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CHRONOLOGIE DE LA TRAITE DES NOIRS LES PERSONNAGES et les lieux |
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Esclavage
: Le crime oublié Ils sont des dizaines dans la cour du Sénat à parler et parler encore, comme si les mots pouvaient retenir le temps. Que cette journée ne sachève jamais, cette journée de la reconnaissance! Noirs, bistres, roux ou bruns, enfants de tous les métissages... Ils sont 300 Antillais et Guyanais dans ce palais du Luxembourg, quils ne se décident pas à quitter. Ce 10 mai
2001, le Sénat vient dadopter la loi Taubira. Les élus
de la République proclament lesclavage et la traite négrière
«crimes contre lhumanité». Des Antillais pleurent.
Un texte solennel vient dire à la France que leurs ancêtres
étaient des hommes, aimables dans leur martyre oublié. La députée Christiane Taubira, son initiatrice. Esclavage, «crime contre lhumanité». Elle aurait voulu que les choses soient plus nettes encore. Accuser nommément les «puissances occidentales» coupables de la traite. Evoquer la question des «réparations». Ces saillies-là ont été limées. Trop compliquées. Trop brûlantes. Il nempêche.
La victoire est déjà belle. Un peu de vérité
est dite. Taubira, ci-devant indépendantiste guyanaise, na
jamais été aussi française que ce jour-là:
grâce à elle, la France peut regarder son histoire.
Car lesclavage
est aussi une histoire française. Belles familles de Nantes, Bordeaux,
La Rochelle, belles fortunes nées de la traite, au temps où
Lully faisait danser la cour, où Molière la faisait rire,
où Colbert consolidait lEtat mais codifiait le statut
de lesclave dans le Code noir. La traite fut notre commerce. Lesclavage,
notre économie. Histoire française. Sous la Révolution,
labbé Grégoire, déjà émancipateur
des juifs, et dautres «amis des Noirs» arrachent labolition
en 1794. Huit ans après, Bonaparte, Premier consul, envoie sa soldatesque
mater la Guadeloupe et rétablit lesclavage. Bonaparte, auteur
dun crime contre lhumanité. «Une page peu glorieuse
de notre histoire», a dit Jacques Chirac en 1998... Une page peu glorieuse. Mais sait-on à quel point? Longtemps la République a occulté les fautes passées de lEtat. En 1848,
Victor Schlcher, sous-secrétaire dEtat à la
Marine, impose labolition. On indemnise les planteurs, sitôt
transformés en capitalistes! Les esclaves, eux, deviennent citoyens.
Ensuite on efface tout. Dun coup. Plus rien à voir. Le crime
nest plus nommé. Lesclavage est une victime de lhistoire.
Le principe républicain léclipse une première
fois: lEtat ne connaît ni anciens maîtres ni anciens
esclaves, seulement des Français! Laventure coloniale lenterre
définitivement. A la figure du Noir enchaîné succède
celle de lAfricain ou de lArabe dominé. Au XXe siècle,
cest le colonialisme qui sera lennemi emblématique
du progressisme. Quand les Antilles produiront un révolutionnaire,
ce sera Frantz Fanon, inventeur du tiers-mondisme. Mais cet engagement
ne dit rien sur la traite et le traumatisme quelle a engendré.
Aux Antilles rôdent les fantômes. On les conjure par un conte
de fées. On célèbre Schlcher dans un culte
infantilisant. «On fêtait la Saint-Victor, comme on aurait
adoré un Dieu libérateur», raconte le Guadeloupéen
Serge Romana, généticien à lhôpital parisien
Necker. Longtemps Romana a détesté Schlcher. Il la
redécouvert adulte, «un observateur hors pair de la réalité
antillaise, qui savait à quel point lesclavage avait détruit
la société, ruiné durablement la conscience des hommes,
leur estime, leur fierté». Mais le schlchérisme
linstrumentalisation dun grand Français pour
étouffer les fautes de la France lui reste insupportable.
Dans les
années 1970, entre Antilles et Guyane, une génération
dactivistes se construit une fierté. «Nous découvrions
notre histoire en autodidactes», se souvient Christiane Taubira.
On célèbre alors les marrons, ces esclaves qui brisaient
leurs chaînes. On cherche des héros guerriers, valorisants.
Toussaint Louverture, père de lindépendance haïtiennne;
Delgrès, colonel guadeloupéen qui se suicida avec ses hommes
en 1802 pour échapper à la défaite et au retour aux
chaînes. Il faudra des années pour que des écrivains
réconcilient les Antilles avec tout leur passé, et que la
figure même de lesclave, pauvre victime dont les enfants ont
honte, soit réhabilitée. Cette maturation est lente. Elle se passe en dehors de lopinion française. La métropole ne voit rien. En 1981, Mitterrand a pourtant déposé une rose sur la tombe de Schlcher. Mais il faut attendre 1998 pour que la France regarde son passé. Cette année-là, la République veut célébrer les 150 ans de labolition définitive. Lintention est bonne. «A lépoque, jai mené plus de 100 débats dans des universités, des comités dentreprise, se souvient luniversitaire Marcel Dorigny. Les journaux lont ignoré: mais une prise de conscience sest opérée.» Nantes affronte ses remords. Mais les Antillais sont mal à laise dans cette fête décrétée. Schlcher
encore. Schlcher toujours. La République magnifique. Et nous
donc? Nos pères? Nos victimes? Le malaise sétend aux
«négropolitains» de métropole. Lionel Jospin,
alors Premier ministre, prononce pourtant un discours honorable. Célébrant
à Champagney des villageois de Haute-Loire qui en 1789 avaient
réclamé dans un cahier de doléances la suppression
de lesclavage, il rappelle la responsabilité de la France,
salue les luttes des esclaves. Mais Jospin ne suffit pas. Il manque une
parole plus forte. Celle de lEtat, par son premier représentant,
qui dirait la souffrance encore à vif. Chirac serait
capable de ce geste. Il la eu en direction de la communauté
juive, actant la responsabilité de la France dans la Shoah. Il
sait être thaumaturge. Lanéantissement des peuples
amérindiens lors de la conquête coloniale lui a inspiré
une colère durable et des mots exemplaires. Il sait évoquer
lesclavage... Mais, en ces jours de 1998, il narrive pas à
toucher la douleur antillo-guyanaise. Il évoque «une plaie
béante au cur de lAfrique qui perdit le plus précieux,
une part de sa richesse humaine». Il célèbre Schlcher,
son inspiration, le courage républicain. Il vante lentrée
des esclaves dans la citoyenneté, salue lapport des Antillais
à la France. Mais il ne sent pas que ces Français à
part entière restent rongés de lintérieur par
un passé jamais nommé. Il ne trouve pas les mots adéquats.
Tiers-mondiste, Chirac plaint la seule Afrique! Jacobin, il ne capte pas
les Antillais! «Un simple pardon, au nom de la France, aurait suffi»,
regrette Serge Romana. Le 23 mai
1998, cest une mer métissée qui sengouffre cours
de Vincennes. Une marche silencieuse, précédée dune
banderole: «Esclavage, crime contre lhumanité».
Combien sont-ils? 40000 disent-ils aujourdhui. 40000 négropolitains
convergeant vers la Nation, sans un mot, mais le cur débordant.
La manifestation est un moment unique. Quelque chose comme la marche des
beurs, quinze ans plus tôt, mais venant dune communauté
dont on a folklorisé les angoisses. Nous sommes ici, proclament
les enfants du zouk, des acras, du ti-punch. Nous sommes un drame. Nous
sommes ici, descendants desclaves. La presse et les politiques pourtant
passent à côté de lévénement.
Quimporte. «On faisait ça dabord pour nous, se
souvient Romana. On a simplement dit à nos ancêtres quon
les aimait.» Un mois plus tard, le metteur en scène Luc Saint-Eloi
fait sortir ses comédiens dans la rue pour un tableau vivant sur
le destin des Noirs. Acteurs avec des chaînes. Il installe un monument
du souvenir fait de chaînes et de colliers brisés, quil
voudrait pérenne et qui pourtant est bientôt déplacé. En décembre
1998, Christiane Taubira dépose sa proposition de loi. Ancienne
gauchiste, députée apparentée PS de Guyane, elle
sest longtemps identifiée aux marrons en révolte.
Cette fois, elle parle pour les vaincus. En 1999, quand son texte vient
en discussion, cest une coulée de lave qui sort de sa bouche.
«Les millions de morts établissent le crime», lance-t-elle
aux députés. Puis la politique reprend ses droits. Arguties
et tractations. Des Etats africains font savoir que cette loi est malvenue,
embarrassante. Après tout, des rois dAfrique aussi ont participé
à la traite... La loi avance pourtant. Soutenue par le gouvernement
Jospin, une fois élaguées les mentions qui fâchent
sur les réparations. Quimporte. «Pour moi, une réparation
ne peut être que morale, sous forme de reconnaissance, de musées,
de chaires universitaires», dit aujourdhui Taubira. Elle sort
épuisée du combat. Mais un an plus tard, candidate des radicaux
de gauche à lélection présidentielle, elle
rafle les suffrages des négropolitains. Solidarité ethnique?
Non: reconnaissance. Quelque chose
est né, quon ne perçoit pas immédiatement.
Un mouvement. Des identités. Pour le meilleur et pour le pire.
Romana et ses amis lancent un Comité Marche du 23-Mai pour fouiller
leur mémoire. Ils inventent un mot créole, «lanmèkannfèneg»,
pour résumer leur obsession. «Lanmè»: la mer,
traversée par les bateaux négriers; «kann»:
la canne à sucre que cueillaient les esclaves; «fè»:
les chaînes qui les entravaient; et «nèg», les
nègres, le nom quon leur donnait. Tandis que Romana travaille
entre histoire et psychanalyse, dautres inventent un groupe de pression:
le Calixthe Beyala se monte autour de Luc Saint-Eloi et de lécrivain
franco-camerounaise Calixthe Beyala pour combattre les discriminations
dont souffrent... toutes les «minorités visibles»!
Lintention est louable. Mais la confusion guette. A mettre sur le
même plan Africains et Antillais, mémoire de lesclavage,
séquelles du colonialisme et discriminations daujourdhui,
on risque lexplosion mentale. «Politiquement, anthropologiquement,
cela na aucun sens, sinsurge Romana. Il ny a aucune
expérience commune entre un Antillais, descendant desclaves,
fruit dune histoire composite, métissée et douloureuse,
et un Africain anciennement colonisé.» «On ne doit
faire aucune confusion historique, affirme Christian Paul, aujourdhui
député PS, attentif à la question des "diversités".
Mais vivent en France des populations qui se ressentent exclues, et dont
le passé est marqué par la persécution. Il faut promouvoir
légalité et la vérité, en même
temps.» La cacophonie
règne bientôt sur la microplanète franco-noire. Alors
que les évêques dAfrique demandent pardon aux descendants
desclaves, des militants, en France, prétendent interdire
quon évoque les responsabilités africaines dans la
traite! Certains veulent tirer le mouvement noir vers lislam. Dautres,
fascinés par le modèle nord-américain, rêvent
à des procès en réparation. Daucuns veulent
embarquer la douleur noire en de douteux combats. Cet hiver, un groupe
de militants dextrême gauche et dislamistes liés
au prêcheur Tariq Ramadan a proclamé la révolte des
«indigènes de la République» mélangeant
délibérément lesclavage, la colonisation, la
discrimination... et linterdiction du foulard islamique à
lécole! Plus voyante, lexplosion antisémite
de lhumoriste Dieudonné métis breton et camerounais
se proclamant soudain descendant desclaves et, comme tel, partant
dans une croisade contre Israël et les juifs vient comme une
caricature grimaçante souligner à quel point la mémoire
brouillée et exploitée peut se révéler un
poison. «On a besoin dhistoire», affirme lécrivain guadeloupéenne Maryse Condé. Lauteur de «Ségou» préside un Comité pour la Mémoire de lEsclavage, né de la loi Taubira. «Nous devons travailler sur la refonte des programmes scolaires, pour que lesclavage et la traite soient enseignés aux jeunes Français. Nous voulons inventer des commémorations, des lieux de mémoire, pour que ce pays connaisse son passé.» Au printemps prochain, les sages du comité proposeront à lEtat une date nationale de commémoration. Ce ne sera pas le 27 avril date du décret Schlcher ni le 23 mai, celle de la marche de 1998. Ce sera, jure Condé, «une date consensuelle que tous pourront partager». Le premier pas dune histoire commune, enfin?
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Pays ou j'ai résidé 22 ans : La Côte d'ivoire
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