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Premier
décollage le 27 avril 2005
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Naissance
d'un géant - Le monde aéronautique en rêvait,
Airbus l'a fait.
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Voici
heure par heure les étapes du premier vol de l'Airbus A380 depuis
l'aéroport de Toulouse-Blagnac.
Le Mercredi
27 avril
Entre 15h00 et 16h00
15h00 - Paris Le président Jacques Chirac se réjouit du
"magnifique résultat pour la coopération industrielle
européenne" que représente le succès le premier
vol d'essai de l'A380, dans un communiqué.
Entre 14h00 et 15h00
14h20 - Toulouse-Blagnac L'Airbus A380 atterrit sans encombres sur la
piste.
14h10 - Bruxelles La Commission européenne, par la voix du vice-président
de la Commission et commissaire à l'Industrie Guenter Verheugen,
salue le premier vol de l' A380 en le qualifiant de "success story"
européenne "qui apporte la preuve que la coopération
au sein de l'UE est payante".
Entre 12h00 et 14h00
13h45 - Toulouse-Blagnac L'atterrissage de l'Airbus A380 devrait avoir
lieu vers 14H00 mercredi au terme de 3h30 d'essais pour ce premier vol
du plus grand avion de ligne au monde, indique une porte-parole du constructeur
européen après une communication radio avec l'équipage.
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12h55 - Berlin Le premier vol de l'A380 est la "preuve des hautes
capacités technologiques de l'Europe", estime le secrétaire
d'Etat allemand au ministère de l'Economie, Ditmar Staffelt.
12h55 - Toulouse Le premier vol de l'Airbus A380 est "la meilleure
réponse à ceux qui douteraient du caractère concret
de l'Europe", déclare Philippe Douste-Blazy, ministre de
la Santé.
12h20 - Paris La CGT-Métallurgie salue le "prouesse technique
et technologique" de l'A380 d'Airbus, déplorant néanmoins
qu'elle soit acquise "sur fond de précarité"
sociale.
12h10 - Toulouse L'un des deux pilotes de l'Airbus A380, Jacques Rosay
se réjoui du déroulement du premier vol "absolument
parfait" dans une communication avec le sol.
Entre 10h00 et 12h00
11h55 - Paris Le président Jacques Chirac annonce lui-même
en Conseil des ministres le premier décollage de l'A380, suscitant
les applaudissements des membres du gouvernement.
10h50 - Roissy Une association de riverains de l'aéroport de
Roissy, l'Advocnar, doit mesurer mercredi, sur l'aéroport de
Toulouse Blagnac, le bruit que fait l'A380 lors de son vol inaugural,
a-t-on appris auprès de l'association.
10h30 Toulouse-Blagnac L'Airbus A380 a décollé
pour son premier vol.
Avant 10h00
8h50 Toulouse-Blagnac Personnalités, presse et spectateurs
commençent à affluer vers l'aéroport.
8h40 Toulouse-Blagnac L'équipage de 6 hommes est monté
à bord de l'A380, tous vêtus de combinaisons orange.
8h30 Toulouse Le centre d'informations routières recense
3 kilomètres de ralentissement sur les principaux axes menant
à la zone aéroportuaire.
7h00 - Toulouse Plusieurs cars de CRS prennent position sur la route
menant au site Airbus de Toulouse-Blagnac, pour assurer la sécurité
autour du vol.
Mardi 26 avril
19h30 Toulouse-Blagnac Près de 200 véhicules, en
majorité des camping-cars, stationnent en plusieurs points des
abords de l'aéroport.
19h25 Toulouse Le directeur des essais en vol d'Airbus, Claude
Lelaie, déclare que le décollage de l'A380 de Toulouse-Blagnac
pour son premier vol était prévu vers 10h30 mercredi.

L'Airbus
A380 a décollé
Le très gros porteur du constructeur européen a pris son
premier envol de Toulouse-Blagnac à 10h29. Le vol devrait durer
quatre heures.
Des dizaines
de milliers de spectateurs, dont moi, se
trouvaient aux abords des pistes.
L 'A380, l'avion géant d'Airbus, a décollé
pour son premier vol d'essai mercredi 26 avril à 10H29 de la
piste de l'aéroport de Toulouse-Blagnac.
Les conditions météo étaient parfaites mercredi
matin à Toulouse-Blagnac, avec une légère brise
sous un ciel sans nuage.
L'équipage de six hommes conduit par les pilotes Claude Lelaie
et Jacques Rosay était monté à bord vers 08h45
et l'avion avait quitté son stationnement vers 09h35. Les mouvements
commerciaux de l'aéroport ont été interrompus pour
laisser la voie libre au paquebot des airs.

Les 22
roues de l'appareil ont quitté le sol face à la tribune
de presse à la moitié de la piste 32 "Concorde"
vers le nord-ouest, le dos tourné à Toulouse, une
obligation pour un premier vol.
Précédé
d'une Corvette lui servant d'éclaireur, le géant des
airs s'est majestueusement élevé, sous les applaudissements
des spectateurs dont des milliers de salariés d'Airbus répartis
le long du tarmac. L'avion a longtemps gardé les trains d'atterrissage
sortis alors qu'il s'éloignait vers le nord-ouest dans un bruit
étonnamment discret compte tenu de la masse de l'engin.
Ce premier
vol qui marque un pas de plus pour Airbus vers l'objectif de supplanter
l'Américain Boeing sur le créneau des jumbo jets, jusqu'ici
monopole du Boeing 747, est aussi un succès populaire avec des
dizaines de milliers de spectateurs massés autour du terrain
et plusieurs milliers réunis devant un écran géant
place du Capitole.
Le plan de vol doit emmener l'équipage dans un rayon de 100 milles
autour de Toulouse pour y faire différents essais à une
altitude en principe de 10.000 pieds (3.000 mètres).

Ce baptême
de l'air pourrait durer environ 4h30, a-t-on appris de source informée.
L'équipage
sera ensuite accueilli par le président d'Airbus Noël Forgeard
et se mettra à la disposition des 500 journalistes venus du monde
entier pour saluer l'évènement.
La préfecture de Haute-Garonne a mobilisé 500 policiers
et gendarmes pour assurer la sécurité autour du premier
vol.
50.000 personnes
Quelque 50.000 personnes étaient attendues aux abords des pistes
de Blagnac, sans compter les salariés d'Airbus, les 500 journalistes
et invités, pour assister au premier vol d'essai du plus gros
appareil civil du monde: 79,8m d'envergure, 73m de long, 560 tonnes
de masse maximale au décollage, 555 à 850 passagers, 15.000km
de rayon d'action et 22 roues...

L'événement
sera diffusé en direct sur un écran géant sur la
place du Capitole à Toulouse et fêté avec un lâcher
de 25.000 ballons et la présence d'une montgolfière.
Mardi soir,
Météo France annonçait pour mercredi matin un temps
nuageux à 8h mais du soleil à 14h, et un vent de nord-nord-est
de 10km/h.
Le premier vol de l'A380, un appareil composé de deux étages
-deux cabines superposées courant sur toute la longueur de l'appareil-
va concrétiser plus de 15 ans de travail chez Airbus.
Mais depuis
le lancement industriel en décembre 2000, il n'aura fallu que
cinq ans pour construire les usines et réaliser l'appareil, un
délai très court pour ce projet européen d'envergure
qui a mobilisé plusieurs milliers d'ingénieurs.
Répartition
L'A380, représentant un investissement de 10,7 milliards d'euros,
est de ces projets qui peuvent faire ou défaire un avionneur.
C'est dès la fin des années 80, avec les prévisions
de forte hausse du trafic aérien, que la nécessité
de concevoir un très gros porteur de plus de 500 places s'impose
chez Airbus, sans compter la nécessité de compléter
la gamme de ses avions.
Tout en ayant son propre projet, le constructeur européen se
rapproche en 1994 de Boeing pour réfléchir à un
partenariat sur le concept du VLCT (Very Large Capacity Transport, avion
à très grande capacité), mais les Américains
finalement se retirent et abandonnent l'idée. Airbus continue
au contraire ses recherches sur un appareil nommé A3XX.
En 2000,
les partenaires d'Airbus exigent que des intentions de commandes soient
signées par des compagnies aériennes. Emirates est la
première à commander 7 exemplaires. A la fin de l'année,
55 commandes fermes sont enregistrées, et le 19 décembre,
le projet de l'A380 est lancé industriellement.
Une version cargo, l'A380F, trouve ses premiers acheteurs comme Federal
Express en janvier 2001.
En février, la répartition des tâches est faite
entre les différents sites européens, qui enverront leurs
pièces par différents moyens de transports, air, mer,
terre. En juin, Air France commande dix A380.
Plusieurs
sites de production
En janvier 2002, la production des pièces commence avec la réalisation
des premiers copeaux sur le site nantais d'Airbus, tandis que le 16
juillet, la première pierre de l'usine d'assemblage final à
Blagnac est posée.
Après la déclaration d'utilité publique en mai
2002, l'itinéraire à grand gabarit (IGG) entre Langon
et Toulouse, pour permettre aux pièces de l'A380 d'être
rassemblées à l'usine de montage, est aménagé.
Plusieurs sites de production sont inaugurés en 2003 à
Nantes, Hambourg (Allemagne), Broughton (Royaume-Uni) ou Getafe et Puerto
Real (Espagne). Le 7 mai 2004, l'usine d'assemblage final Jean-Luc Lagardère
à Toulouse est présentée officiellement, tandis
que commence la période des essais au sol, statiques ou structuraux,
pour les tous premiers exemplaires de l'A380.
Le 18 janvier 2005, l'appareil est présenté lors d'une
grande cérémonie.
Il entre mercredi dans la phase des essais en vol, avant la mise en
service commercial prévu à la mi-2006 par Singapore Airlines.
Au total, Airbus a enregistré 154 commandes pour l'A380, le seuil
de rentabilité ayant été fixé autour de
250 exemplaires vendus. L'A380 s'attaque au monopole sur le marché
des très gros porteurs, détenu jusqu'à présent
par Boeing -qui n'a pour le moment pas donné de successeur à
son célèbre 747.
Airbus et Boeing font des analyses radicalement opposées. Le
marché, estime Airbus, a conforté son analyse: devant
l'augmentation constante du trafic -environ 5% par an-, l'A380 contribuera
à résoudre les problèmes de congestion des cieux
et aéroports. L'avionneur européen mise sur le développement
des "hubs", grandes plate-formes de correspondances. Boeing,
au contraire, table sur les liaisons directes "point à point"
et a riposté sur le marché des appareils long courrier
à moyenne capacité (200 à 250 places), en lançant
en 2004 son 787, "Dreamliner". (avec AP)
A la veille
de l'assemblage de son premier exemplaire, L'Express retrace les épisodes
d'un feuilleton industriel hors du commun: la conception et la construction
du plus gros avion civil de tous les temps.
C'est le pari le plus fou de l'histoire aéronautique européenne
depuis le Concorde. Si une lettre et trois chiffres suffisent à
l'identifier, l'A 380 apparaît bien comme l'avion de tous les
records. Presque aussi large qu'un terrain de football est long (79,8
mètres), plus haute que l'obélisque de Louqsor (24,1 mètres),
plus lourde que la Station spatiale internationale (590 tonnes), possédant
un des plus grands rayons d'action recensés (14 400 kilomètres)
et grâce à une capacité de transport exceptionnelle
(de 555 à 800 passagers), la dernière créature
d'Airbus ouvre la voie à une nouvelle race ailée, celle
des paquebots des airs.
Aujourd'hui,
à «Airbus Land» (entendez Toulouse),
le rêve prend forme. Au bout du tarmac, à quelques encablures
de l'aéroport de Blagnac, se dresse la dernière-née
des usines de l'avionneur européen.
Un complexe
de 250 000 mètres carrés à la mesure de la démesure
: édifié en moins de deux ans, il a nécessité
35 000 tonnes d'acier, «quatre fois plus que la tour Eiffel et
autant que le viaduc de Millau!» précise obligeamment son
directeur, Guy Weissenbacher. C'est dans cette cathédrale que,
vendredi 7 mai, démarrera officiellement l'assemblage du premier
A 380, en présence du chef du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin.
Une
idée folle
Un tel avion n'est ni une révolution technologique ni une rupture,
mais le fruit d'une longue maturation, plaide le Français Jean
Pierson, qui dirigea Airbus Industrie entre 1985 et 1998. Dès
le début des années 1980, dans le souci de posséder
une gamme complète, nous avons commencé à réfléchir
à un gros porteur.»
La période
est propice pour tenter de détrôner Boeing de son dernier
monopole, le mythique B 747 : la croissance du trafic aérien
(+ 5% par an) connaît un pic historique et les aéroports
les plus importants (New York, Londres, Paris, Sydney, etc.) frôlent
déjà la saturation. Les experts tablent même sur
le besoin, à l'horizon 2010, d'appareils de 600 à 800
places. Dans le plus grand secret, les ingénieurs d'Airbus carburent
à tout va. Au total, 35 concepts sont scrupuleusement explorés.
Le plus étonnant discréditera quelque peu l'avionneur
lorsqu'en 1990, au Salon aéronautique de Farnborough, sera présenté
un croquis d'artiste avec deux couloirs d'A 340 juxtaposés. Ce
double fuselage, en forme de paire de jumelles, n'a pas résisté
longtemps aux études aérodynamiques, sans compter les
problèmes d'évacuation des passagers qu'il posait. Les
sarcasmes pleuvent, mais Jean Pierson enfonce le clou et, en plein marasme
économique lié à la guerre du Golfe, annonce officiellement
en 1991 au Bourget que ses équipes travaillent sur un avion plus
gros et surtout plus économique que le B 747.

La logistique
d'assemblage de l'A 380
Boeing commence alors à s'inquiéter et tente de se rapprocher
de son concurrent pour mieux étouffer son initiative. Dans un
premier temps, les Américains proposent de s'associer à
un projet de super-jumbo-jet avec DaimlerChrysler Aerospace (Dasa).
«Côté allemand, l'équipe dirigée par
Jürgen Schrempp arrivait au pouvoir, se souvient Jean Pierson.
Ils ont péché par naïveté en croyant que les
gens de Seattle allaient s'associer avec eux et abandonner leur monopole.»
Pourtant, les trois autres membres du groupement d'intérêt
économique (GIE) Airbus (British Aerospace, l'espagnol Casa et
Aerospatiale) décident de participer aussi à l'initiative.
Débute alors un «véritable jeu de dupes»,
selon l'expression de Gérard Blanc, l'actuel vice-président
des programmes d'Airbus. D'un côté, Boeing cherchait surtout
à ce que le fameux appareil ne voie jamais le jour sur le Vieux
Continent; de l'autre, les Européens espéraient jauger
enfin l'état d'avancement des travaux entrepris de l'autre côté
de l'Atlantique.
Rien d'étonnant, donc, à ce qu'au bout de trois ans cette
pseudo-entente capote: les deux concurrents se séparent officiellement
fin 1995 en concluant à l'inanité d'un marché très
gros porteurs. Les responsables américains se persuadent surtout
qu'aucun des deux avionneurs n'a les reins assez solides pour se lancer
seul dans une telle aventure. «C'est précisément
là que se situe la faute originelle, reprend Gérard Blanc.
Prisonniers de cette dialectique, ils vont, des années durant,
nier l'avancée de notre projet en criant au bluff et en le contrecarrant
timidement.»
Consultations
tous azimuts
Fidèle à son intuition, Jean Pierson estime que ses hommes,
plus que jamais, doivent construire le paquebot des airs. Dès
février 1996, il crée la Large Aircraft Division (LAD),
une entité d'une vingtaine de collaborateurs, à la tête
de laquelle se retrouve le truculent Jürgen Thomas, qui deviendra
le père de l'A 380. L'annonce émeut à Seattle,
où immédiatement Boeing réagit en promettant une
version allongée du 747. De leur côté, à
Carcassonne, à peine leurs cartons déballés en
mai, les membres de la LAD rassemblent les représentants de 14
compagnies aériennes pour «leur montrer, à partir
d'un embryon de projet (alors appelé A 3XX), que l'avion du XXIe
siècle ne se conçoit pas avec des plans datant de la fin
des années 1960 (le B 747)», se souvient Philippe Jarry,
qui dirigeait alors le service du marketing de la LAD. Surtout, lors
de cette rencontre, se dessine ce qui fera le succès futur du
géant: non seulement l'assistance se montre intéressée
par le concept, mais elle souhaite participer à son élaboration.
Voilà l'intelligence des hommes d'Airbus: non pas vendre un nouvel
appareil, mais réaliser l'avion dont rêvent Air France,
KLM, United Airlines ou d'autres.
A partir
de là, et pendant plusieurs mois, une centaine de groupes de
travail sont organisés avec 23 compagnies aériennes. Le
nombre de passagers, la capacité de fret, le rayon d'action,
la taille des cabines, les performances, etc., aucun sujet n'est ignoré.
«Les échanges étaient rudes mais motivants, se souvient,
nostalgique, Jürgen Thomas. Nous travaillions parfois le week-end
et jusqu'au petit matin pour tenter de répondre aux attentes.»
Parallèlement, des discussions s'engagent avec les aéroports
les plus importants, mais aussi avec les autorités de certification
comme la Federal Aviation Administration (FAA), aux Etats-Unis, ou la
Direction générale de l'aviation civile (DGAC), en France.
Durant
cette période naissent les principales règles d'or qui
définissent l'A 380. Les compagnies lui dictent le paramètre
de base de son équation économique: un coût d'exploitation
au siège réduit d'au moins 15% par rapport à celui
des appareils les plus rentables du marché; les sociétés
aéroportuaires, elles, lui fixent une taille maximale (entrer
dans un quadrilatère de 80 mètres de longueur par 80 mètres
de largeur et 80 pieds de hauteur). L'ensemble de ces contraintes valide
surtout définitivement l'idée d'un fuselage à la
forme ovoïde parfaite, divisé en trois ponts (deux pour
les passagers, un pour la soute) tel un authentique paquebot des airs.
Enfin, de leur côté, les organismes de contrôle ont
veillé scrupuleusement à ce que toutes les solutions de
sécurité soient envisagées. Il a fallu ainsi revoir
les procédures d'évacuation en cas d'accident, notamment
en inventant, pour l'étage supérieur, de nouveaux toboggans,
plus robustes et plus grands. De même, étant donné
sa masse (560 tonnes), il est décidé que l'A 380 comptera
non pas deux, mais quatre trains d'atterrissage pour éviter de
déchirer les pistes...
La politique
s'en mêle
Sur le long terme, ces développements ont un coût: 600
millions de dollars en cinq ans, une somme faramineuse qu'Airbus risquait
de perdre, puisque le lancement industriel du programme n'était
pas encore validé! En avril 1998, Noël Forgeard quitte Lagardère
pour remplacer Jean Pierson. «Nous avons passé deux jours
dans les bureaux de la LAD, se souvient l'actuel président d'Airbus.
Pierson a insisté: tu prendras une décision lorsque tu
te seras fait ta propre opinion.» Il lui faudra un an pour trancher.
Fin 1999, lorsqu'il plaide le dossier auprès de ses actionnaires,
regroupés depuis octobre au sein d'EADS (Aerospatiale-Matra,
Dasa et Casa), ceux-ci le chargent de recueillir des «expressions
publiques d'intérêt» auprès des compagnies
aériennes. Ce qui, en d'autres termes, consiste à vendre
un avion qui n'existe toujours pas.
Ayant suivi le projet de près, Emirates, Singapore Airlines puis
Qantas se laissent rapidement séduire. Rusé, Forgeard
voit combien le dossier super-jumbo-jet est mûr. Il va alors s'en
servir, selon son propre mot, comme d'un «levier» pour accélérer
la mutation du GIE Airbus. L'affaire devient plus politique qu'industrielle,
elle oppose les quatre pays partenaires - France, Allemagne, Royaume-Uni
et Espagne - et se dénoue le 23 juin 2000, lorsque sont annoncés
conjointement le lancement commercial du gros porteur et la transformation
de l'entreprise en «société intégrée
de plein exercice» détenue par deux actionnaires, EADS
(80%) et BAE Systems (20%).
Airbus
chantier
Passe le temps des concepteurs, vient celui des managers. L'avion existe
sur le papier, mais il reste à mettre en musique un chantier
de 10,7 milliards de dollars, qui va, à travers toute l'Europe,
rassembler jusqu'à 6 400 ingénieurs. Forgeard prend une
décision difficile, «de celles qui peuvent vous ficher
par terre une entreprise»: le remplacement de Jürgen Thomas,
qui a atteint l'âge de la retraite, par un jeune ingénieur,
le bien-nommé Charles Champion. «Trois ans plus tard, je
sais que c'était la bonne décision», dit le président
avec un sourire malicieux. Dès le début de l'année
2001, les premiers éléments de l'A 380 commencent à
être usinés, alors que les équipes ne sont pas totalement
formées. «L'organisation ne se fait plus par pays, mais
selon des pôles d'excellence», précise le nouveau
directeur du programme. Ainsi, le site de Broughton (pays de Galles)
se spécialise dans la voilure, celui de Getafe (Espagne) produit
l'empennage, Saint-Nazaire travaille sur le cockpit et se partage le
fuselage avec Hambourg (Allemagne). Airbus doit alors consentir des
investissements colossaux (1,5 milliard d'euros) dans chacune de ses
usines pour créer de nouveaux bâtiments, comme à
Toulouse, et financer de nouvelles machines. L'avionneur européen
n'a désormais plus droit à l'erreur. «Une cinquantaine
de commandes fermes étaient nécessaires pour lancer le
programme, mais il ne deviendra rentable qu'à partir de 250 exemplaires»,
chiffre Christian Scherer, le directeur commercial. Avant de se rassurer
tout seul: «Nous en sommes déjà à 129 ventes.»
Cure
de minceur
Au milieu de l'année 2002, un nouveau contretemps vient gripper
la machine. Sous la pression des compagnies aériennes qui veulent
anticiper l'évolution de la réglementation aérienne,
les Européens doivent revoir leur copie. En matière de
bruit, ils sont amenés à repenser les moteurs. Rolls-Royce,
d'un côté, General Electric associé à Pratt
& Whitney, de l'autre, ont proposé deux systèmes de
propulsion concurrents mais issus de technologies existantes. Malgré
sa taille, le géant des airs ne dispose donc pas d'une motorisation
révolutionnaire. Seule la performance économique, 3 litres
de kérozène par passager aux 100 kilomètres, a
guidé le choix des ingénieurs. «Insuffisant»,
répondent les clients, qui exigent que les quatre réacteurs
soient plus silencieux (augmentation du diamètre de la soufflante
et de la taille de la nacelle).
«L'A
380 est le seul avion de l'histoire de l'aéronautique à
avoir été contraint par l'environnement», s'amuse
rétrospectivement Champion. Dans le même temps, les compagnies
asiatiques demandent que l'autonomie de l'avion soit augmentée
de 800 kilomètres. D'où une révision de la place
accordée aux réservoirs à carburant et un renforcement
de certaines parties de la carlingue. Enfin, les architectes d'Airbus
redessinent le troisième pont pour améliorer le volume
cargo.
«Toutes
ces modifications ont entraîné une surcharge pondérale
de 10 tonnes, résume Robert Lafontan, directeur de la division
ingéniérie du projet A 380. Il a donc fallu s'engager
dans une cure minceur pour tenir nos engagements initiaux.» Les
efforts ont porté sur des éléments mécaniques
comme les commandes de vol ou le système hydraulique, ainsi que
sur les structures. Grâce à l'apport du carbone, nombre
de parties de l'avion ont été allégées,
tels le caisson central, les immenses ailes (845 m2), un tronçon
du fuselage ou encore le cône arrière. De même, le
Glare, un alliage d'aluminium et de fibre de verre, fait sa première
apparition sur un aéronef civil. Ses qualités d'usure,
sa résistance au feu et sa légèreté en font,
selon les spécialistes, un des matériaux composites les
plus prometteurs de la construction aéronautique. Dernière
innovation en matière de gain de poids: la généralisation
du soudage au laser en lieu et place des traditionnels rivets pour agglomérer,
en partie, les composantes du nouvel oiseau. «Au final, l'A 380
sera de 0,17% plus léger que ce que nous avions prévu,
pour un coût unitaire inchangé (270 millions de dollars)»,
se félicite Lafontan.
Un Meccano
industriel
Ces trois dernières années, les hommes d'Airbus ont eu
une autre gageure: organiser l'acheminement des différentes pièces
vers leur lieu final d'assemblage. Contrairement aux autres avions de
la gamme, celles des A 380 ne peuvent pas embarquer à bord des
Beluga, ces mastodontes du transport aérien, à la capacité
d'emport phénoménale (1 500 m3). Il était donc
crucial d'opter pour un site de montage facile à desservir. Mais
la politique à des logiques que la raison ignore et le choix
symbolique, effectué en décembre 2000, de l'usine enclavée
de Blagnac, au détriment du complexe de Hambourg (situé,
lui, au bord de l'eau), apparaît aujourd'hui comme la principale
faiblesse du programme. «C'est dans la Ville rose, siège
historique d'Airbus, où ont démarré tous nos avions,
que se trouve la plus grande concentration de compétences»,
tranche Noël Forgeard.
«Nous avons imaginé toutes les solutions», s'excuse
presque Jesus Morales, chargé chez l'avionneur européen
des questions de transport pour le plus grand Meccano industriel du
monde.
Un aéroglisseur? «Trop bruyant.»
Un dirigeable? «Il n'en existe pas de suffisamment grand.»
Un hélicoptère? «Nous avons besoin d'une capacité
de 150 tonnes et il ne pourrait en déplacer que 20.»
Pourquoi, alors, n'avoir pas créé un «super-Beluga»
à partir de l'ossature d'un A 340?
«Impossible d'assurer le développement d'un tel engin en
moins de trois ans.»

L'ensemble
de la chaîne logistique rodée depuis trente ans a donc
été mise à plat en faveur, tout d'abord, de la
voie maritime.
Pour collecter
les éléments de chaque exemplaire entre l'Allemagne, le
Royaume-Uni et l'Espagne, jusqu'à l'Hexagone, Airbus a fait
construire en Chine (pour un coût de 30% inférieur à
celui d'un chantier naval français), un immense navire roulier
capable d'effectuer son petit tour d'Europe en deux semaines.

"Ville-de-Bordeaux"
mesure 154m de long et sera chargé de transporter les éléments
de l'A380 entre les différents ports européens. Ainsi
Hambourg en Allemagne, Mostyn en Grande Bretagne, Saint-Nazaire et Pauillac
en France verront à terme ce navire une fois par semaine.
Une fois
dans l'estuaire de la Gironde, la cargaison est débarquée
au niveau de Pauillac pour un parcours fluvial de 100 kilomètres
sur la Garonne. Deux immenses barges ont été créées
à cet effet, avec un tirant d'eau suffisamment bas pour passer
les obstacles sensibles comme le pont de pierre de Bordeaux.

Enfin,
une dernière étape (240 kilomètres), cette fois-ci
routière, se déroulera entre la petite ville de Langon
et l'usine de Blagnac. Un convoi exceptionnel de six camions, dotés
d'immenses remorques à 96 roues et ne mobilisant pas moins de
50 personnes, avancera durant trois nuits (pour ne pas trop perturber
l'activité locale) vers sa destination finale. Au total, ce périlleux
et coûteux voyage - 500 000 € selon nos informations, ordre
de grandeur qu'Airbus juge «plausible» mais refuse de confirmer
- laisse peu de place à l'imprévu et au contretemps. Surtout
à partir de 2008, lorsque l'avionneur, selon ses espoirs de commandes,
devrait effectuer un acheminement par semaine! Un rythme à flux
tendu difficile à tenir.
Décollage
imminent
Avant cela, l'A 380 aura à relever son dernier défi. Et
pas le moindre: montrer qu'il sait voler. Ironie du sort, ce ne sera
jamais le cas de l'exemplaire présenté vendredi prochain.
Durant plusieurs mois, il va subir à Toulouse une batterie de
tests, jusqu'à la cassure, pour en éprouver la solidité.
Le second, lui, devrait gagner le ciel. Après une mise sous tension
au mois de juillet prochain, il commencera ses essais au sol à
la fin de 2004, «d'abord pour allumer les moteurs, puis en phase
de roulage, jusqu'à atteindre une vitesse de décollage
pour lui faire lever le nez», prévoit Jacques Rosay, chef
pilote d'essais du projet A 380 chez Airbus. Alors seulement, début
2005, le paquebot des airs s'arrachera enfin du tarmac toulousain.
Post-scriptum
L'année dernière, Airbus Industrie a livré, au
total, 305 avions. Un record qui, pour la première fois, le place
devant son grand rival américain, Boeing (281 appareils). Les
analystes s'attendent à une stagnation du marché en 2004,
avant un début de reprise dès 2005.
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Lancement
officiel de l'Airbus A380
Le chef de l'Etat préside la présentation officielle
du plus gros avion civil du monde, en présence de Gerhard
Schroeder, Tony Blair et José Luis Rodriguez Zapatero.
Airbus espère vendre plus de 700 appareils.

L'A380
en chiffres
D'une capacité de 555 passagers dans une configuration
standard en trois classes (850 en version haute densité),
l'Airbus A380 sera le plus gros avion civil du monde. Voici quelques
chiffres :
Longueur: 73m
Diamètre du fuselage: 7,14m
Envergure: 79,80m
Hauteur: 24,1m
Surface des ailes: 845m2
Poids maximum au décollage: 560 tonnes
Capacité des réservoirs: 310.000 litres
Réacteurs: quatre, 31,5t de poussée chacun
Rayon d'action: 15.000km
Vitesse maximale: 1.090km/h
Nombre de roues du train d'atterrissage: 22
Aménagement typique avec 555 passagers, en configuration
standard en trois classes :

-
pont principal: première classe 22 passagers, classe économique
334 passagers
- pont supérieur: classe affaires, 96 passagers, classe
économique, 103 passagers.

Version
cargo (A380F): charge utile 150t
Premier vol: premier trimestre 2005
Mise en service: 2006 par Singapore Airlines
Nombre de commandes: 139 fermes à ce jour, dont Air France,
qui a signé en 2001 un contrat portant sur l'acquisition
de dix Airbus A380, assortie de quatre options. La compagnie prévoit
de les exploiter sur l'Atlantique Nord (New York et Montréal)
à l'été 2007, puis sur l'Asie, Tokyo et Pékin,
l'année suivante.
L'Airbus A380 (Sipa)
Noël Forgeard, président d'Airbus, a lancé
peu avant 9h00 mardi 18 janvier à Toulouse la journée
de présentation officielle de l'avion géant A380
en présence des dirigeants des 14 compagnies clientes .
Noël Forgeard a rappelé le chemin parcouru depuis
la décision de lancer ce programme d'avion géant,
en décembre 2000, grâce au travail de milliers d'ingénieurs,
à la collaboration des motoristes et des compagnies aériennes
.
Il a ensuite passé la parole aux présidents des
compagnies clientes en commençant par les deux "pionniers"
de l'A380, Singapore Airlines et Emirates.
Singapore Airlines recevra le premier A380 à la mi-2006,
doté de moteurs Rolls Royce. De son côté,
la compagnie Emirates sera la première à recevoir
des avions équipés des moteurs américains
d'Engine Alliance (General Electric et Pratt et Whitney).
Pour le responsable d'Emirates, Sheik Hamed Bin Saeed Al Maktoum,
principal client à ce jour de l'A380 avec 45 commandes
fermes, "l'existence de cet appareil est particulièrement
importante pour faire face à la croissance du trafic en
raison de la restriction des créneaux d'atterrissage et
de décollage".
75
millions de passagers
Selon lui, les nouvelles installations de l'aéroport de
Dubaï permettront à la compagnie de transporter 75
millions de passagers grâce à sa nouvelle flotte
d'A380.
De son côté, Chew Choon Seng, de Singapore Airlines,
a également souligné "la chance que représentait
le projet d'Airbus lorsqu'il s'appelait encore A3XX en matière
de trafic du fait de la pénurie de créneaux".
"Nous avions trois critères : disposer d'une capacité
de 25% supérieure, pouvoir faire des distances longs courriers
permettant de relier Londres à Hong Kong ou Singapour à
Los Angeles, réaliser une économie de 15% par siège
par rapport aux avions que nous avions testés", a-t-il
rappelé.
Le responsable de Singapore Airlines a ajouté que sa compagnie
avait "fait confiance à Airbus en commandant dix appareils
et en prenant dix options. Nous sommes très enthousiastes
d'être les premiers à recevoir l'A380 et à
réaliser les premiers vols commerciaux intercontinentaux
dès 2006".
Chew Choon Seng a rappelé qu'en chinois le nombre "38"
évoquait phonétiquement la croissance et la prospérité.
Chefs
d'Etat
La journée se poursuivra avec, à 11h, la présentation
officielle de l'avion en présdence de Jacques Chirac, Gerhard
Schroeder, Tony Blair et José Luis Rodriguez Zapatero.
5.000 invités assisteront à un véritable
"show" sur le site Aéroconstellation du constructeur,
à Blagnac. Tous découvriront les dimensions impressionnantes
de ce mastodonte à deux ponts, d'une envergure de 80 mètres,
pour une longueur de 73 mètres et une hauteur de 24 mètres.
L'appareil dévoilé est le prototype numéro
un de la série des avions d'essais, dont les trois autres
exemplaires sont en cours de finition.
Il arborera pour l'occasion sur sa dérive les nouvelles
couleurs d'Airbus, présentées comme un changement
symbolisant "le début d'une nouvelle ère",
et jalousement cachées jusqu'à l'ultime seconde.
2.000 membres des forces de l'ordre sont mobilisés pour
assurer la sécurité des personnalités, et
d'importants problèmes de circulation sont attendus toute
la journée à Toulouse.
555
passagers
L'A380 casse le monopole du Boeing 747 sur le marché des
super-jumbo, et peut lui donner un avantage durable sur son rival
historique en transportant 555 personnes en trois classes sur
15.000 km et plus de 800 passagers en configuration charter.
L'A380, "avion superlatif" selon Gérard Blanc,
vice-président d'Airbus, représente un pari économique
majeur pour l'avionneur et ses actionnaires, le géant européen
EADS et le britannique BAE Systems, qui ont investi plus de 10
milliards d'euros sur ce projet.
Airbus a pour l'instant en carnet 139 commandes fermes pour son
A380, de 13 transporteurs aériens. Un quatorzième,
le groupe de messagerie américain UPS, a annoncé
il y a une semaine son intention d'acheter 10 appareils cargo,
et le groupe table sur deux nouveaux clients en 2005, en espérant
notamment une commande chinoise.
EADS compte atteindre en trois ans le point d'équilibre
financier, évalué à 250 appareils vendus,
à un prix catalogue compris entre 263 et 286 millions de
dollars.
L'avion
géant est baptisé aujourd'hui à Blagnac.
Retour sur le parcours étonnant dans la région des
énormes pièces du puzzle avant assemblage

A
la merci du fleuve
Le bon déroulement du programme A 380 ne repose pas seulement
sur des prouesses technologiques. Il dépend aussi du bon
fonctionnement d'une vaste chaîne logistique, où
l'Aquitaine et le Gers occupent une place majeure : transportés
par d'énormes convois routiers entre Langon et Toulouse,
les plus gros éléments du géant (tronçons
de fuselage, voilures, dérive) franchissent auparavant
par la voie fluviale la petite centaine de kilomètres séparant
Langon de Pauillac, où le bateau « Ville-de-Bordeaux
» les a préalablement déchargés.
Ce petit périple à travers la Garonne et la Gironde
n'est pas la partie la plus insignifiante de cet immense avenir
industriel. Les deux barges doivent en effet, entre autres, passer
sous le pont de pierre, où les remous provoqués
par les piles du pont posent toujours de sérieux problèmes
aux navigateurs.
Testé début 2004, le processus de passage sous le
pont est désormais courant, puisqu'en moyenne, quatre allers-retours
se déroulent entre Pauillac et Langon. Et, depuis l'été
dernier, le vieil ouvrage bordelais est protégé
par un système de sécurité composé
d'une sorte de rail et de bouclier. Mais la Socatra, ses marins
et le Port autonome s'emploient à affiner un dispositif
qui devra être utilisé de façon beaucoup plus
intense (seize allers-retours par mois) lorsque la fabrication
atteindra sa vitesse de croisière. Pour ce faire, l'armateur
s'efforce de déterminer avec le maximum de précision
le court moment où les tourbillons du pont atteignent leurs
plus faibles amplitudes de la journée. L'A 380 aura permis
d'en savoir plus sur les foucades de la capricieuse Garonne.
Ces éléments sont assemblés à Saint-Nazaire,
Hambourg, Cadix (Espagne) et Broughton (pays de Galles).
l'A
380 sera présenté officiellement dans la Ville rose
après un long voyage en kit.

LE
TRACE DU PERIPLE
De l'Europe vers Toulouse, le périple de l'avion géant

Des
ailes anglaises, un empennage espagnol, une dérive
allemande, un fuselage franco-allemand, des nacelles et un cockpit
français : comme ses prédécesseurs de
la famille Airbus, l'A 380 est un puzzle européen. Mais
la taille de l'oiseau (70 mètres de long, 80 d'envergure)
que le site de Toulouse doit assembler a totalement changé
la chaîne logistique.
Finis les supercargos volants déposant tranquillement les
pièces à Blagnac ou Hambourg. Trop petits.
Seule la voie des mers permet d'acheminer les éléments
du superjumbo. Fabriqués dans quinze d'usines réparties
dans quatre pays, ils débutent leur périple aux
embouchures du Guadalquivir, de la Loire, de l'Elbe et de la
Dee. Cette dernière, modeste rivière au nord
du pays de Galles, cause bien du tracas aux cerveaux d'Airbus
: peu profonde, il faudrait en draguer les fonds pour permettre
au bateau-cargo d'aborder en toutes saisons dans le port de
Mostyn, mais les écologistes veillent.
Convergence à Pauillac. Mais de Galles, Cadix,
Hambourg et Saint-Nazaire, les voyages sur le « Colibri
» puis sur le « Ville-de-Bordeaux », construit
par un chantier de Chine ont commencé début
2004. Direction un autre estuaire, la Gironde, où
niche Pauillac, promu « Centre européen de
convergence » de l'A 380, dont cinq exemplaires complets
ont débarqué lors de l'année écoulée.
Pour rendre le petit port médocain opérationnel,
un ponton géant fabriqué à Gdansk (en
Pologne) flotte devant la zone de Trompeloup.
D'abord
par grues, puis par roulement, les gigantesques pièces
sont transbordées sur une barge à étrave
arrière mobile. Construit spécialement à
Rotterdam pour affronter le parcours fluvial de 100 kilomètres
via Bordeaux, le « Breuil » doit effectuer
quatre rotations pour convoyer un seul avion jusqu'à Langon.
Surbaissée, ballastée, guidée par GPS, la
barge n'a rien d'une banale péniche. Car si le parcours
jusqu'au Port de la Lune ne présente pas de difficultés,
le passage sous le pont de pierre à Bordeaux est très,
très délicat.
Péril
à Bordeaux. Le premier le 30 mars 2004 a marqué
les esprits : Elie Blanchy et Stéphane Le Garrec, pilotes
du « Breuil », tenaient dans leurs mains un
peu du destin de l'A 380, forcé de se faufiler à
allure réduite (4 noeuds) et au centimètre près
entre les piles du vénérable ouvrage pendant les
dix minutes de calme offertes par la renverse de la marée.
Mission accomplie. Depuis, les piles ont été équipées
d'un bouclier, et la manoeuvre, réglée comme un
décollage de gros porteur, a été réussie
soixante fois.
En
amont de Bordeaux, la barge ne quitte plus son chenal et
remonte un fleuve rétréci au pied des collines
de Langoiran ou de Sainte-Croix-du-Mont. Elle remue
doucement les eaux brunes dont le mouvement repousse le poisson
vers les pêcheurs de carrelets, ravis de l'aubaine et curieux
de cette incursion de haute technologie sur le chemin du mascaret.
Voici Langon, où la barge doit négocier le
passage de deux ponts dans une courbe suivie d'un épi,
exercice périlleux en cas de brouillard ou de forte crue.
Puis pénétrer dans l'écluse du port fluvial,
où trois pompes à haut débit vont lui permettre
de s'élever de 7,50 m jusqu'au niveau du quai. Ici, l'A
380 en kit échange le fil de l'eau contre le ruban de bitume
: l'attend en effet un énorme autoporteur de douze essieux
et 98 roues, exceptionnel convoi de trois semi-remorques qui a
fait sensation quand il s'est ébranlé pour la première
fois, le 7 avril 2004.

La
ligne brisée. Le géant, dans un périple nocturne
parcouru à 20 kilomètres-heure, emprunte alors la
route des Landes par Bazas, la déviation de
Captieux puis la départementale 114. Mais c'est
dans le Gers que ce convoi se montre le plus audacieux.
Ici, ce n'est pas par une simple diagonale d'asphalte mais par
une ligne brisée en trois dimensions que les ingénieurs
de l'Equipement ont dû concilier les impondérables
techniques de ce trafic hors norme aux réalités
d'un terroir gascon aussi bosselé que sinueux.
Cette
traversée en dents de scie est plus adaptée à
la randonnée gastronomique et historique qu'à la
course industrielle. Un patrimoine que l'A 380 s'est amusé
tantôt à contourner tantôt à tutoyer,
comme à Cazaubon-Barbotan, porte d'entrée
des convois dans le Gers. A elle seule, cette étape
illustre la difficulté d'établir un parcours terrestre
pour un futur roi des airs. Impossible en effet pour l'A 380 et
ses porteurs de traverser la septième station thermale
de l'Hexagone en y faisant des vagues. Alors, en échange
d'un accès à l'artère principale de la ville,
l'industriel a décidé de semer du gazon, de planter
des arbres, d'enfouir les lignes électriques, et surtout
de ne pas déranger les curistes.
A
travers Vic. Une opération séduction déployée
tout le long de l'itinéraire. Ainsi à Eauze,
pas question de s'aventurer au coeur de l'ancienne capitale romaine.
Là, avant de rejoindre la RN 124, les convois virent
au large via une courbe dessinée sur les terres du Bas-Armagnac.
Un contournement que ne connaîtra pas Vic-Fezensac.
Habitués aux cornus, les riverains de la cité taurine
n'ont, en effet, qu'à ouvrir leurs croisées pour
voir passer l'avion. Une traversée pour laquelle trois
maisons ont dû être sacrifiées : les camions
ne tournaient pas...
La
suite du tracé est une formalité : Auch, débordé
par sa rocade, puis Gimont et son marché au gras, où
la construction d'une déviation aux flans du village a
pourtant soumis les nerfs des automobilistes à rude épreuve.
Viennent ensuite L'Isle-Jourdain et Ségoufielle, poste
frontière avec la Haute-Garonne. Le pays des vins des
Côtes de Gascogne n'est qu'un souvenir, la banlieue
toulousaine pointe déjà ses tentacules. Après
les feux rouges de Léguevin, voici enfin le site d'Aéroconstellation
de Blagnac, l'antre de l'A 380. Une « cathédrale
» de 10 hectares, d'une hauteur sous plafond de 46 mètres.
Pour la rejoindre, les convois avaleront donc 240 kilomètres,
traverseront quatre départements et deux régions.
Le tout en trois nuits. Soit l'une des pistes de décollage
les plus longues de l'histoire de l'aéronautique.

Airbus
lance un deuxième prototype de l'A380
NOUVELOBS.COM | 18.10.05 | 09:28
Le deuxième prototype de l'A380 doit décoller pour
la première fois mardi matin de Toulouse afin d'effectuer
des essais en vol.
Le deuxième prototype de l'A380 doit décoller pour
la première fois mardi matin de Toulouse. Comme le premier
A380, qui avait volé pour la première fois le 27
avril dernier lors d'une grande cérémonie et devant
la presse internationale, le prototype sera chargé de très
nombreux enregistreurs de paramètres, ainsi que de réservoirs
d'eau pour simuler le poids des passagers, a précisé
David Velupillai, l'un des directeurs de la communication d'Airbus.
D'après lui, les appareils suivants seront en revanche
davantage équipés comme des avions de lignes, avec
moins d'enregistreurs de paramètres.
Renfort
"Les essais se sont si bien passés que les premiers
atterrissages automatiques et décollages à vitesse
minimale ont été effectués en avance par
rapport au calendrier", a expliqué David Velupillai.
Ce deuxième appareil vient "en renfort" du premier
prototype de l'A380, qui a déjà effectué
105 vols, soit plus de 300 heures.
Au total, cinq appareils doivent réaliser les 2.500 heures
d'essais en vol nécessaires avant l'exploitation commerciale.
L'avionneur européen Airbus a enregistré jusqu'à
présent 159 commandes d'A380 pour 16 compagnies différentes,
et devrait livrer son premier appareil commercial au cours du
dernier trimestre 2006 pour Singapore Airlines.
L'historique d'Airbus
Un
dossier spécial consacré à l'A380 sur un
site scientifique
Le
premier vol de l'A380 sur le site d'Airbus : photos et vidéos
L'A380, plus bruyant
et plus polluant, sur le site de l'Union francilienne contre les
nuisances aériennes (UFCNA)
Présentation
des chiffres d'Airbus sur le site d'EADS
Le marché
de l'aviation : les chiffres et la concurrence
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