L''ESCLAVAGE - la traite des noirs

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COLONISATION

"Rôle positif" : la suppression du texte soulage

La gauche et l'UDF regrettent que la suppression annoncée de l'article sur le "rôle positif" ne passe pas par le Parlement, mais le soulagement domine.
 
Jacques Chirac a demandé la saisine du Conseil constitutionnel en vue de la "suppression" de la mention du "rôle positif" de la colonisation française, a annoncé la présidence de la République mercredi 25 janvier.
Le Conseil constitutionnel devra dire si l'alinéa controversé de la loi du 23 février 2005 est bien du domaine réglementaire et non législatif. Si c'est effectivement le cas, le gouvernement le supprimera par décret.
Cette procédure permettra d'éviter un nouveau débat au Parlement sur ce dossier polémique et de court-circuiter les réticences de certains élus de la majorité, qui s'étaient opposés en novembre à son abrogation.
"La Nation doit se rassembler"
Le Premier ministre, Dominique de Villepin, a fait savoir qu'il saisissait immédiatement le Conseil constitutionnel.
L'Elysée a souligné que le président "considère que la loi du 23 février 2005 rend un juste et nécessaire hommage à tous les Français rapatriés et aux combattants de toutes origines de l'armée française". "Mais le deuxième alinéa de l'article 4 suscite des interrogations et des incompréhensions chez beaucoup de nos compatriotes. Il convient de les lever pour retrouver les voies de la concorde.

La Nation doit se rassembler sur son histoire."

"Ça va refermer des blessures"
L'alinéa mis en cause stipule que "les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l'histoire et aux sacrifices des combattants de l'armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit".
Une pétition contre cette disposition a recueilli plus de 46.000 signatures, dont celles de nombreux historiens et juristes de renom.

L'annonce de la suppression du texte a été saluée par les associations et les élus de gauche.
"Il était temps", a déclaré Christiane Taubira, députée PRG de Guyane. "C'est une décision de lucidité, de sagesse, de courage sans doute aussi qui va enfin apporter un peu d'apaisement. (…) Ça va refermer des blessures".
Bernard Accoyer, président du groupe UMP de l'Assemblée, a "salué la décision d'apaisement et de rassemblement du président de la République".

Pour François Hollande, "peu importe la procédure", "l'essentiel est acquis". Le premier secrétaire du PS en profite pour "remercier tous ceux qui se sont mobilisés pour obtenir ce retrait".

"Pas de majorité à droite pour accepter cette abrogation"

Mais la gauche souligne que le choix de faire appel au Conseil constitutionnel est révélateur du malaise au sein de l'UMP. "J'aurais préféré la voie parlementaire", a indiqué le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault. "Mais il n'y a manifestement pas de majorité à droite pour accepter cette abrogation", a-t-il indiqué.
Ségolène Royal (PS) a estimé pour sa part que "la correction d'une faute politique par un artifice réglementaire ne grandit pas un gouvernement périodiquement débordé par ses ultras".
Le président de l'UDF, François Bayrou, a approuvé la suppression du texte. "On le fait sans repasser devant le Parlement, ça, c'est une question", a-t-il cependant regretté.

Le député UMP des Alpes-Maritimes Lionnel Luca souligne d'ailleurs que le dispositif choisit par Jacques Chirac garantit que "la majorité de l'Assemblée nationale ne se déjugera pas".
Il est à ses yeux "regrettable que l'on ait cédé à l'agitation de groupuscules qui ne représentent qu'eux-mêmes, alors qu'une large majorité des Français est en accord avec la majorité parlementaire sur le rôle positif de la présence française outre-mer".
De son côté, Philippe de Villiers a dénoncé "une honte pour tous les rapatriés et les harkis". "On préfère le FLN à l'armée française", a-t-il prétendu.

"Des faits qui relèvent de l'histoire"
En se prononçant pour la suppression et non la réécriture du texte, Jacques Chirac a suivi la recommandation du président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré, qu'il avait chargé le 9 décembre d'une "mission "pluraliste pour évaluer l'action du Parlement dans les domaines de l'histoire et de la mémoire".
Jean-Louis Debré a remis ses conclusions mercredi soir et la décision de Jacques Chirac a été annoncée dans la foulée.
Le chef de l'Etat s'était initialement prononcé pour une réécriture. Lors de ses vœux le 4 janvier, il avait même annoncé que l'article incriminé serait "réécrit" dans le cadre d'une proposition de loi rédigée par Jean-Louis Debré.
Dans un communiqué, ce dernier a rappelé mercredi soir "qu'à de multiples reprises, il a précisé que ce n'est pas à la loi d'écrire, de commenter ou de porter un jugement sur des faits qui relèvent de l'Histoire".
Il a ajouté qu'après avoir longuement consulté diverses associations, des juristes, des historiens et des parlementaires, il "souhaite la suppression de cet alinéa 2".

 

Vous pouvez réagir

 Salut à toi !
Autre chose ! tu sais le débat actuel sur la colonisation ? je suis tombée sur un blog d'un mec qui a édité un texte là-dessus, très stéréotypé !! tu vois le genre ?? ça me bouffe, tant d'ignorance !!!
Si ça te dit d'aller voir ce que je lui ai écrit ? voilà les coordonnées du blog

http://bluespeople.blog.lemonde.fr/bluespeople/2006/01/les_bienfaits_d.html#comment-210374

 

Les bienfaits de la colonisation
Je ne suis pas spécialiste de l'Afrique, mais avec mes éléments de jugement, voilà ce que je perçois de la situation d'urgence que vit la Côte d'Ivoire.
Les français installés en Côte d'Ivoire risquent donc de devoir revenir précipitamment pour éviter les émeutes qui couvent de nouveau à Abidjan. Quand j'entends cela, je me demande si, dans les années 60, les français qui écoutaient les nouvelles de ce département qu'était l'Algérie, pouvaient avoir cette vision de pauvres petits français fuyant la violence aveugle et injuste envers eux... Injuste ? Pas tant que cela, car en clair, les français qui vivent là-bas profitent des richesses du pays. Bouygues gère la distribution de l'eau et de l'électricité, Boloré le port, BNP, Crédit Lyonnais et Société Générale font le système bancaire du pays... La France représente le premier investisseur étranger dans ce pays, devançant les suisses, les britanniques et les américains.
Bien sûr, ils investissent, donc, en théorie, les entreprises françaises aident le pays à progresser, à sortir la tête de l'eau... Mais elles imposent également un système de valeur, un coût de la vie et une complexité que ne supportent pas les Ivoiriens. Bref, elles participent d'une nouvelle forme de colonisation. Car qu'elle place reste à l'entrepreneur africain dans ce puzzle européen ?... Comme au Bénin où tous les commerces en dur sont tenus par des Libanais, reléguant les béninois sur les trottoirs (quand il y en a). Et puis en quoi ces entreprises participent-elles du développent urbain ? L'intérêt de ces sociétés libérales est de maintenir en place dans les strates du pouvoir, des bouffons privilégiant les passe-droits des blancs. Dès lors, si nous avions vingt ans dans ce pays, avec l'envie d'entreprendre, mais pauvre et mal né, n'aurions nous pas des velléités de foutre dehors ces colonisateurs ? Que reste t-il dès lors à l'Ivoirien que la solution de migrer vers l'Europe, en s'échouant sur les barbelés de Ceula et de Melila ?...
Mais le plus grave reste un scénario à la Rwanda, car, comme pour ce pays, les frontières imposées par les colonisateurs n'ont pas tenus compte de la complexité des ethnies présentes, mais uniquement des richesses à se partager entre pays pilleurs. Le sud et le nord s'oppose. D'un côté l'ivoirité, de l'autre, les rebelles, pour la plupart musulmans. L'ONU va donc, et doit donc maintenir une présence militaire, celle-ci étant assurée par Licorne, dispositif français (ou alors il faut virer Gbagbo, mais ce serait plus que l'ingérence). Et tant que les soldats français resteront, les colons français se sentiront protégés et resteront également, continuant à exploiter les richesses du pays. Et tant que les colons resteront, les émeutes couveront... C'est un cercle vicieux qu'il est difficile maintenant de régler ! Sans doute ce qu'on appelle le rôle positif de la colonisation...

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Voici les sites qui parlent de Les bienfaits de la colonisation:
Commentaires
Mon Dieu, quel discours réducteur !! juste une question ! vous êtes-vous déjà rendu en Côte d'Ivoire ? mais... vous savez certainement de quoi vous parlez.....

Non, je ne connais pas la Côte d'Ivoire, et si vous relisez ma première phrase, j'ai bien exprimé qu'il s'agissait d'un point de vue du tout venant. Par contre, je connais d'autres pays d'afrique pas si loin et j'ai quelques amis ivoiriens avec qui j'ai déjà évoqué la situation.
Mais n'est-ce pas votre propos qui est réducteur. Dire que je fais un discours réducteur ? Peut-être, mais en quoi ? Exprimez donc votre point de vue. S'il peut m'éclairer, il sera le bienvenu. N'est-ce pas le but des blogs : s'exprimer et confronter les points de vue ?
Alors, à vous...


J’entends ce genre de discours sur l’Afrique depuis des années, tout est très complètement stéréotypé, tout y est ! vous nous avez fait la totale….
Pour commencer, sachez que le problème actuel de la Côte d’Ivoire est un problème entre Ivoiriens, le refrain selon lequel la France est la cause de tous les maux de ce pays, c’est « l’arbre qui cache la forêt ! » et c’est tellement facile …comme ça, cela masque tout le reste !
Qu’est-ce que vous croyez ? que les Ivoiriens ne sont pas souverains dans leur pays ?
je trouve que c’est plutôt condescendant et méprisant vis à vis des Ivoiriens, que de tenir de tels raisonnements…
Les Ivoiriens ont un conflit interne à régler et tant qu’ils n’auront pas crevé l’abcès, aucune avancée ne sera possible… mon point de vue, par contre, c’est que la France n’aurait pas dû jouer ce rôle de tampon entre le Nord et le Sud, en fait, la France se trouve dans la même posture que celui qui s’interpose entre deux personnes qui veulent se taper dessus, généralement, c’est celui-là, qui ramasse tous les coups et qui se fait insulter !!! mais, je ne vais pas m’étendre là-dessus.
Je vais vous parler de toute autre chose qui me tient particulièrement à cœur..
Dans votre discours, moi, ce qui me choque, c’est que vous passez complètement à la trappe l’histoire commune des Français et des Ivoiriens…
Qu’est-ce que vous croyez ? qu’il ne s’est rien passé entre Français et Ivoiriens durant toutes ces années ? C’est cela qui est réducteur !
Sachez que des liens affectifs se sont tissés entre nous et eux, vous occultez la richesse des rapports humains, nous avons vécu pour la plupart des anciens d’Abidjan, près de 20 à 30 ans, dans ce pays !
Nous y sommes nés, nous y avons grandi parmi les Africains, par mimétisme, nous parlions comme eux, nous avons adopté leur humour, leur spontanéité, leur insouciance attachante ! nous nous sommes construits dans cette ambiance Africaine, nous avons été à l’école avec eux, lié des amitiés.
Gamins, nous avons passé des soirées à discuter avec le gardien devant le portail de nos maisons, les Africains adorent les enfants ! je vous parle d’une dimension émotionnelle et humaine dont absolument personne ne parle…
Vous croyez que les Ivoiriens sont tous anti-Français ! au risque de vous déplaire, je vous dis « détrompez-vous !! », vous êtes loin de la réalité ! la plupart des Ivoiriens aiment la France et j’aurais bien des anecdotes émouvantes et rigolotes à vous raconter sur la Côte d’Ivoire, mais voudrez-vous les entendre ? vous êtes tellement persuadés que vous seuls, avez raison !
L’histoire de la France et de la Côte d’Ivoire, c’est un peu passionnel !
Nos parents se sont expatriés en Afrique pour y travailler, mon père a fait toute sa carrière en Afrique, il n’a pas ménagé ses efforts !! il a énormément bossé ! je ne supporte pas l’éternel cliché : colonialiste blanc, oppresseur, qui a ramassé une fortune en en glandant pas une ! et qui passe son temps à se dorer la pilule !!…
Savez-vous ce que c’est que de s’expatrier, de s’éloigner de sa famille, de ses repères, pour partir vers un continent dont on ne connaît rien ? cela a été le cas de mon père, et je trouve cela très courageux !! mais, vous allez me rétorquer « on vous a rien demandé !! ».
Tout ce que je retiens, moi, c’est que, je ne sais pas ce que c’est, que d’être colonialiste !!! j’adore l’Afrique, c’est mon clocher, mes racines et je remercie mon père de m’avoir permis de naître sur ce continent !
Je suis rentrée « très riche de l’Afrique !! », mais pas dans le sens auquel vous pensez, je suis riche de tolérance, d’ouverture d’esprit, de générosité !
J’ai dû quitter l’Afrique, mais…. elle ne me quitte pas, elle est là, imprégnée en moi !!!
et heureusement !! car il fait souvent bien froid en France, autant dans l’atmosphère que dans vos cœurs……. Et je pense que tous les anciens d’Abidjan vous diront la même chose ! Et pour finir…. Je dirais que tout n’a pas été glorieux dans la colonisation, loin de là !! mais, prenez en compte cette dimension humaine, qui est primordiale !
Je vais m’arrêter là, car je pourrais « palabrer » pendant des heures , sur ce sujet…
Si vous passez à Montpellier, je vous offre un café sur la Place de la Comédie ! parce-que je ne vous ai pas dit, mais : « je suis quelqu’un de plutôt sympathique !!……….. »
ABANA pour aujourd’hui….

On se calme !!!
J'entends la passion qui anime votre propos, mais que cela ne le rende pas inaudible...
Bon, on y voit plus clair, donc votre famille a vécu à Abidjan ? Vous connaissez donc mieux une partie du problème que moi, c'est sûr. Mais n'oubliez pas, vous, un fondamental de base, les frontières de la Côte d'Ivoire ne correspondent pas à la réalité des tribus qui constituaient cette part du continent africain. La plus grosse part du problème vient de là. Et ce ne sont pas les africains qui les ont dessinées...
Ensuite, votre cas individuel, aussi intéressant soit-il, ne peut faire ignorer les intérêts des gros groupes français et autres qui se trouvent là-bas. Vous ramenez le débat à hauteur d'individu, donc avec une part émotionelle ; alors que je le porte au niveau multinational... Aucun des deux points de vue n'efface l'autre, ce sont les deux faces d'une même médaille.
Bien sûr qu'une majorité des ivoiriens aiment la France, bien sûr il y a une histoire commune, mais cela n'excuse pas tout. Si certains colons se sont complétement enracinés dans la culture locale, d'autres se sont forcément conduits comme le colon dans toute sa splendeur, je suis sûr que vous en connaissez des cas...
Rien n'est ni tout noir, ni tout blanc.
Comme vous, j'aime l'Afrique, nous avons cela en commun. Et si je passe par la Comédie, j'accepterai volontiers votre café !


Une grande nouvelle !!! :
"D'où qu'on se place, ce monde est imparfait......."
Une Toubab

 

 

Carte et fiche sur les départements d'outre-mer
 

Carte des empires coloniaux

Dossier sur la colonisation

Pour une relecture de l'histoire coloniale (en pdf)
 

La loi du 21 mai 2001 "tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité"

"Pour nous, c'est le 23 mai"
 

Une fiche sur "Colonisation : droit d'inventaire", un livre de Claude Liauzu
 

Le communiqué de l'Elysée sur l'abrogation de l'article de loi critiqué

 La loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés
 

Le communiqué de l'Elysée sur l'abrogation de l'article de loi critiqué

 L'article 37 de la Constitution (descendre dans la page)
 

Une pétition pour l'abrogation de l'article 4
 

La "pétition contre la loi imposant une histoire officielle du colonialisme"
 

Pour une relecture de l'histoire coloniale (en pdf)
 

Dossier sur la colonisation

"Historiographie des décolonisations et des nationalismes du Maghreb", sur le site du réseau Hermès (Histoire du réseau des Méditerranées)

 

Esclavage : Le crime oublié
Après avoir longtemps occulté ces pages peu glorieuses, la République commence à admettre que la traite des Noirs et l’esclavage font aussi partie de l’histoire de France. Une reconnaissance trop tardive qui entretient les blessures de la communauté noire. Et sert indirectement de prétexte aux dérapages antisémites d’un Dieudonné

Ils sont des dizaines dans la cour du Sénat à parler et parler encore, comme si les mots pouvaient retenir le temps. Que cette journée ne s’achève jamais, cette journée de la reconnaissance! Noirs, bistres, roux ou bruns, enfants de tous les métissages... Ils sont 300 Antillais et Guyanais dans ce palais du Luxembourg, qu’ils ne se décident pas à quitter.

Ce 10 mai 2001, le Sénat vient d’adopter la loi Taubira. Les élus de la République proclament l’esclavage et la traite négrière «crimes contre l’humanité». Des Antillais pleurent. Un texte solennel vient dire à la France que leurs ancêtres étaient des hommes, aimables dans leur martyre oublié.
10 mai 2001. Vingt ans après la victoire de Mitterrand. Un autre 10 mai libérateur... Mais celui-ci ne précipite pas le peuple place de la Bastille. Il ne fait pas les gros titres des journaux. Seuls tressaillent les Antillais du Sénat et ceux qui les regardent, bouleversés. Christian Paul, jeune secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, qui a accompagné la loi.

La députée Christiane Taubira, son initiatrice.

Esclavage, «crime contre l’humanité». Elle aurait voulu que les choses soient plus nettes encore. Accuser nommément les «puissances occidentales» coupables de la traite.

Evoquer la question des «réparations». Ces saillies-là ont été limées. Trop compliquées. Trop brûlantes.

Il n’empêche. La victoire est déjà belle. Un peu de vérité est dite. Taubira, ci-devant indépendantiste guyanaise, n’a jamais été aussi française que ce jour-là: grâce à elle, la France peut regarder son histoire.

Car l’esclavage est aussi une histoire française. Belles familles de Nantes, Bordeaux, La Rochelle, belles fortunes nées de la traite, au temps où Lully faisait danser la cour, où Molière la faisait rire, où Colbert consolidait l’Etat – mais codifiait le statut de l’esclave dans le Code noir. La traite fut notre commerce. L’esclavage, notre économie. Histoire française. Sous la Révolution, l’abbé Grégoire, déjà émancipateur des juifs, et d’autres «amis des Noirs» arrachent l’abolition en 1794. Huit ans après, Bonaparte, Premier consul, envoie sa soldatesque mater la Guadeloupe et rétablit l’esclavage. Bonaparte, auteur d’un crime contre l’humanité. «Une page peu glorieuse de notre histoire», a dit Jacques Chirac en 1998...

Une page peu glorieuse.

Mais sait-on à quel point?

Longtemps la République a occulté les fautes passées de l’Etat.

En 1848, Victor Schœlcher, sous-secrétaire d’Etat à la Marine, impose l’abolition. On indemnise les planteurs, sitôt transformés en capitalistes! Les esclaves, eux, deviennent citoyens. Ensuite on efface tout. D’un coup. Plus rien à voir. Le crime n’est plus nommé. L’esclavage est une victime de l’histoire. Le principe républicain l’éclipse une première fois: l’Etat ne connaît ni anciens maîtres ni anciens esclaves, seulement des Français! L’aventure coloniale l’enterre définitivement. A la figure du Noir enchaîné succède celle de l’Africain ou de l’Arabe dominé. Au XXe siècle, c’est le colonialisme qui sera l’ennemi emblématique du progressisme. Quand les Antilles produiront un révolutionnaire, ce sera Frantz Fanon, inventeur du tiers-mondisme. Mais cet engagement ne dit rien sur la traite et le traumatisme qu’elle a engendré. Aux Antilles rôdent les fantômes. On les conjure par un conte de fées. On célèbre Schœlcher dans un culte infantilisant. «On fêtait la Saint-Victor, comme on aurait adoré un Dieu libérateur», raconte le Guadeloupéen Serge Romana, généticien à l’hôpital parisien Necker. Longtemps Romana a détesté Schœlcher. Il l’a redécouvert adulte, «un observateur hors pair de la réalité antillaise, qui savait à quel point l’esclavage avait détruit la société, ruiné durablement la conscience des hommes, leur estime, leur fierté». Mais le schœlchérisme – l’instrumentalisation d’un grand Français pour étouffer les fautes de la France – lui reste insupportable.

Dans les années 1970, entre Antilles et Guyane, une génération d’activistes se construit une fierté. «Nous découvrions notre histoire en autodidactes», se souvient Christiane Taubira. On célèbre alors les marrons, ces esclaves qui brisaient leurs chaînes. On cherche des héros guerriers, valorisants. Toussaint Louverture, père de l’indépendance haïtiennne; Delgrès, colonel guadeloupéen qui se suicida avec ses hommes en 1802 pour échapper à la défaite et au retour aux chaînes. Il faudra des années pour que des écrivains réconcilient les Antilles avec tout leur passé, et que la figure même de l’esclave, pauvre victime dont les enfants ont honte, soit réhabilitée.

Cette maturation est lente. Elle se passe en dehors de l’opinion française. La métropole ne voit rien. En 1981, Mitterrand a pourtant déposé une rose sur la tombe de Schœlcher. Mais il faut attendre 1998 pour que la France regarde son passé. Cette année-là, la République veut célébrer les 150 ans de l’abolition définitive. L’intention est bonne. «A l’époque, j’ai mené plus de 100 débats dans des universités, des comités d’entreprise, se souvient l’universitaire Marcel Dorigny. Les journaux l’ont ignoré: mais une prise de conscience s’est opérée.» Nantes affronte ses remords. Mais les Antillais sont mal à l’aise dans cette fête décrétée.

Schœlcher encore. Schœlcher toujours. La République magnifique. Et nous donc? Nos pères? Nos victimes? Le malaise s’étend aux «négropolitains» de métropole. Lionel Jospin, alors Premier ministre, prononce pourtant un discours honorable. Célébrant à Champagney des villageois de Haute-Loire qui en 1789 avaient réclamé dans un cahier de doléances la suppression de l’esclavage, il rappelle la responsabilité de la France, salue les luttes des esclaves. Mais Jospin ne suffit pas. Il manque une parole plus forte. Celle de l’Etat, par son premier représentant, qui dirait la souffrance encore à vif.

Chirac serait capable de ce geste. Il l’a eu en direction de la communauté juive, actant la responsabilité de la France dans la Shoah. Il sait être thaumaturge. L’anéantissement des peuples amérindiens lors de la conquête coloniale lui a inspiré une colère durable et des mots exemplaires. Il sait évoquer l’esclavage... Mais, en ces jours de 1998, il n’arrive pas à toucher la douleur antillo-guyanaise. Il évoque «une plaie béante au cœur de l’Afrique qui perdit le plus précieux, une part de sa richesse humaine». Il célèbre Schœlcher, son inspiration, le courage républicain. Il vante l’entrée des esclaves dans la citoyenneté, salue l’apport des Antillais à la France. Mais il ne sent pas que ces Français à part entière restent rongés de l’intérieur par un passé jamais nommé. Il ne trouve pas les mots adéquats. Tiers-mondiste, Chirac plaint la seule Afrique! Jacobin, il ne capte pas les Antillais! «Un simple pardon, au nom de la France, aurait suffi», regrette Serge Romana.
La France blesse, sans même s’en rendre compte. Une affiche maladroite est placardée par l’Etat. «Tous nés en 1848», proclame-t-elle! Pour les descendants du grand viol, c’est une insulte. Déportés, enchaînés, avilis et désormais niés! N’existant que par la grâce de la France esclavagiste puis libératrice! Un peu partout des comités s’organisent. Jamais on ne s’est autant parlé entre «négropolitains». Acteurs, écrivains, médecins, musiciens. Tant d’amour blessé. On se dispute. Qui suis-je? Que vais-je dire? Finalement, ils ne disent rien, et c’est encore plus fort.

Le 23 mai 1998, c’est une mer métissée qui s’engouffre cours de Vincennes. Une marche silencieuse, précédée d’une banderole: «Esclavage, crime contre l’humanité». Combien sont-ils? 40000 disent-ils aujourd’hui. 40000 négropolitains convergeant vers la Nation, sans un mot, mais le cœur débordant. La manifestation est un moment unique. Quelque chose comme la marche des beurs, quinze ans plus tôt, mais venant d’une communauté dont on a folklorisé les angoisses. Nous sommes ici, proclament les enfants du zouk, des acras, du ti-punch. Nous sommes un drame. Nous sommes ici, descendants d’esclaves. La presse et les politiques pourtant passent à côté de l’événement. Qu’importe. «On faisait ça d’abord pour nous, se souvient Romana. On a simplement dit à nos ancêtres qu’on les aimait.» Un mois plus tard, le metteur en scène Luc Saint-Eloi fait sortir ses comédiens dans la rue pour un tableau vivant sur le destin des Noirs. Acteurs avec des chaînes. Il installe un monument du souvenir fait de chaînes et de colliers brisés, qu’il voudrait pérenne et qui pourtant est bientôt déplacé.

En décembre 1998, Christiane Taubira dépose sa proposition de loi. Ancienne gauchiste, députée apparentée PS de Guyane, elle s’est longtemps identifiée aux marrons en révolte. Cette fois, elle parle pour les vaincus. En 1999, quand son texte vient en discussion, c’est une coulée de lave qui sort de sa bouche. «Les millions de morts établissent le crime», lance-t-elle aux députés. Puis la politique reprend ses droits. Arguties et tractations. Des Etats africains font savoir que cette loi est malvenue, embarrassante. Après tout, des rois d’Afrique aussi ont participé à la traite... La loi avance pourtant. Soutenue par le gouvernement Jospin, une fois élaguées les mentions qui fâchent sur les réparations. Qu’importe. «Pour moi, une réparation ne peut être que morale, sous forme de reconnaissance, de musées, de chaires universitaires», dit aujourd’hui Taubira. Elle sort épuisée du combat. Mais un an plus tard, candidate des radicaux de gauche à l’élection présidentielle, elle rafle les suffrages des négropolitains. Solidarité ethnique? Non: reconnaissance.

Quelque chose est né, qu’on ne perçoit pas immédiatement. Un mouvement. Des identités. Pour le meilleur et pour le pire. Romana et ses amis lancent un Comité Marche du 23-Mai pour fouiller leur mémoire. Ils inventent un mot créole, «lanmèkannfèneg», pour résumer leur obsession. «Lanmè»: la mer, traversée par les bateaux négriers; «kann»: la canne à sucre que cueillaient les esclaves; «fè»: les chaînes qui les entravaient; et «nèg», les nègres, le nom qu’on leur donnait. Tandis que Romana travaille entre histoire et psychanalyse, d’autres inventent un groupe de pression: le Calixthe Beyala se monte autour de Luc Saint-Eloi et de l’écrivain franco-camerounaise Calixthe Beyala pour combattre les discriminations dont souffrent... toutes les «minorités visibles»! L’intention est louable. Mais la confusion guette. A mettre sur le même plan Africains et Antillais, mémoire de l’esclavage, séquelles du colonialisme et discriminations d’aujourd’hui, on risque l’explosion mentale. «Politiquement, anthropologiquement, cela n’a aucun sens, s’insurge Romana. Il n’y a aucune expérience commune entre un Antillais, descendant d’esclaves, fruit d’une histoire composite, métissée et douloureuse, et un Africain anciennement colonisé.» «On ne doit faire aucune confusion historique, affirme Christian Paul, aujourd’hui député PS, attentif à la question des "diversités". Mais vivent en France des populations qui se ressentent exclues, et dont le passé est marqué par la persécution. Il faut promouvoir l’égalité et la vérité, en même temps.»

La cacophonie règne bientôt sur la microplanète franco-noire. Alors que les évêques d’Afrique demandent pardon aux descendants d’esclaves, des militants, en France, prétendent interdire qu’on évoque les responsabilités africaines dans la traite! Certains veulent tirer le mouvement noir vers l’islam. D’autres, fascinés par le modèle nord-américain, rêvent à des procès en réparation. D’aucuns veulent embarquer la douleur noire en de douteux combats. Cet hiver, un groupe de militants d’extrême gauche et d’islamistes liés au prêcheur Tariq Ramadan a proclamé la révolte des «indigènes de la République» – mélangeant délibérément l’esclavage, la colonisation, la discrimination... et l’interdiction du foulard islamique à l’école! Plus voyante, l’explosion antisémite de l’humoriste Dieudonné – métis breton et camerounais se proclamant soudain descendant d’esclaves et, comme tel, partant dans une croisade contre Israël et les juifs – vient comme une caricature grimaçante souligner à quel point la mémoire brouillée et exploitée peut se révéler un poison.

«On a besoin d’histoire», affirme l’écrivain guadeloupéenne Maryse Condé. L’auteur de «Ségou» préside un Comité pour la Mémoire de l’Esclavage, né de la loi Taubira. «Nous devons travailler sur la refonte des programmes scolaires, pour que l’esclavage et la traite soient enseignés aux jeunes Français. Nous voulons inventer des commémorations, des lieux de mémoire, pour que ce pays connaisse son passé.» Au printemps prochain, les sages du comité proposeront à l’Etat une date nationale de commémoration. Ce ne sera pas le 27 avril – date du décret Schœlcher – ni le 23 mai, celle de la marche de 1998. Ce sera, jure Condé, «une date consensuelle que tous pourront partager». Le premier pas d’une histoire commune, enfin?

 
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