tableau chronologique :
25/04/1841 Adhésion "volontaire" de Mayotte
à la France. Passot rachète Mayotte au sultan
Andriansouly. 1ère colonie française. Via un sultan
usurpateur!
13/06/1843 Installation française réelle à
Mayotte Andriansouly touche les 5 000 piastres quil boit.
Colonisation confirmée La France déchante.
1886/1897 Mayotte mise sous tutelle comorienne. Humblot, planteur,
met la main sur les Comores. Colonisation généralisée.
La France oublie Mayotte.
25/06/1912 23/02/1914 Comores (4 îles) sous tutelle
malgache Cest une mesure administrative prise de loin.
Sous-colonie française. La France enterre Mayotte.
09/05/1946 23/02/1946 Petite autonomie des Comores et
TOM. De Gaulle souhaite décoloniser en douceur. TOM avec
les Comores. Mayotte a ses 1ers députés
14/05/1958 Jusquen 1968 Transfert de la capitale à
Moroni (Grande-Comore) Lassemblée territoriale
en décide souverainement. Départementalisation
? Mayotte se rebelle !
22/12/74 Référendum dautodétermination.
La France pousse les Comores à lindépendance.
Pas Mayotte la loyaliste Scission davec les Comores
08/02/1976 Référendum de rattachement aux Comores.
Mayotte refuse à la quasi-unanimité. Paris note.
Mayotte fuit les Comores Scission confirmée.
11/04/1976 24/12/1976 Référendum proposant
de redevenir TOM. Mais Mayotte veut être DOM
et
ne devient que... Collectivité territoriale Cf. le mirage
réunionnais.
07/2000 Référendum sur le statut de Mayotte, "collectivité
départementale"? Entre-temps, les Comores se sont
déchirées (1997): Anjouan en état de sécession
de fait Adoption du nouveau statut Grosse inconnue à
venir
II
- DIFFICULTÉS PRATIQUES :
Une expatriation ne simprovise pas : voici quelques indications
pour y aider.
A)
Le logement :
Il est rare et relativement cher à Mayotte, et surtout
il dépend d'une agence territoriale, la société
immobilière de Mayotte, S.I.M. (en situation de monopole
! ! !) qu'il vous faut contacter dès votre avis de mutation
- sans attendre même les papiers officiels ! Il existe
aussi des loueurs privés qui pratiquent des prix équivalents
à ceux de la S.I.M. (en gros, compter 2 500 F pour un
T2, 3 500 F pour un T3 et 4 500 F pour un T4). Si votre logement
est réservé à la SIM à lavance,
vous payerez le loyer du mois daoût. Pour la location
privée, veillez à établir un bail et tous
documents utiles pour éviter les litiges. Généralement,
les logements sont plus chers à Mamoudzou - la capitale
- qu'en brousse. Il est préférable de prendre
le premier logement proposé par la S.I.M., quitte à
en changer plus tard. Un conseil : importer un système
d'alarme - cher sur place : il y a beaucoup de vols.
B}
L'automobile :
Il faut une automobile. Votre voiture de métropole convient
si et seulement si :
* Vous lavez depuis PLUS DE 6 MOIS (sinon taxe de douane!)*
Elle est en PARFAIT ETAT à tout point de vue (les routes
à virages , nombreux nids-de-poule, air salin et humide
- ne leur valent rien!)* Elle marche à LESSENCE
ou au DIESEL (il ny a pas de sans plomb, et le diesel
est très peu raffiné !). Le prix des carburants
est sensiblement identique à la métropole.* Vous
pensez prêts à payer son retour, de 10 à
15 000 F (Taxe de douane si la revente de votre véhicule
se fait à Mayotte).Dans ce cas (et encore la climatisation
et la "tropicalisation" ne sont pas forcément
de trop), il vous faudra vous munir d'un certificat de non-gage
à la préfecture d'origine, le plus tard possible
avant votre départ, car la douane de Mayotte vous réclamera
ce papier lors de la livraison de la voiture... et il faudra
qu'il ait alors moins de deux mois (durée du transbordement
!). Sinon, il vaut mieux faxer tôt aux concessionnaires
locaux et réserver une voiture neuve - un peu plus cher
qu'en métropole - ou bien attendre l'arrivée et
une occasion (la choisir la plus neuve possible et s'aider d'un
mécanicien!) Quant aux assurances, cela se tient.
C)
La santé :
Si vous êtes déjà couvert par la MGEN, contactez
la MGEN-S.E.M. qui prélève 2,9 ou 4,9 % mensuel
pour prendre le relais... et proposer, le plus souvent, un rapatriement
à La Réunion (prévoir un en-cas s'il vous
fallait retourner en métropole... à vos frais!).
À noter que l'Autonome propose une couverture complète
pour 1 200 F et une couverture complémentaire rapatriement
pour 250 F... Sur place nous cotisons 2 (et bientôt 3
ou 4 %) à la CPSM qui gère les dispensaires de
brousse - qualité très variable des médecins
et des soins - et l'hôpital de Mamoudzou - devenu établissement
public en mars 1997. Il existe des médecins libéraux
sur Mamoudzou (généraliste, dentiste, kiné)
mais toutes les spécialités ne sont pas présentes.
Les médicaments sont chers et mal remboursés.
Apportez votre dossier médical. Il est donc nécessaire
dêtre en bonne santé physique et morale pour
venir à Mayotte.
D)
La scolarité des enfants :
Le plus alarmant est le niveau du primaire - surtout en brousse
- où les petits Mahorais apprennent, dabord le
français lui-même comme une langue seconde, sinon
une langue étrangère, d'où un décalage
important avec nos enfants. L'inscription au CNED (élitiste
mais efficace si l'enfant suit bien!) est possible. Il devient
quasiment impossible dinscrire ses enfants à Mamoudzou
si on habite en brousse. Chaque gros village a son collège
qui, bon an mal an, assure l'enseignement des "matières
de base". Il n'y a de lycée qu'à Mamoudzou
et à Sada (voir IV-d). Dans le secondaire, les professeurs
sont presque tous métropolitains.
E)
Le mobilier :
Il est possible de l'acheter d'occasion sur place, mais presque
aussi cher que neuf... en métropole : attention aux prix
"m'zungus" (un fer à repasser acheté
sur place il y a 4 ans 450 F se vend 150 F doccasion).
D'ailleurs les prix commerciaux neufs ont tendance à
baisser - comparez
Déménagement : attention aux délais, faites
faire des devis par les déménageurs présents
à Mayotte (A.G.S - Madetrans). Attention, la douane est
de plus en plus rigoureuse et tout le matériel neuf que
vous apporterez seront taxés à des taux supérieurs
à la TVA métropolitaine Prévoir un déshumidificateur.
Apportez un téléphone/fax (plus rapide que le
courrier, prix un peu supérieur).
F)
La consommation :
Les légumes et fruits, même locaux, sont relativement
rares et chers (20 à 25 F le kg
quelle que soit
leur nature !). Beaucoup de denrées viennent par avion
ou bateau et subissent des taxes d'entrée variables ;
elles sont également assez chères, même
par rapport à la Réunion, point de repère
officiel du coût de la vie en Outre-Mer. En fait, on finit
par faire ses yaourts, son fromage... et à se passer
de fraises et du dernier Céline Dion ! ! ! . Prévoir
un filtre à eau pour les logements en brousse. On trouve
presque tout et sil ny a pas on apprend à
sadapter.
G)
Les statuts et décrets :
Jusqu'en 2001, vous côtoierez des "Anciens décrets"
qui vous expliqueront - avec plaisir - les problèmes
qu'ils rencontrent pour se faire lire droit. Mais vous n'êtes
pas un de ces dinosaures car vous êtes un "Nouveau
décret" plein d'avenir qui devez savoir quand même
trois choses : Votre I.E. sera ponctionnée de 2 % au
profit de la Caisse de protection sociale de Mayotte. Votre
prime risque d'être fiscalisée (la collectivité
est ruinée et la métropole se désengage
financièrement de Mayotte) et votre retour se fera avec
1 000 points en poche
mais pour tout le département
(problème pour les profs du 2nd degré non-PEGC
seulement) !
III
- SITUATION PÉDAGOGIQUE :
Voici, exprimées le plus simplement possible, la plupart
des données qu'il vous faudra intégrer pour travailler
efficacement dans le cadre de votre expatriation à Mayotte.
A)
Problèmes généraux :
Les élèves mahorais vivent le soir et la nuit
- ils dorment donc un peu la journée. Dès le plus
jeune âge, ils se lèvent très tôt
pour l'école coranique qui, peu tendre, ne leur apprend
pas l'arabe et ne leur donne qu'une mémoire mécanique,
puis ils vont à l'école française où
les instituteurs négligent histoire-géographie
et sciences naturelles. Ils ne mangent ni le matin ni à
midi, ou très peu. L'après-midi, les garçons
disparaissent dans leur banga - cabane individuelle en terre
- et les filles aident leur maman à la maison - les devoirs
scolaires passent souvent après. À partir de 17
h 30, le soleil se couche et il n'y a pas toujours d'électricité
au logis. .. Bref, tout le travail utile devrait se faire en
classe. Précision : cette description est valable pour
les écoles de brousse. À Mamoudzou, c'est moins
vrai. Il existe un conflit dans les méthodes denseignement
entre lécole coranique et lenseignement métropolitain.
B)
Problèmes du 1er degré :
L'école coranique est en directe concurrence avec l'école
française, mais le plus grave, c'est qu'elle alimente
une non-francophonie militante... qui retarde et complique les
apprentissages des enfants. Les locaux sont souvent sales et
le matériel en mauvais état, mais surtout, vous
utiliserez des méthodes spécifiques locales (inutile
de se charger de documents pédagogiques en masse! ) ,
parfois déroutantes. IMF, c'est, une classe en brousse,
puis peut-être un poste de conseiller pédagogique
ou de formateur en cours normal. Les choses s'améliorent
peu à peu, mais il reste que la "durée de
vie" d'un IMF est plutôt courte - résultat
d'un travail épuisant et peu valorisant, puisque, jusqu'à
il y a peu, les instituteurs étaient recrutés
en fin de 5ème et parlaient un français assez
incorrect. Conseil : emportez avec vous une fiche individuelle
de synthèse (à demander à son I.A. d'origine)
pour faciliter le mouvement local de l'année suivante.
C]
Problèmes du second degré :
Il y a une douzaine de collèges sur lîle
- un par gros village. Dès l'abord, vous ressentirez
une humidité inhabituelle qui entraîne une fatigabilité
importante chez tous les habitants. Non content de cela, il
faudra préparer des élèves (presque) non-francophones
à des examens de niveau national, et grâce, le
plus souvent, à des livres inexploitables. Si les élèves
de brousse présentent en gros un niveau ZEP, ceux de
Mamoudzou sont plus délurés et meilleurs francophones
- et plus vindicatifs. Tous rencontrent un problème d'orientation,
du fait cumulé de l'accroissement démographique
(6 enfants par femme), du manque de LP, du refus d'apprendre
à bien cultiver la terre, d'un certain assistanat (bourses...).
Certains "métro" craignent quà
l'orée du référendum de décembre
1999, les choses s'énervent : tout est là pour!
D)
Problèmes du lycée :
Il n'y en a que deux sur l'île, le plus ancien - datant
d'une quinzaine d'années - à Mamoudzou et le plus
récent à Sada. Les élèves y sont
plus vindicatifs - ils ont réussi à y entrer,
au terme d'une course à la sélection qu'ils sont
fiers d'avoir gagnée. La plupart choisissent la filière
STT sursaturée. Il ne faut pas se leurrer : les meilleurs
troisièmes, qu'on envoie soit à La Réunion
soit (mais beaucoup plus rarement) en métropole, souffrent
en français plus que dans toute autre matière.
Le problème de la non-francophonie courante n'est pas
surmonté en lycée. Et l'accroissement constant
des effectifs entraîne un manque de locaux et l'extension,
en cours ou à terme, du travail le samedi matin (en plus
de la journée continue 6h-17h toute la semaine).
E}
Problèmes du LP :
Il n'y en a que deux sur l'île, flanqués de deux
annexes assez éloignées (L'annexe de Dzoumogne
est à 20 km de Kaweni et celle de Chirongui est à
30 km de Kahani) auxquels il faut ajouter le lycée agricole
de Coconi. Les élèves y viennent, par transport
scolaire à partir de 7 h et jusqu'à 16 h, de toute
l'île : certains se lèvent donc très tôt
et rentrent très tard. Ils proposent des formations qui
ne correspondent pas assez au (pauvre) marché du travail
de Mayotte. Malgré les besoins en métiers qu'induit
le développement de lîle et le nombre croissant
de dossiers d'orientation reçus, les autorités
ne prévoient aucune extension dans ce secteur. Dans les
ateliers, les problèmes de sécurité sont
multipliés par le prix du matériel de sécurité
(chaussures,...), un approvisionnement irrégulier, la
difficulté à faire ôter leurs châles
aux filles dans l'atelier et... une compréhension incomplète
des consignes. Mais LES ÉLÈVES SONT MOTIVÉS
: les places valent cher et la sélection est plus dure
qu'au lycée!