LA FRANCE PIÈGÉE - Tous les évènements en Côte d'Ivoire Année Novembre 2005

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La "PAIX" qui n'est pas un mot mais un comportement

"Aux tueries et aux blessures des armes, s'ajoutent aujourd'hui les affres de la famine qui a déjà ôté la vie à plus d'enfants que les grandes guerres et fait planer l'ombre de la mort sur des centaines de milliers d'autres, alors que le monde regorge d'aliments qui pourraient les sauver." - Félix Houphouët-Boigny

Superficie : 322 453 km2.
Population : 15,8 millions d'habitants, dont près de 35 % d'étrangers, essentiellement burkinabés.

Capitale politique depuis 1983 : Yamoussoukro, (150 000 habitants).

Capitale économique : Abidjan (2,8 millions d'habitants).
PNB/hab. : 710 dollars américains.
Dette extérieure : 15,6 milliards de dollars.
Monnaie : franc CFA (0,01 franc).
Religions : musulmane (40 %), chrétienne, animiste.
Espérance de vie : 51 ans.
Langues parlées : français, baoulé, dioula.
Religions : 40 % de musulmans, 30 % de chrétiens, 17 % d'animistes.
Principales ethnies : Baoulés, Betés, Dioulas, Sénoufos, Ebriés.
Premier producteur mondial de cacao avec 1,1 million de tonnes en 1999.

Côte d'Ivoire avant "La guerre"

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La Côte d'Ivoire de 1893 à 2004

Biographies de quelques personnalités ivoiriennes

Collectif des Ivoiriens de France pour le démocratie (CIFD). "Un devoir, respecter le vivant, une culture celle de la non-violence": Pour leur adresser un message.

Le Collectif d'information et de solidarité avec les réfugiés et les victimes de la guerre civile en Côte d'Ivoire (CISCI) : Pour leur adresser un message

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Toutes les semaines, des informations sur les évènements en Côte d'Ivoire.

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ÉVÈNEMENTS en CÔTE D'IVOIRE - Novembre 2005


Trois chefs d'Etat Africains à Abidjan pour trouver un Premier ministre

Les présidents nigérian Olusegun Obasanjo, sud-africain Thabo Mbeki et nigérien Mamadou Tandja sont attendus mardi à Abidjan pour tenter de trouver un Premier ministre de transition que la Côte d'Ivoire attend depuis des semaines, afin de pouvoir organiser des élections générales d'ici à octobre 2006.
Ces trois chefs d'Etat, mandatés par la résolution 1633 du Conseil de sécurité de l'Onu, sont attendus à Abidjan à 11H00 (locales et GMT), selon un communiqué de la présidence ivoirienne.
Si le communiqué ne mentionne qu'une "visite de travail", sans plus de précisions, ce nouveau ballet diplomatique pourrait déboucher sur la nomination du nouveau chef de gouvernement "aux pouvoirs élargis" et "acceptable pour toutes les parties", prévu par la même résolution 1633.
"Ils ne peuvent pas venir ici pour se balader. Ils ne peuvent pas être ridicules une fois de plus", estime ainsi une source diplomatique.
De fait, les négociations vont bon train ces derniers jours: le président Mbeki a ainsi rencontré l'ancien Premier ministre ivoirien Alassane Ouattara dimanche et lundi à Pretoria.
La résolution 1633, tout en maintenant au pouvoir le président Laurent Gbagbo pour 12 mois maximum, lui a adjoint un Premier ministre de transition doté de pouvoir élargis et chargé notamment d'organiser une élection présidentielle avant le 31 octobre 2006.
Celle prévue le 30 octobre 2005 n'a pu être organisée, faute d'accord entre les protagonistes de la crise politico-militaire sans précédent que traverse la Côte d'Ivoire depuis plus de trois ans et dont le Nord est contrôlé par la rébellion des Forces nouvelles (FN).
Depuis un mois, les parties ivoiriennes ont été invitées à proposer leurs candidats à ce poste stratégique pour la résolution de la crise. Une première liste de 16 noms a été soumise notamment à M. Obasanjo, également président en exercice de l'Union africaine (UA), qui le 4 novembre à Abidjan avait annoncé la date-butoir du 15 novembre pour clore "le processus de nomination du Premier ministre".
Mais le 16, c'est son ministre des Affaires étrangères Oluyemi Adeniji qui venait soumettre aux parties une liste réduite à quatre noms, rejetée catégoriquement par la rébellion.
Deux membres de l'opposition, MM. Gaston Ouassenan Koné (Parti démocratique de Côte d'Ivoire, PDCI, ex-parti unique) et Yadé Tiémoko Coulibaly (du Rassemblement des Républicains, RDR, d'Alassane Ouattara) figurent sur cette liste, de même que Jacqueline Lohouès Oble, ancien ministre de la Justice, et Gervais Coulibaly, directeur général de la décentralisation.
Les FN, qui réclament la Primature pour leur secrétaire général Guillaume Soro, ont demandé à l'émissaire nigérian des éclaircissements sur les pouvoirs propres du Premier ministre.
Car les protagonistes n'achoppent pas seulement sur le nom de celui, ou celle, que la presse surnomme "l'oiseau rare": elles affichent d'ores et déjà des positions peu conciliables sur l'étendue de ses pouvoirs.
Le Groupe de travail international (GTI) sur la Côte d'Ivoire, chargé de suivre l'évolution du processus de paix, a récemment estimé que la résolution 1633 conférait au futur Premier ministre des "pouvoirs propres", notamment "des compétences nécessaires pour la conduite de l'administration civile et militaire"
Cette définition a été saluée par l'opposition et la rébellion, qui réclament le transfert de tous les pouvoirs exécutifs au Premier ministre.
Elle s'accorde en revanche mal avec l'interprétation restrictive de la résolution par le parti du président Gbagbo, qui l'estime encadrée par la Constitution ivoirienne, fortement présidentialiste

L'absence de Premier ministre empoisonne le climat

L'échec mardi à Abidjan de la médiation africaine à trouver un Premier ministre de transition pour la Côte d'Ivoire pourrait envenimer une situation politique déjà fragile, alors que ce pays traverse une crise sans précédent depuis plus de trois ans.
La presse ivoirienne ne péchait pas par optimisme mercredi en estimant que les présidents nigérian Olusegun Obasanjo, sud-africain Thabo Mbeki et nigérien Mamadou Tandja avaient subi "un échec cuisant".
Pour le quotidien d'informations générales Soir Info, la non désignation du Premier ministre de transition constitue "un blocage total" qui "augure de lendemains difficiles pour la Côte d'Ivoire".
Alors que plus d'un mois s'est écoulé depuis l'adoption de la résolution 1633 du Conseil de sécurité de l'Onu prolongeant le mandat du président Laurent Gbagbo et lui adjoignant un Premier ministre aux pouvoirs élargis, aucune perspective ne semble se dégager de voir nommer l'"oiseau rare", comme l'a qualifié la presse ivoirienne.
La résolution avait fixé la fin octobre comme date butoir pour la désignation d'un nouveau premier ministre. Pourtant, la médiation africaine avait redoublé d'ardeur et de moyens de persuasion mardi, en dépêchant pas moins de trois chefs d'Etat, dont les "patrons" des deux plus importantes puissances d'Afrique noire, le Nigeria et l'Afrique du Sud. Malgré tous ces efforts, le Premier ministre n'est toujours pas désigné, ce qui suscite le doute et l'inquiétude à tous les niveaux de la société ivoirienne ainsi que dans les milieux diplomatiques d'Abidjan.
"Cette bataille de la Primature pourrait entraîner des dérapages dans la rue, comme cela a déjà été le cas depuis trois ans en Côte d'Ivoire" assurait mercredi un diplomate peu optimiste sur la résolution de la crise. Il observait également que, même si une personnalité recueillait l'assentiment de toutes les parties, se déclencherait aussitôt la bataille du partage des pouvoirs, le président Gbagbo tenant à tout prix à garder l'ensemble de ses prérogatives.
La promesse d'une nouvelle visite en Côte d'Ivoire "d'ici dix jours", faite mardi soir par M. Obasanjo à l'issue de ses entretiens infructueux, laisse aussi sceptique un grand nombre d'Ivoiriens et d'observateurs. La résolution de la "quadrature du cercle" apparaît bien délicate en si peu de temps alors que les divergences sont énormes entre tous les protagonistes de la crise, estimait mercredi un diplomate, résumant une opinion largement répandue dans la capitale économique ivoirienne.
Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP, opposition politique) a ainsi rendu mercredi Laurent Gbagbo responsable du blocage de la nomination du Premier ministre. Pour leur part, les Ivoiriens, qui se disent "fatigués" de l'attendre, sont en général assez pessimistes pour l'avenir et ne cachaient pas leur déception, mercredi, au lendemain de cette nouvelle tentative de médiation avortée, à l'instar de cet homme d'affaires qui déclarait tout de go que les hommes politiques ivoiriens "se moquent de nous".
La presse ivoirienne n'hésitait d'ailleurs pas à stigmatiser "l'irresponsabilité" de la classe politique qui pourrait entraîner de graves conséquences, alors que le journal Nord Sud, proche de l'opposant Alassane Ouattara, esitmait que cette attitude pourrait faire "le lit des militaires", car "rien ne peut être exclu" désormais

Comment voyage SoroDakar, Accra, Abuja, Libreville, Ouagadougou, Paris, Bonn... Guillaume Soro, le secrétaire général des Forces nouvelles, l'ex-rébellion ivoirienne, voyage beaucoup. Pour ses déplacements en Europe, et notamment en France, où réside sa famille, il utilise la plupart du temps le passeport diplomatique que lui ont délivré les autorités sénégalaises : contrairement à son passeport ivoirien, celui-ci le dispense d'obtenir un visa. Cette facilité est d'autant plus appréciable que les autorités consulaires françaises ne délivrent de visas aux ressortissants ivoiriens, quels qu'ils soient, qu'avec lenteur et parcimonie.
À Paris, Soro a ses habitudes dans un hôtel du 16e arrondissement : il y reçoit ses visites, mais n'y dort pas pour des raisons de sécurité. Pour cela, il préfère l'appartement loué par sa famille, hier dans le même arrondissement, aujourd'hui à Franconville, dans la banlieue parisienne. Ses émoluments de ministre d'État (plus de 5 millions de F CFA par mois) et les frais de représentation qui lui sont octroyés en sa qualité de chef de file des Forces nouvelles lui permettent de faire face à ses multiples dépenses.



Que deviennent les Français de Côte d'Ivoire ?
Un an après les « événements » d'Abidjan, la plupart des expatriés sont rentrés dans leur pays d'origine. Où ils vivent des fortunes diverses.
Le salon d'Hélène Akoun est presque vide et les murs sentent encore la peinture fraîche. Une table, quelques chaises, un canapé usé, une télé et des cartons encore fermés meublent la pièce. Seule décoration de l'appartement, la sculpture africaine en ébène, déposée sur le radiateur près de la fenêtre, est là pour témoigner que la famille Akoun a connu autre chose que le marché et les rues grises de Maisons-Laffitte, en banlieue parisienne.
Il y a un an, la chirurgienne-dentiste, 38 ans, et son mari, courtier en assurances, habitaient en Côte d'Ivoire. Leurs enfants, 8 et 11 ans, ont grandi dans une belle maison d'Abidjan. Mais les « événements » du 6 novembre 2004 (c'est ainsi que les rapatriés de Côte d'Ivoire parlent de la destruction des Sukhoï ivoiriens par la force Licorne et la « chasse aux Français » qui s'est ensuivie dans la capitale économique) ont irrémédiablement fait prendre à la vie de ces Franco-Ivoiriens un tour nouveau. À l'image de la majorité des 8 300 autres rapatriés français qui ont été évacués vers la mère patrie, où ils n'avaient que peu - voire jamais - vécu.
Il a fallu recommencer de zéro, se remettre du choc - parfois atroce pour celles qui ont été violées (14 plaintes ont été déposées dans des tribunaux en France, mais ont bien peu de chances d'aboutir puisqu'on ne connaît pas les coupables) -, courir les administrations pour obtenir des aides, prier les autorités locales de leur trouver un toit. En août, après avoir vécu chez des amis pendant trois mois, puis dans un petit appartement trouvé par chance, Hélène Akoun a été l'une des premières à obtenir un logement social dans la région parisienne. Mais dans un trois pièces sans balcon, on se sent à l'étroit. « Il faudra que je trouve plus grand. C'est dur pour les enfants. Les copains de ma fille à l'école ne comprennent pas pourquoi elle ne veut pas "jouer à la guerre" avec eux... »
À l'heure du triste premier anniversaire de leur retour en France, les rapatriés de Côte d'Ivoire crient encore leur colère. Contre l'administration française, complexe et impersonnelle, qui ne les aide pas. Contre le gouvernement, sourd à leurs appels au secours. Contre Jacques Chirac et la diplomatie du Quai d'Orsay, source de tous leurs malheurs. Contre la France, si peu accueillante, où l'emploi se fait rare. Seuls épargnés de cette rancoeur, les Ivoiriens. « La haine de novembre 2004 contre nous ne fait pas partie de leur mentalité. Ils ont été manipulés », explique Marc Balzer, président de l'Association des entreprises sinistrées de Côte d'Ivoire (Aesci). « Nous n'avions jamais eu de problème jusqu'à ce que la France impose des ministres issus de la rébellion à Laurent Gbagbo, en janvier 2003. Nous sommes otages d'une situation géopolitique et diplomatique qui ne dépend pas de nous. »
Voilà pourquoi, par le biais de son association forte d'une centaine de PME et PMI qui ont fait faillite au lendemain du 6 novembre, il continue à se battre pour obtenir une aide accrue des autorités françaises. « Nous sommes des fleuristes, des coiffeurs, des boulangers, des hôteliers... Les grands groupes qui font la politique de la France avec le Quai d'Orsay n'auront pas de problème à retourner en Côte d'Ivoire. Nous, si ! »
En décembre 2004, encore sous le choc de la haine antifrançaise, et dans l'urgence de régulariser la situation de 8 300 « nouveaux » Français, le gouvernement prenait un décret attribuant aux rapatriés de Côte d'Ivoire des droits équivalents à ceux dont les Français d'Algérie avaient bénéficié en 1962. Soit une aide exceptionnelle de 750 euros par personne et 250 euros par enfant à charge, l'ouverture de droits à la Couverture maladie universelle (CMU) et au RMI, ainsi qu'une participation de 10 % à l'investissement pour la création d'entreprise (plafonnés à 40 000 euros). L'enveloppe totale de l'aide d'urgence était de 5 millions d'euros ; elle a bénéficié à 1 450 familles (tous ceux qui n'étaient pas protégés par leur statut de fonctionnaire ou de salarié de grande entreprise).
Pour ceux qui ont tout perdu, c'est peu, estiment les entrepreneurs. « Les Français d'Algérie ont obtenu des aides parfois bien plus importantes. Si on nous a mis dans le même sac, il faut tenir la logique jusqu'au bout. Une aide de 10 % pour créer une entreprise, dans un délai de dix-huit mois puisque la mesure est temporaire, ne peut pas nous aider à trouver des fonds et être crédibles auprès des banques », s'insurge Marc Balzer, auparavant tenancier d'un complexe hôtelier qui a brûlé sous ses yeux le 6 novembre : 600 000 euros partis en fumée.
L'Aesci estime entre 50 millions et 60 millions d'euros les pertes subies par les membres de son association. Soit deux mois d'entretien de la force Licorne, calcule son président... « Nous ne pouvons pas attaquer individuellement le gouvernement ivoirien, mais la France, si elle a la volonté politique, peut entreprendre une action juridique. On ne rêve pas, on n'aura rien tant que la situation ne se sera pas améliorée, mais on veut que les demandes soient faites maintenant, pour profiter, à la fin de la crise, des aides promises à Abidjan par la Banque mondiale et le FMI. » En attendant, selon l'Aesci, quelque 200 plaintes contre X ont été déposées en France devant les tribunaux de grande instance.
À la Mission interministérielle aux rapatriés (MIR) à Paris, on estime pourtant que le dispositif d'aides mis en place en décembre 2004 n'est pas une loi d'indemnisation générale. Rien à voir, soulignent ses responsables, avec le rapatriement du million de Français d'Algérie en 1962. « Il faut être prudent, explique la MIR, car il y a encore des cas individuels de détresse qui méritent notre aide, mais la comparaison avec l'Algérie est erronée. Il s'agissait à l'époque d'un territoire sous autorité française. Ici, c'est une crise majeure dans un pays souverain qui a conduit un nombre important de nos compatriotes à revenir. Pour aller vite, on a cherché un instrument juridique déjà existant, afin d'aider individuellement les victimes de ce choc. On pourrait d'ailleurs avoir une autre lecture des choses : les rapatriés d'autres pays n'ont jamais bénéficié de mesures de ce genre... » Nabil Neffati, directeur du Comité d'entraide aux Français rapatriés (CEFR), rappelle aussi que « la France est l'un des seuls pays qui rapatrie ses ressortissants et s'occupent de ceux qui sont dans l'indigence. » Le Centre soutient encore 315 familles ayant besoin d'une caution pour trouver un appartement sur les 641 qui ont profité de ses services, à leur arrivée il y a un an.
La détresse absolue, les conditions de vie précaires se font chaque jour un peu plus rares. « Nous n'avons reçu que quarante dossiers pour l'aide à la création d'entreprise, tandis que seule une vingtaine de dossiers pour les aides d'urgence n'ont pas encore été réglés. La majorité des rapatriés se sont réinsérés », indique-t-on à la MIR. Pour faire bénéficier au plus grand nombre des mesures prises en décembre 2004, le statut de rapatrié a été élargi à ceux qui étaient rentrés en France avant novembre 2004 et n'ont pas pu retourner à Abidjan en raison des événements. La MIR est aussi en train d'étudier la possibilité de faire passer à 30 % de l'investissement l'aide à la création d'entreprise. Elle devrait aussi accélérer les autorisations d'exercer à la douzaine de médecins qui ont du mal à faire reconnaître leur diplôme en France.
Au-delà des enjeux financiers, les Français de Côte d'Ivoire doivent aussi faire face à des obstacles que la MIR ou le CEFR ne peuvent résoudre. Si certains ont retrouvé du travail, les chômeurs s'impatientent. Sur les 2 200 Français qui ont été accueillis par le CEFR en novembre 2004, avant de retourner dans leurs familles ou de trouver un logement, seulement 20 % travaillent aujourd'hui ou sont en formation. Les autres rencontrent les pires difficultés.
« On ne connaît pas les marchés porteurs, on ne travaille pas de la même manière. Comment voulez-vous qu'on arrive à créer une entreprise ou à trouver du travail ? La France a changé, c'est fou ! » s'étonne Sandrine Valette, 37 ans, dont plus de quinze passés en Côte d'Ivoire. Aujourd'hui hébergée par un ami à Charenton-le-Pont dans la banlieue de Paris, elle porte toujours un pendentif en forme d'Afrique, donne son curriculum vitae à qui veut bien le prendre, et se balade avec une pochette rouge où sont rangés ses documents : lettres de la MIR, titre de rapatriée, fiches de salaires et de retraite. Des cotisations à la Caisse nationale de prévoyance sociale de Côte d'Ivoire (CNPS) qu'elle risque, comme tous les autres, de ne jamais récupérer. Avant la crise, les Français qui quittaient la Côte d'Ivoire recevaient automatiquement leur dû de la CNPS. Mais, en novembre 2004, ils sont partis trop vite...
Inadaptés, pour beaucoup, au marché du travail français, ils souffrent aussi de la mauvaise image de l'expatrié. « Avoir une expérience en Afrique n'est pas une bonne carte de visite », explique Marc Balzer. Les poncifs courent : il n'est plus dans le coup, il se reposait tranquillement au soleil, il a plein d'argent. « Mais on travaillait, nous, là-bas », répondent les rapatriés de Côte d'Ivoire. Bien sûr, il y avait aussi les boys, les femmes de ménage, les chauffeurs, les belles villas...
« Le complexe de supériorité de l'expatrié français était insupportable aux yeux de certains Ivoiriens, explique un binational. Il faut être plus humble quand on n'est pas chez soi. Bien sûr, on s'expatrie pour faire de l'argent, mais ça n'empêche pas le respect. » À Paris, Lille ou Nantes, fini les délicieux plats cuisinés par la mama de Cocody. Et, le matin, en se levant, on n'aperçoit plus le palmier au fond du jardin. « Il y a encore des illusions qui n'arrivent pas à tomber chez certains, explique Nabil Neffati. Ils n'ont pas fait le deuil de leur condition sociale et de leur mode de vie. Ceux qui acceptent tout de suite la perspective de rester en France y arrivent mieux. »
Les autres caressent l'idée de se réinstaller en Côte d'Ivoire, quand ils ne le sont pas déjà. « On ne vit pas comme des Français normaux. Soit les familles sont séparées, soit on vit dans la misère », explique Marie-Laure Delaunay, secrétaire générale de l'Association des rapatriés de Côte d'Ivoire (Arci).
Dans son appartement de Maisons-Laffitte, Hélène Akoun estime que « son pays d'origine a échoué dans sa mission de réintégrer ses ressortissants, puisque certains ne pensent qu'à retourner à Abidjan ». Elle connaît le problème. Son mari ne se fait pas à la vie en France. « Il fait des allers-retours incessants. Il garde espoir. Tout cela a des conséquences psychologiques au quotidien. » Car la jeune mère désire que ses enfants grandissent en paix. « J'ai été élevée dans la sérénité en Côte d'Ivoire. Je veux que mon fils et ma fille vivent aussi comme des enfants. La petite dernière ne connaît que les coups d'État en Côte d'Ivoire. C'est en France qu'elle pourra devenir une adulte, tranquillement. » Tant pis si son père préfère les rives de la lagune Ébrié aux quais de Seine.





Toujours pas de Premier ministre, mais ses pouvoirs font déjà débat

La Côte d'Ivoire attend toujours la nomination d'un Premier ministre de transition, près de 15 jours après la date prévue, mais les acteurs de la crise - pouvoir, opposition, rébellion - affichent déjà des positions peu conciliables sur l'étendue de ses futurs pouvoirs.
Chargé de suivre l'évolution du processus de paix, le Groupe de travail international (GTI) sur la Côte d'Ivoire, a estimé mardi que la résolution onusienne 1633, qui prescrivait la nomination de ce Premier ministre avant le 31 octobre 2005, conférait à celui-ci des "pouvoirs propres".
"S'agissant en particulier de la pleine autorité du Premier ministre sur son gouvernement, il dispose des compétences nécessaires pour la conduite de l'administration civile et militaire, la désignation et la révocation de ses responsables et le contrôle des ressources financières", a précisé le GTI, lors de sa première réunion à Abidjan.
Cette définition affinée des pouvoirs du futur Premier ministre a été saluée par l'opposition et la rébellion, qui réclament le transfert de tous les pouvoirs exécutifs au Premier ministre.
Mais elle s'accorde mal avec l'interprétation restrictive de la résolution faite par le parti du président Laurent Gbagbo, qui l'estime encadrée par la Constitution ivoirienne, fortement présidentialiste.
"Le GTI (Groupe de travail international) outrepasse dangereusement et exagérément ses compétences et ses fonctions (...) Son rôle n'est aucunement de statuer sur les pouvoirs du Premier ministre", s'est insurgé vendredi dans un communiqué le Front populaire ivoirien (FPI).
La résolution 1633 charge notamment le futur Premier ministre d'organiser avant le 31 octobre 2006 la présidentielle qui n'a pu se dérouler le 30 octobre 2005, en raison de la persistance de la crise politico-militaire qui coupe la Côte d'Ivoire en deux depuis que la rébellion des Forces nouvelles (FN) a pris les armes en septembre 2002.
Elle a également maintenu au pouvoir le président Gbagbo pour 12 mois maximum.
"La résolution a décidé de maintenir M. Gbagbo. Il y en a qui n'étaient pas d'accord mais ils ont accepté. De même, elle confère tous les pouvoirs au Premier ministre et il faudra bien que cela soit respecté", a estimé Dagobert Banzio, porte-parole du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), l'une des deux principales formations de l'opposition ivoirienne, interrogé par l'AFP.
"La 1633 n'était pas lisible et compréhensible. Le GTI a clarifié la situation (...) Le FPI tergiverse et nous allons donc voir à présent si le GTI va se montrer ferme", a expliqué de son côté à l'AFP le porte-parole des FN, Sidiki Konaté.
C'est dans ce contexte peu encourageant que le président en exercice de l'Union africaine (UA), le nigérian Olusegun Obasanjo, venu rencontrer au pas de charge les acteurs de la crise le 4 novembre à Abidjan, a prévu de "conclure d'ici au 15 novembre" le processus de nomination du Premier ministre.
Seize noms ont dans un premier temps été proposés par les différentes parties à la crise. L'un d'eux, l'évêque de Yamoussoukro, Mgr Siméon Paul Ahouan, "surpris" de se trouver sur la liste, a toutefois annoncé qu'il ne postulait pas.
Chacune des parties, destinataire de cette liste, a ensuite transmis ces derniers jours une sélection des candidats "acceptables".
Reste désormais à M. Obasanjo et à ses homologues sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de l'UA, et nigérien Mamadou Tandja, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) à trouver avec les parties ivoiriennes une solution consensuelle parmi ces noms restants.
Ces derniers jours, la presse ivoirienne s'est lancée dans de savantes supputations, chaque titre publiant une liste des trois ou quatre favoris, dont la physionomie varie en fonction du camp auquel le quotidien appartient.



Hôtel Ivoire: des anciens combattants ivoiriens "choqués"

La poitrine barrée de décorations, d'anciens combattants ivoiriens fiers d'avoir combattu pour la France, se sont dits "choqués" vendredi, un an après, par les tirs de l'armée française le 9 novembre 2004 contre des manifestants devant l'Hôtel Ivoire à Abidjan.
"J'ai été choqué", se souvient Joseph Kouassi, 68 ans, vêtu de son uniforme kaki délavé sur lequel il arbore fièrement des médailles françaises, en marge d'une cérémonie commémorant à Abidjan, devant le monument aux morts des deux guerres mondiale, l'armistice du 11 novembre 1918.
"Après avoir dépensé toutes mes forces là-bas en Algérie (durant le conflit entre 1954 et 1962), j'ai trouvé que la France a été méchante", explique-t-il d'une voix à peine audible.
Le 9 novembre 2004, sur le parvis de l'hôtel Ivoire, où étaient regroupés des ressortissants français victimes de trois jours de violences anti-françaises, l'armée française avait ouvert le feu sur des milliers de manifestants persuadés qu'elle allait attaquer la résidence présidentielle toute proche.
Plusieurs Ivoiriens avaient été tués et de nombreux blessés.
Légèrement voûté et portant lui aussi des médailles sur la poitrine, Tra Gouré Bi, 69 ans, affirme qu'il n'est pas "content" de l'armée française.
"Blessé" en Algérie en 1959, M. Gouré Bi, même si son français est approximatif, est resté soldat français dans l'âme.
"Si notre président (français) Jacques Chirac donne l'ordre, ce sont quand même des enfants (les manifestants), ils (les soldats français) ne devaient pas tirer sur eux". A l'époque, en Algérie, raconte-t-il, il tirait sur des "ennemis", et Français et Ivoiriens ne sont selon lui pas ennemis.
Le camp présidentiel avait qualifié l'action française en novembre 2004, de guerre néo-coloniale.
"Qui va être content de la guerre que les Français ont fait ici?", renchérit, sans commenter, celui qui se présente sous son numéro de matricule "32.557", François Kokobo Doua, 65 ans, assis avec deux de ses "frères d'armes" en Algérie dans la cour du siège de l'Association des anciens combattants (Anac) de Côte d'Ivoire dans le quartier des affaires au Plateau.
Les violentes manifestations de novembre 2004, qui ont provoqué le départ de 8.000 Français de Côte d'Ivoire, faisaient suite à la destruction le 6 novembre par l'armée française de la quasi-totalité de l'aviation ivoirienne en représailles au bombardement d'un cantonnement français à Bouaké (centre).
Neuf soldats français et un civil américain avaient été tués dans ce bombardement. M. Gbagbo a récemment qualifié le 9 novembre de "jour de barbarie, de deuil et de courage"
Ces anciens combattants reprochent par ailleurs à la France de n'avoir pas honoré une promesse d'augmentation de leur pension.
"Nous continuons de percevoir en tout et pour tout 30.000 FCFA (46 euros) chaque semestre, en janvier et en juillet", affirme amèrement M. Kouassi, estimant qu'ils ne sont pas considérés "comme des personnes ayant des droits".
Plus 50.000 Ivoiriens ont combattu sous uniforme français au XXe siècle, que ce soit lors des deux conflits mondiaux, ou des guerres d'Algérie et d'Indochine, selon le ministère ivoirien de la Défense, qui a précisé qu'environ 3.000 étaient encore en vie.
Ancienne colonie française, la Côte d'Ivoire a accédé à l'indépendance en 1960.



Gbagbo va immortaliser la date d'affrontements entre armée française et manifestants ivoiriens

Le président ivoirien Laurent Gbagbo a annoncé mercredi à Abidjan qu'il signerait un décret pour immortaliser le 9 novembre 2004, journée d'affrontements entre l'armée française et des manifestants ivoiriens.
"Le 9 novembre a été un grand jour de barbarie, de deuil, mais en même temps un grand jour de courage à tous les niveaux des manifestants", a déclaré M. Gbagbo, lors d'une cérémonie au palais présidentiel d'Abidjan.
"Nous ferons tout pour que ce jour reste gravé dans la mémoire des Ivoiriens", a dit le président Gbagbo, en recevant les familles des victimes.
Le 9 novembre 2004, des affrontements meurtriers avaient éclaté entre un contingent de l'armée française et des milliers de manifestants ivoiriens rassemblés devant l'Hôtel Ivoire, architecture symbolique d'Abidjan.
Les militaires français disaient préparer une opération d'évacuation de ressortissants occidentaux depuis cet hôtel de luxe, alors que les manifestants ivoiriens les avaient accusés de "comploter" un coup d'Etat contre le président Laurent Gbagbo.
Le chef de l'Etat ivoirien a également fait savoir qu'une rue dans le quartier chic de Cocody porterait le nom de "Jean-Louis Kouassi Koulibaly", jeune manifestant qui, selon les médias ivoiriens, avait été tué par une balle de l'armée française.
Par ailleurs, M. Gbagbo a déclaré que les victimes mortes seraient décorées à titre posthume, lors de l'inauguration d'un siège qui serait alloué au collectif des parents des victimes.
Trois jours plus tôt, une petite cérémonie s'est organisée à Bouaké (centre, fief de la rébellion ivoirienne) en présence de l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire, André Janier, et du commandant de la force française de l'opération, le général Elrick Irastorza, pour commémorer la mort de neuf soldats français lors d'un raid de l'armée ivoirienne l'année dernière.
Le 6 novembre 2004, un camp de l'armée française à Bouaké ( centre, fief de la rébellion ivoirienne) avait été touché par les bombardements de l'aviation ivoirienne, qui avaient déclenché, deux jours plus tôt, des raids aériens contre des positions rebelles, ce qui auraient entraîné une opération de représailles par l'armée française.
Les représailles françaises avaient causé des conflits entre les forces françaises et ivoiriennes, provoquant ensuite des manifestations violentes anti-françaises, suivies des pillages contre la communauté française d'Abidjan.
Selon la télévision nationale ivoirienne, les heurts violents entre l'armée française et les manifestants ivoiriens, qui avaient duré trois jours, auraient fait 57 morts, trois disparus, et plus de deux mille de blessés.



29 footballeurs ivoiriens sélectionnés pour les matches amicaux avec la Roumanie et l'Italie

Un total de 29 footballeurs ivoiriens ont été sélectionnés par le Français Henri Michel pour les prochains matches amicaux contre la Roumanie et l'Italie, selon la liste publiée jeudi à Abidjan.
La plupart des footballeurs ivoiriens faisaient partie de l'équipe qui s'est qualifiée pour le Mondial 2006, alors que certains nouveaux, notamment les défenseurs Raoul Kouakou (Malmö, Suède) et Issoumaïla Dao (Toulouse, France), ont été convoqués.
Sur la liste figurent aussi le gardien de but Daniel Yeboah ( Villemonde, France) et l'attaquant Kandia Traoré (Le Havre, France) ,qui avaient été retenus une fois par le sélectionneur Henri Michel.
Les matchs amicaux que les Eléphants de Côte d'Ivoire doivent évoluer se dérouleront le 12 novembre au Mans (France, avec la Roumanie) et le 16 novembre à Genève (Suisse, avec l'Italie).
Voici la liste des 29 footballeurs ivoiriens :
Gardiens de but: Jean-Jacques Tizié (Espérance Tunis, Tunisie), Gérard Gnanhouan (Montpellier, France), Boubacar Barry (KSK Beveren,Belgique), Daniel Yeboah (Villemonde, France)
Défenseurs: Cyrille Domoraud (Créteil, France), Blaise Kouassi (ESTAC, France), Abdoulaye Meïté (Marseille, France), Etienne Arthur Boka (Strasbourg, France), Abib Kolo Touré (Arsenal, Angleterre), Emmanuel Eboué (Arsenal, Angleterre), Marc André Zoro (Messina, Italie), Issoumaïla Dao (Toulouse, France), Raoul Kouakou(Malmö, Suède)
Milieux de terrain: Siaka Tiéné (AS Saint-Etienne, France), Didier Zokora (AS Saint-Etienne, France), Emerse Faé (FC Nantes, France), Gilles Yapi Yapo (FC Nantes, France), Kanga Akalé ( Auxerre,France), Romaric N'Dri Koffi (Le Mans UC, France), Guy Roland Demel(Hambourg, Allemagne), Gnégnéri Yaya Touré (Olympiakos, Grèce), Abdoulaye Djiré "Junior" (KSK Beveren, Belgique), Marco Né (KSK Beveren, Belgique)
Attaquants: Aruna Dindane (RC Lens, France), Bakari Koné "Baky "(OGC Nice, France), Didier Drogba (Chelsea FC, Angleterre), Arouna Koné (PSV Eindhoven, Pays-Bas), Bonaventure Kalou (Paris Saint-Germain, France), Kandia Traoré (Le Havre AC, France).



L’affaire Mahé en questions
Six mois après le meurtre d’un Ivoirien par des soldats français, coupables et responsables vont devoir affronter la justice. Quand l’ armée nettoie ses écuries...
Les premières sanctions sont donc tombées, le 2 novembre, à Paris, dans le cadre de ce qu'il est désormais convenu d'appeler « l'affaire Firmin Mahé ». Deux généraux, un colonel, un adjudant chef et deux soldats du rang de l'armée française sont frappés d'un blâme ministériel - soit la sanction la plus lourde du premier groupe des mesures disciplinaires prévues par le statut général des militaires. Les six hommes, mutés pour la plupart, font également l'objet d'une enquête diligentée par le Tribunal aux armées pour « homicide volontaire ». Du jamais vu en France depuis quarante ans.
Comment et pourquoi Firmin Mahé a-t-il été tué ?
On sait désormais l'essentiel sur le meurtre, le 13 mai 2005, de ce « coupeur de routes » présumé de l'Ouest ivoirien. Blessé par une patrouille française puis emmené à bord d'un blindé vers l'hôpital de Man - selon certains témoignages, il aurait été exhibé, attaché à la tourelle d'un VBL, pendant la traversée du village de Beoué -, Firmin Mahé, 30 ans, est étouffé au cours de son transfert à l'aide d'un sac en plastique. Ce que l'on ignore encore cependant, c'est pourquoi l'adjudant chef et les deux soldats qui ont perpétré cet acte à l'intérieur même du char en sont arrivés là. « Dans leur esprit, il valait mieux que Mahé disparaisse », lâche, laconique, le général Bentegeat, chef d'état-major des armées - avant de suggérer que les militaires français, « très impliqués auprès des populations », et persuadés que la justice ivoirienne allait à nouveau le remettre en liberté, auraient jugé utile de débarrasser une fois pour toutes la région de ce bandit notoire. L'explication est un peu courte, tant asphyxier un homme blessé à mains nues semble relever du sadisme. Après tout, le peloton de chasseurs alpins, qui avait déjà tiré six cent cinquante cartouches pour atteindre Mahé à la jambe, aurait pu en tirer une de plus pour l'achever et le déclarer mort pendant sa fuite. Pourquoi l'étouffement ?

Pourquoi ce scandale a-t-il été rendu public ?

Pour éviter, justement, le... scandale. En l'occurrence, la technologie du numérique qui permet la circulation des photos sur Internet, la présence des médias et des ONG, bref « l'effet Abou Ghraib », ont joué à plein. Lorsque le haut état-major et la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie ont été informés de l'affaire, ils se sont très rapidement rendu compte qu'elle était connue d'un certain nombre de militaires ayant opéré en Côte d'Ivoire. En l'occurrence, c'est un capitaine fraîchement rentré d'Abidjan qui a « vendu la mèche » à un général de ses parents en poste à Nantes, lequel en a averti son supérieur direct Bernard Thorette, chef d'état-major de l'armée de terre. Il fallait donc agir vite avant que l'affaire éclate dans les médias - ce qui aurait été du plus mauvais effet. Et démontrer que l'armée française, qui sait balayer devant sa porte quitte à livrer ses brebis galeuses en pâture à l'opinion, parce qu'elle l'a elle-même décidé, a définitivement tourné la page des guerres coloniales.
À cet égard, il est notable que les quatre officiers généraux concernés par cette histoire (les deux blâmés Poncet et Malaussène et les deux procureurs Bentegeat et Thorette) ont un profil identique : saint-cyriens, la cinquantaine, ils ont tous servi à un moment ou à un autre en Afrique. Mais, à la différence de leurs supérieurs, les deux premiers, et notamment Henri Poncet, que l'on dit très marqué par l'Algérie, où il est né, ont une culture d'hommes de terrain où l'honneur d'un chef consiste à couvrir ses hommes jusqu'au bout.

Justice militaire ou Cour pénale internationale ?

Dans le cas d'espèce, la justice est et restera militaire : en matière de crimes et délits commis par des soldats français à l'étranger, le Tribunal aux armées de Paris est en effet seul compétent. Reste que la France est signataire du statut de la Cour pénale internationale (CPI), laquelle est habilitée (article 8) à juger des crimes de guerre perpétrés en zones de conflit tels que l'homicide volontaire, la torture et les traitements inhumains. Un recours à la CPI est-il dès lors possible ? La France, qui reproche volontiers aux États-Unis (ou à Israël) de s'exonérer de toute juridiction internationale, montrera-t-elle l'exemple ? Non. Car la France, on ne le sait pas assez, a beaucoup bataillé pour introduire dans le statut de la Cour le fameux article 124 - une disposition transitoire qui protège les militaires du pays qui le souhaite contre toute poursuite concernant les crimes de guerre. Et ce pendant une période de sept années à partir de l'entrée en vigueur du statut à son égard. Or Paris a officiellement déposé son instrument de ratification de la CPI le 9 juin 2000, ce qui lui laisse le loisir d'user de l'article 124 jusqu'en juin 2007. Les autorités françaises ont certes la possibilité de passer outre à cette disposition purement facultative, mais elles ne le feront pas. La « ligne Chirac » est en ce domaine similaire aux lignes Bush, Sharon, Blair ou autres : protéger au maximum l'armée de toute ingérence de la part des juridictions internationales.

Pourquoi les Ivoiriens font-ils profil bas ?

La quasi-absence de réactions officielles des autorités ivoiriennes au meurtre d'un de leurs ressortissants - une affaire pourtant éminemment exploitable - surprend. Mais elle s'explique. Loyaliste le jour, rebelle la nuit et membre d'une milice d'autodéfense aux allégeances variables, Firmin Mahé n'est véritablement revendiqué par aucun camp. En outre, dans un pays où la majorité de la population est lasse de l'inefficacité de la police et de la justice, la mort d'un présumé voyou de grand chemin est un non-événement. À Abidjan, comme partout ailleurs, les phénomènes de « justice populaire » ne sont pas rares, tout comme les exécutions sommaires perpétrées par les « corps habillés » (les forces de l'ordre) en toute impunité. Certains soupçonnent aussi les Français d'avoir voulu faire toute la lumière sur un fait précis, mais très circonscrit, afin d'éviter d'enquêter sur d'autres « dérapages » beaucoup moins incontrôlés - notamment les morts de novembre 2004 à Abidjan. Enfin, côté pouvoir, la tentation de conclure un « deal » implicite avec Paris entre cette affaire et l'enquête en cours sur le bombardement du contingent Licorne de Bouaké - laquelle enquête piétine étrangement aux portes de la présidence - n'est pas à exclure.

Laurent Gbagbo cherche de l'argent frais...

Avant que sa signature de chef d'Etat ne puisse être contestée et avant la nomination d'un premier ministre qui aurait "le contrôle des ressources financières", selon les vœux pieux du Groupe de travail international (GIT), le président Laurent Gbagbo signe et paraphe à tour de bras… Le stylo fume ! La signature le 17 octobre avec Martin Bouygues, l'ami intime du couple Ouattara, du renouvellement de la concession d'eau et d'électricité du groupe était déjà un bel exercice de style ! (LC n†480). La trésorerie ivoirienne est à l'étiage et la campagne électorale s'annonce rude. La vente immobilière à la découpe à Paris et les bonus pétroliers et cacaoyers ne seront pas de trop pour faire face aux dépenses dans les prochains mois. Enquête exclusive.
Adieu le patrimoine immobilier du "Vieux".
L'ancien président Félix Houphouët-Boigny avait constitué à Paris un patrimoine immobilier et mobilier - personnel et étatique largement imbriqué - impressionnant. Selon nos informations, le président Laurent Gbagbo a décidé de vendre une partie de ces "bijoux de famille". Il a donné mandat, le 31 octobre 2005, à Me Sanogo Yaya, de nationalité française, avocat à la cour d'appel d'Abidjan, de vendre deux hôtels particuliers au 8 et au 16 rue Léonard de Vinci, dix places de parking rue Beethoven, deux lots d'appartements aux 12e et 13e étages de la Tour Norma à la Défense, avec l'ensemble des 28 parkings correspondants et une cave dans les sous-sols du 49 avenue Paul Doumer. Le notaire chargé d'établir les actes de vente est Me Félix Altman, rue St Fiacre à Paris. (Interrogé, ce dernier n'a pas souhaité confirmer). Les fonds de ces ventes devront être versés sur le compte "présidence de la République" ouvert à la Société Générale, Porte Maillot. Simple, non ?
Bonjour les bonus pétroliers.
A chaque signature de nouveaux permis, tombe le jackpot des bonus pétroliers. Le 3 novembre dernier, le ministre de l'énergie et des mines, Léon Emmanuel Monnet a signé, à Milan, en marge du tout nouveau CREA - comme l'a révélé dans sa dernière édition Africa Energy Intelligence, lettre spécialisée dans l'énergie d'Indigo Publications - un contrat de partage de production sur le bloc CI-24 avec le pétrolier italien Edison, "gentil" sponsor du colloque (lire également p.5). La même semaine, à travers les réseaux sud-africains de l'ANC, c'est le groupe Energetic, contrôlé par Yako Mazwi et Bruce Buthelezi, qui a signé deux permis (CI-12 et CI-104). Déjà bien implanté dans le pays, Vanco dont le représentant à Abidjan n'est autre que l'ancien PDG de Petroci, Gilbert Yougoubare, a signé le 4 octobre deux nouveaux contrats de partage de production pour les blocs CI-401 et CI-101, le long de la frontière ghanéenne. D'après nos sources, le permis C-202 du britannique Africa Petroleum pourrait être repris par Procarbon, une coquille vide dans laquelle l'homme d'affaires Arcadi Gaydamak pourrait investir. Que du bonheur…
"Bonne arrivée" des taxes du cacao.
La filière du cacao demeure "complexe et opaque" et ses recettes relèvent, selon le pouvoir en place, quasiment de "la défense et de la souveraineté" de l'Etat écrit avec à-propos le groupe d'experts des Nations unies dans son rapport remis au Conseil de sécurité le 18 octobre (lire p.2). En plus du Droit unique de sortie (DUS) - 220 F CFA/kg pour la campagne 2005-2006 - une myriade d'agences parafiscales ont été créées : ARCC, BCC, FRC, ainsi qu'une "réserve de prudence". Chacune de ses structures prélève sa dîme… De 2002 à décembre 2004, plus de 400 milliards F CFA ont ainsi été prélevés mais 200 milliards F CFA n'ont pas été "officiellement" affectés estime la Banque mondiale dans une note confidentielle de sa dernière mission (LC n†479). Désagréable. La mission recommande "une suspension des prélèvements destinés au FRC et au FDPCC, autres que le fonctionnement" ainsi que ceux de la sacherie. Elle recommande également des audits… Ces derniers risquent d'être rapides : selon une note très récente des services français (DGSE), une partie des archives de l'ARCC et de la BCC a été détruite. Un petit ménage avant les fêtes ?

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Armuriers et armements…

Le groupe d'experts des Nations unies a fait l'inventaire des achats d'avions et de véhicules militaires depuis 2002. Très instructif.

Composé d'Atabou Bodian (expert en aéronautique), Alex Vines (expert en armements), Jean-Pierre Witty (contrôle douanier) et Agim de Bruycker (spécialiste du diamant), le "groupe d'experts" sur le contrôle de l'embargo militaire sur la Côte d'Ivoire a remis le 18 octobre son rapport au Conseil de sécurité des Nations unies. Leur mission a été prorogée jusqu'au 15 décembre 2005.
Sukhoi biélorusses. La partie la plus intéressante de ce rapport concerne l'achat, depuis novembre 2002, des avions de combat : quatre Sukhoi (deux SU-25 UB, détruits, et deux SU 25K qui nécessitent des réparations), deux BAC 167 Strikemasters TU-VRB (dont un seul reste opérationnel), un Antonov 12 TU-MVA (opérationnel), quatre MI-24V (détruits ou nécessitant des réparations), un MI-24P (opérationnel), quatre Puma IAR 330L (dont deux en configuration VIP), achetés au printemps 2003 auprès de la firme roumaine IAR Brason via Quentin Services International et Elbit Systems en Israël (deux sont encore opérationnels : le TU-VHM et TU-VHI), un MI-8T (détruit), un hélico SA-365 Dauphin (en réparation) et deux UAV (dont un seul opérationnel).
Selon le rapport, les deux tiers de ces acquisitions ont été réalisés entre 2002 et 2004, c'est-à-dire avant l'embargo par la firme Darkwood de Robert Montoya dont les quatre SU-25, deux MI-24V, l'Antonov-12 et le MI-8T. Une assertion que Robert Montoya, ancien membre de la cellule antiterroriste de l'Elysée sous François Mitterrand, conteste. (Nous n'avons pas pu le joindre sur son mobile à Lomé pour recueillir son point de vue sur ce rapport). Agent pour l'Afrique de l'Ouest de la firme biélorusse Belspetsvneshtechnika (BSTV), Robert Montoya ne se reconnaît pas, en particulier, comme propriétaire des deux Mig-23, en cours de réparation sur l'aéroport de Lomé, base de Darkwood, qui auraient été échangés contre deux Sukhoi SU-25, importés en Côte d'Ivoire en octobre 2004. Pour les autorités bulgares, premier exportateur de ces Mig, ainsi que pour le vendeur Metalika Export, ils sont toujours la propriété du gouvernement ivoirien. Robert Montoya revendique par contre la propriété des MI-8T "mais sans montrer les papiers le prouvant" selon le groupe d'experts. Ces deux hélicos étaient en cours de réparation en juin 2005 dans les hangars de Darkwood, au Togo. De son côté, Paris serait intervenu dès novembre 2004 pour que les MIG-23, stationnés à Lomé, ne soient pas remontés.
Puma roumano-israéliens. Les deux autres hélicoptères MI-8V ont été vendus en leasing aux autorités ivoiriennes fin 2002 et en juillet 2004 dans le cadre d'un deal monté par l'homme d'affaires israélien Moshe Rotschild, à travers la firme russe Eco Trends Ltd et la firme Golden Creek Ltd dont le siège est à Amsterdam. En décembre 2004 et début 2005, Elbit Systems a saisi deux fois le gouvernement israélien pour obtenir l'autorisation de réparer les Puma. Celui-ci leur aurait adressé la résolution 1 572 des Nations unies. Au passage, le rapport épingle l'International Crisis Group qui avait déclaré - à tort - que l'un des hélicoptères détruits le 6 novembre 2004 par l'armée française était "guinéen".
Jeeps lithuaniennes. L'autre dossier sur lequel a travaillé le groupe d'experts est la livraison le 23 juin 2005 au terminal fruitier d'Abidjan - jouxtant le terminal militaire ! - de 22 jeeps UAZ-3151, commandés aux hommes d'affaires israéliens Daniel Chekroun et Mark Veltman des sociétés Elite Alpha (Tel Aviv) et Ordan Ltd (Abidjan), filiales de la holding Clear Skys Group. Selon les experts onusiens, Daniel Chekroun leur a expliqué que ces véhicules, achetés à la firme lithuanienne Lisenas, venaient en compensation d'une commande de munitions de 180 500 $ qui n'avait pu être honorée en raison de l'embargo.
Les experts ont enquêté sur les "prélèvements" opérés par le pouvoir dans les caisses du cacao pour acheter de l'armement (180 millions $ en 2004) et ceux des "Forces nouvelles" sur les recettes du coton. Les mêmes Forces nouvelles pillent allègrement, selon les experts, les diamants de la mine de Séguéla et exportent les “cailloux” par la Guinée et le Mali. Sur ce dossier sensible, le groupe d’experts a préféré ne pas donner les noms des intermédiaires européens qui récupèrent ces diamants pour ne pas gêner les enquêtes internationales en cours…

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Les pétroliers affluent malgré le conflit

La guerre civile larvée entre la rébellion, qui contrôle tout le Nord du pays, et le gouvernement de Laurent Gbagbo ne semble avoir aucune incidence sur l'activité des grands groupes internationaux présents à Abidjan, et tout particulièrement sur les pétroliers qui continent à investir dans l'offshore ivoirien. La production du champ de Baobab, opéré par Canadian Natural Resources, a dépassé les 50 000 b/j le mois dernier et, la semaine dernière, le gouvernement ivoirien a discrètement signé plusieurs contrats de partage de production.
Le permis diplomatique d'Edison. Le 3 novembre dernier, le Centre de recherche et de formation sur l’Etat en Afrique, un institut italo-ivoirien présidé par l'ancien ambassadeur italien à Abidjan, Paolo Sannella, a organisé à Milan un séminaire sur l'Etat en Afrique en présence du conseiller du président du conseil italien Silvio Berlusconi pour les questions africaines, Alberto Michelini. Le séminaire était co-sponsorisé par le pétrolier italien Edison, et le principal invité était le ministre de l'énergie et des mines de Côte d'Ivoire, Léon Emmanuel Monnet. A l'issue de la conférence, Monnet a signé avec Edison un contrat de partage de production sur le bloc CI-24, dans l'offshore profond du pays. Ce permis a été exploré dans les années 90 par l'américain Sante Fe Resources, qui a mis en évidence plusieurs prospects et a exploité un gisement désormais épuisé, Bélier. Edison négocie ce périmètre depuis plus d'un an (voir nos informations - AEI n†490) et, depuis mars dernier, bénéficie des contacts dans le pays de l'ancien ambassadeur à Abidjan, Paolo Sannella. Après avoir quitté la Côte d'Ivoire au printemps 2005, Sannella a mis en place le Centre de recherche et de formation sur l’Etat en Afrique (CERA), qui rassemble des chercheurs ivoiriens et italiens et auquel Edison a été associé dès sa création. Grâce au CERA, rattaché à l'Università di Pavia,le pétrolier italien a pu rester en contact avec les responsables ivoiriens.
Energem fait son entrée. Amassant depuis quelques mois les permis africains tandis qu'elle négocie la vente de sa filiale upstream First Africa Oil à la China National Offshore Oil Corporation (Cnooc), Energem a, selon nos informations, signé pour deux permis dans l'offshore ivoirien la semaine dernière. Il s'agit des blocs CI 12, qui a été exploré dans les années 90 par United Meridian (UMIC), la société de Joseph Bruso, et du bloc CI 104, un périmètre longtemps contrôlé par l'américain Global Natural Resources. Global et UMIC ont été rachetés à la fin des années 90 par Ocean Energy, devenu depuis Devon, qui s'est retiré des deux permis. Devon opère cependant toujours les champs Lion et Panthère, qui produisent près de 20 000 b/j sur le bloc CI-11.
Vanco élargit son portefeuille. Déjà titulaire d'un portefeuille conséquent dans l'offshore ivoirien, Vanco doit signer le mois prochain pour trois nouveaux permis dans le pays. Selon nos informations, il s'agit des blocs onshore CI-301 et CI-303, ainsi que du permis CI-100, dans l'offshore ultra-profond du pays, le long de la frontière ghanéenne et à proximité de deux autres permis déjà contrôlés par Vanco, CI-101 et CI-401. Vanco, dont le représentant à Abidjan est l'ancien PDG de Petroci, Gilbert Yougoubare, avait signé un accord d'étude sur ces trois permis en mars dernier, et devrait transformer cet accord en contrat de partage de production.
La disgrâce d'Africa Petroleum. Plusieurs juniors s'intéressent également au permis CI-102, contrôlé depuis l'an dernier par le britannique Africa Petroleum. Selon nos informations, le groupe aurait des difficultés à payer son bonus, et serait sur le point de se voir retirer le permis. Africa Petroleum a été fondé par le consultant britannique Paul Bristol, également actif au sein de Sonoran, une junior canadienne très présente en Irak. Outre Bristol, les autres dirigeants d'Africa Petroleum sont Charles Waterman et Samuel Hoskinson, deux vétérans du renseignement américain qui dirigent à Washington la société de lobbying Jefferson Waterman. Au début de l'année, Bristol a revendu ses parts dans Africa Petroleum à ses associés, qui devraient bientôt quitter la Côte d'Ivoire.

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"Soubré" relancé ?

Le groupe français Bouygues a proposé de reprendre le vieux projet de barrage hydroélectrique à Soubré.
Après avoir renouvelé au printemps dernier sa concession sur la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), le groupe français Bouygues a proposé aux autorités ivoiriennes de reprendre un vieux projet, celui du barrage hydro-électrique de Soubré, sur le fleuve Sassandra. Le projet est vieux de près de trente ans : au début des années 80, Electricité de France et l'américain Kaiser Engineering avaient réalisé des études de faisabilité sur le barrage et, fort du soutien de plusieurs fonds de développement arabes, Abidjan avait lancé un appel d'offres en 1983. Situé à 350 kilomètres à l'ouest d'Abidjan, le barrage devait alimenter quatre générateurs de 95 MW chacun. En 1985, le projet avait été abandonné, les autorités ivoiriennes craignant que le réservoir du barrage ne parvienne à se remplir. Le barrage de Buyo, en amont du site de Soubré sur la rivière Sassandra, est déjà en sous-capacité chronique. Depuis son abandon, la reprise du projet de Soubré est régulièrement évoquée.

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Le super lobby italien de Gbagbo

Le ministre des mines et de l'énergie, Léon Emmanuel Monnet, était l'invité d'honneur, les 3 et 4 novembre, au "Palazzo Edison" de Milan d'un colloque organisé par le Centre de recherche et de formation sur l'Etat en Afrique (CREA). Le premier jour, une dizaine de personnalités et d'universitaires (Alberto Michelini, conseiller de Silvio Berlusconi ; Jacqueline Oble Louhoues, ancien ministre de la justice et première ministrable ; Georges Nzongola Ntalaja ; Guy Martin ; Abdebayo Olukoshi ; Luc Sindjoun ; Ahmed Rhazaoui ; Michel Galy ; Michel Korinman, etc.) ont débattu de l'Etat en Afrique. Etait également présent Salif Diallo, l'éminence grise du président Blaise Compaore… Des négociations secrètes en marge du colloque ? Le deuxième jour, le ministre a carrément signé avec la compagnie pétrolière Edison, sponsor de ce colloque, un contrat de partage de production pour le bloc offshore C-124 (lire édito). Le CREA a été lancé à l'initiative de Paolo Sannella, ancien ambassadeur d'Italie en Côte d'Ivoire… et en Angola. Il a rassemblé autour de lui le professeur Sahi Alphonse Voho, membre du secrétariat général du FPI ; Raph Uweche, représentant spécial du secrétaire exécutif de la Cedeao en Côte d'Ivoire ; André Salifou, conseiller spécial des Nations unies à Haïti, et Lansana Kouyate, représentant de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) dans la crise ivoirienne. Les statuts ont été "actés" par le notaire Serge Roux. Un peu de recherche universitaire, un zeste de diplomatie secrète et un doigt de pétrole. Le cocktail ne pouvait être que de haute stratégie politique…
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L'assassin de Jean Hélène "individuellement" non promu !

Le sergent de police Seri Tolou Dago Théodore, l'assassin de notre confrère Jean Hélène (RFI), avait été promu, tout en restant en prison, à un échelon supérieur le 11 avril 2005 comme nous l'avions indiqué dans notre dernière édition. Un peu gênées aux entournures par la révélation publique de cette "promotion automatique", les autorités ivoiriennes ont fait marche arrière toute le 11 novembre. Le ministre de l'intérieur, Martin Djézou Bleou, a rapporté cette décision "en ce qui concerne le sous-officier de police Seri Tolou Dago Théodore (Mle 8323, Méc 288573H)". Peut-être aurait-il pu même être dégradé et exclu de la police ?
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Des noms de rues "patriotiques" à Abidjan pour remplacer ceux des "colons français"

Les maires FPI ont reçu des enveloppes pour élever des statues à la gloire de "patriotes" et changer les noms des rues de "colons français". Ainsi le "boulevard André Latrille" a-t-il été rebaptise "boulevard des martyrs" en hommage aux patriotes morts lors de l'accession de Gbagbo au pouvoir, en octobre 2000. Une autre rue à Cocody a été rebaptisée, par le chef de l'Etat lui-même, "Coulibaly Kouassy", du nom du jeune patriote mort au cours de la fusillade devant l'Hôtel Ivoire en novembre 2004. Le très long boulevard Valery Giscard-Estaing pourrait être rebaptisé boulevard des armées en l'honneur des militaires tombés au front après le 19 septembre 2002. Mais le pont Charles de Gaulle tient toujours…
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Michel Dupuch

Ancien ambassadeur de France en Côte d'Ivoire (1979-1983) et ancien conseiller Afrique de l'Elysée (1995-2002), Michel Dupuch est administrateur du groupe franco-espagnol Progosa (spécialisé dans les opérations portuaires) et conseiller de son PDG, Jacques Dupuydauby (lui-même ancien PDG de Scac-Socopao). Ce dernier vient également de coopter à son conseil d'administration Koffi Sama, ancien premier ministre du Togo, aujourd'hui conseiller spécial du président Faure Gnassingbé, et Jean-Pierre Graillot, ancien DG des Ports autonomes de Nantes et du Havre, nommé vice-président. Au niveau de la direction du groupe, Michel Darche, ancien directeur du développement du Port du Havre, a été nommé DG adjoint chargé du développement de Progosa, et Jean-Claude Le Clech, ancien DG du Port autonome de Guadeloupe puis contrôleur financier de l'Asecna, prendra la direction générale de la filiale SE2M Togo, le 1er janvier 2006. Enfin, Stéphanie Erbs, précédemment chez L'Oréal, est la nouvelle "dircom" du groupe. Rappelons qu'en Afrique, Progosa est le "frère ennemi" de Bolloré (voir LC n†473).
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Quel port d'Afrique de l'Ouest a le plus profité du conflit ivoirien ?

Selon le dernier "rapport thématique Jumbo" de l'Agence française de développement (AFD), le port de Lomé - avec STSL-Shell pour les hydrocarbures, SE3M/Progosa et Manuport/Getma pour la manutention des conteneurs - a plus profité du conflit ivoirien en approvisionnant les pays de l'hinterland que le port de Cotonou. Le coût des services (pilotage, remorquage, accostage) serait de 10% à 25% plus élevé à Cotonou qu'à Lomé, selon le type de navire. Dans le port béninois de nombreuses agences et services "prélèvent" des taxes sur les marchandises (1,8% pour le Conseil national des chargeurs du Bénin, 0,25% pour la Chambre de commerce, 0,7% pour Bivac) "alors que les bénéfices pour les usagers ne sont guère palpables". A cela s'ajoute les paiements "officieux" indispensables pour "obtenir les autorisations requises dans un délai raisonnable". Au Ghana, Takoradi et surtout Tema ont également profité de la crise ivoirienne et un consortium formé de Bouygues/Bolloré/Maersk négocie les 30% restants de la manutention du port déjà confiée à sept entreprises privées. Enfin, Dakar est devenu le premier port de transit du Mali grâce à l'amélioration de l'axe routier Dakar-Bamako.
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La signature de Laurent Gbagbo

Le 28 octobre 2005, le conseil constitutionnel a décidé que "la saisine du président de la République est régulière et recevable" et dit que "le président de la République demeure en fonction". C'est fort de cette décision que Laurent Gbagbo se maintiendra au pouvoir jusqu'à la prochaine élection présidentielle.

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Seydou Diarra

Le premier ministre "sortant" de la Côte d'Ivoire se plaît à rêver qu'il va rempiler après que tous ses challengers potentiels se soient neutralisés les uns, les autres. Son principal handicap est son manque de poigne et sa violente prise de bec avec le médiateur Thabo Mbeki qui lui garde un chien de sa chienne. Faute de "premier ministrable" de consensus "interne", la communauté internationale (dont l'Union africaine) est tentée d'imposer le gouverneur de la BCEAO, Charles Konan Banny "CKB". Mais, en ce qui le concerne, il y a un furieux tir de barrage du côté d'Henri Konan Bédié qui craint que "Charles" joue à saute-mouton avec lui en favorisant la réélection de Laurent Gbagbo pour mieux se présenter lui-même en 2011… Reste René Amani, et surtout le général Ouassenan Koné, président du groupe parlementaire du PDCI. Là, c'est Gbagbo qui devra franchir le Rubicon vis-à-vis des radicaux de son régime qui n'ont pas la mémoire courte ! Enfin, Guillaume Soro qui s'est pris le choux avec Bédié a déjà une autre proposition : occuper l'un des trois nouveaux fauteuils de haut commissaire régional que va créer le président ivoirien. Devinez de quelle région, Guillaume Soro va devenir le patron ?
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Fly Emirates sur Abidjan-Paris

Selon nos informations, la compagnie Fly Emirates va s'installer à Abidjan en janvier 2006 et opérer quatre vols hebdomadaires sur Abu Dhabi. Avant d'exploiter une ligne Abidjan-Paris ?
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Côte d'Ivoire : le 35e RI au combat !

Quel timing ! Le dernier numéro de RAID, le magazine spécialisé dans les activités des "forces spéciales", fait sa "une" de novembre sur la "1re compagnie du 35e régiment d'infanterie au combat en Côte d'Ivoire" avec texte et photos couleur... Un vrai anniversaire ! En novembre 2004, cette compagnie qui n'était en Côte d'Ivoire "que depuis dix jours" avait été chargée de "contenir la foule" qui manifestait devant l'entrée du 43e BIMa.
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Gbagbo en héritier d'Houphouët !

Que ce soit le général Gaston Ouassenan Koné - le "fesseur" du militant FPI Abou Drahamane Sangaré en juin 1995 -, le "gouverneur" Charles Konan Banny qui restera de toute façon à la BCEAO (comme Alassane Ouattara autrefois) ou tout autre "homme providentiel" qui sera "coopté" cette semaine à la primature à Abidjan, ne changera pas le rapport de force actuellement en faveur de Laurent Gbagbo. "Je souhaite pour ma part que les élections aient lieu bien avant ces douze mois et c'est la mission que je confierai au nouveau premier ministre que nous désignerons dans quelques jours" a déclaré le 30 octobre le chef de l'Etat qui n'était plus le lendemain un "président élu". Tout est dans le "je confierai" et "nous désignerons". Comme Mugabe au Zimbabwe, Gbagbo va se maintenir au pouvoir contre vents et marées. Le Dr Jekyll and Mister Hyde ivoirien va profiter de sa position pour susciter des dissensions dans la "bande des trois" de l'opposition (Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et Guillaume Soro) et imploser le PDCI en sa faveur. Déjà, le principal opposant au président Félix Houphouët Boigny, pendant des décennies, prend aujourd'hui la posture de l'héritier putatif du "Vieux". Fort. Il faut le faire ! Le 18 octobre dernier, c'est lui qui a ainsi posé la première pierre du "mémorial Félix Houphouët-Boigny" : deux superbes pyramides de verre inversées qui représenteront un sablier et symboliseront le temps qui passe... (coût : plus de 25 milliards F CFA). "Il l'avait rêvé, tu l'as réalisé" a déclaré le concepteur architecte Pierre Fakhoury, déjà le bâtisseur de la Basilique de Yamoussoukro. Et ce n'est qu'un début : Laurent Gbagbo compte bien "s'approprier" tous les grands projets à venir dans la capitale-village du "Vieux", à Yamoussoukro, laissant Henri Konan Bédié bunkerisé à Daoukro...
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Patrimoine immobilier ivoirien de Paris à la découpe

Quel est l'avocat français qui a été mandaté par Laurent Gbagbo pour vendre une partie du patrimoine immobilier parisien de la Côte d'Ivoire et tente d'obtenir de l'ambassade de France à Abidjan un certificat d'authentification de la signature du chef de l'Etat à la demande des notaires français ?
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Les mystérieuses caisses qui ont volé d'Abidjan à Luanda

Que contenait les 100 caisses en bois chargées à bord du Grumann 4 présidentiel ivoirien, les 20 et 21 octobre sur l'aéroport d'Abidjan à destination de l'Angola ?
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Edouard T. Kassaraté

Le commandant militaire du Palais a - enfin - obtenu le poste qu'il guignait depuis plus d'un an. Il a été nommé le 20 octobre commandant supérieur de la gendarmerie. Stratégique. Il remplace à ce poste le général Grégoire Touvoly Bi Zogbo. Edouard Tiapé Kassaraté a réussi l'exploit de "traverser" tous les régimes sans trop de casse. Dans l'entourage de Laurent Gbagbo, il est le seul officier supérieur qui vit encore dans une caserne, en l’occurrence celle d'Agban. Ce Krou de l'extrême sud-ouest de la Côte d'Ivoire est Saint-Cyrien, breveté de l’Ecole de guerre de Paris et diplômé de l’Ecole d’état major des forces armées allemandes. Sous le régime Bédié, il a été le numéro deux du Conseil national de sécurité (CNS) aux côtés du général Tanny Ehuény Joseph. Commandant de la 1re région de gendarmerie pendant la transition militaire du général Robert Gueï, le colonel-major Edouard Tiapé Kassaraté a longtemps été mis, une fois commandant militaire du Palais, sous l'éteignoir par les lieutenants-colonels Logbo Bruno et Ahouman Brou Nathanael, respectivement aide de camp du président Gbagbo et commandant du Groupe de sécurité présidentielle (GSPR). Ses détracteurs affirment qu'Edouard Kassaraté a dû donner des gages aux durs du régime en "gérant" des milices dans l'Ouest ivoirien. On n'a pas les photos...
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Gbagbo se cherche des "présidents" amis dans la région

Laurent Gbagbo a offert deux beaux "carrosses" au président bissau-guinéen Nino Vieira dont il avait en partie financé la campagne. Il va aider le président nigérien Mamadou Tandja à financer ses jeux de la francophonie (que voulait récupérer Blaise Compaore !) Il soutient le "présidentiable" Georges Weah au Libéria. Les autres présidents ne sont pas ses copains…
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Assé Alafé

Ancien journaliste à La nouvelle République et Réveil-Hebdo, dirigé à l'époque par Yao Noél, proche d'Henri Konan Bédie, Assé Alafé est le DG du quotidien l'Intelligent d'Abidjan qu'il a monté sur fonds propres fin 2003, après la fermeture du quotidien très "nationaliste" Le National dont il était le rédacteur en chef. Aujourd'hui, Assé Alafé est autant détesté des dirigeants du FPI que de ceux du PDCI et du RDR. Un bon signe…
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La disparition des anciens "opérationnels" de Jacques Foccart en Afrique

Après le gal Jeannou Lacaze, décédé le 1er août 2005, et le gal Pierre-Louis Martin, premier patron de la garde présidentielle gabonaise décédé le 22 septembre, c'est le colonel Maurice Robert, ancien chef du service Afrique du Sdece, ancien patron de la sécurité d'Elf et ancien ambassadeur de France au Gabon, qui est mort le 9 novembre dernier à Bordeaux. Que de secrets qui disparaissent…
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Washington nouveau "grand protecteur" du Cameroun ?

En visite à Yaoundé du 15 au 18 octobre 2005, le sous-secrétaire d'Etat adjoint aux affaires africaines, Donald Yamamoto, a déclaré que les Etats-Unis pourraient porter de 10% à 30% leurs importations de pétrole brut du golfe de Guinée" (une première : auparavant les responsables américains ne "dépassaient" pas 25% dans leurs déclarations). Donald Yamamoto a également déclaré que Washington était prêt à aider le Cameroun à défendre ses frontières face au Nigeria : "Les Camerounais savent exactement quels sont leurs besoins et les Etats-Unis sont simplement "à l'écoute" mais sont prêts à engager de nouvelles discussions relatives à un appui éventuel". Apparemment, les Camerounais ne font plus confiance à la France avec laquelle ils sont liés par un accord de défense pour assurer la sécurité de leur frontière.
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Washington "subventionne" le coton africain !

Vivement critiqués pour subventionner leurs producteurs de coton, les Américains viennent de débloquer 7 millions $ pour améliorer la production cotonnière du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Tchad et du Sénégal. Malin…
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Wade à Pékin en janvier 2006 ?

Dakar attend la "manne" de la "Grande Chine" après avoir bénéficié des douceurs de la "Petite Chine".
Quand à la mi-octobre, le président Wade n'avait envoyé que son ministre du commerce, Mamadou Diop Decroix, "fêter" tristement la fête nationale de la République de Chine (Taïwan) avec l'ambassadeur Yun-Cheh, la messe était dite : le Sénégal avait décidé de reconnaître Pékin après des années de résistance… D'autant que le président Abdoulaye Wade n'avait pas été pour rien, sous le régime Diouf, pour l'alliance de Dakar et de Taïpeh.
"Le Sénégal reconnaît qu'il n'y a qu'une Chine dans le monde et que Taïwan fait partie intégrante du territoire chinois" ont dû déclarer les autorités sénégalaises, obligées de boire le calice jusqu'à la lie. Plus que le blocage de leurs ambitions au Conseil de sécurité des Nations unies, le Sénégal a toujours été inquiet de l'influence de la Chine sur la crise casamançaise à travers sa présence en Gambie.
Sans doute par dépit, l'ambassadeur de Taïwan à Dakar a déclaré que ce revirement devait beaucoup à la politique du carnet de chèques : la cagnotte promise serait de 110 milliards F CFA. Apparemment, à ce jeu de poker, Taïwan ne peut plus suivre… Pékin se serait également engagé à exploiter les ressources minières sénégalaises, à reconstruire la Casamance, à réaliser un tunnel sous le fleuve séparant le Sénégal et la Gambie… Entre autres ! Une mission de coopération économique chinoise est attendue au mois de décembre à Dakar tandis que le président Abdoulaye Wade se rendrait en visite officielle à Pékin en janvier 2006.

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« La partition de la Côte d'Ivoire n'est pas impossible »

Pour l'universitaire Christian Bouquet, la crise ivoirienne montre que l'Afrique n'est pas prête à absorber le modèle démocratique occidental.
Professeur de géographie politique et du développement à l'université Michel-de-Montaigne (Bordeaux-III), Christian Bouquet est l'auteur de Géopolitique de la Côte d'Ivoire. Un ouvrage de référence pour tous ceux qui s'intéressent, de près ou de loin, à la crise que traverse depuis six ans le pays d'Houphouët. Pour nourrir son propos, cet universitaire a pu mettre à profit son expérience de terrain, puisqu'il a travaillé comme attaché culturel à l'ambassade de France à Abidjan. C'est d'ailleurs à ce poste qu'il assiste, le 23 décembre 1999, au coup d'État qui porte le général Robert Gueï au pouvoir, remplacé l'année suivante par Laurent Gbagbo. En spectateur avisé, il dissèque avec précision la genèse de la crise qui déchire la nation ivoirienne. Résultat : un ouvrage écrit avec pédagogie et fluidité, même s'il soulève peut-être plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Car, au-delà des analyses historiques, politiques et sociales, c'est bien l'avenir de « l'Éléphant d'Afrique » qui suscite aujourd'hui le plus d'interrogations. C'est pourquoi nous avons voulu prolonger avec Christian Bouquet sa réflexion.
Jeune Afrique/l'Intelligent : La date butoir du 30 octobre n'a pas suscité les affrontements annoncés par certains. Laurent Gbagbo serait-il devenu indéboulonnable ?
Christian Bouquet : Non, mais il ne pouvait rien se passer le 30 octobre. La Côte d'Ivoire n'est pas un pays où l'expression démocratique est libre. La dernière fois que l'opposition a voulu descendre dans la rue, en mars 2004, il y a eu plus de 120 morts. Cette fois encore, les forces de l'ordre ont utilisé des balles réelles pour disperser les quelques fauteurs de troubles. Il n'y a donc aucune leçon de légitimité à tirer de cette journée. En revanche, si la communauté internationale laisse une fois de plus contourner la résolution 1633 de l'ONU sur l'après-30 octobre, le pays continuera de s'éloigner un peu plus de la sortie de crise.
J.A.I. : Pourquoi dites-vous que le 19 septembre 2002 était prévisible ?
C.B. : La partition de la Côte d'Ivoire a concrétisé ce qui avait été cartographié deux ans plus tôt par le journal Le Patriote, au moment des législatives de décembre 2000. Toute la partie nord du pays avait alors menacé de faire sécession. On a refusé de reconnaître à Ouattara la nationalité ivoirienne, et la réaction de la population du Nord a été immédiate : elle a estimé qu'elle n'était pas ivoirienne non plus. Lors du scrutin départemental de juillet 2002, on a renouvelé les cartes d'électeurs ; et l'on a vu que certains Ivoiriens n'étaient plus reconnus comme tels, puisqu'il manquait plus d'un million de cartes.
J.A.I. : Lorsque l'on évoque les origines de la crise, on accuse souvent Félix Houphouët-Boigny de n'avoir pas préparé sa succession. Vous dites que c'est autant la faute d'une transition « mal préparée » que celle de successeurs qui se sont « mal assumés ». Quelles ont été leurs erreurs ?
C.B. : Elles sont nombreuses. Mais une chose fondamentale a manqué : la Côte d'Ivoire a cru pouvoir faire l'économie de sa conférence nationale, comme il y en a eu dans la majorité des pays d'Afrique francophone dans les années 1990. La Côte d'Ivoire, dirigée alors par Houphouët, n'a pas voulu en passer par là. C'était une erreur. Ces conclaves ont pris une dimension psychodramatique, ce fut une sorte de catharsis pour passer d'une époque à une autre. Le pays en avait besoin.
Ensuite, les successeurs d'Houphouët n'ont pas su jouer le jeu de la démocratie qu'on leur imposait. La démocratie à l'occidentale est peut-être une bonne chose, mais, pour la transférer en l'état dans l'Afrique des années 1990, il fallait prendre plus de précautions. Et cela demandait de la part des hommes chargés de gérer cette évolution de grandes qualités, que bien souvent ils n'avaient pas.
J.A.I. : À propos des accords de Marcoussis, vous accusez la France d'attitude néocolonialiste et d'ingérence. Ces accords sont-ils mauvais pour autant ?
C.B. : Non. Ils sont probablement un modèle du genre, car ils faisaient des propositions pour régler tous les problèmes qui se posaient à la Côte d'Ivoire à ce moment-là. Rien n'a été oublié. Sur le fond, c'est un excellent texte. Sur la forme, c'est une ingérence inacceptable. Gbagbo a joué là-dessus et Thabo Mbeki aussi. Évidemment, si leur signature a eu lieu en France, c'est parce que toutes les autres solutions avaient été épuisées. Et notamment toutes les solutions africaines. Aucun des pairs de Gbagbo n'était en mesure de réunir ce conclave.
J.A.I. : La situation en Côte d'Ivoire signifie-t-elle la fin de l'influence française en Afrique ?
C.B. : Oui, et elle résulte d'une énorme maladresse. Si les accords de Marcoussis sont très bons, ce qui s'est passé à Kléber a été beaucoup plus contestable. La France s'est mis en tête de composer le gouvernement ivoirien. Il était extrêmement maladroit d'imposer à Gbagbo, qui avait déjà atteint le dernier degré de l'humiliation, des ministres rebelles à des postes clés du gouvernement. Ce qui était déjà dur à avaler est devenu indigeste. Par ce geste néocolonialiste, la France a réveillé en Côte d'Ivoire un sentiment qui semblait jusqu'alors anesthésié.
J.A.I. : Thabo Mbeki a-t-il échoué dans sa médiation ?
C.B. : Il est difficile de dire qu'il a échoué, parce que l'on attendait beaucoup de lui. Il a tout de même été le seul à obtenir l'éligibilité de Ouattara. Il faut le mettre à son crédit. Ensuite, qu'il ait penché très nettement pour le camp de Gbagbo me semble évident. Maintenant, le problème est de savoir quel médiateur africain peut faire mieux que lui.
J.A.I. : Les sanctions sont-elles une solution ?
C.B. : Bien sûr. Notamment pour le blocage des comptes bancaires de ceux qui entretiennent la crise. Cela permettrait de neutraliser le financement des milices. Ensuite, l'embargo sur les armes n'a pas été respecté. En renforçant les contrôles, on éviterait que la situation ne s'embrase. Enfin, on ne peut pas rester trois ans sans sanctionner. Sinon, on encourage l'impunité.
J.A.I. : Pourquoi estimez-vous que Gbagbo ne peut remporter la présidentielle ?
C.B. : Il s'est écoulé trois ans entre le dernier scrutin, les élections départementales, et maintenant. Évidemment, la situation a changé. Est-ce que, pour autant, les lignes de force politiques ont bougé ? Si la situation est restée figée, Gbagbo sera certainement battu. Si elle a évolué, comme ses partisans semblent le soutenir, il reste à démontrer pourquoi. Est-ce que son bilan permet au chef de l'État d'attirer les centaines de milliers de nouveaux électeurs qu'il lui faut pour être élu ? Je n'en suis pas sûr. Reste à savoir s'il a été fédérateur. La réponse est non. Enfin, a-t-il su ramener à lui des électeurs séduits par son programme nationaliste ? Peut-être, mais certainement pas les centaines de milliers d'électeurs dont il a mathématiquement besoin.
J.A.I. : Peut-on aboutir à une partition de la Côte d'Ivoire ?
C.B. : C'est une hypothèse forte en ce moment. Elle pourrait se concrétiser assez rapidement d'une façon presque légale. Gbagbo peut, s'il le veut, organiser des élections demain ou dans six mois, uniquement dans le Sud. Il peut aussi modifier les listes électorales pour être élu. D'autant que la communauté internationale se montre un peu fatiguée par le dossier ivoirien, et la population ivoirienne est encore plus lasse. Ce qui permettrait l'avènement d'une Côte d'Ivoire du Sud, que l'on appelait la Basse-Côte à l'époque coloniale, avec un président élu - dans des conditions calamiteuses certes, mais élu quand même. Avec les richesses du Sud nécessaires à son fonctionnement. Resterait à résoudre le problème du Nord. Que ferait le Burkina dans ce cas ? Que ferait la communauté internationale ?
J.A.I. : Vous estimez qu'il manque un élément d'explication aux Occidentaux pour comprendre la Côte d'Ivoire. Adhérez-vous à la conception de Gbagbo sur le décalage culturel ?
C.B. : Oui, j'y adhère sur la forme, ne serait-ce que parce que cela fait des décennies qu'il y a des choses qu'on ne comprend pas. Dire cela, c'est faire du culturalisme, qui est actuellement l'objet d'un tabou. Il sera levé un jour, mais il ne l'est pas encore. On ne pouvait imposer aux cultures africaines la logique arithmétique de nos démocraties, dans la mesure où les populations ont vécu sous un mode de gouvernance particulier, qui ne faisait pas de décompte et recherchait l'unanimité. Lorsqu'on introduit le paramètre du nombre et de la majorité, il y a forcément blocage. Il y a des principes qu'on a cru universels mais qui ne le sont pas encore. Si on ne prend pas cela en compte, on ne comprendra jamais rien.
J.A.I. : Faut-il étendre à tous les pays africains l'analyse du « modèle démocratique occidental inapplicable » que vous inspire le cas de la Côte d'Ivoire ?
C.B. : Les transferts de modèle ne doivent pas être faits sans précaution. Il faut se reposer la question de l'universalité des valeurs. L'Afrique n'est pas prête non pas à la démocratie, mais au modèle démocratique occidental.
J.A.I. : Pour revenir à la Côte d'Ivoire, quelle solution voyez-vous ?
C.B. : Il faut prendre le temps de réaliser le chantier de l'identification des Ivoiriens. Alors la plupart des problèmes se régleront. Aujourd'hui, « l'étranger » n'est plus seulement le Dioula du RDR, mais aussi potentiellement le Baoulé du PDCI. Tant que Bédié était allié de Gbagbo, gagner des élections dans le Sud n'était pas compliqué. Maintenant que Bédié est un adversaire potentiel pour Gbagbo, même les électeurs du PDCI pourront être écartés des listes électorales. Il ne suffira plus de mettre sur la touche les Konaté et les Coulibaly, mais aussi les Konan ou les Kouassi. D'où l'intérêt de procéder rapidement à l'identification.
J.A.I. : Avant le désarmement ?
C.B. : Guillaume Soro l'a dit : « Les combattants sont prêts à échanger leurs kalachnikovs contre une carte d'identité ivoirienne. » Il faut le prendre au mot.

Marché de dupes

Si les membres du « G7 », qui rassemble les ex-rebelles ivoiriens et la plupart des partis opposés au président Laurent Gbagbo, ont tellement peiné à se mettre d’accord sur le nom du prochain Premier ministre, c’est en raison d’un accord non respecté. Les premiers affirment n’avoir laissé la présidence de la Commission électorale indépendante (CEI) au Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), il y a quelques mois, qu’en échange de la primature pour leur chef de file, Guillaume Soro, ou, à défaut, son second, Louis-Tabley Dacoury. Ce que conteste implicitement le secrétariat général dudit PDCI, puisqu’il soutient la candidature du général Gaston Ouassénan Koné, le président de son groupe parlementaire. Faute de consensus sur un nom – celui de Soro, en l’occurence –, chaque membre du G7 a fini par proposer son propre candidat, celui du Rassemblement des républicains (RDR) étant l’ancien banquier Tiémoko Yadé Coulibaly.
Mgr Siméon Ahouana, évêque de Yamoussoukro, s’étant retiré, c’est à partir d’une première liste de quinze premiers ministrables (dont Seydou Diarra et Charles Konan Banny), dressée après consultation par le président Obasanjo du Nigeria, que les leaders ivoiriens devaient faire leur choix. « Après l’analyse de vos réponses, leur a-t-il précisé par courrier, je vous adresserai une autre communication concernant le procédé qui nous permettra de conclure le processus de nomination [du Premier ministre] au plus tard le 15 novembre 2005. » Le G7 parviendra-t-il à s’entendre ? En tout cas, Henri Konan Bédié, le patron du PDCI, devait notamment rencontrer le 10 novembre une délégation de l’ex-rébellion...

Comprendre la situation ivoirienne

Deux ouvrages consacrés à cette crise africaine majeure.
Deux ouvrages viennent de paraître à Paris à propos de la Côte d'Ivoire, qui aident à mieux saisir le déroulement et les enjeux de cette crise africaine majeure.
Le bourbier ivoirien, de Charles Maisonneuve (Éd. Privat) : par un spécialiste de l'histoire militaire, l'affaire vue sous l'angle de l'armée française, sans complaisance particulière. Avec un portrait en creux de l'ex-patron du contingent Licorne, aujourd'hui au coeur du scandale que l'on sait, le général Henri Poncet : lecteur de Jacques Lacan, passionné d'Albert Cohen, de cheval et de Johnny Hallyday...
La Crise en Côte d'Ivoire, dix clés pour comprendre, de Thomas Hofnung (Éd. La Découverte) : un précis très clair et très utile, petit vade-mecum du conflit ivoirien, par un journaliste de Libération, spécialiste du dossier.


Baisse du trafic annuel à l'aéroport d'Abidjan

Le trafic annuel de l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan est passé de 1.400.000 passagers à 700.000 personnes à cause de la crise qui affecte le pays depuis septembre 2002, a appris la PANA lundi, de source officielle.
En dépit de cette situation, le Président du Conseil d'Administration de la Société chargée de la gestion de l'aéroport AERIA, Simplice Zinsou, reste optimiste quant au retour à la normale en Côte d'Ivoire.
Il a annoncé l'arrivée d'une nouvelle compagnie aérienne qui desservira quatre fois par semaine Abidjan à partir du mois de février 2006.
Jean-Louis Billon
Président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire
Président du groupe Sifca, spécialisé dans le négoce et la production de matières premières, Jean-Louis Billon, 40 ans, est un poids lourd de l'économie ivoirienne. De grand-père français, il incarne le métissage économique lié à l'histoire du pays. Spécialiste de la gestion et des affaires - il est titulaire de deux maîtrises obtenues en France et aux États-Unis -, il assure la présidence de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire depuis septembre 2002.
Jeune Afrique/l'intelligent : Quel est le visage économique de la Côte d'Ivoire un an après les événements de novembre 2004 ?
Jean-Louis Billon : La crise économique est aiguë, les investissements sont en berne, le pouvoir d'achat est moindre. Beaucoup d'entreprises occidentales et ivoiriennes ont déplacé leurs sièges dans les pays de la sous-région, notamment au Sénégal et au Ghana. D'autres ont disparu du paysage ou suspendu un temps leur activité avant de revenir. De manière générale, les opérateurs ont tendance à sécuriser leurs activités et se sont regroupés en zone 4, près de la base de l'armée française.
J.A.I. : Quelles sont les entreprises qui ont bénéficié d'un report des activités des sociétés partantes ?
J.L.B. : Les entreprises de haute technicité n'ont pas été remplacées. La communauté libanaise a racheté quelques sociétés et renforcé ses positions dans le commerce. Les opérateurs chinois et indiens sont également assez dynamiques dans l'import-export, mais apportent très peu de valeur ajoutée. La France reste le premier partenaire de la Côte d'Ivoire, bien qu'elle ait perdu nombre de ses PME.
J.A.I. : Au Nord, l'activité économique s'est profondément délitée...
J.L.B. : Il reste les industries cotonnières et sucrières, actuellement déficitaires. La production d'anacarde, de tabac et de mangues subsiste, mais connaît de forts surcoûts. Seigneurs de guerre et commerçants se sont lancés dans le trafic de l'essence et du gasoil, des véhicules, de l'électroménager, des DVD. Beaucoup de produits arrivent de Guinée. Même si les exactions sont beaucoup moins importantes qu'au début de la crise, les autorités administratives ne sont pas réinstallées, le système bancaire est interrompu...
J.A.I. : Certains secteurs d'activité résistent-ils mieux que d'autres ?
J.L.B. : Globalement, le secteur de l'import-export résiste assez bien car les opérateurs n'ont pas la contrainte du marché local. Les négoces de café-cacao, de caoutchouc et de bananes ne s'en sortent pas trop mal. La téléphonie cellulaire a également le vent en poupe. Enfin, certains marchés de niche, comme la fabrication d'étiquettes spécialisées ou de code-barres, sont porteurs. Mais sans règlement politique de la crise, les activités ne pourront pas retrouver leur dynamisme passé. Pourtant, la Côte d'Ivoire présente toujours d'incontestables atouts : des personnes qualifiées, les meilleures infrastructures de la sous-région et un large réseau de communication.
J.A.I. : C'est le message que vous transmettez aux autorités ?
J.L.B. : Les syndicats, les associations professionnelles et les structures d'intermédiation éprouvent beaucoup de lassitude et de découragement. Le lien n'est pas rompu avec les autorités mais les projets de relance des activités n'aboutissent pas. L'État est dans une logique de survie. Il n'y a plus de politique de développement économique à proprement parler. L'agenda des ministres est essentiellement politique, tout le reste passe après. On ne fait plus de prospective... On se contente de gérer le budget de l'État. La corruption gangrène toutes les activités. Nous demandons le rétablissement d'une administration forte, crédible, équitable, qui assure sa mission de service public. En Allemagne ou aux États-Unis, le vide politique créé par la confusion électorale n'empêche pas les institutions de fonctionner. Ici, c'est tout le contraire.

Nouveau round de négociations pour la nomination du Premier ministre

Alors que la Côte d'Ivoire attendait cette semaine la nomination d'un Premier ministre de transition, le ministre des Affaires étrangères nigérian a jeté un froid mercredi à Abidjan en annonçant que les négociations sur les principaux challengers ne faisaient que commencer.
"C'est aujourd'hui qu'on a commencé à négocier avec toutes les parties (...) Nous avons reçu toutes les propositions et tous les commentaires de toutes les parties samedi", a déclaré le ministre, Oluyemi Adeniji à la presse.
La déclaration n'a pas manqué de surprendre journalistes et observateurs pour qui les discussions sur le nom du Premier ministre, et même des titulaires des principaux porte-feuilles (Défense, Finances, Intérieur), étaient d'ores et déjà bien avancées.
Le président en exercice de l'Union Africaine (UA), le chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo, venu rencontrer au pas de charge les acteurs de la crise le 4 novembre à Abidjan, avait lui-même annoncé alors qu'il prévoyait de "conclure d'ici au 15 novembre" le processus de nomination du Premier ministre, soit 15 jours après la date initialement fixée par l'Onu.
Mais le 15 novembre, "journée de la paix" instaurée par le père de la Nation Félix Houphouët Boigny, le président Obasanjo n'a pas fait le déplacement.
Un deuxième rendez-vous manqué après celui du 30 octobre, date retenue par la résolution 1633 du Conseil de sécurité de l'Onu qui prescrivait la nomination du Premier ministre de transition, après avoir constaté l'impossibilité d'organiser l'élection présidentielle fin octobre en raison de la persistance de la crise politico-militaire. Celle-ci coupe la Côte d'Ivoire en deux depuis l'échec du coup d'Etat, en septembre 2002, de la rébellion des Forces nouvelles (FN) contre le président Laurent Gbagbo.
La "1633", qui a également maintenu au pouvoir le président Gbagbo pour une durée de 12 mois maximum, charge le futur chef de gouvernement, aux pouvoirs élargis", d'organiser la présidentielle avant le 31 octobre 2006.
"Nous sommes là dans le cadre du processus de consultation pour la nomination du Premier ministre. Il y a plusieurs propositions faites par tous les partis politiques. On connaîtra le nom du Premier ministre quand tout le monde sera d'accord", a précisé M. Adeniji à la presse.
"Il faut que le dossier avance en trouvant vite un Premier ministre. C'est très très important pour faire avancer le processus" visant à la tenue de l'élection présidentielle, a-t-il ajouté.
Les déclarations de M. Adeniji, laissant entrevoir un enlisement de la situation, n'ont toutefois pas alarmé l'opposition politique et armée, qui y voit une suite logique du processus.
"C'est le processus qui a été convenu qui se déroule. Il y avait 16 noms. Il (Obasanjo) devait présélectionner (...) et revenir avec trois ou quatre noms. C'est à cette phase que nous sommes", a déclaré à l'AFP le porte-parole de la coalition du G7 (qui regroupe l'opposition et la rébellion ivoirienne), Alphonse Djédjé Mady.
"Certainement qu'ils ont fait un premier jet. Pour les outsiders aujourd'hui, c'est fini, parce qu'ils n'ont pas été soutenus par un parti ou qu'ils sont mal représentés. Ca confirme que les négociations continuent", a pour sa part estimé le porte-parole des FN, Konaté Sidiki.
Ce dernier a précisé que M. Adeniji devait se rendre jeudi à Bouaké (centre - fief de la rébellion) pour y rencontrer les responsables des FN.


Les autorités ivoiriennes démentent toute tentative de réparer les bombardiers détruits

Les autorités ivoiriennes ont démenti toute tentative de réparer les bombardiers ivoiriens détruits en novembre 2004 par la force française de l'opération Licorne.
"L'Onu a pris une résolution instituant un embargo sur les armes en direction de notre pays. Pour ce qui nous concerne, nous respectons scrupuleusement cet embargo. Nous n'avons jamais tenté, de quelques moyens que ce soit, de le violer, et nous n'en avons aucune intention", a déclaré le conseiller pour la défense du président ivoirien, Bertin Kadet, cité jeudi par le quotidien officiel Fraternité Matin.
"Tout le monde connaît l'état de la force aérienne militaire de la Côte d'Ivoire depuis les événements de novembre 2004 (...) Les carcasses des avions endommagés sont visibles, la population peut aller les voir là où elles sont entreposées (à l'aéroport d'Abidjan)", a poursuivi M. Kadet.
"Nous n'avons encore reçu aucun rapport de l'Onu, nous ne pouvons donc pas en parler pour le moment. Nous démentons l'information que nous avons lue dans la presse", a-t-il ajouté.
Pour sa part, le ministre ivoirien de la Défense, René Amani, a souligné que son ministère n'avait "pas reçu de budget pour acheter des armes".
Selon la presse ivoirienne, des experts onusiens affirmaient dans un rapport qu'une équipe de dix techniciens bélarusses et ukrainiens se trouvait à Abidjan pour aider à reconstituer la flotte militaire ivoirienne, détruite en grande partie par la force française de Licorne.
Le 6 novembre 2004, Paris avait ordonné de détruire la flotte militaire ivoirienne, après la mort de neuf soldats français dans un bombardement contre un camp militaire français à Bouaké (centre, fief de la rébellion) par l'aviation ivoirienne qui bombardait des positions rebelles.
Cette destruction avait provoqué un conflit entre les forces ivoiriennes et françaises, suivi de violentes manifestations anti- françaises accompagnées de pillages contre la communauté française à Abidjan.

Après 15 jours de crise

Au matin du 10 novembre, après 14 nuits de violences, 6 659 véhicules avaient été détruits par le feu en France, dont 3 862 (58 %) en région parisienne. Les assureurs s'attendent à débourser 20 millions d'euros. Au cours des cinq premières nuits, l'agitation est restée concentrée en Seine-Saint-Denis, où 158 voitures ont brûlé. Elle s'est ensuite étendue au reste de l'Ile-de-France (543 incendies) et à la province. La onzième nuit (6-7 novembre) a été la pire : 226 villes en proie à l'émeute, 1 408 véhicules incendiés, 36 policiers blessés et 395 interpellations. Au cours de ces deux semaines, 2 033 fauteurs de troubles ont été arrêtés et 1 462 déférés devant la justice (dont 281 mineurs). 173 adultes ont été condamnés à des peines de prison ferme et 32 à des peines avec sursis. Au plus fort des événements, 11 500 policiers étaient déployés sur le terrain, appuyés par 7 hélicoptères de surveillance dotés de projecteurs. La quasi-totalité des manifestations se sont produites dans les « cités ». 24 000 personnes vivent dans les quatorze cités d'Aulnay-sous-Bois (80 000 habitants au total). Et 29 900 personnes dans le Grand Ensemble de montfermeil/Clichy-sous-Bois (54 000 habitants).
 
 
Les raisons de la colère

Après deux semaines d'émeutes dans les banlieues, le gouvernement proclame l'état d'urgence. Une crise sans précédent - mais guère surprenante - depuis Mai 68.
La comparaison est facile, démagogique sans doute, mais combien éclairante... Arthur Galouzeau de Villepin et Zyed Benna ont le même âge, la même nationalité française et tous deux ont eu, ces dernières semaines, affaire à la police. Fils du Premier ministre Dominique de Villepin, Arthur s'est fait « serrer » par une patrouille mobile sur une avenue du 16e arrondissement, quartier chic de Paris, au soir du 17 septembre. Motif classique : bagarre entre jeunes gens sur le trottoir à l'issue d'une soirée arrosée, plainte des voisins. Au brigadier qui l'interpelle, Arthur tend alors son téléphone portable. À l'autre bout du fil, son illustre papa. Le policier claque les talons et tout s'apaise dans la seconde. Fils d'un artisan tunisien résidant à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, à quelques kilomètres du 16e mais à mille lieues de là, Zyed Benna, 17 ans, n'a, lui, ni cette chance, ni cette morgue. Retour d'un match de foot avec ses copains Bouna le Mauritanien et Muttin le Turc, il tombe en cette soirée du 27 octobre sur une opération de police. Paniqués, alors même qu'ils ne se reprochent rien, les trois amis s'enfuient, vraisemblablement poursuivis. Peur des flics, peur du commissariat, peur du juge pour enfants, peur de l'engueulade paternelle. Ils sautent le mur d'enceinte d'un transformateur électrique où ils se croient à l'abri. À 18 h 30, un court-circuit plonge le quartier dans le noir. Zyed et Bouna viennent de s'effondrer, le corps traversé par un arc mortel.
La première anecdote n'a eu aucun effet, si ce n'est sans doute un discret rapport mis sous le coude, au cas où, par le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. La seconde va déclencher deux semaines d'émeutes dans les banlieues françaises, une crise de sécurité publique comme le pays n'en avait plus connu depuis Mai 68 et déboucher sur la réactivation d'un appareil législatif - état d'urgence et couvre-feu sélectif - inusité depuis la guerre d'Algérie. Surtout, le choc majeur de novembre 2005 met à nu le déclin et peut-être la fin d'un « modèle français », républicain, social et assimilateur, à bout de souffle. Majoritairement issus de cette immigration africaine (maghrébine et subsaharienne) qui a puissamment contribué au développement de la France pendant la période des « trente glorieuses », les émeutiers de novembre sont jeunes - mineurs pour moitié -, masculins, en état d'échec scolaire ou chômeurs, membres de familles nombreuses et souvent éclatées. Ils vivent dans ce que le langage technocratique appelle les ZUS (zones urbaines sensibles), ces quelque neuf cents quartiers difficiles à la périphérie des villes françaises où le taux de chômage touche près de 50 % des jeunes issus de l'immigration et où le fait d'être bachelier ou plus n'est en aucun cas un sésame pour l'emploi - si ce n'est au McDonald's du coin. Sans travail pas de logement, sans logement pas de mariage ni de famille à fonder : le vide. Dans les ZUS, ce n'est pas la misère, puisque la politique du « tout-social » des années 1980 a tout de même eu pour effet positif de tisser un réseau d'aide publique qui protège du pire, mais la précarité et la survie quotidienne sont la règle. Attirées par des zones franches aux conditions avantageuses, des entreprises se sont installées au pied des tours et des barres HLM. Indétectable, sournoise, une discrimination à l'embauche en fonction du patronyme et du quartier d'origine a fini par transformer ces appels d'air en lieux de sélection et de rejet - un peu comme l'école que désertent ces gamins au langage rudimentaire, qui, à défaut de mots pour s'exprimer, le font par des actes, souvent délictueux. C'est dans les ZUS qu'ont été enregistrées la plupart des quelque trente mille voitures brûlées en France depuis le début de 2005. Par jeu, par désoeuvrement, sous l'emprise de l'alcool ou de la drogue, par effet pavlovien des images de Bagdad ou de l'Intifada, après un match de foot ou un jeu vidéo, on met le feu à la camionnette du voisin ou à la poubelle de l'immeuble. On brûle en bas de chez soi, on cultive un nationalisme de substitution - le pays d'origine des parents, le quartier, le département -, on rêve de descendre sur les Champs-Élysées dans une orgie de casse et d'incendier une Mercedes immatriculée 75, on vit avec cette haine des symboles de l'aliénation et de la ségrégation d'autant mieux chevillée au corps qu'on n'a en face de soi ni Tsahal, ni les unités anti-émeutes de la Garde nationale américaine, mais la police française. Deux cent quarante mille hommes - dont 12 000 CRS - à qui l'on peut certes reprocher beaucoup de choses et bien des réflexes coupables, notamment sur le chapitre du racisme, sauf celui de tirer dans le tas. Si l'on exclut les deux jeunes du transformateur de Clichy et deux adultes tabassés à mort par des émeutiers - quatre drames, quatre effrois, quatre douleurs qui se rejoignent sans se confondre -, les violences de novembre n'ont fait aucune victime. Imaginons le même contexte à Casablanca, Alger, Tunis ou Dakar...
À la différence des États-Unis, où le modèle capitaliste reste intégrateur, où le chômage des minorités est bien moindre qu'en France, mais où le système pénal et répressif est plus dur, les jeunes des quartiers pauvres n'ont pour figures de référence ni les chefs de gang ni les leaders de bande, mais les imams et les caïds. Ces derniers ont-ils manipulé les émeutes de novembre ? Non, même s'ils en ont peut-être profité pour recruter. Dans ces ZUS où bien souvent le trafic et le vol ne sont pas un délit mais un job et où l'économie souterraine est le dernier filet de secours avant le chaos, les réseaux criminels sont par nature hostiles au désordre qui attire la police - laquelle pourrait être tentée de nettoyer en profondeur le business criminel. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les quartiers les plus durs et les plus criminalisés d'Île-de-France et du Rhône sont restés à l'écart des troubles, comme sanctuarisés par ceux qui les tiennent en dehors de tout État de droit. Quant aux imams, même les plus radicaux d'entre eux ont besoin, afin d'apparaître comme des interlocuteurs crédibles, de démontrer qu'ils peuvent ramener le calme - ce qu'ils ne sont manifestement pas parvenus à faire. Si l'émeute a failli trouver un terrain autre que les simples solidarités territoriales avec l'explosion d'une grenade lacrymogène devant l'entrée d'une salle de prière, elle n'a jamais pris de connotation religieuse. À l'évidence, cette révolte fut - et demeure, à l'état latent - purement spontanée, émanant de jeunes, en majorité primo-délinquants, qui cassent là où ils vivent, sans relais ni soutien politique. Aucun parti, aucune force ne les a d'ailleurs jamais représentés, s'ils sont pour la plupart français, ils ne sont pas pour autant considérés comme tels. Ils ne votent jamais. Ils ne sont pas des citoyens mais un problème policier et une curiosité sociologique.
En trente ans, ces quartiers neufs pour familles modestes construits dans les années 1960 et 1970 sont devenus peu à peu des quartiers de relégation, puis des zones de ségrégation et enfin de sécession. Non pas, comme on l'entend souvent, à cause du repli identitaire et exclusif de leurs habitants d'origine étrangère - en particulier africaine - mais à cause de la défection progressive des couches qualifiées à emplois stables, pour la plupart constituées de Français de souche, migrant vers des banlieues plus récentes, plus modernes et plus soft. Dès lors, ces quartiers sont devenus des sociétés d'apartheid sans modèles de réussites positifs, sans émulation, où la cohésion sociale se fait par le bas. De Bernard Tapie à Jean-Louis Borloo, de Mitterrand à Chirac, les « politiques de la ville » ont alterné le social et le répressif avec les mêmes oeillères idéologiques. Empilement des aides et des dispositifs locaux, émiettement des acteurs, incapacité à établir la confiance entre associations, institutions, police et habitants : le résultat, pour une société française qui se targue toujours de fonctionner selon les principes de l'universalité, est désastreux. Pis, tout se passe comme si chacun admettait que cette même société soit structurée désormais en fonction d'une hiérarchie communautaire qui ne dit pas son nom. Dans une France qui continue d'entretenir complaisamment des rapports plus qu'ambigus avec son passé colonial (comme le démontre l'adoption de la loi du 23 février 2005 portant sur « le rôle positif de la présence française outre-mer et notamment en Afrique du Nord »), la « racaille » des banlieues est un peu la version moderne de l'indigène des colonies. La « Marche des Beurs pour l'intégration » il y a vingt ans et la France black-blanc-beur de la Coupe du monde de 1998 sont aujourd'hui bien oubliées. Tous les mécanismes d'intégration sont arrivés à saturation. Ces jeunes n'ont ni rêves, ni mémoire, ni repères, ni horizons autres que la baston, ni message autre que celui d'extérioriser avec violence leur mal-être.
Face à une telle situation, la réponse de la classe politique et du pouvoir n'était certes pas simple à formuler. Elle ne devait être ni homéopathique ni chirurgicale, elle se devait d'être politique en combinant ordre et justice. Elle a été, avant tout, indigente, cacophonique et répressive. Passons sur l'opposition, en particulier la gauche. Empêtré dans son vaudeville préélectoral, amnésique sur ses erreurs passées et paralysé par un électorat de classes moyennes, de fonctionnaires et de syndiqués effrayés par ce Mai 68 sauvage et indéchiffrable, le Parti socialiste n'a rien produit d'audible et de cohérent sur ces nuits de braises. Mais, après tout, il n'est pas au pouvoir, et le pouvoir a fait bien étrange figure. Sans surprise, tout a commencé avec retard et dans le désordre. Jacques Chirac, qui n'a manifestement pas retenu grand-chose de l'hécatombe caniculaire et du fiasco de sa campagne européenne, a attendu cinq jours pour glisser quelques mots sur le sujet en Conseil des ministres et cinq de plus pour effectuer une courte et peu mémorable déclaration dans la cour de l'Élysée. Pendant ce temps, la rivalité entre Villepin et Sarkozy a joué à plein, chacun s'efforçant d'oeuvrer sur le terrain de l'autre avec, comme punching-ball et dans le rôle de la conscience morale sans moyens, le pauvre Azouz Begag, ministre de la Promotion de l'égalité des chances, homme de bonne volonté et - comme il le confie parfois - « Arabe qui cache la forêt ». Porté par des sondages favorables, poussé par des élus locaux obsédés par l'Intifada à leurs portes - il faut lire, pour comprendre, l'effarante contribution de Jacques Myard, un député-maire UMP du département des Yvelines, au Figaro : il y fustige la « guérilla urbaine » menée par des « Français malgré eux, issus de l'immigration arabo-africaine », mus par « une haine primaire de la France » et pour lesquels la seule solution est la mise en place de « bataillons disciplinaires » ! -, le couple terrible Matignon-Beauvau a fini par marcher de pair. L'état d'urgence instauré jadis par Edgar Faure en Algérie, repris par la France de Guy Mollet puis de Maurice Papon (il concernait alors, de manière sélective, les grands-parents des jeunes Beurs d'aujourd'hui) et réactivé vingt ans plus tard dans ce confetti d'empire colonial qu'est la Nouvelle-Calédonie, a été de nouveau décrété pour que puissent s'appliquer des couvre-feux à la carte. À quand la mise à l'ordre du jour de la loi de 1 849 sur l'état de siège ? Plus sérieusement et au-delà de cette mesure transitoire qui a - c'est le moins que l'on pouvait en attendre - ramené un semblant de calme dans les banlieues, c'est bien l'effet du bâton qui aujourd'hui tient lieu pour l'essentiel de réponse gouvernementale, reléguant au second plan les mesures de traitement social du mal énoncées le 8 novembre par le Premier ministre.
À cet égard, la performance de Nicolas Sarkozy tout au long de ces journées de fièvre ne manque pas d'étonner. Après avoir employé un langage ultraphysique et provocateur (« racailles » faisant suite à « nettoyer au Kärcher »), digne de la police militaire brésilienne dans les favelas ou de Poutine en Tchétchénie, le ministre de l'Intérieur a semblé retrouver son équilibre. Intelligent, il sait, lui dont le souci est de ne pas ressembler à Charles Pasqua, que le tout-sécuritaire abîme son image d'homme politique moderne et rassembleur, bref, de présidentiable. Mais ses dernières et inquiétantes déclarations sur la nécessité d'expulser de France tout étranger, y compris en situation régulière, condamné dans le cadre des émeutes - ce qui revient à réinstaurer la « double peine » à l'issue de jugements particulièrement expéditifs -, éclaire la vraie nature du futur candidat à l'Élysée. L'alternance de propos martiaux et de petites phrases « sociales » et paternalistes à l'égard de la jeunesse désespérée des quartiers ne traduit pas chez lui un mélange de dureté et d'empathie. Elle est l'expression même du double langage politicien - un art longtemps pratiqué avec maestria par un certain Jacques Chirac.
Il est beaucoup trop tôt pour mesurer l'onde de choc - notamment électorale - des émeutes de novembre. Mais une chose est sûre : pour éviter une catastrophe pire que la poussée de l'extrême droite en 2002, pour lutter contre la violence des quartiers sensibles en tant que traduction d'une triple injustice, sociale, économique et raciale, pour ramener vers l'école les milliers d'enfants qui l'ont désertée, pour doser avec discernement prévention, dissuasion et sanction, il faut du temps, de l'argent et du courage. Rien, hélas, n'y est moins propice que le climat politique actuel, où la fin d'un règne se conjugue avec une compétition acharnée pour succéder au monarque vieillissant.
 
« La partition de la Côte d'Ivoire n'est pas impossible »
CÔTE D'IVOIRE - 13 novembre 2005- par PROPOS RECUEILLIS PAR ÉLISE COLETTE ET JEAN-DOMINIQUE GESLIN
Pour l'universitaire Christian Bouquet, la crise ivoirienne montre que l'Afrique n'est pas prête à absorber le modèle démocratique occidental.
Professeur de géographie politique et du développement à l'université Michel-de- Montaigne (Bordeaux-III), Christian Bouquet est l'auteur de Géopolitique de la Côte d'Ivoire. Un ouvrage de référence pour tous ceux qui s'intéressent, de près ou de loin, à la crise que traverse depuis six ans le pays d'Houphouët. Pour nourrir son propos, cet universitaire a pu mettre à profit son expérience de terrain, puisqu'il a travaillé comme attaché culturel à l'ambassade de France à Abidjan. C'est d'ailleurs à ce poste qu'il assiste, le 23 décembre 1999, au coup d'État qui porte le général Robert Gueï au pouvoir, remplacé l'année suivante par Laurent Gbagbo. En spectateur avisé, il dissèque avec précision la genèse de la crise qui déchire la nation ivoirienne. Résultat : un ouvrage écrit avec pédagogie et fluidité, même s'il soulève peut-être plus de questions qu'il n'apporte de réponses. Car, au-delà des analyses historiques, politiques et sociales, c'est bien l'avenir de « l'Éléphant d'Afrique » qui suscite aujourd'hui le plus d'interrogations. C'est pourquoi nous avons voulu prolonger avec Christian Bouquet sa réflexion. Jeune Afrique/l'Intelligent : La date butoir du 30 octobre n'a pas suscité les affrontements annoncés par certains. Laurent Gbagbo serait-il devenu indéboulonnable ?
Christian Bouquet : Non, mais il ne pouvait rien se passer le 30 octobre. La Côte d'Ivoire n'est pas un pays où l'expression démocratique est libre. La dernière fois que l'opposition a voulu descendre dans la rue, en mars 2004, il y a eu plus de 120 morts. Cette fois encore, les forces de l'ordre ont utilisé des balles réelles pour disperser les quelques fauteurs de troubles. Il n'y a donc aucune leçon de légitimité à tirer de cette journée. En revanche, si la communauté internationale laisse une fois de plus contourner la résolution 1633 de l'ONU sur l'après-30 octobre, le pays continuera de s'éloigner un peu plus de la sortie de crise.
J.A.I. : Pourquoi dites-vous que le 19 septembre 2002 était prévisible ?
C.B. : La partition de la Côte d'Ivoire a concrétisé ce qui avait été cartographié deux ans plus tôt par le journal Le Patriote, au moment des législatives de décembre 2000. Toute la partie nord du pays avait alors menacé de faire sécession. On a refusé de reconnaître à Ouattara la nationalité ivoirienne, et la réaction de la population du Nord a été immédiate : elle a estimé qu'elle n'était pas ivoirienne non plus. Lors du scrutin départemental de juillet 2002, on a renouvelé les cartes d'électeurs ; et l'on a vu que certains Ivoiriens n'étaient plus reconnus comme tels, puisqu'il manquait plus d'un million de cartes.
J.A.I. : Lorsque l'on évoque les origines de la crise, on accuse souvent Félix Houphouët-Boigny de n'avoir pas préparé sa succession. Vous dites que c'est autant la faute d'une transition « mal préparée » que celle de successeurs qui se sont « mal assumés ». Quelles ont été leurs erreurs ?
C.B. : Elles sont nombreuses. Mais une chose fondamentale a manqué : la Côte d'Ivoire a cru pouvoir faire l'économie de sa conférence nationale, comme il y en a eu dans la majorité des pays d'Afrique francophone dans les années 1990. La Côte d'Ivoire, dirigée alors par Houphouët, n'a pas voulu en passer par là. C'était une erreur. Ces conclaves ont pris une dimension psychodramatique, ce fut une sorte de catharsis pour passer d'une époque à une autre. Le pays en avait besoin.
Ensuite, les successeurs d'Houphouët n'ont pas su jouer le jeu de la démocratie qu'on leur imposait. La démocratie à l'occidentale est peut-être une bonne chose, mais, pour la transférer en l'état dans l'Afrique des années 1990, il fallait prendre plus de précautions. Et cela demandait de la part des hommes chargés de gérer cette évolution de grandes qualités, que bien souvent ils n'avaient pas.
J.A.I. : À propos des accords de Marcoussis, vous accusez la France d'attitude néocolonialiste et d'ingérence. Ces accords sont-ils mauvais pour autant ?
C.B. : Non. Ils sont probablement un modèle du genre, car ils faisaient des propositions pour régler tous les problèmes qui se posaient à la Côte d'Ivoire à ce moment-là. Rien n'a été oublié. Sur le fond, c'est un excellent texte. Sur la forme, c'est une ingérence inacceptable. Gbagbo a joué là-dessus et Thabo Mbeki aussi. Évidemment, si leur signature a eu lieu en France, c'est parce que toutes les autres solutions avaient été épuisées. Et notamment toutes les solutions africaines. Aucun des pairs de Gbagbo n'était en mesure de réunir ce conclave.
J.A.I. : La situation en Côte d'Ivoire signifie-t-elle la fin de l'influence française en Afrique ?
C.B. : Oui, et elle résulte d'une énorme maladresse. Si les accords de Marcoussis sont très bons, ce qui s'est passé à Kléber a été beaucoup plus contestable. La France s'est mis en tête de composer le gouvernement ivoirien. Il était extrêmement maladroit d'imposer à Gbagbo, qui avait déjà atteint le dernier degré de l'humiliation, des ministres rebelles à des postes clés du gouvernement. Ce qui était déjà dur à avaler est devenu indigeste. Par ce geste néocolonialiste, la France a réveillé en Côte d'Ivoire un sentiment qui semblait jusqu'alors anesthésié.
J.A.I. : Thabo Mbeki a-t-il échoué dans sa médiation ?
C.B. : Il est difficile de dire qu'il a échoué, parce que l'on attendait beaucoup de lui. Il a tout de même été le seul à obtenir l'éligibilité de Ouattara. Il faut le mettre à son crédit. Ensuite, qu'il ait penché très nettement pour le camp de Gbagbo me semble évident. Maintenant, le problème est de savoir quel médiateur africain peut faire mieux que lui.
J.A.I. : Les sanctions sont-elles une solution ?
C.B. : Bien sûr. Notamment pour le blocage des comptes bancaires de ceux qui entretiennent la crise. Cela permettrait de neutraliser le financement des milices. Ensuite, l'embargo sur les armes n'a pas été respecté. En renforçant les contrôles, on éviterait que la situation ne s'embrase. Enfin, on ne peut pas rester trois ans sans sanctionner. Sinon, on encourage l'impunité.
J.A.I. : Pourquoi estimez-vous que Gbagbo ne peut remporter la présidentielle ?
C.B. : Il s'est écoulé trois ans entre le dernier scrutin, les élections départementales, et maintenant. Évidemment, la situation a changé. Est-ce que, pour autant, les lignes de force politiques ont bougé ? Si la situation est restée figée, Gbagbo sera certainement battu. Si elle a évolué, comme ses partisans semblent le soutenir, il reste à démontrer pourquoi. Est-ce que son bilan permet au chef de l'État d'attirer les centaines de milliers de nouveaux électeurs qu'il lui faut pour être élu ? Je n'en suis pas sûr. Reste à savoir s'il a été fédérateur. La réponse est non. Enfin, a-t-il su ramener à lui des électeurs séduits par son programme nationaliste ? Peut-être, mais certainement pas les centaines de milliers d'électeurs dont il a mathématiquement besoin.
J.A.I. : Peut-on aboutir à une partition de la Côte d'Ivoire ?
C.B. : C'est une hypothèse forte en ce moment. Elle pourrait se concrétiser assez rapidement d'une façon presque légale. Gbagbo peut, s'il le veut, organiser des élections demain ou dans six mois, uniquement dans le Sud. Il peut aussi modifier les listes électorales pour être élu. D'autant que la communauté internationale se montre un peu fatiguée par le dossier ivoirien, et la population ivoirienne est encore plus lasse. Ce qui permettrait l'avènement d'une Côte d'Ivoire du Sud, que l'on appelait la Basse-Côte à l'époque coloniale, avec un président élu - dans des conditions calamiteuses certes, mais élu quand même. Avec les richesses du Sud nécessaires à son fonctionnement. Resterait à résoudre le problème du Nord. Que ferait le Burkina dans ce cas ? Que ferait la communauté internationale ?
J.A.I. : Vous estimez qu'il manque un élément d'explication aux Occidentaux pour comprendre la Côte d'Ivoire. Adhérez-vous à la conception de Gbagbo sur le décalage culturel ?
C.B. : Oui, j'y adhère sur la forme, ne serait-ce que parce que cela fait des décennies qu'il y a des choses qu'on ne comprend pas. Dire cela, c'est faire du culturalisme, qui est actuellement l'objet d'un tabou. Il sera levé un jour, mais il ne l'est pas encore. On ne pouvait imposer aux cultures africaines la logique arithmétique de nos démocraties, dans la mesure où les populations ont vécu sous un mode de gouvernance particulier, qui ne faisait pas de décompte et recherchait l'unanimité. Lorsqu'on introduit le paramètre du nombre et de la majorité, il y a forcément blocage. Il y a des principes qu'on a cru universels mais qui ne le sont pas encore. Si on ne prend pas cela en compte, on ne comprendra jamais rien.
J.A.I. : Faut-il étendre à tous les pays africains l'analyse du « modèle démocratique occidental inapplicable » que vous inspire le cas de la Côte d'Ivoire ?
C.B. : Les transferts de modèle ne doivent pas être faits sans précaution. Il faut se reposer la question de l'universalité des valeurs. L'Afrique n'est pas prête non pas à la démocratie, mais au modèle démocratique occidental.
J.A.I. : Pour revenir à la Côte d'Ivoire, quelle solution voyez-vous ?
C.B. : Il faut prendre le temps de réaliser le chantier de l'identification des Ivoiriens. Alors la plupart des problèmes se régleront. Aujourd'hui, « l'étranger » n'est plus seulement le Dioula du RDR, mais aussi potentiellement le Baoulé du PDCI. Tant que Bédié était allié de Gbagbo, gagner des élections dans le Sud n'était pas compliqué. Maintenant que Bédié est un adversaire potentiel pour Gbagbo, même les électeurs du PDCI pourront être écartés des listes électorales. Il ne suffira plus de mettre sur la touche les Konaté et les Coulibaly, mais aussi les Konan ou les Kouassi. D'où l'intérêt de procéder rapidement à l'identification.
J.A.I. : Avant le désarmement ?
C.B. : Guillaume Soro l'a dit : « Les combattants sont prêts à échanger leurs kalachnikovs contre une carte d'identité ivoirienne. » Il faut le prendre au mot.

les militaires français en Afrique...la France en Afrique.

desyks écrit :
Vivant en Afrique depuis plus de 25 ans, je n'ai pu que constater une dégradation continue des rapports entre africains et français, ceux qui vivent côte à côte tous les jours, dans le travail ou dans la vie.
Quoique fasse la France, ce n'est jamais bien : quand elle intervient et "elle se mèle de quoi ?" ; si elle n'intervient pas et "elle nous abandonne".
il se dit tous les jours :
-Les élections sont truquées par la France(comme si c'était nous qui votions!)
-Les français ne sont que des profiteurs qui pillent nos pays (vous connaissez des investisseurs qui ne veulent pas faire de bénéfices ?)
-Les français envoient nos filles faire la pute chez eux; ils réalisent leurs phantasmes qu'ils ne peuvent avoir avec les blanches (comme si la prostitution n'existait pas ici!).
Ecoutez aussi les textes des rappeurs : on y trouve partout la haine du blanc et du français en particulier ; jamais des textes pareils ne pourraient être entendus en France car ce sont de véritables appels à la haine raciale et même au meurtre : ICI ON NE SE GENE PAS, tandis qu'en France nous nous autocensurons de peur du "qu'en dira-t-on"; nous en sommes même à ne plus oser nous défendre lorsque nous sommes agressés par des "étrangers" -noirs ou autres- car, si par malheur l'agressé a le dessus, il sera forcément un "raciste" qui veut se "faire un étranger"; il le paiera cher. Et ils le savent !!
J'en passe et des meilleures.
Quant à nos militaires et notre politique vis à vis de l'Afrique : laissons tomber ; rapatrions nous vers la métropole; laissons les entre eux se déchirer, piller et se faire la guerre (un point où l'africain est très fort); après 25 ans en Afrique (où je n'ai pas fait fortune comme le croit chaque africain)où j'ai formé des centaines de techniciens (presque tous partis travailler à l'étranger !!) je suis découragé; des milliers de milliards sont arrivés ici; des remises ou effacements de dettes ont été faits : quel a été le résultat ?? les hopitaux sont des mouroirs, l'éducation nationale est inexistante, les routes ne sont que des nids de poules, les dons en médicaments sont détournés et revendus; les riches sont de plus en plus riches quant aux pauvres ...C' EST LA FAUTE A LA FRANCE et on laisse dire évidemment!
N'intervenons plus; c'est inutile.
ps : mon épouse est africaine comme mes enfants et mes petits enfants;j'en ai adopté 2; j'ai fait beaucoup de choses dans ces pays ; j'y ai même demandé la nationalité : toujours refusée malgré mon "ancienneté" , le travail produit et les investissements .En france, on obtient la nationalité après combien d'années de présence sur le territoire ?? Quant à la carte de séjour, elle dépasse rarement les 2 ou 3 ans de validité; 5 pour les plus nantis .Il faudrait une réciprocité; c'est aussi simple que çà.


les militaires français en Afrique...la France en Afrique.


yoweri écrit :
Il faut arreter de chanter sur tous les toits la France pense au bien-etre de l'Afrique et des Africains.quand on entend ça et là qu'il ne faut pas mettre tout le monde dans le meme sac,qu'il ne faut pas dire que c'est tous les Blancs qui sont racistes ,mais cette distinction,ce discernement la france en a t-elle fait preuve? Lorsqu'elle a tiré à l'horizontale sur une foule non armée avec des hélicopteres de combats et on raconte qu'elle a fait preuve de sang-froid alors qu'en réalité elle voulait se venger du meurtre de ses 7 ou 8 soldats morts assassinés par des ivoiriens et non des civils. Il fallait quand meme avoir la lucidité de reconnaitre que ce n'était pas des civils qui avaient tué des soldats français. Quand les elections sont truquées on dit que c'est la France ,ben que voulez-vous monsieur quand on sait que c'est la France qui a apporté (et qui le fait toujours)son soutien aux dictatures et dictateurs africains et que ce n'est pas pret de s'arreter (Mobutu,Compaoré,Bongo,Sassou,Bozizé sans compter le regime d'Apartheid [Pieter Botha reçu en Ffrance pays des droits de l'homme et de la démocratie]).

Le probleme c'est que nous au moins en Afrique on accepte de donner du travail à des Français lorsqu'ils vont chez nous en Afrique, or on sait que la réciproque n'est pas forcément vraie,la preuve en Cote d'Ivoire il y a des Français qui travaillent dans la filiere café cacao et autres et qui contrairement à ce qu'on veut nous faire avaler gagnet de l'argent beaucoup d'argent,est ce le meme cas pour les Africains en France,dites moi monsieur si ils sont nombreux à avoir du travail avec leur diplomes qu'ils ont? Quand il faut donner du travail aux gens c'est là qu'il n'y en a pas,mais quand il faut en offrir aux français chez nous là il y en a.Et lorsque des Africains meurent dans des immeubles insalubres (pourquoi y vivent-ils d'ailleurs,est ce que les Français qui vivent en Afrique sont logés dans des squatts?) le ministre de l'interieur ici se permet de dire des choses choquantes sur eux.Et bien il faut admettre la réciprocité maintenant,nous aussi en avons de tout le temps offrir à des gens qui nous offrent rien et nous tirent dessus quand on leur demande de partir ce que nous ne faisons pas quand il nous le demande.Quand aux milliers de milliards de la France qu'elle investit chez nous sachez monsieur que nous ne sommes plus dupes sur la destination de ces milliards qui prennent le chemin de comptes bancaires suisses de ces dictateurs amis et alliés de la france,la France et le FMI ne financent pas des projets réels de développements en Afrique et ne se soucient guère du bien-etre et de la prosperité des Africains si c'etait le cas la France n'aurait pas trempé dans plusieurs assassinats et projets de coups d'Etatas en Afrique visant à installer des dictateurs honni et vomis par leur peuples mais maintenu grace a la France(Lumumba,Sekou Touré et Moumié félix).Quand aux lois et auto-censures de la part de la France,c'est curieux il y a beaucoup de lois antiracistes mais les faits racistes contre les Noirs....Je suis bien placé pour le savoir ça!L'immigration et les conditions de vies des immigrés ici faut pas nous faire l'affront de nous dire qu'elles sont meilleures.

daniel écrit :
Côte d'Ivoire - La plupart des filiales des groupes français ont rouvert...
Six semaines après les violences anti-françaises, la quasi-totalité des 147* filiales de nos entreprises présentes en Côte d'Ivoire ont rouvert leurs portes. Depuis le 29 novembre, Air France a repris ses vols vers Abidjan, et une centaine d'expatriés sont déjà revenus à leur poste. Bien sûr, le chiffre peut paraître dérisoire face aux 8 000 départs qui ont suivi les pillages et les agressions. Mais les drames humains ont surtout touché les entrepreneurs individuels et leurs familles, qui ont tout perdu et, pour l'immense majorité, ne reviendront pas.
« Bunkerisation. » « En revanche, les grands groupes vont continuer à travailler, mais différemment, comme au Nigeria », prédit Antoine Glaser, rédacteur en chef de La Lettre du continent . « Comme au Nigeria », c'est-à-dire « bunkerisés », confinant leurs collaborateurs dans des bases-vie sous haute protection. « Les grandes entreprises vont réduire le nombre de leurs expatriés, mais ne vous attendez pas à des délocalisations massives », assure Hervé Le Roy, chef de la Mission économique d'Abidjan. Bien qu'en déclin, la Côte d'Ivoire reste la locomotive de l'Afrique de l'Ouest, où un groupe comme Bolloré réalise près du tiers de son chiffre d'affaires. Inversement, le départ des grands groupes français laisserait le pays exsangue, lui retirant plus de la moitié de ses recettes fiscales et près du tiers de son PIB.
Inventée par le « Vieux », Houphouët-Boigny, mort en 1993, l'appellation de « Françafrique » reste donc d'actualité. Six** des dix premiers groupes opérant en Côte d'Ivoire sont partiellement ou totalement à capitaux français et contrôlent des pans entiers de l'économie : l'eau, l'électricité, les télécommunications, les transports… La Saur, filiale de Bouygues, détient 47 % de la Sodeci, la Société des eaux de Côte d'Ivoire, et 25 % de la CIE, la Compagnie ivoirienne d'électricité. Le groupe Bolloré, vrai Etat dans l'Etat, gère le port d'Abidjan et étend son emprise aux transports maritimes (Saga, SDV) et ferroviaires (Sitarail), au tabac (Sitab) et au caoutchouc (Sogeb). France Télécom est l'actionnaire majoritaire de Côte d'Ivoire Télécom et détient Orange Côte d'Ivoire, principal opérateur de téléphonie mobile. Total, outre ses 160 stations-service, possède 25 % de la Sir, la Société ivoirienne de raffinage, première entreprise industrielle du pays. Le groupe Castel détient les quasi- monopoles de la bière et du sucre ; la CFAO, filiale de PPR, des positions dominantes dans de nombreux secteurs.
Gros contrats préservés. Face à cette mainmise, le mouvement nationaliste des Jeunes Patriotes réclame la « décolonisation économique » . Laurent Gbagbo lui-même a menacé un temps de ne pas reconduire certains contrats, comme la concession de l'électricité accordée à la Saur par son principal adversaire politique, Alassane Ouattara, proche de Martin Bouygues et de son épouse. Mais, aujourd'hui, le président ivoirien privilégie une real-politik apaisante, et aucun des grands contrats franco-ivoiriens n'a été remis en cause. Le « Monsieur Afrique » de Bolloré, Michel Roussin, ex-numéro deux de la DGSE, entretient des relations cordiales avec le président, et son groupe a obtenu la concession d'un nouveau terminal à conteneurs sur le port d'Abidjan. Malgré la guerre et la misère croissante en Côte d'Ivoire, les affaires continuent…
Bertrand Fraysse.
* Les principaux groupes français implantés.
**Ces six groupes à capitaux français font partie des dix entreprises les plus puissantes de Côte d'Ivoire.

 

Les Français moins nombreux mais toujours présents en Côte d'Ivoire

Un an après les violences de novembre 2004 qui ont provoqué le départ de nombreux Occidentaux, ressortissants et entreprises français sont toujours présents en Côte d'Ivoire, même si ils sont moins nombreux et ont modifié leur mode de vie ou de fonctionnement.
Les chiffres des ressortissants enregistrés au consulat de France (10.000, mais près de 60% de binationaux dont une majorité de Franco-Ivoiriens n'ayant aucune attache en France) ne rendent pas compte de la réalité.
Seuls 500 des près de 8.000 Français évacués en novembre 2004 sont revenus dans le pays et quelque 3.000 Français non binationaux et ayant des attaches en France vivent actuellement en Côte d'Ivoire, estime une source diplomatique française.
Leurs modes de vie ont changé, "ce sont beaucoup d'hommes seuls, dont la femme et les enfants sont soit rentrés en France, soit vivent dans un pays voisin" où les enfants peuvent fréquenter les écoles françaises, explique un diplomate français.
Les établissements français d'Abidjan ont été totalement détruits par les manifestants qui ont pris la rue le 6 novembre 2004 et entamé une "chasse aux Blancs", après la destruction par l'armée française de la quasi-totalité de l'aviation ivoirienne qui venait de bombarder une position française dans le centre du pays.
Ces "Blancs" ont majoritairement quitté leurs villas des quartiers résidentiels de Riviera, Cocody ou Deux Plateaux, au nord d'Abidjan, pour des concessions ou des appartements bien gardées, au sud des ponts qui enjambent la lagune séparant la ville en deux.
"Outre la criminalité, l'élément déterminant est la proximité de l'aéroport" et de l'armée française, poursuit la même source, même si les quartiers au sud des ponts, denses en commerces et petites entreprises, avaient subi les pillages les plus graves en novembre 2004.
Parmi ces nombreux commerces et PME, visées car supposées appartenir à des Français, certaines ne se sont pas relevés des saccages. Mais là encore aucune statistique n'est disponible.
"On estime que depuis un an environ 120 PME-PMI appartenant à des Français ont disparu", explique un patron français du secteur, composé à 80% de PME, principalement dans les branches commerces et services, dont des "petits métiers" tels que la boulangerie ou la plomberie.
Outre les pillages, certains petits patrons n'ont pu faire face après les évènements, les fournisseurs exigeant désormais d'être payés comptant et non plus à 60 ou 90 jours comme auparavant.
"Les PME qui restent sont dans une situation difficile. On vit sur nos fonds propres, alors on réduit la voilure", poursuit ce patron. Nombre d'expatriés de ces PME qui ont quitté le pays n'ont ainsi pas été remplacés.
Les quelque 150 filiales de grands groupes français, plus solides financièrement, ont moins souffert. La Mission économique de l'ambassade de France à Abidjan dit ne pas avoir constaté de "désinvestissement massif" et les outils de production n'avaient pas été touchés par les violences.
La France reste de loin le plus gros investisseur étranger et les groupes français continuent donc de gérer la quasi-totalité des services publics ivoiriens: France Télécom détient la majorité de Côte d'Ivoire Télécom, la Sitarail (chemin de fer) est une filiale du groupe Bolloré, et la Saur, filiale du groupe Bouygues, est l'actionnaire de référence des compagnies de distribution d'eau (Sodeci) et d'électricité (CIE).
Le contrat de concession de Bouygues pour la distribution de l'électricité a d'ailleurs été renouvelé pour 15 ans en octobre. Le groupe Bolloré gère également le port, et Orange est l'un des opérateurs de téléphonie mobile.
Seul changement notable: ces entreprises emploient désormais 40% d'expatriés en moins, confiant désormais à des Ivoiriens les postes à responsabilité qu'ils occupaient précédemment.

Toujours pas d'accord sur le nom du Premier ministre

Le président en exercice de l'Union africaine (UA) a promis vendredi à la Côte d'Ivoire un Premier ministre "dans le délai le plus bref", mais celui-ci ne devrait pas être connu avant plusieurs jours, d'autant que les parties à la crise semblent loin de s'accorder sur un nom.
Après avoir consulté l'ensemble des acteurs de la crise au cours d'une journée-marathon à Abidjan, le président nigérian est reparti avec une liste des candidats qu'ils lui ont présentés pour le poste.
"Dix heures de discussions et toujours pas de Premier ministre", notait samedi matin le quotidien d'opposition 24 Heures. Alors que la date-limite du 31 octobre, prévue par la résolution 1633 du Conseil de sécurité de l'Onu pour la nomination de ce Premier ministre est largement dépassée, le président Obasanjo n'a pas voulu donner de nouveau délai précis pour la désignation de cet homme "acceptable pour toutes les parties".
"Vu la façon dont nous avançons, dans les plus brefs délais possibles nous (...) trouverons un nom qui apparaîtra globalement acceptable comme Premier ministre pour toutes les parties", a-t-il assuré à la presse avant son départ.
Reprenant des propositions de l'UA, cette résolution, constatant l'impossibilité d'organiser la présidentielle prévue le 30 octobre en raison de la persistance de la crise ivoirienne, a maintenu le président Laurent Gbagbo en fonction pour un an maximum, en lui adjoignant un Premier ministre aux pouvoirs élargis chargé d'organiser le scrutin. "S'il est tôt pour parler d'échec de cette mission, le constat est que le nouveau Premier ministre n'a pu être nommé hier, alors que le délai recommandé par l'ONU (...) est arrivé à échéance depuis six jours aujourd'hui", relevait le quotidien indépendant Soir Info.
Outre la liste des candidats à la "Primature", la presse ivoirienne spéculait aussi samedi sur la date de cette future nomination, de quelques jours à plusieurs semaines selon les titres, certains journaux notant que la mission de M. Obasanjo serait difficile. "Les Ivoiriens devront encore supporter leur mal avec résignation, au moins jusqu'à la semaine prochaine pour connaître le nom de leur Premier ministre", estime Soir Info, qui comme ses confrères rappelle la procédure choisie par M. Obasanjo pour présider au choix.
D'ores et déjà, le président nigérian a avancé un délai compris entre 48 et 96 heures pour que les parties désignent dans la liste de l'ensemble des candidats proposés, ceux qu'ils considèrent comme "acceptables". M. Obasanjo et ses homologues sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de l'UA, et Mamadou Tandja, président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) travailleront alors à partir des noms qui reviennent dans plusieurs de ces listes réduites. "S'il y en a", a cru bon de préciser le président nigérian vendredi.
"Qui peut être cette personnalité consensuelle dans un univers où l'on se déteste cordialement selon qu'on est d'un bord ou d'un autre?", s'interroge ouvertement samedi le quotidien indépendant L'Inter, notant qu'"entre les potentiels candidats au poste de Premier ministre (...) aucun ne semble faire l'unanimité". D'autant que la candidature du secrétaire général de la rébellion des Forces nouvelles (FN), Guillaume Soro, derrière laquelle s'était rallié jeudi soir l'ensemble du G7, qui regroupe opposition et rébellion, ne semblait plus vendredi faire l'unanimité chez ses alliés des partis d'opposition.
La presse dans son ensemble notait samedi "l'explosion" du G7, pour s'en réjouir ou le déplorer, selon le camp auquel chaque titre appartient.


QUESTIONS - RÉPONSES

Bonjour,
Pourquoi est-ce que aujourd’hui tous les pays du pré-carré français sont en faillite?
(Togo, Ex-Zaire, Congo, Tchad, Centre-Afrique, Togo....)
> La faillite dont vous parlez ne concerne pas uniquement les pays de l’ancien pré carré français. Elle concerne la quasi totalité des pays d’Afrique subsaharienne. Les causes sont multiples et différentes selon les pays. Mais on peut retrouver des constantes : causes internes liées aux régimes clientélistes et causes externes liées à la mondialisation néolibérale.

question de : Internaute
> la Côte D’Ivoire sait et a compris la guerre économique que la "francafrique" les amis de mr chirac livre à la côte d’ivoire avec ses lots de désolations et de morts pour les intérêts de la france . Pourquoi en votre qualité de spécialiste de la côte d’ivoire vous ne dénoncez pas l’attitude de la politique suicidaire de mr chirac qui prend le peuple de côte d’ivoire en ôtage en divisant artificiellement ce beau pays et son soutien à ses rebelles fabriqués par la francafrique . Je voudrais savoir pourquoi les intélectueles français restent sans voie , car vous savez aussi que la france vilipende Mr Gbagbo parcequ’il refuse de marchander la liberté de son peuple et son droit à l’autodétermination ... le Peuple de Côte D’Ivoire voudrait qu’on dise la vérité , que les militaires français favorisent impunement les tueries en ci et l’ exploitation froduleuses de ses richesses sans que la communauté internationale lève le petit doit.Votre position Mr ? ...
> Il est évident que tous les dirigeants des pays du Nord mènent des politiques qui favorisent l’activité des firmes nationales à l’étranger. Il en est ainsi pour la France en Côte d’Ivoire et cela a été maintes fois dénoncé par le Président Gbagbo qui revendique la décolonisation économique de son pays.Ce qui n’a pas empéché Bouygues de renouveler pour 15 ans(le 12 octobre) son contrat d’affermage pour l’électricité en Côte d’Ivoire. Il ne faudrait pas oublier que les intérêts de la France en Côte d’Ivoire se réduisent fortement au profit de ceux des Etats-Unis (cacao, petrole), de la Chine, de l’Angola et de l’Afrique du Sud... (bien entendu, ces nouveaux arrivants ne pillent en aucun cas les ressources du pays). Si effectivement, comme vous l’affirmez, les militaires français "favorisent les tueries", Monsieur Gbagbo devrait demander le retrait de la frorce Licorne.

question de : Internaute
> Bonjour
La Côte dIvoire traverse actuellement une grave crise politique. Le gouvernement ivoirien accuse la France d’être en partie responsable de la situation actuelle (non respect des accords de défense, antipatie vis à vis du gouvernement ivoirien, soutien et légitimation des rebelles, ...). Comme on le dit, pas de fumée sans feu ... alors pouvez-vous nous éclairer sur les réelles responsabilités de la France dans ce conflit ?
> Etant seulement économiste, je ne peux vous fournir une analyse politique concernant la responsabilité éventuelle de la France dans le conflit ivoirien. Cependant les causes du conflit dépassent largement l’horizon politique, en impliquant les structures de la société ivoirienne.

question de : Internaute
> Bonjour,
Dans les medias français, il ne se passe pas de jours sans que l’on nous abreuve d’événements tragiques causés par l’armée US en Irak (tortures et mauvais traitements de prisonniers, bavures de l’US Air Force sur des civils, etc etc). Par contre pas un mot sur les méfaits de l’armée française dans nos pays : Côte d’Ivoire, Gabon (les tragiques événements de Novembre dernier).
Pourquoi les médias ont-ils si peur de dire que l’armée française est en CI au même titre que l’armée US en Irak, pour ses ressources afin de protéger ses intérêts ?
> Si la France est en Côte d’Ivoire pour protéger ses intérêts, elle le fait très mal. En effet, les intérêts français ne cessent de se réduire au profit de nouveaux intervenants extérieurs (USA, Chine, Afrique du Sud...).
Pour ce qui est de la non-médiatisation des exactions éventuelles, il semble que la tendance se soit inversée depuis peu avec la forte médiatisation de la suspension de l’ancien chef de la force licorne.

question de : Internaute
> Pour le bien-être de toute l’Afrique, la France doit retirer tous ses soldats de ce continent. Elle n’a plus rien à y faire, le temps des colonies et de sa splendeur est dépassée. Quand donc les hommes politiques français de droite comme de gauche auront-ils une vision plus moderne et plus équilibrée de l’Afrique et de ses peuples ?
> Je partage votre opinion en ce qui concerne le nécessaire retrait des troupes françaises d’Afrique. Il faudrait pour cela que les dirigeants africains le demandent. Il est bien entendu, qu’après cet éventuel départ, aucune autre puissance ne serait tentée de prendre la place libérée.

question de : Internaute
> La France n’est en Afrique que pour protéger ses intérêts au détriment des populations de ces pays. Elle n’a de cesse de protéger les pires dictateurs de ce continent (Chirac déplorant la perte d’un ami personnel, lors du décès de Eyadéma, ex-dictateur sanguinaire togolais de sinistre mémoire). Elle leur envoit son armée quand un président démocratiquement élu, Laurent Gbagbo essaie de lui tenir tête et veut faire appel pour développer son pays à des investisseurs et entrepreneurs autres que Français.
C’est scandaleux et inadmissible en ce début de IIIème millénaire.
Retirez vos troupes de CI.
> Il semble, en effet, que la politique africaine de la France ait toujours privilégié la stabilité à la démocratie, ce qui est bon pour les investisseurs quelle que soit leur nationalité. Je comprends le souci de L. Gbagbo de diversifier les investisseurs étrangers intervenant dans son pays. Certains reprochent à la France de ne pas avoir respecté ses accords militaires avec la Côte d’Ivoire, alors que d’autres lui reprochent son intervention. Je pense comme vous que la France devrait retirer ses troupes, mais pensez-vous sérieusement que ce retrait permettra un règlement plus rapide du conflit?

question de : Internaute
> Comment peut-on croire un seul instant que les forces françaises sont en CI afin de séparer les belligérants ?
Elle fait tout ce qui est en son pouvoir afin de permettre la candidature de ce Allasane Ouattara, qui lorsqu’il était 1er ministre de Houphouët-Boignya accordé de nombreux monopoles à des entreprises françaises que Laurent Gbagbo désire remettre en cause au nom de la mondialisation.
> Pensez-vous qu’Alassane Ouattara soit le candidat de la France? Certains soutiennent, en se référant à son passé dans les institutions financières internationales, qu’il pourrait être le candidat des Etats-Unis.

question de : Internaute
> Bonjour,
j’ai vécu longtemps en CI, justement à l’époque de l’ex-Président Houphouët-Boigny. Ce qui m’a toujours étonné, c’est qu’au nom d’un certain panafricanisme, ce chef d’état avait pour habitude de nommer ministres ou encore ambassadeur de Côte d’Ivoire, des technocrates africains non ivoiriens. Il n’était pas rare que son gouvernement comprenne des Sénégalais, des Burkinabés ou autres, comme minstres ou conseillers.
Justement M. Allasane Ouattara fut nommé 1er Ministre (fonction qui fut créée par la suite sur insistance des pays occidentaux), car ancien haut fonctionnaire de la banque mondiale ou du FMI bien connu pour ses compétences budgétaires et ce pour le compte du Burkina-Faso dont il possédait le passeport.
Tout le drame de la Côte D’ivoire (très agréable pays que j’ai dû quitter) réside donc dans la nationalité (ivoirité ?) de ce M. Ouattara et de ses ambitions présidentielles.
Serait-il possible en France à un non-Français de briguer le poste de Président de la République ? Alors pourquoi permettre à un non-ivoirien comme M. Ouattara de se présenter à cette élection en CI ? Qu’il le fasse mais au Burkina-Faso.
S’il est autant démocrate qu’il le prétend, pourquoi finance t-il donc les rebelles qui sont au jour d’aujourd’hui responsables du blocage actuel ?
> Je ne puis répondre à une suite d’affirmations non fondées. Ce vieux débat me semble dépassé.

question de : Internaute
> le president sud africain est il credible dans la mediation .
> Il semble que la médiation de Thabo Mbeki manque de crédibilité car elle est mise en cause par l’opposition ivoirienne et l’intervention de la CEDEAO dans le processus semble indiquer que ladite médiation ne fait pas l’unanimité parmi les dirigeants africains.

question de : Internaute
> gbagbo peut il diriger la transition?
> Pourquoi pas, en effet. Mais, la décision 1633 du Conseil de sécurité a un air de déjà vu. Par exemple, en janvier 2003, les accords de Marcoussis prévoyaient la nomination d’un premier ministre aux pouvoirs étendus. Seydou Diarra a été nommé mais L. Gbagbo a invoqué la constitution pour ne pas transférer ses pouvoirs. Quelle sera son attitude dans les mois qui viennent?

question de : Internaute
> Il semble évident que M. Gbagbo s’est positionné comme "résistant" au colonialisme Français et a trouvé des oreilles attentives dans l’afrique anglo-saxone. Ce n’est pas la réalité du problème ivoirien mais les décisions qui viennent d’être prises en ont été polluées.
D’autre part, une étude attentive de la médiation de M. Mbeki montre les implications économiques de l’Afrique du sud en CI et leur influence sur les prises de position du médiateur.
Aujourd’hui, cette afrique du sud et ses satellites mènent un combat contre la Fance perçue comme un concurrent politique et économique.

Mes questions
Ces frustrés de l’apartheid ont ils la capacité de régler la crise ivoirienne ?
Leur position pro Gbagbo ne risque t elle pas d’entraîner une nouvelle explosion ?
Merci
> Effectivement l’Afrique du Sud a des intérêts en Côte d’Ivoire (Telecel,fourniture de bus à la Sotra...) ce qui pourrait laisser penser que...
Par ailleurs, il semble que l’Afrique du Sud soit passée d’ambitions régionales à des ambitions continentales. Je doute que l’Afrique du Sud seule, soit en mesure de régler la crise ivoirienne.

question de : XCS
> Peut-on savoir quels sont les interets francais en Cote d’Ivoire qui justifient que des militaires y risquent leur peau ? Pourquoi ne pas avoir evacue et basta ?
> En Côte d’Ivoires certaines firmes multinationales françaisses occupent des positions diminantes dans certains secteurs clés de l’économie (transports : Bolloré, Bouygues : électricité et eau, France-Telecom : télécommunications...) mais les positions françaises sont menacées par d’autres pays et notamment par les Etats-Unis(cacao, pétrole...).
Il est vrai que les firmes françaises dégagent des profits en Côte d’Ivoire, mais il y a des coûts. Selon le général Irastorza actuel chef de la forec Licorne, l’entretien de cette force coûte 190 millions d’euros par an. Ce qui fait 590 millions d’euros depuis le début du conflit. Ces coûts ne sont pas supportés par les multinationales mais par le contribuable français.

question de : beng
> Quel interet les protagonistes en cote d’ivoire ont à faire soufrir la population?
> Il y a une raison bien simple : c’est le pouvoir. En Afrique le pouvoir politique est la clé de l’accès aux ressources économiques. Donc il faut conquérir le pouvoir politique pour pouvoir bénéficier, en Côte d’Ivoire par exemple, de la rente du cacao. L’objectif n’est pas le bien-être de la population mais le pillage des ressources pour une minorité. Si la situation de ni guerre ni paix perdure c’est aussi que chacun y trouve son compte au Nord comme au Sud.

question de : Internaute
> Comment se porte la Côte d’Ivoire sur un plan strictement économique ?
> Etant donnée la persistance du conflit, la situation pourrait être plus grave. Grâce au cacao, au pétrole... la croissance pourrait atteindre 1% cette année selon le FMI. Mais il y a des problèmes d’accumulation d’arriérés sur la dette extérieure... De plus, la pauvreté ne cesse de croître...

question de : Internaute
> Un réel retrait de la France de Côte d’Ivoire, fragiliserait-il le pays sur un plan strictement économique ?
> En l’état actuel des choses je ne pense pas qu’un retrait français fragiliserait la Côte d’Ivoire. Les multinationales peuvent être remplacées par d’autres multinationales. Le seul problème c’est le tissu de nombreuses PME françaises, dont la disparition pourrait avoir des conséquences économiques et sociales plus importantes comme on l’a noté après la fermeture de certaines d’entre elles après loes évènements de novembre 2004.

question de : Internaute
> Aujourd’hui, quels sont lesp ays africains qui comptent dans l’économie mondiale ?
> Les seuls pays qui comptent sont ceux qui possèdent des ressources naturelles.

question de : Internaute
> Malgré la crise, la Côte d’Ivoire est-elle toujours au top de la production mondiale de café et de cacao ?
> La crise n’a (paradoxalement) pas atteint les capacités de production de café et de cacao... la Côte d’Ivoire est toujours le premier producteur mondial de cacao (1400000 tonnes tattendues cette année) et il me semble 6ème producteur mondial de café.

question de : Internaute
> Je pense que les institutions tel que le fmi ET LA banque mondiale , ont en leur sein des celules de reflexiosne t d’action prospectives et strategiques , qui refusent de porter aussi leur part de responsabilité, sur l’echec au developpement et on l’ambition de proposer des gens à eux ( ancien fonctionnaires , membres influents de leurs differents réseaux) à la tete des états africains, afin de relancer le processus de developpement suivant leurs propres méthodes et tirer aux mieux un meilleur engagement de ses pays , afin de garantir la pérénité leurs existences . Qu’en pensez- vous
> J’ai écrit un article sur la responsabilité du FMI et de la Banque Mondiale dans le conflit en Côte d’Ivoire. En imposant des thérapies de choc pour intaurer le marché, le FMI et la Banque Mondiale ont déstabilisé les régimes antérieurs sans vraiment proposer de solutions transitoires ce qui a conduit à susciter ou envenimer les conflits. Faire appel à des anciens de ces institutions ne serait pas à mon sens une bonne idée.

La justice ivoirienne saisie dans l'affaire Mahé

Le procureur du tribunal militaire d'Abidjan a été chargé par la justice française d'effectuer une enquête de moralité sur Firmin Mahé.
Le procureur du tribunal militaire d'Abidjan, Ange Kessi, a indiqué jeudi 3 novembre avoir reçu une commission rogatoire du juge d'instruction du tribunal aux armées de Paris (Tap) "en vue d'enquêter sur l'affaire Poncet".
Cette commission rogatoire demande à Ange Kessi d'effectuer une enquête de moralité sur la victime, Firmin Mahé, mort en mai 2005 après avoir été capturé par des militaires français.
"Dès demain (vendredi), nous nous rendrons sur les lieux du meurtre pour rechercher le cadavre et l'exhumer en vue d'une autopsie afin de déterminer les causes réelles de la mort", a ajouté le procureur Ange Kessi.
Sanctions
Selon un rapport d'enquête remis mercredi au ministère français de la Défense, Firmin Mahé, aurait été "tué par étouffement par des militaires français dans un véhicule blindé".
Outre le général Poncet et son adjoint de l'époque, le général Renaud de Malaussène, trois militaires du rang présents dans le véhicule où a été tué Mahé après avoir été capturé, et leur chef de corps, ont été suspendus.

 

Doué et Yao Yao main dans la main

Si l'on en croit les services de renseignements du contingent français Licorne, le général dissident Mathias Doué et son collègue, le lieutenant-colonel Jules Yao Yao, respectivement ancien chef d'état-major et ancien porte-parole des Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (Fanci), coordonnent leurs actions et leurs déplacements à partir du Ghana, où ils se sont réfugiés. L'un et l'autre franchissent parfois la frontière et se rendraient même de temps à autre à Abidjan. Clandestinement, bien sûr. Directement menacé par le Comité des sanctions de l'ONU dans le cas où il renouvellerait ses appels au renversement de Laurent Gbagbo, Doué s'abstient désormais de toute déclaration.

Affaire Poncet: "très lourdes" sanctions après le meurtre d'un Ivoirien

Michèle Alliot-Marie a prononcé mercredi des sanctions "très lourdes" contre le général Henri Poncet et un autre général, après le meurtre dans des conditions atroces d'un Ivoirien par des soldats français, une affaire qui a créé un malaise dans l'armée française.
Le général Henri Poncet, qui dirigeait l'opération Licorne en Côte-d'Ivoire au moment des faits, en mai, ainsi que son adjoint, le général Renaud de Malaussène, sont frappés d'un blâme, une sanction "très lourde", a expliqué à la presse après l'annonce de cette mesure le général Henri Bentégeat, chef d'état-major des armées.
Le ressortissant ivoirien Firmin Mahé, un "coupeur de routes" soupçonné d'actes criminels par les forces françaises, a été "tué par étouffement par des militaires français dans un véhicule blindé entre Bangolo et Man, le 13 mai", a confirmé le rapport d'enquête remis mercredi au ministre de la Défense.
Des sources proches du dossier avaient confirmé la semaine dernière à l'AFP des révélations de la presse selon lesquelles ce suspect, blessé par des tirs français, avait ensuite été étouffé au moyen d'un sac en plastique.
"Le commandant de la force Licorne (le général Poncet) a été informé des faits mais ne les a pas portés à la connaissance de ses autorités hiérarchiques", a précisé le rapport d'enquête.
Cette sanction, la plus grave d'ordre disciplinaire dans l'armée, touche deux généraux "aguerris, à la compétence reconnue", selon le général Bentégeat, et auxquels avaient été confiées des missions délicates.
L'opération Licorne, d'interposition entre rebelles et soldats réguliers en Côte-d'Ivoire, est particulièrement risquée car elle implique des soldats français dans un pays où la haine de l'ancienne puissance coloniale peut à tout moment ressurgir.
Quant au général de Malaussène, il commandait la brigade multinationale nord-ouest de la KFOR à Novo Selo (Kosovo).
Le général Poncet est muté à la Direction du renseignement militaire et son ancien adjoint a été affecté à la région Sud-Est à Lyon.
Aucun blâme n'avait été infligé par un ministre à un officier général depuis au moins une quinzaine d'années, selon le général Bentégeat.
Lorsque cette affaire avait été annoncée par le ministère de la Défense le 17 octobre, trois militaires avaient été suspendus: le général Poncet, le colonel Eric Burgaud et un adjudant-chef.
Le ministre a décidé mercredi de suspendre aussi deux "militaires du rang dont l'enquête de commandement a établi qu'ils étaient présents avec l'adjudant-chef précédemment suspendu dans le véhicule où a été tué Firmin Mahé".
Ces trois militaires et leur chef de corps seront traduits devant un conseil d'enquête "afin que soient proposées des sanctions adaptées à leurs responsabilités".
A ces sanctions militaires pourraient s'ajouter des poursuites devant les tribunaux.
"Le ministre de la Défense a ordonné la déclassification du rapport d'enquête de commandement et sa transmission au juge d'instruction", a précisé le ministère. En effet, le procureur du tribunal aux armées de Paris a ouvert une information judiciaire contre X pour "homicide volontaire".
"Le rapport, précise le ministère, fait apparaître deux niveaux de responsabilités, celui de l'implication directe ou indirecte dans l'homicide d'une part, celui de la falsification des rapports et de la dissimulation de l'ensemble des faits d'autre part."
La France maintient 4.000 soldats en Côte-d'Ivoire, dans la force Licorne, aux côtés de plus de 7.000 Casques bleus engagés dans l'Opération des Nations unies dans ce pays (Onuci).


Obasanjo en Côte d'Ivoire pour accélérer la nomination d'un Premier ministre

Le président en exercice de l'Union africaine (UA), le Nigérian Olusegun Obasanjo, se rend vendredi en Côte d'Ivoire pour tenter d'accélérer la nomination d'un Premier ministre de transition, que les Nations unies souhaitaient voir désigné avant le 31 octobre.
La visite du président nigérian a été annoncée de manière laconique par la présidence ivoirienne mercredi, indiquant seulement que M. Obasanjo venait pour "une visite de travail" et rencontrerait tous les acteurs de la crise ivoirienne, dont le président Laurent Gbagbo et l'actuel Premier ministre Seydou Diarra.
Derrière cette annonce discrète, cette visite a pour objectif l'accélération de la désignation d'un Premier ministre de transition, alors que la communauté internationale commence à s'inquiéter, cette nomination tardant à voir le jour.
"M. Obansanjo vient tenter de débloquer les décisions de l'UA et de l'Onu sur la transition qui se heurtent déjà à l'obstacle de cette nomination", expliquait jeudi un diplomate à Abidjan, observant que le "consensus" voulu par les Nations unies pour cette désignation risquait d'être "difficile à obtenir".
Le Conseil de sécurité de l'Onu a repris le 21 octobre dans sa résolution 1633 les décisions de l'Union africaine sur la transition politique en Côte d'Ivoire après le 30 octobre, prévoyant de donner tous pouvoirs à un nouveau Premier ministre de consensus en remplacement de Seydou Diarra, et de maintenir au pouvoir le président Laurent Gbagbo, pour une période n'excédant pas 12 mois.
Ce schéma, pour aller aux élections générales, a été élaboré après le report de l'élection présidentielle prévue le 31 octobre, faute d'accord entre les parties, alors que ce pays traverse une crise politico-militaire sans précédent depuis trois ans.
M. Obasanjo aura des consultations tous azimuts à Abidjan et effectuera même un bref déplacement à Bouaké (centre) dans le fief de la rébellion pour y rencontrer son chef Guillaume Soro, secrétaire général des Forces nouvelles.
Il aura à entendre les récriminations des uns et des autres qui ne voient pas la transition sous le même angle et "parfois sous des aspects diamétralement opposés", soulignait un autre diplomate.
M. Gbagbo, dans une adresse à la Nation le 30 octobre au soir de la fin de son mandat, a réaffirmé qu'il était bien le président en soulignant que les décisions que l'Onu et l'UA "viennent de prendre seront appliquées (...) avec d'autant plus de détermination et d'engagement qu'elles sont conformes à notre Constitution".
L'opposition et la rébellion, qui récusent la présence de M. Gbagbo à la tête de l'Etat, le considérant désormais "comme un simple citoyen", redoutent une application stricte par M. Gabgbo de la Constitution ivoirienne, accordant de larges pouvoirs au chef de l'Etat.
En affirmant à la mi-octobre que c'était lui qui "signe le décret" de nomination du Premier ministre qu'il n'acceptera que si le nom proposé correspond au "salut de la Côte d'Ivoire", M. Gbagbo a aussi avivé les craintes de l'opposition et de la rébellion sur la façon dont il envisage la transition.
"Les suspicions des uns à l'égard des autres sont fortes surtout après trois ans de crise et de nombreux accords de paix avortés", notait récemment un observateur.
"M. Obasanjo est devant un écheveau qu'il va avoir du mal à démêler et son voyage de vendredi risque d'être le premier d'une longue série, à moins qu'il ne tape du poing sur la table et signifie la fin de la récréation, menace de sanctions à l'appui, pour que les accords de paix soient enfin appliqués", remarquait encore un diplomate.


Gbagbo dos au mur

Maintenu à la tête de l’État mais affaibli, il est loin d’avoir dit son dernier mot. Pour lui comme pour son pays, 2006 sera l’année de tous les dangers.
S'il est une comparaison que cet historien très républicain ne souhaite pas que l'on fasse à son sujet, c'est bien celle-ci : Laurent Gbagbo, le Vincent Auriol de la Côte d'Ivoire, ou, pis, Laurent Gbagbo, reine d'Angleterre. En d'autres termes, un président dépouillé, un roi nu ou un chef sans sceptre. Sur le papier, pourtant, et sans même attendre ce fatidique lundi 31 octobre où sa légitimité électorale aura pris fin, le président ivoirien a dû se rendre à l'évidence : ce que la communauté internationale a préparé pour lui n'est rien d'autre qu'une mise sous tutelle. Lui qui avait qualifié les accords de Marcoussis de « médicament amer », avant finalement de s'en accommoder, se voit désormais infliger une double dose de ce traitement de choc, accompagnée d'un contrôle médical permanent au cas où l'envie lui prendrait d'oublier les prescriptions : le patient, dit-on, a plus d'un tour dans son sac...
S'il est une comparaison que cet historien très républicain ne souhaite pas que l'on fasse à son sujet, c'est bien celle-ci : Laurent Gbagbo, le Vincent Auriol de la Côte d'Ivoire, ou, pis, Laurent Gbagbo, reine d'Angleterre. En d'autres termes, un président dépouillé, un roi nu ou un chef sans sceptre. Sur le papier, pourtant, et sans même attendre ce fatidique lundi 31 octobre où sa légitimité électorale aura pris fin, le président ivoirien a dû se rendre à l'évidence : ce que la communauté internationale a préparé pour lui n'est rien d'autre qu'une mise sous tutelle. Lui qui avait qualifié les accords de Marcoussis de « médicament amer », avant finalement de s'en accommoder, se voit désormais infliger une double dose de ce traitement de choc, accompagnée d'un contrôle médical permanent au cas où l'envie lui prendrait d'oublier les prescriptions : le patient, dit-on, a plus d'un tour dans son sac...
Si l'on en croit les décisions du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union africaine (UA), endossées le 14 octobre par le Conseil de sécurité de l'ONU, la prolongation pour un an du mandat de Gbagbo est en effet assortie de toute une série de garde-fous destinés à limiter ses prérogatives et sa marge de manoeuvre. Le nouveau Premier ministre « acceptable par toutes les parties », avec lequel Gbagbo devra cohabiter, qu'il ne pourra démettre et qui aura seul autorité sur le gouvernement, disposera ainsi de « tous les pouvoirs nécessaires » et de « toutes les ressources financières, matérielles et humaines voulues, en particulier dans les domaines de la Sécurité, de la Défense et des Affaires électorales ». Ce Premier ministre de transition, non éligible à la prochaine présidentielle, sera épaulé par un Groupe international de travail (GIT) de seize membres qui se réunira une fois par mois à Abidjan. Coprésidé par le ministre nigérian des Affaires étrangères et par le représentant spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire, ce Groupe, composé de représentants de pays voisins (Bénin, Ghana, Guinée, Niger), de puissances extérieures intéressées (France, États-Unis, Royaume-Uni), de partenaires multilatéraux (UA, Union européenne, FMI, Banque mondiale, Organisation internationale de la Francophonie) et de l'Afrique du Sud, aura pour tâche d'évaluer et de vérifier « le degré de coopération des acteurs et parties concernés », bref de contrôler si chacun, et en particulier Gbagbo, joue le jeu et s'en tient à son rôle. À la moindre incartade, le GIT s'autosaisira et transmettra le ou les noms des fauteurs de troubles à New York, où siège le Comité des sanctions, lequel pourra décréter immédiatement le gel des avoirs et l'interdiction de voyager dudit coupable. Et, comme si ce corset ne suffisait pas, les résolutions de l'UA et de l'ONU délèguent aux représentants permanents de la communauté internationale en Côte d'Ivoire (ils sont désormais six, avec chacun son bureau et ses agents) la fonction de surveiller au quotidien le déroulement du processus de paix et la préparation des élections prévues « au plus tard » pour octobre 2006. Une primature forte et indépendante donc, plus une primature bis ayant tout pour devenir une autorité de tutelle (le GIT), plus une batterie de représentants spéciaux, plus les Casques bleus de l'Onuci, plus les Français de l'opération Licorne... Que reste-t-il à Gbagbo, si ce n'est nommer ses propres ministres - ceux issus de son camp, soit à peine un tiers du gouvernement - et inaugurer les chrysanthèmes ?
En réalité et compte tenu de l'intelligence politique de l'intéressé, il reste encore beaucoup de choses à Gbagbo. Il demeure chef de l'État, connaît le terrain mieux que la plupart de ses adversaires, et on peut lui faire confiance pour jouer sur les contradictions qui ne manqueront pas d'apparaître au sein de l'opposition. L'impressionnant dispositif de contrôle en forme d'armée mexicaine mis en place suite aux résolutions de l'UA et de l'ONU - un groupe de travail très composite et des représentants spéciaux aux agendas parfois divergents - fournira à ses légendaires capacités manoeuvrières un espace où se déployer. Quant au Premier ministre, Gbagbo s'emploiera, on l'imagine sans peine, à le séduire, à le contourner et à le neutraliser - un peu comme François Mitterrand le fit avec Jacques Chirac et beaucoup comme lui-même le fit avec Seydou Elimane Diarra. Avec, comme arme fatale, la signature (ou non) des décrets et, comme terrain de bataille essentiel, le contrôle des flux financiers. L'absence d'un nouveau descriptif précis de dévolution des pouvoirs au Premier ministre facilite à cet égard la tâche du président. Le Sud-Africain Thabo Mbeki, qui lui est désormais ouvertement favorable, a pesé de tout son poids lors du sommet d'Addis-Abeba, le 6 octobre, pour que la solution proposée par le Sénégalais Abdoulaye Wade, et avalisée par Olusegun Obasanjo, d'un chef d'État « potiche » et purement symbolique soit écartée. Résultat : le socle des accords de Marcoussis, avec leur part de flou, reste toujours la référence. C'est dire, donc, si la personnalité de celui qui tiendra la primature aura, au cours de l'année qui s'ouvre, une importance cruciale.
La Côte d'Ivoire n'ayant jamais manqué d'hommes politiques prêts à se dévouer pour un destin national, surtout lorsque ce dernier coïncide avec leurs propres ambitions, la liste des candidats - déclarés ou non - au poste de Premier ministre était déjà pleine à la veille du 30 octobre. On en compte une bonne quinzaine. Seydou Elimane Diarra, tout d'abord : à 71 ans, le sortant souhaite rempiler. En cas de blocage, et si aucun nom ne s'impose naturellement, ce politicien de qualité estime avoir ses chances avec la promesse que, fort de la résolution du Conseil de sécurité, il saura, cette fois, s'émanciper de la tutelle présidentielle. Une petite campagne de presse en sa faveur parcourt les journaux d'Abidjan : « Lui, au moins, a su faire taire son ego, peut-on lire. De Marcoussis à Pretoria, il a offert sa vie pour conduire les Ivoiriens à la paix. » Le problème est que, systématiquement contré, voire saboté, par des collaborateurs qui le marquaient à la culotte pour le compte de la présidence, Diarra l'honnête homme est aussi le symbole de l'impuissance, voire de l'échec. N'a-t-il pas, à deux ou trois reprises, songé à démissionner avant de se rétracter ? À Paris, comme dans les capitales voisines de la Côte d'Ivoire, on est ainsi très sceptique sur les chances de voir apparaître un nouveau Diarra en mesure de tenir tête à Gbagbo. Une haute personnalité africaine a cette phrase cruelle, qui résume tout : « Le lapin Diarra ne va pas devenir comme par enchantement le lion Diarra... » Dans le processus à plusieurs tours qui s'annonce et qui peut prendre du temps, certains candidats ont en réalité un profil plus tactique que stratégique, poussés en avant par tel ou tel camp afin de mieux négocier la suite. Est-ce le cas d'Amara Essy, 61 ans, ancien ministre des Affaires étrangères et ex-président intérimaire de la Commission de l'UA ? Certes, l'homme a de l'entregent, du savoir-faire et un profil consensuel : Akan, membre du PDCI d'Henri Konan Bédié, il est musulman et natif de Bouaké. Il aura cependant beaucoup de mal à se défaire de l'étiquette, désormais admise, de « candidat de Gbagbo ». Même schéma, mais en sens inverse, en ce qui concerne l'actuel ministre d'État à l'Enseignement supérieur, Zémogo Fofana, dont le nom revient régulièrement dans les colonnes des journaux ivoiriens. Cet ingénieur informaticien de 60 ans, maire de Boundiali, dans le Nord, est peut-être « l'ami de tous », y compris de Gbagbo. Mais il est avant tout RDR et proche d'Alassane Ouattara.
Ex-poids lourds du paysage politique ivoirien en quête d'un second souffle, les anciens ministres Émile Constant Bombet et Lambert Kouassi Konan sont, eux aussi, sur les rangs, tout comme, dans une moindre mesure, Daniel Kablan Duncan, qui fut le Premier ministre de Bédié. Mais tous trois souffrent d'avoir été, à un degré ou à un autre, des artisans de l'ivoirité au milieu des années 1990. Reste la société civile qui, dans un pays aussi politisé que celui-là, a bien du mal à trouver une marge de manoeuvre et, surtout, un label de neutralité. En sont issus l'unique femme de la liste des postulants, Jacqueline Lohoues Oblé, juriste émérite, ancienne ministre de la Justice et ex-députée RDR d'Abobo - un parti dont elle a démissionné en 1999. L'archevêque de Yamoussoukro, Mgr Siméon Ahouanan, est également en lice au cas où Dieu aurait enfin décidé de s'intéresser à la Côte d'Ivoire : homme de compromis et de dialogue avec la communauté musulmane, le prélat est cependant tout sauf un politique - même ses fidèles le reconnaissent. Quelques personnalités issues du monde des affaires et de l'économie pointent aussi le bout de leur nez : Guy Alain Gauze, l'ex- « monsieur Café-Cacao » de Bédié, ou encore Marcel Zadi Kessy, homme du Groupe Bouygues en Côte d'Ivoire et président de l'Association des rois et chefs traditionnels. Tous deux étant issus de l'ethnie bétée, celle de Gbagbo, leurs chances sont minimes. Tout comme le sont, tout au moins a priori, celles de l'ambitieux maire PDCI de Treichville, André François Amichia.
En fait, et sans que cela ne préjuge en aucune manière de leurs possibilités d'accéder à la primature - d'autant que, à l'heure où ces lignes sont écrites, la « vraie » négociation de sortie de crise fixée dans le calendrier de l'ONU, en présence d'Obasanjo et de Mbeki, n'avait pas encore commencé -, deux hommes sortent du lot dans la liste des premiers ministrables possibles, et même souhaitables pour la Côte d'Ivoire : Charles Konan Banny et Gaston Ouassénan Koné. Le premier - ce n'est guère un secret - a les faveurs de la France, de l'UA (présidence et commission) et de la plupart des chefs d'État voisins. À 62 ans, le gouverneur de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) n'est pas officiellement candidat et n'a toujours pas publiquement renoncé à briguer, fin 2005, un nouveau mandat à la tête de la BCEAO. On n'est jamais trop prudent. Très conscient de sa valeur, Charles Konan Banny attend qu'on le prie et qu'un consensus se dégage autour de sa personne afin de sortir du bois. « Il joue les coquettes », commente, un peu agacé, un haut fonctionnaire français familier du dossier ivoirien, qui est pourtant de ses partisans : « Il ne se déclarera que s'il a la certitude de ne pas être récusé. » Certes, nul ne nie en Côte d'Ivoire que cet homme de caractère a l'étoffe d'un Premier ministre d'envergure. En outre, son accession à la primature arrangerait théoriquement les trois principaux protagonistes de l'élection présidentielle d'octobre 2006. Le chef du gouvernement étant inéligible à cette consultation, Bédié verrait ainsi s'effacer un rival potentiel au sein de son propre camp ; Gbagbo aurait sous la main un cheval de Troie pour attirer à lui une partie de l'électorat baoulé ; quant à Ouattara, qui le connaît depuis trente ans et qui a le même âge que lui, il estime qu'à défaut d'être son allié Konan Banny n'est pas son adversaire. L'intéressé lui-même, dont les ambitions présidentielles sont notoires - « Je ferai un jour partie de ceux qui changeront l'Afrique », déclarait-il, il y a quelques mois, à J.A.I. -, pourrait y voir, dans cet objectif, un avantage. Peu implanté en Côte d'Ivoire malgré ses efforts récents, assez peu familier des réseaux d'influence locaux et surtout trop peu connu du « petit peuple », cet homme fortuné, qui a fait la totalité de sa carrière au sein de la BCEAO, trouvera là l'occasion de labourer le terrain et de se faire un nom. À condition d'être patient, tous les espoirs lui seront dès lors permis pour la présidentielle d'octobre... 2011. Reste un handicap tout de même, qui est une qualité aux yeux de beaucoup, mais assurément un synonyme d'obstacle du côté de Gbagbo : Charles Konan Banny est tout sauf manipulable. L'opinion qu'il a de lui-même est telle que lorsqu'on l'interroge sur l'éventualité d'un accord secret entre lui et le président, « CKB » a presque un haut-le-coeur : « Je suis moi, je ne suis le sous-marin de personne. C'est mal me connaître que de croire que ma personnalité s'accommoderait de ce genre de navigation en eaux troubles. D'ailleurs, j'ai trois ans de plus que Laurent Gbagbo. C'est mon petit frère... » Avec lui, la cohabitation risque de prendre rapidement l'allure d'une confrontation.
« Outre Konan Banny, un seul homme parmi les postulants éventuels est en mesure de résister à Gbagbo : Gaston Ouassénan Koné, confie-t-on à Paris, avant d'ajouter, mais il faudrait, pour que le président l'accepte, que son entourage fasse taire ses rancoeurs, ce qui est loin d'être acquis. » Ce général de gendarmerie à la retraite de 70 ans, formé en France, originaire de Katiola, Sénoufo de confession catholique, président du groupe parlementaire PDCI à l'Assemblée nationale, est en fait le candidat (à peine) secret du tandem Bédié-Ouattara pour la primature. Le temps ayant fait son oeuvre, ce général de division qui était, il y a quelques jours, à Paris, où il a été notamment reçu à l'Élysée, estime entretenir désormais des relations fluides avec Gbagbo, ce qui ferait de lui un premier ministrable acceptable aux yeux du chef de l'État. Le problème est que cette fluidité est récente. En mai 2003, le même Gbagbo avait en effet assorti son refus de nommer le même Ouassénan Koné au poste de ministre de la Défense, ainsi que le proposait l'opposition, de cette petite phrase définitive : « Je le dis clairement, tant que je serai président de la République, lui, Ouassénan, ne sera pas ministre. » En filigrane de cette tirade : le passé ministériel de cet ex-responsable de la Sécurité sous Houphouët, puis sous Bédié, homme à poigne à l'efficacité reconnue, mais sans états d'âme quand il s'est agi de « punir » les militants du FPI, le parti de Gbagbo. La garde rapprochée du président lui reproche, en outre, d'avoir joué un rôle non éclairci, alors qu'il était capitaine, dans la répression de la révolte bétée de 1970 à Gagnoa et à Daloa. À l'évidence, la réconciliation a des limites, d'autant que Gbagbo tient le plus grand compte des états d'âme de son socle communautaire.
Quelle que soit l'identité d'un Premier ministre, qui, en toute hypothèse, ne sera pas le sien, et quelle que soit la capacité de ce dernier à lui tenir tête, le président ivoirien va donc devoir s'employer à demeurer au centre de l'échiquier. Pour cela, et même s'il a déjà usé en quelques années une petite dizaine de cabinets de lobbyistes américains afin d'améliorer son image à Washington, Gbagbo reste toujours, et quoi qu'il en dise, obsédé par la France. Il vit comme une injustice le fait d'y être incompris, et il n'a jamais désespéré de parvenir à s'expliquer. Même lorsqu'il laisse ses partisans se livrer à des diatribes antifrançaises et préparer des slogans hostiles à l'ex-métropole coloniale, le dépit amoureux n'est jamais loin, et rien, à ses yeux, n'est irréversible. Jacques Chirac ne le prend plus au téléphone depuis un an ? Peu importe, après tout. Ces deux derniers mois, Gbagbo a eu deux fois le Premier ministre Dominique de Villepin au bout du fil, et ses émissaires ne trouvent plus porte close à Paris. Le docteur Adou Assoa, ministre des Eaux et Forêts, l'un de ses hommes de confiance, est ainsi régulièrement reçu par la cheville ouvrière du Quai d'Orsay, le directeur de cabinet Pierre Vimont. À l'Élysée, chez ce fin connaisseur de la Côte d'Ivoire qu'est Michel de Bonnecorse, Laurent Dona Fologo et le ministre des Finances Paul-Antoine Bohoun Bouabré - très apprécié à Paris - sont des hôtes assidus, parfois à déjeuner. À Abidjan, avec un sens consommé du dosage, le président continue de répartir contrats et marchés entre Français et Américains : aux premiers les services - eau, électricité, télécoms, port -, aux seconds les matières premières - café, cacao, pétrole.
Ce funambule de la politique parviendra-t-il à maintenir cet équilibre si la perche qu'il tient entre ses mains, en l'occurrence son pouvoir de gouverner, lui échappe ? Désormais sursitaire, dos au mur en quelque sorte, Gbagbo n'envisage assurément pas de céder le pouvoir en octobre 2006, au terme d'une année de transition que l'on imagine déjà chaotique et tendue. Il veut un « vrai » mandat de cinq ans, apaisé et, surtout, incontesté, pour réaliser enfin les grands projets dont il rêve et imprimer dans l'histoire de son pays une autre image que celle de l'homme qui fut au centre de la plus grave crise qu'ait connue la Côte d'Ivoire - et sans doute l'Afrique francophone - depuis l'indépendance. Pour cela, Gbagbo a son « plan A » : remporter les élections. Il se dit certain d'y parvenir et a fait partager cette conviction, sondages à l'appui, à un homme tel que Thabo Mbeki. Mais il a aussi, au cas où cette certitude ne serait que feinte, un « plan B ». Nul n'en connaît les contours, si ce n'est qu'il est sans doute celui de tous les dangers.

Misère d’Afrique
Ce qui se passe au Maroc, près des enclaves espagnoles où les Africains affrontent les barbelés ou choisissent de se jeter dans des barques de fortune, doit amener ces derniers
à un éveil de conscience. À commencer par les hommes politiques et les opérateurs économiques. Ceux-ci doivent créer les richesses sur place, à Abidjan, à Ouagadougou, à Libreville… Il est temps de construire des infrastructures (routes, écoles et hôpitaux), de créer de nouvelles capitales plus vivables et d’inviter nos dirigeants à investir les
biens acquis, honnêtement ou pas, sur notre continent. Ni l’Union africaine ni la Cedeao n’ont engagé une action d’envergure.
Tant que l’Occident se barricadera…
L’Occident se barricade pour ne pas « accueillir toute la misère du monde », surtout pas celle made in Africa. Mais jusqu’à quand ? Tant que Chirac, Blair, Bush et autres continueront de recevoir en grande pompe à Paris, Londres ou Washington ceux qui étouffent leurs peuples en pillant les maigres ressources de leurs pays et en réprimant toute protestation, les barricades de l’Occident seront prises d’assaut ! Tant que l’ordre
économique international fera la part belle à la spéculation financière au détriment des peuples, l’Occident ne pourra pas jouir tranquillement de sa prospérité ! Aujourd’hui,
l’Occident se barricade, mais quel mur peut arrêter celui qui fuit la misère, la dictature, la guerre ?

Edito de Pascal Barrand : ''Double message''

Journal de la Haute-Marne (Chaumont) - Rien ne peut justifier le crime dont se sont rendus coupables des militaires français en Côte-d'Ivoire. Tout comme rien ne peut fonder, non plus, l'attitude des deux généraux qui ont couvert cette exaction.
C'est le message qu'entend faire passer clairement la ministre de la Défense, en sanctionnant lourdement tous les militaires, du simple homme du rang jusqu'au plus haut officier, impliqués dans cette sombre et tragique affaire. Ce message s'adresse bien sûr en premier lieu à l'armée française, à qui Michèle Alliot-Marie veut rappeler ainsi ses devoirs, parmi lesquels celui du respect de ce qu'il convient d'appeler l'éthique républicaine. Il ne s'agit pas là simplement d'une question d'image. C'est avant tout une question de valeur fondamentale, à laquelle ne saurait déroger aucun homme portant l'uniforme national.
Mais ce message est aussi celui que l'Etat français souhaite adresser aux Ivoiriens, qu'il s'agissent de ceux du camp du président Laurent Gbagbo, comme de celui des opposants et des rebelles. Quatre mille soldats français sont en effet encore présents actuellement en Côte-d'Ivoire, dans le cadre de la force Licorne. Et chacun, garde en mémoire, jusque surtout au plus haut sommet de l'Etat, l'attaque meurtrière de deux appareils de l'aviation ivoirienne contre un camp français. Il s'agit dans le cas présent de montrer à l'ensemble du peuple ivoirien que les militaires de la force Licorne sont bien là pour faire oeuvre de paix au côté des 7 000 Casques bleus engagés dans l'opération des Nations unies dans ce pays, et donc d'éviter tant que faire se peut que ce crime ne dresse à nouveau les Ivoiriens contre les soldats français. Dont la situation reste d'autant plus délicate que la récente volte-face de Laurent Gbagbo a créé les conditions d'un nouvel embrasement.


Le VIH/SIDA circule librement en zones de guerre


Prostitution galopante, floraison de jeunes mères démunies, le lévirat, gencives et lèvres "pilées et noircies" à l'aide d'aiguilles, excision, sont autant de sources de contamination au VIH/SIDA en zones ex-rebelles, dans le nord de la Côte d'Ivoire.
Des analystes affirment qu'après les armes, c'est le SIDA qui tue aujourd'hui dans ces anciennes zones de guerre où beaucoup d'activités -- même médicales -- tournent au ralenti, ou sont mises en veilleuse depuis l'insurrection armée du 19 septembre 2002.
La rébellion est survenue après l'échec d'une tentative de coup d'Etat, transformée en une insurrection armée qui a coupé en deux, depuis cette date, ce pays d'Afrique de l'ouest, malgré plusieurs efforts de médiation internationale entre les belligérants. Les soldats insurgés avaient déclaré qu'ils se rebellaient pour s'opposer à une menace d'exclusion présumée des populations du nord, musulmanes en majorité.
En réalité, jusqu'au milieu des années 1990, le SIDA n'était, pour plusieurs Ivoiriens, qu'un "Syndrome imaginé pour décourager les amoureux" dont on se moquait à défaut de le combattre parce que beaucoup de gens ne croyaient pas encore à la maladie.
La prostitution sous toutes ces formes -- la débauche sexuelle des filles de 12 à 25 ans -- et la prostitution déguisée des femmes mariées sont devenues un fonds de commerce ou un moyen de compléter l'argent de la popote. Ainsi, ces filles et femmes mariées fréquentent quotidiennement les "nazongondafa" ou "hôtels de passe" en malinké (la langue locale dominante dans le nord) pour rencontrer des clients qui leur paieront le prix du plaisir du temps passé ensemble, et souvent sans préservatif.
Sur le plan esthétique et culturel, avoir des gencives et des lèvres noires est très prisé dans cette région septentrionale de la Côte d'Ivoire. Des jeunes filles et femmes se font donc "piler" ces parties de la bouche pour avoir un autre "look" et se faire aimer des hommes qui tombent sous leur charme : une pratique culturelle qui vient des pays voisins (Mali, Burkina Faso et Guinée Conakry) dont le nord ivoirien est frontalier. Or les aiguilles utilisées pour ce maquillage ne sont non seulement pas stérilisées, mais elles sont appliquées à plusieurs personnes.
Les filles courent les mêmes risques d'infection au VIH/SIDA avec l'excision encore fortement pratiquée dans cette région, avec du matériel usé et non désinfecté.
A cela, s'ajoutent les mariages forcés, notamment le lévirat qui est une pratique coutumière qui impose à une femme veuve d'épouser le frère cadet du défunt; ou encore le mariage sororal où la soeur cadette de la femme défunte est donnée en mariage au mari veuf. Sans compter les mariages précoces, avec leur cortège de jeunes mères démunies qui mendient pour se nourrir, avec des enfants dépourvus de tous soins élémentaires. Ces différents mariages se déroulent sans aucun dépistage préalable au VIH/SIDA alors que l'un des conjoints est peut-être mort de la maladie.
Ces différentes pratiques culturelles sont des sources de contamination à la maladie, déclare à IPS, Dr Aristide Okou, médecin-chef du laboratoire de dépistage volontaire au Centre hospitalier régional de Korhogo, envoyé en mission par le Fonds mondial de lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme. Korhogo est l'une des principales villes du nord de la Côte d'Ivoire sous le contrôle des ex-rebelles.
Suite aux troubles politico-militaires qui ont secoué le pays, le système sanitaire est désorganisé dans le nord. Environ 80 pour cent des infrastructures médicales ne sont plus opérationnelles et plus de 80 pour cent du personnel ont abandonné leurs postes, selon le bureau de l'Organisation mondiale de la santé, à Abidjan, la capitale économique..
La dégradation du système sanitaire a amené les populations des zones occupées par la rébellion à fouler au pied les règles élémentaires de protection contre le VIH/SIDA, selon des spécialistes.
Des sources hospitalières indiquent que la côte d'alerte a été atteinte en Côte d'Ivoire où le taux de personnes infectées serait en hausse croissante depuis ces trois dernières années de guerre, du fait des déplacements des populations vers les zones gouvernementales.
Selon le Réseau ivoirien des personnes vivant avec le VIH/SIDA (RIP+), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Abidjan, au moins 12 pour cent de la population en Côte d'Ivoire est infecté par le virus du SIDA, soit plus d'un million de personnes.
Pour le RIP+, les jeunes sont les plus infectés (25 pour cent), les forces de défense et de sécurité (25 pour cent) et le corps enseignant qui est gravement affecté. Deux enseignants du primaire et un enseignant du secondaire meurent chaque jour de SIDA en Côte d'Ivoire, ajoute l'ONG.
En 1993, le Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS) avait estimé que 9,8 pour cent de la population - âgée de plus de 15 ans - était séropositif. Le taux actuel de prévalence du VIH de 12 pour cent fait de la Côte d'Ivoire le pays le plus touché de l'Afrique de l'ouest, et l'un des pays les plus touchés en Afrique subsaharienne, ajoute le PNLS.
Selon l'ONG 'SOS violence sexuelle', le SIDA constitue aujourd'hui en Côte d'Ivoire la première cause de mortalité des hommes adultes et la deuxième cause chez les femmes. Le plus alarmant reste le nombre inconnu de personnes séropositives qui vont développer la maladie dans les 10 ou 15 années à venir, souligne l'ONG.
Sur une population estimée à plus de 15 millions d'habitants, la Côte d'Ivoire compte 8,100 millions de femmes. Mais sur dix personnes infectées par le VIH, six sont des femmes, selon le PNLS.
Des responsables du Programme national de prise en charge des personnes vivant avec le VIH/SIDA, à Korhogo, ont dit à IPS qu'ils n'avaient pas encore les différents taux d'infection particuliers aux zones assiégées et qu'ils les attendaient de la représentation du Fonds mondial de lutte contre le SIDA à Abidjan.
Kady Coulibaly, chargée du dépistage au laboratoire de l'hôpital de Korhogo, explique à IPS : "Malgré l'implication tardive des organismes humanitaires dans la sensibilisation en zone de guerre, il n'y a pas d'affluence pour le dépistage volontaire. Seuls les malades arrivent dans un état très avancé".
La Côte d'Ivoire est bénéficiaire au Fonds mondial de lutte contre le SIDA d'un montant de 55 millions de dollars sur cinq ans, et 15 millions d'euros (environ 17,8 millions de dollars) ont été mis à la disposition du pays depuis 2003, en période de guerre, selon la représentation du fonds à Abidjan.
En outre, le traitement aux anti-rétroviraux (ARV), qui était encore très élevé pour les malades il y a quelques années, est passé progressivement de 300 dollars à six ou 10 dollars par trimestre.
Selon Dr Okou, les ARV sont vendus à 10 dollars aux malades de Korhogo et des zones assiégées contre six dollars en zones gouvernementales, la différence des quatre dollars étant utilisée pour d'autres charges, notamment les honoraires du personnel d'appui.
C'est une politique mise en oeuvre par le Fonds mondial contre le SIDA, en partenariat avec le gouvernement ivoirien, pour permettre à tous les malades de se soigner à moindre coût et encourager le reste de la population à faire son dépistage, a-t-il ajouté.
Quelque 11.000 malades bénéficient actuellement de la prise en charge en ARV par le Programme national de prise en charge dans tout le pays, y compris ceux qui sont dans les zones de guerre, selon Dr Issa Malick Coulibaly, inspecteur au ministère de la Santé et de la Population.
Ce nombre encore limité de bénéficiaires des ARV avait poussé le RIP+ à lancer une quête pour une aide en faveur des malades. L'ONG estime que plus du tiers des personnes vivant avec le VIH en Côte d'Ivoire, soit environ 500.000 malades, ont actuellement besoin d'un traitement ARV.
Par ailleurs, dans les zones de guerre, la prise en charge des femmes enceintes séropositives manque terriblement. A défaut de la prévention spéciale de la transmission mère-enfant, les femmes infectées sont soignées aux ARV comme les autres malades, a expliqué Dr Okou à IPS.
"On a trop caché les choses, diabolisé le mal dans la sensibilisation. On doit rendre ordinaire la maladie pour obtenir une harmonie nationale autour du SIDA et le faire reculer", a déclaré Ibrahima Soro, de l'ONG "Care International" impliquée dans la sensibilisation et la création d'activités génératrices de revenus aux familles affectées par la maladie.

Paris tente de calmer le jeu dans l'affaire Poncet

Les autorités militaires tentent de calmer le scandale majeur du meurtre présumé d'un Ivoirien par des soldats français en Côte-d'Ivoire, qui a provoqué la suspension du général Henri Poncet et fait l'objet de nouvelles révélations.
"Nous n'avons rien à cacher", a assuré jeudi le Premier ministre Dominique de Villepin à propos d'une affaire qui prend chaque jour de l'ampleur. Au point que les autorités militaires ont jugé bon mercredi soir de diffuser un communiqué intitulé: "L'armée de terre unie derrière le chef d'état-major de l'armée de terre".
Le communiqué explique que le général Bernard Thorette, chef d'état-major de l'armée de terre, a réuni "les chefs de corps des forces et la haute hiérarchie" qui, après exposé des faits, "lui ont manifesté leur soutien". Faisant à demi-mot allusion aux remous que provoque l'affaire Poncet au sein des armées, les autorités militaires précisent que "les réactions individuelles, quand elles existent, traduisent pour la plupart une perception aiguë de la gravité des faits et une grande prudence dans l'attente du résultat des enquêtes en cours".
"C'est une affaire grave, car c'est tout à fait nouveau. On n'a pas l'habitude de désigner les militaires à la vindicte publique", a commenté le général d'aviation en retraite Jean-Vincent Brisset. Une nouvelle révélation, confirmée à l'AFP de source militaire, a relancé cette semaine l'affaire du général de corps d'armée Poncet, suspendu le 17 octobre avec deux adjoints, dont le colonel Eric Burgaud, car soupçonné d'avoir couvert le meurtre en mai d'un Ivoirien lorsqu'il commandait l'opération "Licorne".
L'hebdomadaire le Point révèle que la victime, Firmin Mahé, un "coupeur de routes" soupçonné de plusieurs meurtres et viols, a été "étouffé avec un sac plastique" par un soldat français puis transporté à l'hôpital de Man, dans l'ouest de la Côte-d'Ivoire. Citant des "sources militaires multiples", l'hebdomadaire affirme qu'un second général, adjoint du général Poncet, pourrait aussi faire l'objet d'une suspension. Parallèlement aux suspensions et à l'enquête de commandement en cours, le procureur du tribunal aux armées de Paris a ouvert une information judiciaire contre X pour "homicide volontaire".
Le rapport d'enquête sera remis "probablement la semaine prochaine" au ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, a annoncé Jean-François Bureau, porte-parole du ministère. L'enquête "sera déclassifiée par Mme Alliot-Marie pour pouvoir être versée au dossier judiciaire et transmise au parquet", a-t-il dit. Selon le quotidien Le Monde qui cite des "indications qui filtrent de l'enquête", trois soldats français sont impliqués dans le meurtre présumé du "bandit" ivoirien. La France maintient 4.000 soldats en Côte-d'Ivoire, dans la force Licorne, aux côtés de plus de 7.000 Casques bleus engagés dans l'Opération des Nations unies dans ce pays (Onuci).
Mme Alliot-Marie a par ailleurs accusé Amnesty International d'omissions dans un rapport de l'ONG qui reproche aux soldats français d'avoir "à certaines occasions, fait un usage excessif et disproportionné de la force létale" en Côte-d'Ivoire en 2004. Elle "regrette vivement qu'à aucun moment", ce rapport "ne fasse mention de l'attaque subie par les forces françaises à Bouaké le 6 novembre 2004, causant la mort de 9 militaires et en blessant 38 autres".
Face à la mise en cause des militaires français et à l'impasse politico-militaire dans laquelle stagne la Côte-d'Ivoire, pays coupé en deux, entre la zone rebelle au nord et le sud resté sous l'autorité du président Laurent Gbagbo, les députés socialistes ont quant à eux formulé une nouvelle demande de commission d'enquête parlementaire sur le rôle de la France en Côte-d'Ivoire, après une première infructueuse.

 

LE 30 OCTOBRE EST PASSÉ


Les "jeunes patriotes" rassemblent 10.000 personnes pour un concert

Environ 10.000 personnes assistaient mardi dans un stade d'Abidjan à un concert organisé par les "Jeunes patriotes", militants de choc du président ivoirien Laurent Gbagbo, pour fêter la première qualification des footballeurs ivoiriens à la Coupe du monde, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le concert a commencé en fin d'après-midi, avec plusieurs heures de retard, par des interventions du chef des Jeunes patriotes Charles Blé Goudé, du président de l'Assemblée nationale Mamadou Koulibaly - considéré comme un dur du régime -, et du président du Conseil économique et social Laurent Dona Fologo, proche du président Gbagbo, qui ont ensuite cédé la place aux artistes.
"Nous sommes venus célébrer deux événements: la qualification des Eléphants (l'équipe nationale de football) et la résolution des Nations unies qui maintient le président Gbagbo au pouvoir", a déclaré Charles Blé Goudé.
Après le report sine die de la présidentielle prévue le 30 octobre, en raison de la persistance de la crise politico-militaire que traverse le pays depuis septembre 2002, le Conseil de sécurité de l'Onu a prolongé d'un an maximum le mandat de M. Gbagbo, le flanquant d'un Premier ministre - qui reste à désigner - dotés de pouvoirs élargis pour organiser le scrutin.
Ce concert, initialement prévu dimanche, avait été reporté "pour éviter tout affrontement et toute provocation" avec la branche jeunesse de l'opposition qui organisait ce jour-là un rassemblement dans un complexe sportif distant de quelques kilomètres pour réclamer le départ du président Gbagbo, dont le mandat était selon eux expiré.
"Aujourd'hui 30 octobre, y'a rien", pouvait-on d'ailleurs lire sur certains tee-shirts, visiblement imprimés à l'origine pour dimanche dernier, annoncé comme la journée de tous les dangers mais qui s'est finalement déroulée sans incident majeur.
"Merci, parce que vous avez montré ce qu'est l'amour pour la patrie, vous avez montré au reste du monde ce qu'est une Nation qui naît", a déclaré Mamadou Koulibaly, demandant aux jeunes patriotes d'aller "dire aux rebelles", qui contrôlent le nord du pays depuis trois ans, et aux dirigeants de l'opposition "qu'on veut aller aux élections pour en finir avec la chienlit".
Aucun incident n'a été pour l'heure signalé. Un important déploiement de forces de l'ordre était visible autour du stade, a constaté le journaliste de l'AFP.
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Manifestation pro-Gbagbo à Abidjan

Des milliers de Jeunes patriotes restés fidèles à Laurent Gbagbo cinq ans après l'avoir aidé à prendre le pouvoir en Côte d'Ivoire ont manifesté mardi à Abidjan leur joie de voir le mandat du président prolongé d'un an. Les Nations unies et l'Union africaine ont donné leur aval à cette prorogation, des élections n'ayant pas pu être organisées pour la date prévue du 31 octobre.
Les jeunes du Front populaire ivoirien (FPI) au pouvoir se sont réunis dans un stade de la capitale économique du pays, deux jours après une manifestation similaire de l'opposition qui, elle, protestait dimanche contre le maintien au pouvoir de Laurent Gbagbo. La police avait tiré des gaz lacrymogènes sur des groupes qui incendiaient des pneus dans les rues.
Le chef des Jeunes patriotes, Blé Goudé, a déclaré mardi avant le rassemblement qu'il appellerait les jeunes militants "à rester dans le cadre du processus de paix afin que les élections aient lieu avant 12 mois". "Trois ans de guerre ne nous ont rien apporté d'autre que la désolation et la tristesse. Il est temps de faire la paix", a déclaré celui qui a prouvé son pouvoir sur les jeunes dans les émeutes de 2004 contre les soldats français.
Laurent Gbagbo, qui a annulé le mois dernier la présidentielle prévue pour dimanche en invoquant le refus des rebelles de désarmer, s'est engagé à organiser des élections sous 12 mois et à nommer rapidement un nouveau Premier ministre à la place de Seydou Diarra afin d'organiser le scrutin. Les rebelles qui tiennent le nord du pays ont de leur côté "nommé" Guillaume Soro pour former un gouvernement de réconciliation.
La Côte d'Ivoire est coupée en deux entre le Sud contrôlé par les forces gouvernementales et le Nord tenu par les rebelles à la suite d'une tentative de coup d'Etat contre Laurent Gbagbo en 2002 à Abidjan. Malgré les accords de paix de Marcoussis (France) en 2003 qui ont mis fin aux principaux combats et permis la formation d'un gouvernement d'unité nationale comprenant des ex-rebelles, les belligérants restent sur leurs positions. Quelque 6.000 Casques bleus et 4.000 militaires français mandatés par la communauté internationale sont déployés principalement sur la ligne de front séparant les deux camps.
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L'enquête confirme la mort par étouffement de l'Ivoirien Firmin Mahé

L'Ivoirien mort entre les mains des forces françaises en Côte d'Ivoire en mai a été tué "par étouffement", confirme le rapport d'enquête remis mercredi au ministre de la Défense, qui a décidé d'infliger un blâme au général Henri Poncet.
Ce ressortissant, Firmin Mahé, a été "tué par étouffement par des militaires français dans un véhicule blindé entre Bangolo et Man, le 13 mai", selon un communiqué du ministère citant le rapport.
"Le commandant de la force Licorne (le général Poncet) a été informé des faits, mais ne les a pas portés à la connaissance de ses autorités hiérarchiques", et le ministre a décidé de lui infliger "un blâme" ainsi qu'au général adjoint affecté à l'opération (Renaud de Malaussène), selon la même source.
Ces deux officiers supérieurs font l'objet d'une mutation décidée ce mercredi en Conseil des ministres. A l'annonce de cette affaire par le ministère de la Défense, le 17 octobre, trois militaires avaient été suspendus: le général Poncet, et le colonel Eric Burgaud et un adjudant-chef.
Le ministre Michèle Alliot-Marie a par ailleurs décidé de suspendre "deux "militaires du rang dont l'enquête de commandement a établi qu'ils étaient présents avec l'adjudant-chef précédemment suspendu dans le véhicule où a été tué Firmin Mahé". Ces trois militaires et leur chef de corps seront traduits devant un conseil d'enquête "afin que soient proposées des sanctions adaptées à leurs responsabilités".
"Le ministre de la Défense a ordonné la déclassification du rapport d'enquête de commandement et sa transmission au juge d'instruction", précise le ministère. En effet, le procureur du tribunal aux armées de Paris a ouvert une information judiciaire contre X pour "homicide volontaire", dans cette affaire qui provoque un malaise au sein des armées. "Le rapport, précise encore le ministère de la Défense, fait apparaître deux niveaux de responsabilités, celui de l'implication directe ou indirecte dans l'homicide d'une part, celui de la falsification des rapports et de la dissimulation de l'ensemble des faits d'autre part."
La France maintient 4.000 soldats en Côte-d'Ivoire, dans la force Licorne, aux côtés de plus de 7.000 Casques bleus engagés dans l'Opération des Nations unies dans ce pays (Onuci).


Trouver un Premier ministre, priorité de la transition ivoirienne

La nomination d'un nouveau Premier ministre est désormais l'urgente priorité en Côte d'Ivoire, en vue de la mise en place d'une transition dont l'objectif principal est l'organisation d'élections dans le délai maximum de 12 mois exigé par la communauté internationale.
Le président Laurent Gbagbo, maintenu par une résolution de l'Onu après la fin officielle de son mandat dimanche, a indiqué dans une adresse à la Nation ivoirienne, qu'un nouveau Premier ministre serait désigné "dans quelques jours".
Le non-respect de la date-limite du 31 octobre, fixée par la communauté internationale pour cette nomination, est néanmoins un premier signe négatif et les médiateurs africains, les présidents nigérian Olusegun Obasanjo, sud-africain Thabo Mbeki et nigérien Mamadou Tandja, chargés d'entamer "les consultations" présidant à cette nomination, ne sont toujours pas annoncés à Abidjan.
Or la désignation de ce Premier ministre, qui selon la résolution 1633 du Conseil de sécurité de l'Onu, qui prescrit les modalités de la transition, devra "exercer pleinement son autorité sur son cabinet", risque de se révéler difficile et de devenir l'enjeu de luttes farouches entre camp présidentiel et opposition.
D'ores et déjà, la rébellion des Forces nouvelles (FN), qui occupe le nord du pays depuis qu'elle a pris les armes en septembre 2002, a "désigné" dimanche soir son secrétaire général Guillaume Soro à ce poste, le chargeant de "constituer très rapidement (...) le gouvernement de réconciliation nationale".
Du côté de l'opposition politique, les différents partis ont montré plus ou moins d'enthousiasme à cette "désignation", mais rappelé que le Premier ministre devait être issu des rangs du G7, front anti-Gbagbo regroupant opposition et rébellion. "Cela n'est pas acquis. Il y a beaucoup de propositions, beaucoup de noms qui circulent", a prudemment expliqué Alphonse Djédjé Mady, le président du directoire du G7, après l'annonce des FN, alors que le Rassemblement des Républicains (RDR, membre du G7) de l'ex- Premier ministre Alassane Ouattara a indiqué "reconnaître" M. Soro comme Premier ministre.
M. Soro est cependant loin d'incarner la personnalité "acceptable pour toutes les parties" que décrit l'Onu pour occuper le poste. "C'est moi qui signe le décret. Je ne signerai le décret de nomination que si le Premier ministre qu'on me propose est pour le salut de la Côte d'Ivoire", avait souligné mi-octobre le président Gbagbo.
Dans le microcosme politique abidjanais, plusieurs noms circulent, notamment ceux d'Amara Essy, ex-ministre des Affaires étrangères, René Amani, actuel ministre de la Défense issu de la société civile, ou l'ancien ministre Emile Constant Bombet. L'actuel Premier ministre du "gouvernement de réconciliation nationale", Seydou Diarra a aussi été cité récemment avec insistance comme le mieux à même de satisfaire tout le monde, en dépit des critiques sur son incapacité à faire appliquer les accords de Marcoussis. C'est "le profil qui créerait le moins de problèmes", estimait lundi l'ex-représentant du secrétaire général de l'Onu en Côte d'Ivoire, Albert Tévoédjéré, sur Radio France internationale (RFI), rejoignant plusieurs observateurs à Abidjan.
L'"oiseau rare" une fois trouvé, une nouvelle lutte risque toutefois de s'engager sur l'étendue de ses pouvoirs: ceux prévus par la Constitution, estime le camp Gbagbo, la totalité des prérogatives de l'exécutif, réclame le G7.


Un blâme pour le général Poncet

Le commandement de Licorne, suspendu à la suite du décès d'un Ivoirien appréhendé en mai dernier par des militaires français, va recevoir un blâme et être muté.

L e commandement de Licorne sanctionné: suspendus à la suite du décès d'un Ivoirien appréhendé en mai dernier par des militaires français, l'ancien commandant des forces françaises en Côte d'Ivoire, le général Henri Poncet, et son adjoint, vont recevoir un blâme et être mutés, a annoncé mercredi 2 novembre le ministère de la Défense. Trois militaires et leurs chef de corps vont par ailleurs être traduits devant un conseil d'enquête.
Remis au ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, le rapport sur la mort de l'Ivoirien Firmin Mahé établit en effet qu'il a été "tué par étouffement" par des soldats français dans un véhicule blindé, entre Bangolo et Man, le 13 mai dernier. Par ailleurs, le commandement de la force Licorne, "informé des faits", "ne les a pas portés à la connaissance de ses autorités hiérarchiques".
Deux niveaux de responsabilité
"Le rapport fait apparaître deux niveaux de responsabilités, celui de l'implication directe ou indirecte dans l'homicide d'une part, celui de la falsification des rapports et de la dissimulation de l'ensemble des faits d'autre part", ajoute un communiqué du ministère de la Défense qui souligne "la gravité des manquements avérés aux lois, règlements et obligations résultant du statut des militaires".
Outre l'adjudant-chef déjà suspendu, deux autres militaires dont l'enquête a établi qu'ils étaient présents au moment des faits sont suspendus, ajoute le ministère. Tous trois, ainsi que leurs chefs de corps, vont être traduits devant un conseil d'enquête "afin que soient proposées des sanctions adaptées à leurs responsabilités

 

Les rebelles des Forces nouvelles ont désigné dimanche Guillaume Soro comme Premier ministre d'un "futur gouvernement de réconciliation nationale".

Guillaume Soro au cours d'une conférence de presse à Paris (AP)


La rébellion des Forces nouvelles (FN), qui contrôle le Nord de la Côte d'Ivoire, a annoncé dimanche 30 octobre au soir avoir désigné son secrétaire général Guillaume Soro comme Premier ministre du "futur gouvernement de réconciliation nationale".

Le "mandat présidentiel de Monsieur Laurent Gbagbo est bel et bien fini" le 30 octobre, soulignent les FN dans un communiqué, affirmant qu'elles "ne lui reconnaisssent donc aucun titre de président de la République de Côte d'Ivoire".

La présidentielle, qui aurait dû être organisée dimanche, a été reportée sine die en raison de la persistance de la crise politico-militaire que connaît la Côte d'Ivoire depuis septembre 2002.

Laurent Gbagbo a annoncé dimanche soir lors d'une adresse radio-télévisée à la nation ivoirienne qu'un nouveau Premier ministre serait désigné "dans quelques jours".

"Arrangement politique"

La rébellion mandate Guillaume Soro "pour prendre tous les contacts nécessaires avec toutes les formations politiques signataires de l'accord de Linas Marcoussis en vue de constituer très rapidement, dans les heures à venir le gouvernement de réconciliation nationale", précise le texte.

L'accord, censé ramener la paix en Côte d'Ivoire, avait été signé en janvier 2003 en France, à la suite du coup d'Etat raté des FN de septembre 2002 contre Laurent Gbagbo.

Selon les FN, la résolution de l'Onu soutenant le maintien de Laurent Gbagbo à la présidence pendant un an maximum est "un arrangement politique".



Laurent Gbagbo justifie son maintien à la présidence

Le président ivoirien dont le mandat a été prolongé pour un an par l'ONU s'est adressé à la nation dimanche soir. Il promet un Premier ministre prochainement pour organiser des élections. La journée a été marquée par des manifestations de l'opposition qui exige son départ.

Le président ivoirien Laurent Gbagbo

Le président ivoirien Laurent Gbagbo, dont le mandat s'achèvait officiellement dimanche, a souhaité que des élections aient lieu "bien avant" la fin du délai d'un an imparti par l'Onu pour les organiser et annoncé la nomination d'un nouveau Premier ministre "dans quelques jours". La présidentielle prévue ce 30 octobre n'a pu être organisée en raison de la persistance de la crise que traverse la Côte d'Ivoire depuis septembre 2002.

Le Conseil de sécurité de l'Onu a adopté, le 21 octobre, la résolution 1633 maintenant Laurent Gbagbo à son poste "pour une durée n'excédant pas 12 mois" et lui adjoignant un Premier ministre doté de "tous les pouvoirs nécessaires" pour organiser ce scrutin.

"La communauté internationale nous enjoint d'achever ce processus (électoral) dans douze mois au plus tard. Je souhaite pour ma part que les élections aient lieu bien avant ces douze mois et c'est la mission que je confierai au Premier ministre que nous désignerons dans quelques jours", a déclaré Laurent Gbagbo dimanche soir, dans une adresse télévisée à la Nation.

La rébellion acusée

Laurent Gbagbo a justifié son maintien à la tête de l'Etat, l'estimant "conforme" à la Constitution et attribuant à "la rébellion et à tous les partis qui l'ont soutenue" les blocages ayant abouti à la situation actuelle.

"Les décisions que ces (Union africaine et Onu) organisations, viennent de prendre seront appliquées (...) avec d'autant plus de détermination et d'engagement qu'elles sont conformes à notre Constitution".

"Le président de la République continuera d'assurer la continuité de l'Etat et demeurera à la tête de celui-ci jusqu'à ce que l'élection à la présidence de la République ait lieu", a-t-il ajouté. "Ma conviction profonde est que notre pays ne sortira de la crise que par les élections. Il nous faut donc aller aux élections", a-t-il également souligné.

"L'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons d'organiser les élections est imputable à la rébellion et à tous les partis qui l'ont soutenue dans son refus de désarmer malgré les engagements pris et malgré tous les efforts que nous avons consentis", a estimé Laurent Gbagbo.

"Les rebelles et leurs alliés politiques se sont installés dans le dilatoire, jouant le pourrissement de la situation espérant ainsi (...) que l'on s'installerait dans un vide juridique qui leur permettrait d'accéder à la tête de l'Etat sans aucune élection", a-t-il poursuivi.

Manifestations

En fin de journée, les Forces de l'ordre ivoiriennes avaient dispersé à Abidjan par des tirs en l'air à balles réelles et des grenades lacrymogènes près de 400 manifestants de l'opposition qui tentaient de se rendre à la résidence de Laurent Gbagbo. La capitale économique de la Côte d'Ivoire était calme jusqu'alors. L'animation en matinée à Abidjan était celle d'un dimanche habituel, et des militants de l'opposition avaient commencé à se rassembler dans divers quartiers populaires pour se rendre au meeting prévu en fin de matinée dans un quartier populaire du sud de la ville

Quelques 4.000 jeunes se sont ainsi rassemblés pour exiger le départ du président ivoirien dans une ambiance détendue.

Arrivés par petits groupes en fin de matinée de divers quartiers d'Abidjan, ces jeunes, sympathisans du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP, coalition de l'opposition), se sont réunis dans le complexe sportif de Treichville.

Les responsables de la jeunesse du RHDP ont encore exigé le départ de Laurent Gbagbo du pouvoir.

"Si Gbagbo ne démissionne pas à 20H (GMT et locales), nous appelons nos militants à se rassembler mardi à la maison du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, ancien parti unique)", a expliqué un responsable du Rassemblement des républicains (RDR, de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara).

Manoeuvres

L'armée loyaliste ivoirienne s'est livrée samedi 29 octobre à une rare démonstration publique de force dans Abidjan, bloquant la circulation pour des exercices militaires sur la lagune

Des milliers de ses partisans ont lancé des cris de joie alors qu'un hélicoptère survolait des dizaines de vedette rapides traversant la lagune, et que des membres des commandos brandissant leur Kalachnikov rampaient à terre, dans une mission imaginaire de récupération de hauts responsables pris en otage par l'opposition au cours de pourparlers de paix..

Deux des principaux ponts de la cité lagunaire avaient été fermés pour ces manoeuvres, au cours desquelles on a aussi vu parader d'énormes engins blindés de transports de troupes, équipés de mitrailleuses. Les Jeunes Patriotes, la milice pro-Gbagbo, et d'autres de ses partisans estiment que cette démonstration de force a un objectif clair. "Il s'agit de décourager tous ceux qui veulent fomenter des troubles", lançait César Etou, rédacteur en chef du journal pro-Gbagbo Notre Voix. "Cela montre la force de l'armée et rassure la population"


Manifestation anti-Gbagbo_à Bouaké

Alors que le mandat du président ivoirien prend fin le 30 octobre, des centaines d'ivoiriens se sont rassemblés à Bouaké pour demander son départ.

Le Conseil de sécurité, lors du vote de la résolution sur la Côte d'Ivoire (AP)

Des centaines de manifestants ont commencé à se rassembler dimanche 30 octobre, le matin, à Bouaké (dans le centre du pays), le fief de la rébellion, pour demander le départ du président ivoirien Laurent Gbagbo. Son mandat prend fin le 30 octobre. Des manifestations ont été organisées dans toutes les grandes villes du nord ivoirien par les organisations de la société civile des zones sous le contrôle des Forces Nouvelles (FN, rébellion). L'opposition entend protester contre la décision de la communauté internationale de prolonger de 12 mois le mandat présidentiel de Laurent Gbagbo.Dans la ville de Bouaké, des groupes de jeunes gens, arborant des bandeaux jaunes autour du front et T-Shirt réclamant le départ du président ivoirien circulent, chantant, sifflant et tapant sur des tambours.

"Toute la population veut le départ de Gbagbo"

Ce meeting a été organisé à l'initiative de la société civile (associations, syndicats, organisations de jeunes et ONG locales); il sera suivi d'une "marche pacifique vers le siège de l'Onuci (Nations unies en Côte d'Ivoire) pour remettre (..) la position de nos populations", a expliqué Souleymane Koné, "premier responsable de la société civile" dans les zones sous contrôle des FN."Nous commençons à être nombreux, mais c'est toute la population qui veut le départ de Gbagbo. On en a assez", clamait une jeune fille présente à la manifestation.La présidentielle ivoirienne, initialement prévue le 30 octobre, a été reportée sine die en raison de la crise politico-militaire qui mine le pays depuis septembre 2002. Une résolution de l'ONU permet au président Laurent Gbagbo de voir son mandat présidentiel prolongé pour une durée de 12 mois. Il sera soutenu par un Premier ministre aux pouvoirs élargis, chargé notamment d'organiser le scrutin.La Revue de presse ivoirienne

Lundi 31 octobre, la revue de presse ivoirienne par Laure Gnagbé. Journaliste au Quotidien Perm@nent nouvelobs.com, elle est du 25 octobre au 4 novembre en Côte d'Ivoire, où elle suit l'évolution de la situation politique. Vous pouvez également retrouver ses impressions sur son blog.

Le 30 est passé

« L’apocalypse n’a pas encore eu lieu » titre L’Intelligent d’Abidjan au lendemain d’un 30 octobre (jour initialement prévu pour l’élection présidentielle) finalement calme. « Les Ivoiriens ont vaincu la peur » assure Fraternité matin qui déclare en Une que « les avions vers Abidjan sont pleins ». _Le Courrier d’Abidjan préfère titrer sur le meeting de la Jeunesse de l’opposition organisé dimanche. « Echec et mat » clame ce journal pro-Gbagbo pendant que son confrère proche de l’opposition Le Nouveau réveil assure en Une que c’était « une réussite totale »._Notre voie explique comment la « tentative de prise de pouvoir par la force des jeunes ‘houphouétistes’ a échoué ». Le journal présente également une interview du leader de l’opposition Djédjé Mady qui aurait aimé « faire cesser le mouvement » qui a dégénéré dimanche. L’Inter raconte comment les leaders de la jeunesse de l’opposition ont été débordés par la situation. Le Temps (pro-Gbagbo) affirme pour sa part en Une que les jeunes voulaient « brûler le pays ».

Discours à la nation

L’Inter titre également sur le discours du président Laurent Gbagbo à la nation dimanche soir. « Je demande à ceux qui ont peur de la paix de prendre courage… », cite en Une le quotidien._« Je suis là, je reste », analyse pour sa part Soir Info qui publie également l’intégralité de la déclaration du chef de l’Etat retransmise sur la télévision nationale._Les journaux de l’opposition ont évidemment une toute autre analyse du discours. « Gbagbo se désigne président à vie » assure Le Patriote tandis que Nord Sud soutient qu’il a « opéré un coup d’Etat ».

Soro Premier ministre

Ce sont ces mêmes journaux qui annoncent en Une la « proclamation de Soro Premier ministre » (Nord Sud). _Le Patriote publie « la déclaration des Forces nouvelles » désignant leur « secrétaire général Guillaume Kigbafori Soro, Premier ministre du futur gouvernement de Réconciliation nationale ». L’Intelligent d’Abidjan publie pour sa part une interview d’Alpha Blondy qui explique ce qu’il ferait s’il était nommé à la Primature. Dans l’entretien, l’artiste expose sa « proposition malhonnête » qui pourrait selon lui satisfaire toutes les parties : «(…) il faut que Gbagbo, Bédié, Ouattara, se mettent d’accord._Il s’agira pour le vainqueur de garantir un fond de 5 milliards (FCFA, mois d’un million d’euros) par an pour les deux vaincus (…) pendant 5 ans. (...) » « Je vous promets, je vais trouver » l’argent, assure le chanteur ivoirien de reggae.

Ras-le-bol

Enfin, L’Inter consacre une partie de sa Une à la « perturbation du réseau mobile ».

Le journal se fait le relais du Syndicat des consommateurs unis de Côte d’Ivoire qui « exige que des dommages et intérêts soient payés aux consommateurs victimes des perturbations » et les invite « à se faire recenser en appelant aux lignes vertes 07 10 99 96 ou 05 46 30 30 ». Encore faudra-t-il parvenir à les joindre…

 

Deux Français expulsés d'Abidjan

Les motifs officiels sont "exercice illégal de la médecine, faux et usage de faux, détention illégale d'armes à feu et activités de déstabilisation". Deux Français d'Abidjan ont été expulsés vendredi soir 28 octobre de Côte d'Ivoire à destination de la France, a annoncé un communiqué officiel de la présidence ivoirienne.
Ces deux Français le Dr. Claude Roy et Gérard Dulion ont été interpellés jeudi et étaient gardés depuis dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire (DST), selon cette source. Ils ont embarqué "sous bonne garde" à bord d'un vol de la compagnie Air-Ivoire à destination de Paris.
Le Dr. Roy, dirige une clinique à Abidjan, tandis que Gérard Dulion opère dans la sécurité, un secteur prospère à Abidjan depuis le début de la grave crise militaro-politique que traverse la Côte d'Ivoire depuis trois ans.
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Les motifs de ces expulsions sont "exercice illégal de la médecine, faux et usage de faux, détention illégale d'armes à feu et activités de déstabilisation des institutions de la République", indique le communiqué, sans en personnaliser la répartition et sans plus de précision.
L'ancien chef d'état-major de l'armée, le général Mathias Doué, après son limogeage en novembre 2004 par le président Laurent Gbagbo avait été hospitalisé dans la clinique du Dr. Roy. Le général Doué était ensuite passé dans la clandestinité et en août il a demandé par voie de presse que Laurent Gbagbo soit "chassé" du pouvoir.
Gérard Dulion, lors des violentes manifestations antifrançaises de novembre 2004 en Côte d'Ivoire, avait été interpellé par la police à Abidjan après avoir été trouvé armé, couché dans une ambulance. Il avait été relâché après quelques heures de garde à vue.
Le consul général de France en Côte d'Ivoire, Michel Dejeagher, qui a rendu visite aux deux hommes, a fait savoir qu'ils "étaient tout à fait correctement traités" par la DST.

 

Côte d'Ivoire: journée calme à Abidjan en dépit de quelques incidents La manifestation dimanche à Abidjan des jeunes de l'opposition réclamant le départ du président

Laurent Gbagbo, dont le mandat arrive à expiration, n'a pas donné lieu aux dérapages redoutés, même si les forces de sécurité ont tiré en l'air lors de sa dispersion.
Dans la soirée, M. Gbagbo a souhaité que des élections aient lieu "bien avant" la fin du délai d'un an imparti par l'Onu <http://g.msn.fr/FR1000/5980> pour les organiser et annoncé la nomination d'un nouveau Premier ministre "dans quelques jours".
Il a justifié son maintien à la tête de l'Etat et attribué aux rebelles, qualifiés de "bandes armées", la responsabilité du blocage actuel.
Quelques heures plus tard, la rébellion des Forces nouvelles (FN), qui contrôle le Nord de la Côte d'Ivoire <http://g.msn.fr/FR1000/7991> , a annoncé qu'elle désignait son secrétaire général Guillaume Soro comme Premier ministre du "futur gouvernement de réconciliation nationale", observant que le mandat de M. Gbagbo est "bel et bien fini" le 30 octobre.
Environ 5.000 jeunes de l'opposition, selon les estimations des journalistes sur place, s'étaient rassemblés dans la journée pour réclamer son départ, estimant qu'il était redevenu dimanche un "simple citoyen".
Ce rassemblement au complexe sportif de Treichville, un quartier sud d'Abidjan, avait commencé dans une ambiance festive, qui s'est dégradée à l'annonce de l'agression par des militants favorables au président Gbagbo d'un autobus transportant des jeunes de l'opposition, faisant cinq blessés.
Chauffés à blancs par les slogans appelant au départ du chef de l'Etat, quelque 400 militants ont refusé de tenir compte des appels à "la responsabilité" lancés par les dirigeants de l'opposition et se sont mis en marche vers la présidence, à plusieurs kilomètres de là.
Ils ont été rapidement dispersés par des tirs en l'air à balles réelles des forces de sécurité qui ont fait également usage de grenades lacrymogènes, ont constaté des journalistes de l'AFP <http://g.msn.fr/FR1001/3> . Seuls quelques blessés, victimes "d'égratignures" dans la bousculade qui s'en est suivie, ont été recensés par la Croix Rouge ivoirienne.
L'opposition "récuse" M. Gbagbo comme "chef de l'Etat" de la transition en dépit de la décision de l'Union africaine (UA) et de l'Onu <http://g.msn.fr/FR1000/5980> de le maintenir à son poste après le 30 octobre.
Le Conseil de sécurité <http://g.msn.fr/FR1000/5981> a adopté, le 21 octobre, la résolution 1633 maintenant M. Gbagbo à son poste "pour une durée n'excédant pas 12 mois" et lui adjoignant un Premier ministre doté de "tous les pouvoirs nécessaires" pour organiser ce scrutin, qui devait théoriquement être nommé avant lundi.
"Les décisions que ces organisations, viennent de prendre seront appliquées (...) avec d'autant plus de détermination et d'engagement qu'elles sont conformes à notre Constitution", a déclaré M. Gbagbo dans son intervention, répétant qu'il resterait en poste "jusqu'à ce que l'élection à la présidence de la République <http://g.msn.fr/FR1000/8992> ait lieu".
Le reste de la capitale économique ivoirienne a connu une journée tranquille, au cours de laquelle de nombreux abidjanais se sont rendus dans les églises et les lieux de culte pour "prier pour la paix en Côte d'Ivoire <http://g.msn.fr/FR1000/7991> " qui traverse une crise sans précédent depuis trois ans.
Des manifestations pour le départ de M. Gbagbo ont eu lieu dans plusieurs localités du nord du pays, sous contrôle des FN depuis septembre 2002, notamment à Bouaké, deuxième ville du pays et fief de cette rébellion, où ont défilé près de 10.000 personnes, a constaté un journaliste de l'AFP <http://g.msn.fr/FR1001/3> .
Après une longue marche, les manifestants, accompagnés de plusieurs dirigeants des FN, ont remis à des représentants des Nations unies <http://g.msn.fr/FR1000/5981> dans cette ville une motion "exigeant le départ pur et simple de Gbagbo".
Dans cette motion, la rébellion réaffirme en particulier qu'elle refuse l'application de la résolution 1633.
Les manifestants ont également laissé un cercueil, exhibé pendant la marche, sur lequel était inscrit "Gbagbo". D'autres manifestations dans les villes du nord du pays ont également eu lieu, selon les FN.
A Paris, des partisans de l'opposition ivoirienne, 500 selon la police, 10.000 selon les organisateurs, ont défilé vers l'ambassade de Côte d'Ivoire <http://g.msn.fr/FR1000/7991> . Quelques échauffourées ont eu lieu avec la police qui les a empêchés de s'approcher du bâtiment.

 

«J’exercerai mes fonctions avec la même détermination» - Message à la Nation

Le chef de l’Etat, le président Laurent Gbagbo s’est adressé à ses compatriotes dans la soirée d’hier. Il a rassuré les Ivoiriens de sa bonne volonté d’aller à la paix et a promis la désignation d’un nouveau Premier ministre dans quelques jours.Ivoiriens, Ivoiriennes, mes chers compatriotes, chers amis de la Côte d’Ivoire,
Nous sommes aujourd`hui le dimanche 30 octobre 2005. Comme chacun de nous le sait, l`année 2005 est une année d`élections générales en Côte d`Ivoire. Pour respecter les échéances électorales prévues par nos lois, j`ai, depuis le Conseil des ministres du 28 avril 2005 et sur la proposition du Premier Ministre du Gouvernement de Réconciliation Nationale, fixé la date de l’élection à la Présidence de la République à ce jour du 30 octobre 2005.
Cette échéance n`a pu être tenue du fait de la guerre dans laquelle notre pays est plongé depuis le 19 septembre 2002, et de l`occupation qui en est résultée d`une partie du pays par des bandes armées échappant au contrôle des autorités légitimes et légales de la Côte d’Ivoire.
Depuis la Conférence de Kléber du 26 janvier 2003 jusqu’à ce jour, le Peuple de Côte d`Ivoire et moi-même avons fait tous les sacrifices; même les plus inimaginables, pour obtenir de la rébellion qu`elle désarme afin que nous allions à la paix :
Le Peuple, par l’adoption d`une loi d`amnistie votée par les députés le 6 août
2003, a pardonné aux rebelles les crimes qu`ils ont froidement commis, afin que, ne craignant plus aucune poursuite, ils puissent revenir dans la République.
Le même peuple, toujours par ses députés, a modifié les lois, toutes les lois dont certaines dispositions prétendument sources de conflit, avaient été présentées, après coup, comme les raisons de l’agression de notre pays.
Mais les rebelles et les partis politiques qui se sont alliés à eux ont jugé que ces lois ne les satisfaisaient pas.
J`ai donc, usant des pouvoirs exceptionnels que me confère l`article 48 de notre Constitution en pareilles circonstances et à la demande du Président Thabo MBEKI, Médiateur de l`Union Africaine, apporté à ces lois les corrections souhaitées.
J`ai également, sans modifier la Constitution de notre pays pour la défense de laquelle beaucoup de nos sœurs et de nos frères ont fait le sacrifice de leur vie, et toujours à la demande du Médiateur, autorisé, exceptionnellement, les parties signataires de l`Accord de Linas Marcoussis, à présenter des candidats à l`élection à la Présidence de la République sans que ceux-ci aient à remplir les conditions exigées par la Constitution et par les lois électorales.
Tout ce que nous attendions en retour des sacrifices ainsi consentis et à quoi les rebelles et leurs alliés s`étaient engagés envers moi et envers la communauté internationale, c’était le désarmement et la réunification du pays en vue des élections, seules à même d’apporter une paix définitive et durable à notre Nation.
Au lieu de cela, les rebelles et leurs alliés politiques se sont installés dans le dilatoire, jouant le pourrissement de la situation, espérant ainsi une prolongation dans le temps du processus de paix de façon à atteindre la fin de mon mandat.
Pour eux, dès la fin du mandat du Président de la République, et devant l’impossibilité d`organiser normalement les élections, l`on s`installerait dans un « vide juridique » qui leur permettrait d`accéder à la tête de l`Etat sans aucune élection, c’est-à-dire sans l’accord du Peuple de Côte d`Ivoire.
Mais les trois dernières années que nous venons de vivre ont montré à chacun de nous que ce Peuple ne veut pas de chefs parvenus au pouvoir par des voies autres que celles déterminées par nos lois.
Notre peuple a suffisamment montré sa maturité au cours de cette guerre.
Il n`acceptera de chef qui exercera sur lui un pouvoir légitime, que parce qu’il aura été élu et donc choisi par lui.
C`est ce que les Ivoiriens ont voulu et ils l`ont consigné dans notre Constitution.
Je tiens au respect de cette Constitution adoptée par plus de 86% des ivoiriens pour deux raisons:
premièrement, la Constitution de la Côte d`Ivoire, en son article 34, confie au Président de la République, Chef de l`Etat, les charges de veiller à son respect et d`assurer la continuité de l`Etat.
Deuxièmement, et ce à titre personnel, je suis pour le respect des lois.
Le respect de lois connues de tous et applicables à tous est, selon moi, le gage d`une vie paisible en société, le ciment de la démocratie et de la liberté.
C`est pourquoi je m`opposerai toujours à la prise du pouvoir par des voies autres que constitutionnelles.
C`est pourquoi également, je n`accepterai jamais la décapitation de l`Etat de Côte d`Ivoire.
C`est pour garantir la mise en œuvre du principe de la continuité de l`Etat, lorsque le déroulement normal des élections est rendu impossible, notamment en cas d`atteinte à l`intégrité du territoire national, que notre Constitution charge le Président de la République de demeurer en fonction. Le Conseil Constitutionnel que j`ai interrogé le 26 novembre 2003 sur la question de savoir si l`occupation toujours actuelle par la rébellion d`une partie du territoire constituait un cas d`atteinte à l`intégrité du territoire, m`a répondu par l` affirmative, dans son avis en date du 17 décembre 2003.
Au total, l`impossibilité dans laquelle nous nous trouvons d`organiser les élections est imputable à la rébellion et à tous les partis qui l`ont soutenue dans son refus de désarmer malgré les engagements pris et malgré tous les efforts que nous avons consentis.
Aussi, lorsqu`en pareil cas, les élections ne peuvent pas se tenir, la Constitution charge le Président de la Commission Electorale Indépendante de saisir le Conseil Constitutionnel aux fins de constater officiellement les circonstances qui rendent impossible le déroulement normal des élections.
Mais la Commission Electorale Indépendante est actuellement inopérante; les membres de sa nouvelle Commission centrale ont déjà prêté serment de sorte que les anciens ne peuvent plus agir que pour gérer les affaires courantes et effectuer la passation des charges en vue de la mise en place du nouveau bureau.
Le nouveau bureau qui n`a pas été non plus installé ne peut agir puisque aucune passation de charges n`a été effectuée.
C`est pourquoi, vu l`extrême urgence, j`ai, usant de l`article 48 de la Constitution et suppléant en cela la carence du Président de la Commission Electorale Indépendante, saisi, avant-hier 28 octobre 2005, le Conseil Constitutionnel aux fins de constater les circonstances rendant impossible la tenue des élections.
Cette Haute juridiction a rendu, hier, 29 octobre 2005, une décision par laquelle il constate qu`il y a atteinte à l`intégrité du territoire et que l`élection à la Présidence de la République n`ayant pu se tenir, il me charge, en ma qualité de Président de la République en fonction, d`assurer la continuité à la tête de l`Etat en demeurant dans lesdites fonctions.
Le Conseil Constitutionnel est seul habilité, en vertu de la Constitution, à constater la cessation des événements rendant impossible l`organisation des élections, c`est-à-dire à constater la réunification du pays et à ordonner la tenue de l`élection à la Présidence de la République.
C`est encore au Conseil Constitutionnel qu`il appartiendra, lorsque les résultats de cette élection seront connus, de les annoncer et de faire prêter serment au vainqueur de ce scrutin.
C`est à ce moment-là, lorsque le vainqueur de la prochaine élection aura prêté serment, et à ce moment-là seulement, que le Président actuel cessera ses fonctions.
Mais la Communauté Internationale nous enjoint d`achever ce processus dans douze mois au plus tard.
Je souhaite pour ma part que les élections aient lieu bien avant ces douze mois et c`est la mission que je confierai au nouveau Premier Ministre que nous désignerons dans quelques jours.
J`exercerai mes fonctions avec la même détermination que j`ai eue ces trois dernières années pour défendre notre pays et ses institutions.
Chers compatriotes,
Je saisis l`occasion de ce message pour remercier la Communauté Internationale.
Je remercie tout d`abord la CEDEAO et son Président Mamadou TANDJA, Président de la République du Niger.
Je remercie l`Union Africaine et son Président OLUSEGUN OBASANJO, Président de la République Fédérale du Nigeria.
Je remercie enfin le Conseil de Sécurité de l`ONU et les grandes puissances de ce monde, membres permanents dudit Conseil dont l`implication, aujourd`hui très nette dans la résolution de la crise, et la saine appréciation de la situation ivoirienne se sont traduites par le communiqué d’Addis-Abeba du 6 octobre 2005 et la résolution 1633 du Conseil de Sécurité.
Je réserve au nom du Peuple de Côte d`Ivoire des remerciements spéciaux au Médiateur que l`Union Africaine a choisi pour nous aider à obtenir la paix.
En votre nom à tous, je salue le Président Thabo MBEKI, qui restera dans la mémoire des ivoiriens comme un homme de bien et un grand leader africain.
Je saisis également l`occasion de ce message pour réaffirmer que la Côte d`Ivoire étant membre de l`Union Africaine et de l`Organisation des Nations Unies, les décisions que ces organisations viennent de prendre seront appliquées.
Nous continuerons de les appliquer avec d`autant plus de détermination et d`engagement qu`elles sont conformes à notre Constitution: le Président de la République continuera d`assurer la continuité de l`Etat et demeurera à la tête de celui-ci jusqu`à ce que l`élection à la Présidence de la République ait lieu.
Telle est la volonté des Ivoiriens exprimée dans notre Constitution votée par plus de 86% d`entre nous, le 23 juillet 2000, à l`occasion de son adoption par référendum.
Tel est également le sens du Communiqué de l`Union Africaine et de la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité.
Les décisions de ces organisations ne sont pas rendues au profit de ma personne.
Elles sont rendues au profit de la Côte d`Ivoire et de ses populations qui souffrent depuis plus de trois ans.
Elles constituent donc pour nous un ensemble de moyens pour nous aider à bâtir nous-mêmes la paix pour notre pays.
C`est pourquoi je demande à ceux qui ont peur de la paix de prendre courage et de ne pas avoir peur du lendemain.
Il ne leur arrivera rien.
Je les assure de la protection de la loi.
Je demande également à ceux qui sont mus par leurs intérêts individuels ou partisans, de dépasser leur personne pour ne penser qu`à l`intérêt de notre pays.
Saisissons donc ces leviers que nous offre la communauté internationale à laquelle nous avons volontairement fait appel pour bâtir une paix définitive pour notre pays.
La mission qui vient de m`être confiée est constitutionnellement normale en ce qu`elle préserve notre pays des incertitudes.
Je m`en réjouis pour cela.
Mais ma conviction profonde est que notre pays ne sortira de la crise que par les élections. Il nous faut donc aller aux élections.
Tous les mécanismes sont aujourd`hui mis en place, notamment avec la présence du Haut Représentant de l`ONU chargé des élections pour que celles-ci soient transparentes.
Président de la République de Côte d’Ivoire
M. Laurent GBAGBO

Merci au Monde, nouvel observateur, Sud-ouest, le Point