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Trois chefs d'Etat Africains à Abidjan pour trouver un Premier
ministre
Les
présidents nigérian Olusegun Obasanjo, sud-africain Thabo
Mbeki et nigérien Mamadou Tandja sont attendus mardi à Abidjan
pour tenter de trouver un Premier ministre de transition que la Côte
d'Ivoire attend depuis des semaines, afin de pouvoir organiser des élections
générales d'ici à octobre 2006.
Ces trois chefs d'Etat, mandatés par la résolution 1633
du Conseil de sécurité de l'Onu, sont attendus à
Abidjan à 11H00 (locales et GMT), selon un communiqué de
la présidence ivoirienne.
Si le communiqué ne mentionne qu'une "visite de travail",
sans plus de précisions, ce nouveau ballet diplomatique pourrait
déboucher sur la nomination du nouveau chef de gouvernement "aux
pouvoirs élargis" et "acceptable pour toutes les parties",
prévu par la même résolution 1633.
"Ils ne peuvent pas venir ici pour se balader. Ils ne peuvent pas
être ridicules une fois de plus", estime ainsi une source diplomatique.
De fait, les négociations vont bon train ces derniers jours: le
président Mbeki a ainsi rencontré l'ancien Premier ministre
ivoirien Alassane Ouattara dimanche et lundi à Pretoria.
La résolution 1633, tout en maintenant au pouvoir le président
Laurent Gbagbo pour 12 mois maximum, lui a adjoint un Premier ministre
de transition doté de pouvoir élargis et chargé notamment
d'organiser une élection présidentielle avant le 31 octobre
2006.
Celle prévue le 30 octobre 2005 n'a pu être organisée,
faute d'accord entre les protagonistes de la crise politico-militaire
sans précédent que traverse la Côte d'Ivoire depuis
plus de trois ans et dont le Nord est contrôlé par la rébellion
des Forces nouvelles (FN).
Depuis un mois, les parties ivoiriennes ont été invitées
à proposer leurs candidats à ce poste stratégique
pour la résolution de la crise. Une première liste de 16
noms a été soumise notamment à M. Obasanjo, également
président en exercice de l'Union africaine (UA), qui le 4 novembre
à Abidjan avait annoncé la date-butoir du 15 novembre pour
clore "le processus de nomination du Premier ministre".
Mais le 16, c'est son ministre des Affaires étrangères Oluyemi
Adeniji qui venait soumettre aux parties une liste réduite à
quatre noms, rejetée catégoriquement par la rébellion.
Deux membres de l'opposition, MM. Gaston Ouassenan Koné (Parti
démocratique de Côte d'Ivoire, PDCI, ex-parti unique) et
Yadé Tiémoko Coulibaly (du Rassemblement des Républicains,
RDR, d'Alassane Ouattara) figurent sur cette liste, de même que
Jacqueline Lohouès Oble, ancien ministre de la Justice, et Gervais
Coulibaly, directeur général de la décentralisation.
Les FN, qui réclament la Primature pour leur secrétaire
général Guillaume Soro, ont demandé à l'émissaire
nigérian des éclaircissements sur les pouvoirs propres du
Premier ministre.
Car les protagonistes n'achoppent pas seulement sur le nom de celui, ou
celle, que la presse surnomme "l'oiseau rare": elles affichent
d'ores et déjà des positions peu conciliables sur l'étendue
de ses pouvoirs.
Le Groupe de travail international (GTI) sur la Côte d'Ivoire, chargé
de suivre l'évolution du processus de paix, a récemment
estimé que la résolution 1633 conférait au futur
Premier ministre des "pouvoirs propres", notamment "des
compétences nécessaires pour la conduite de l'administration
civile et militaire"
Cette définition a été saluée par l'opposition
et la rébellion, qui réclament le transfert de tous les
pouvoirs exécutifs au Premier ministre.
Elle s'accorde en revanche mal avec l'interprétation restrictive
de la résolution par le parti du président Gbagbo, qui l'estime
encadrée par la Constitution ivoirienne, fortement présidentialiste
L'absence de Premier ministre empoisonne le climat
L'échec
mardi à Abidjan de la médiation africaine à trouver
un Premier ministre de transition pour la Côte d'Ivoire pourrait
envenimer une situation politique déjà fragile, alors que
ce pays traverse une crise sans précédent depuis plus de
trois ans.
La presse ivoirienne ne péchait pas par optimisme mercredi en estimant
que les présidents nigérian Olusegun Obasanjo, sud-africain
Thabo Mbeki et nigérien Mamadou Tandja avaient subi "un échec
cuisant".
Pour le quotidien d'informations générales Soir Info, la
non désignation du Premier ministre de transition constitue "un
blocage total" qui "augure de lendemains difficiles pour la
Côte d'Ivoire".
Alors que plus d'un mois s'est écoulé depuis l'adoption
de la résolution 1633 du Conseil de sécurité de l'Onu
prolongeant le mandat du président Laurent Gbagbo et lui adjoignant
un Premier ministre aux pouvoirs élargis, aucune perspective ne
semble se dégager de voir nommer l'"oiseau rare", comme
l'a qualifié la presse ivoirienne.
La résolution avait fixé la fin octobre comme date butoir
pour la désignation d'un nouveau premier ministre. Pourtant, la
médiation africaine avait redoublé d'ardeur et de moyens
de persuasion mardi, en dépêchant pas moins de trois chefs
d'Etat, dont les "patrons" des deux plus importantes puissances
d'Afrique noire, le Nigeria et l'Afrique du Sud. Malgré tous ces
efforts, le Premier ministre n'est toujours pas désigné,
ce qui suscite le doute et l'inquiétude à tous les niveaux
de la société ivoirienne ainsi que dans les milieux diplomatiques
d'Abidjan.
"Cette bataille de la Primature pourrait entraîner des dérapages
dans la rue, comme cela a déjà été le cas
depuis trois ans en Côte d'Ivoire" assurait mercredi un diplomate
peu optimiste sur la résolution de la crise. Il observait également
que, même si une personnalité recueillait l'assentiment de
toutes les parties, se déclencherait aussitôt la bataille
du partage des pouvoirs, le président Gbagbo tenant à tout
prix à garder l'ensemble de ses prérogatives.
La promesse d'une nouvelle visite en Côte d'Ivoire "d'ici dix
jours", faite mardi soir par M. Obasanjo à l'issue de ses
entretiens infructueux, laisse aussi sceptique un grand nombre d'Ivoiriens
et d'observateurs. La résolution de la "quadrature du cercle"
apparaît bien délicate en si peu de temps alors que les divergences
sont énormes entre tous les protagonistes de la crise, estimait
mercredi un diplomate, résumant une opinion largement répandue
dans la capitale économique ivoirienne.
Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et
la paix (RHDP, opposition politique) a ainsi rendu mercredi Laurent Gbagbo
responsable du blocage de la nomination du Premier ministre. Pour leur
part, les Ivoiriens, qui se disent "fatigués" de l'attendre,
sont en général assez pessimistes pour l'avenir et ne cachaient
pas leur déception, mercredi, au lendemain de cette nouvelle tentative
de médiation avortée, à l'instar de cet homme d'affaires
qui déclarait tout de go que les hommes politiques ivoiriens "se
moquent de nous".
La presse ivoirienne n'hésitait d'ailleurs pas à stigmatiser
"l'irresponsabilité" de la classe politique qui pourrait
entraîner de graves conséquences, alors que le journal Nord
Sud, proche de l'opposant Alassane Ouattara, esitmait que cette attitude
pourrait faire "le lit des militaires", car "rien ne peut
être exclu" désormais
Comment voyage SoroDakar, Accra, Abuja, Libreville, Ouagadougou, Paris,
Bonn... Guillaume Soro, le secrétaire général des
Forces nouvelles, l'ex-rébellion ivoirienne, voyage beaucoup. Pour
ses déplacements en Europe, et notamment en France, où réside
sa famille, il utilise la plupart du temps le passeport diplomatique que
lui ont délivré les autorités sénégalaises
: contrairement à son passeport ivoirien, celui-ci le dispense
d'obtenir un visa. Cette facilité est d'autant plus appréciable
que les autorités consulaires françaises ne délivrent
de visas aux ressortissants ivoiriens, quels qu'ils soient, qu'avec lenteur
et parcimonie.
À Paris, Soro a ses habitudes dans un hôtel du 16e arrondissement
: il y reçoit ses visites, mais n'y dort pas pour des raisons de
sécurité. Pour cela, il préfère l'appartement
loué par sa famille, hier dans le même arrondissement, aujourd'hui
à Franconville, dans la banlieue parisienne. Ses émoluments
de ministre d'État (plus de 5 millions de F CFA par mois) et les
frais de représentation qui lui sont octroyés en sa qualité
de chef de file des Forces nouvelles lui permettent de faire face à
ses multiples dépenses.
Que deviennent les Français de Côte d'Ivoire ?
Un an après les « événements » d'Abidjan,
la plupart des expatriés sont rentrés dans leur pays d'origine.
Où ils vivent des fortunes diverses.
Le
salon d'Hélène Akoun est presque vide et les murs sentent
encore la peinture fraîche. Une table, quelques chaises, un canapé
usé, une télé et des cartons encore fermés
meublent la pièce. Seule décoration de l'appartement, la
sculpture africaine en ébène, déposée sur
le radiateur près de la fenêtre, est là pour témoigner
que la famille Akoun a connu autre chose que le marché et les rues
grises de Maisons-Laffitte, en banlieue parisienne.
Il y a un an, la chirurgienne-dentiste, 38 ans, et son mari, courtier
en assurances, habitaient en Côte d'Ivoire. Leurs enfants, 8 et
11 ans, ont grandi dans une belle maison d'Abidjan. Mais les « événements
» du 6 novembre 2004 (c'est ainsi que les rapatriés de Côte
d'Ivoire parlent de la destruction des Sukhoï ivoiriens par la force
Licorne et la « chasse aux Français » qui s'est ensuivie
dans la capitale économique) ont irrémédiablement
fait prendre à la vie de ces Franco-Ivoiriens un tour nouveau.
À l'image de la majorité des 8 300 autres rapatriés
français qui ont été évacués vers la
mère patrie, où ils n'avaient que peu - voire jamais - vécu.
Il a fallu recommencer de zéro, se remettre du choc - parfois atroce
pour celles qui ont été violées (14 plaintes ont
été déposées dans des tribunaux en France,
mais ont bien peu de chances d'aboutir puisqu'on ne connaît pas
les coupables) -, courir les administrations pour obtenir des aides, prier
les autorités locales de leur trouver un toit. En août, après
avoir vécu chez des amis pendant trois mois, puis dans un petit
appartement trouvé par chance, Hélène Akoun a été
l'une des premières à obtenir un logement social dans la
région parisienne. Mais dans un trois pièces sans balcon,
on se sent à l'étroit. « Il faudra que je trouve plus
grand. C'est dur pour les enfants. Les copains de ma fille à l'école
ne comprennent pas pourquoi elle ne veut pas "jouer à la guerre"
avec eux... »
À l'heure du triste premier anniversaire de leur retour en France,
les rapatriés de Côte d'Ivoire crient encore leur colère.
Contre l'administration française, complexe et impersonnelle, qui
ne les aide pas. Contre le gouvernement, sourd à leurs appels au
secours. Contre Jacques Chirac et la diplomatie du Quai d'Orsay, source
de tous leurs malheurs. Contre la France, si peu accueillante, où
l'emploi se fait rare. Seuls épargnés de cette rancoeur,
les Ivoiriens. « La haine de novembre 2004 contre nous ne fait pas
partie de leur mentalité. Ils ont été manipulés
», explique Marc Balzer, président de l'Association des entreprises
sinistrées de Côte d'Ivoire (Aesci). « Nous n'avions
jamais eu de problème jusqu'à ce que la France impose des
ministres issus de la rébellion à Laurent Gbagbo, en janvier
2003. Nous sommes otages d'une situation géopolitique et diplomatique
qui ne dépend pas de nous. »
Voilà pourquoi, par le biais de son association forte d'une centaine
de PME et PMI qui ont fait faillite au lendemain du 6 novembre, il continue
à se battre pour obtenir une aide accrue des autorités françaises.
« Nous sommes des fleuristes, des coiffeurs, des boulangers, des
hôteliers... Les grands groupes qui font la politique de la France
avec le Quai d'Orsay n'auront pas de problème à retourner
en Côte d'Ivoire. Nous, si ! »
En décembre 2004, encore sous le choc de la haine antifrançaise,
et dans l'urgence de régulariser la situation de 8 300 «
nouveaux » Français, le gouvernement prenait un décret
attribuant aux rapatriés de Côte d'Ivoire des droits équivalents
à ceux dont les Français d'Algérie avaient bénéficié
en 1962. Soit une aide exceptionnelle de 750 euros par personne et 250
euros par enfant à charge, l'ouverture de droits à la Couverture
maladie universelle (CMU) et au RMI, ainsi qu'une participation de 10
% à l'investissement pour la création d'entreprise (plafonnés
à 40 000 euros). L'enveloppe totale de l'aide d'urgence était
de 5 millions d'euros ; elle a bénéficié à
1 450 familles (tous ceux qui n'étaient pas protégés
par leur statut de fonctionnaire ou de salarié de grande entreprise).
Pour ceux qui ont tout perdu, c'est peu, estiment les entrepreneurs. «
Les Français d'Algérie ont obtenu des aides parfois bien
plus importantes. Si on nous a mis dans le même sac, il faut tenir
la logique jusqu'au bout. Une aide de 10 % pour créer une entreprise,
dans un délai de dix-huit mois puisque la mesure est temporaire,
ne peut pas nous aider à trouver des fonds et être crédibles
auprès des banques », s'insurge Marc Balzer, auparavant tenancier
d'un complexe hôtelier qui a brûlé sous ses yeux le
6 novembre : 600 000 euros partis en fumée.
L'Aesci estime entre 50 millions et 60 millions d'euros les pertes subies
par les membres de son association. Soit deux mois d'entretien de la force
Licorne, calcule son président... « Nous ne pouvons pas attaquer
individuellement le gouvernement ivoirien, mais la France, si elle a la
volonté politique, peut entreprendre une action juridique. On ne
rêve pas, on n'aura rien tant que la situation ne se sera pas améliorée,
mais on veut que les demandes soient faites maintenant, pour profiter,
à la fin de la crise, des aides promises à Abidjan par la
Banque mondiale et le FMI. » En attendant, selon l'Aesci, quelque
200 plaintes contre X ont été déposées en
France devant les tribunaux de grande instance.
À la Mission interministérielle aux rapatriés (MIR)
à Paris, on estime pourtant que le dispositif d'aides mis en place
en décembre 2004 n'est pas une loi d'indemnisation générale.
Rien à voir, soulignent ses responsables, avec le rapatriement
du million de Français d'Algérie en 1962. « Il faut
être prudent, explique la MIR, car il y a encore des cas individuels
de détresse qui méritent notre aide, mais la comparaison
avec l'Algérie est erronée. Il s'agissait à l'époque
d'un territoire sous autorité française. Ici, c'est une
crise majeure dans un pays souverain qui a conduit un nombre important
de nos compatriotes à revenir. Pour aller vite, on a cherché
un instrument juridique déjà existant, afin d'aider individuellement
les victimes de ce choc. On pourrait d'ailleurs avoir une autre lecture
des choses : les rapatriés d'autres pays n'ont jamais bénéficié
de mesures de ce genre... » Nabil Neffati, directeur du Comité
d'entraide aux Français rapatriés (CEFR), rappelle aussi
que « la France est l'un des seuls pays qui rapatrie ses ressortissants
et s'occupent de ceux qui sont dans l'indigence. » Le Centre soutient
encore 315 familles ayant besoin d'une caution pour trouver un appartement
sur les 641 qui ont profité de ses services, à leur arrivée
il y a un an.
La détresse absolue, les conditions de vie précaires se
font chaque jour un peu plus rares. « Nous n'avons reçu que
quarante dossiers pour l'aide à la création d'entreprise,
tandis que seule une vingtaine de dossiers pour les aides d'urgence n'ont
pas encore été réglés. La majorité
des rapatriés se sont réinsérés », indique-t-on
à la MIR. Pour faire bénéficier au plus grand nombre
des mesures prises en décembre 2004, le statut de rapatrié
a été élargi à ceux qui étaient rentrés
en France avant novembre 2004 et n'ont pas pu retourner à Abidjan
en raison des événements. La MIR est aussi en train d'étudier
la possibilité de faire passer à 30 % de l'investissement
l'aide à la création d'entreprise. Elle devrait aussi accélérer
les autorisations d'exercer à la douzaine de médecins qui
ont du mal à faire reconnaître leur diplôme en France.
Au-delà des enjeux financiers, les Français de Côte
d'Ivoire doivent aussi faire face à des obstacles que la MIR ou
le CEFR ne peuvent résoudre. Si certains ont retrouvé du
travail, les chômeurs s'impatientent. Sur les 2 200 Français
qui ont été accueillis par le CEFR en novembre 2004, avant
de retourner dans leurs familles ou de trouver un logement, seulement
20 % travaillent aujourd'hui ou sont en formation. Les autres rencontrent
les pires difficultés.
« On ne connaît pas les marchés porteurs, on ne travaille
pas de la même manière. Comment voulez-vous qu'on arrive
à créer une entreprise ou à trouver du travail ?
La France a changé, c'est fou ! » s'étonne Sandrine
Valette, 37 ans, dont plus de quinze passés en Côte d'Ivoire.
Aujourd'hui hébergée par un ami à Charenton-le-Pont
dans la banlieue de Paris, elle porte toujours un pendentif en forme d'Afrique,
donne son curriculum vitae à qui veut bien le prendre, et se balade
avec une pochette rouge où sont rangés ses documents : lettres
de la MIR, titre de rapatriée, fiches de salaires et de retraite.
Des cotisations à la Caisse nationale de prévoyance sociale
de Côte d'Ivoire (CNPS) qu'elle risque, comme tous les autres, de
ne jamais récupérer. Avant la crise, les Français
qui quittaient la Côte d'Ivoire recevaient automatiquement leur
dû de la CNPS. Mais, en novembre 2004, ils sont partis trop vite...
Inadaptés, pour beaucoup, au marché du travail français,
ils souffrent aussi de la mauvaise image de l'expatrié. «
Avoir une expérience en Afrique n'est pas une bonne carte de visite
», explique Marc Balzer. Les poncifs courent : il n'est plus dans
le coup, il se reposait tranquillement au soleil, il a plein d'argent.
« Mais on travaillait, nous, là-bas », répondent
les rapatriés de Côte d'Ivoire. Bien sûr, il y avait
aussi les boys, les femmes de ménage, les chauffeurs, les belles
villas...
« Le complexe de supériorité de l'expatrié
français était insupportable aux yeux de certains Ivoiriens,
explique un binational. Il faut être plus humble quand on n'est
pas chez soi. Bien sûr, on s'expatrie pour faire de l'argent, mais
ça n'empêche pas le respect. » À Paris, Lille
ou Nantes, fini les délicieux plats cuisinés par la mama
de Cocody. Et, le matin, en se levant, on n'aperçoit plus le palmier
au fond du jardin. « Il y a encore des illusions qui n'arrivent
pas à tomber chez certains, explique Nabil Neffati. Ils n'ont pas
fait le deuil de leur condition sociale et de leur mode de vie. Ceux qui
acceptent tout de suite la perspective de rester en France y arrivent
mieux. »
Les autres caressent l'idée de se réinstaller en Côte
d'Ivoire, quand ils ne le sont pas déjà. « On ne vit
pas comme des Français normaux. Soit les familles sont séparées,
soit on vit dans la misère », explique Marie-Laure Delaunay,
secrétaire générale de l'Association des rapatriés
de Côte d'Ivoire (Arci).
Dans son appartement de Maisons-Laffitte, Hélène Akoun estime
que « son pays d'origine a échoué dans sa mission
de réintégrer ses ressortissants, puisque certains ne pensent
qu'à retourner à Abidjan ». Elle connaît le
problème. Son mari ne se fait pas à la vie en France. «
Il fait des allers-retours incessants. Il garde espoir. Tout cela a des
conséquences psychologiques au quotidien. » Car la jeune
mère désire que ses enfants grandissent en paix. «
J'ai été élevée dans la sérénité
en Côte d'Ivoire. Je veux que mon fils et ma fille vivent aussi
comme des enfants. La petite dernière ne connaît que les
coups d'État en Côte d'Ivoire. C'est en France qu'elle pourra
devenir une adulte, tranquillement. » Tant pis si son père
préfère les rives de la lagune Ébrié aux quais
de Seine.
Toujours pas de Premier ministre, mais ses pouvoirs font déjà
débat
La
Côte d'Ivoire attend toujours la nomination d'un Premier ministre
de transition, près de 15 jours après la date prévue,
mais les acteurs de la crise - pouvoir, opposition, rébellion -
affichent déjà des positions peu conciliables sur l'étendue
de ses futurs pouvoirs.
Chargé de suivre l'évolution du processus de paix, le Groupe
de travail international (GTI) sur la Côte d'Ivoire, a estimé
mardi que la résolution onusienne 1633, qui prescrivait la nomination
de ce Premier ministre avant le 31 octobre 2005, conférait à
celui-ci des "pouvoirs propres".
"S'agissant en particulier de la pleine autorité du Premier
ministre sur son gouvernement, il dispose des compétences nécessaires
pour la conduite de l'administration civile et militaire, la désignation
et la révocation de ses responsables et le contrôle des ressources
financières", a précisé le GTI, lors de sa première
réunion à Abidjan.
Cette définition affinée des pouvoirs du futur Premier ministre
a été saluée par l'opposition et la rébellion,
qui réclament le transfert de tous les pouvoirs exécutifs
au Premier ministre.
Mais elle s'accorde mal avec l'interprétation restrictive de la
résolution faite par le parti du président Laurent Gbagbo,
qui l'estime encadrée par la Constitution ivoirienne, fortement
présidentialiste.
"Le GTI (Groupe de travail international) outrepasse dangereusement
et exagérément ses compétences et ses fonctions (...)
Son rôle n'est aucunement de statuer sur les pouvoirs du Premier
ministre", s'est insurgé vendredi dans un communiqué
le Front populaire ivoirien (FPI).
La résolution 1633 charge notamment le futur Premier ministre d'organiser
avant le 31 octobre 2006 la présidentielle qui n'a pu se dérouler
le 30 octobre 2005, en raison de la persistance de la crise politico-militaire
qui coupe la Côte d'Ivoire en deux depuis que la rébellion
des Forces nouvelles (FN) a pris les armes en septembre 2002.
Elle a également maintenu au pouvoir le président Gbagbo
pour 12 mois maximum.
"La résolution a décidé de maintenir M. Gbagbo.
Il y en a qui n'étaient pas d'accord mais ils ont accepté.
De même, elle confère tous les pouvoirs au Premier ministre
et il faudra bien que cela soit respecté", a estimé
Dagobert Banzio, porte-parole du Parti démocratique de Côte
d'Ivoire (PDCI), l'une des deux principales formations de l'opposition
ivoirienne, interrogé par l'AFP.
"La 1633 n'était pas lisible et compréhensible. Le
GTI a clarifié la situation (...) Le FPI tergiverse et nous allons
donc voir à présent si le GTI va se montrer ferme",
a expliqué de son côté à l'AFP le porte-parole
des FN, Sidiki Konaté.
C'est dans ce contexte peu encourageant que le président en exercice
de l'Union africaine (UA), le nigérian Olusegun Obasanjo, venu
rencontrer au pas de charge les acteurs de la crise le 4 novembre à
Abidjan, a prévu de "conclure d'ici au 15 novembre" le
processus de nomination du Premier ministre.
Seize noms ont dans un premier temps été proposés
par les différentes parties à la crise. L'un d'eux, l'évêque
de Yamoussoukro, Mgr Siméon Paul Ahouan, "surpris" de
se trouver sur la liste, a toutefois annoncé qu'il ne postulait
pas.
Chacune des parties, destinataire de cette liste, a ensuite transmis ces
derniers jours une sélection des candidats "acceptables".
Reste désormais à M. Obasanjo et à ses homologues
sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de l'UA, et nigérien
Mamadou Tandja, président en exercice de la Communauté économique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) à trouver avec les parties
ivoiriennes une solution consensuelle parmi ces noms restants.
Ces derniers jours, la presse ivoirienne s'est lancée dans de savantes
supputations, chaque titre publiant une liste des trois ou quatre favoris,
dont la physionomie varie en fonction du camp auquel le quotidien appartient.
Hôtel Ivoire: des anciens combattants ivoiriens "choqués"
La
poitrine barrée de décorations, d'anciens combattants ivoiriens
fiers d'avoir combattu pour la France, se sont dits "choqués"
vendredi, un an après, par les tirs de l'armée française
le 9 novembre 2004 contre des manifestants devant l'Hôtel Ivoire
à Abidjan.
"J'ai été choqué", se souvient Joseph Kouassi,
68 ans, vêtu de son uniforme kaki délavé sur lequel
il arbore fièrement des médailles françaises, en
marge d'une cérémonie commémorant à Abidjan,
devant le monument aux morts des deux guerres mondiale, l'armistice du
11 novembre 1918.
"Après avoir dépensé toutes mes forces là-bas
en Algérie (durant le conflit entre 1954 et 1962), j'ai trouvé
que la France a été méchante", explique-t-il
d'une voix à peine audible.
Le 9 novembre 2004, sur le parvis de l'hôtel Ivoire, où étaient
regroupés des ressortissants français victimes de trois
jours de violences anti-françaises, l'armée française
avait ouvert le feu sur des milliers de manifestants persuadés
qu'elle allait attaquer la résidence présidentielle toute
proche.
Plusieurs Ivoiriens avaient été tués et de nombreux
blessés.
Légèrement voûté et portant lui aussi des médailles
sur la poitrine, Tra Gouré Bi, 69 ans, affirme qu'il n'est pas
"content" de l'armée française.
"Blessé" en Algérie en 1959, M. Gouré Bi,
même si son français est approximatif, est resté soldat
français dans l'âme.
"Si notre président (français) Jacques Chirac donne
l'ordre, ce sont quand même des enfants (les manifestants), ils
(les soldats français) ne devaient pas tirer sur eux". A l'époque,
en Algérie, raconte-t-il, il tirait sur des "ennemis",
et Français et Ivoiriens ne sont selon lui pas ennemis.
Le camp présidentiel avait qualifié l'action française
en novembre 2004, de guerre néo-coloniale.
"Qui va être content de la guerre que les Français ont
fait ici?", renchérit, sans commenter, celui qui se présente
sous son numéro de matricule "32.557", François
Kokobo Doua, 65 ans, assis avec deux de ses "frères d'armes"
en Algérie dans la cour du siège de l'Association des anciens
combattants (Anac) de Côte d'Ivoire dans le quartier des affaires
au Plateau.
Les violentes manifestations de novembre 2004, qui ont provoqué
le départ de 8.000 Français de Côte d'Ivoire, faisaient
suite à la destruction le 6 novembre par l'armée française
de la quasi-totalité de l'aviation ivoirienne en représailles
au bombardement d'un cantonnement français à Bouaké
(centre).
Neuf soldats français et un civil américain avaient été
tués dans ce bombardement. M. Gbagbo a récemment qualifié
le 9 novembre de "jour de barbarie, de deuil et de courage"
Ces anciens combattants reprochent par ailleurs à la France de
n'avoir pas honoré une promesse d'augmentation de leur pension.
"Nous continuons de percevoir en tout et pour tout 30.000 FCFA (46
euros) chaque semestre, en janvier et en juillet", affirme amèrement
M. Kouassi, estimant qu'ils ne sont pas considérés "comme
des personnes ayant des droits".
Plus 50.000 Ivoiriens ont combattu sous uniforme français au XXe
siècle, que ce soit lors des deux conflits mondiaux, ou des guerres
d'Algérie et d'Indochine, selon le ministère ivoirien de
la Défense, qui a précisé qu'environ 3.000 étaient
encore en vie.
Ancienne colonie française, la Côte d'Ivoire a accédé
à l'indépendance en 1960.
Gbagbo va immortaliser la date d'affrontements entre armée française
et manifestants ivoiriens
Le
président ivoirien Laurent Gbagbo a annoncé mercredi à
Abidjan qu'il signerait un décret pour immortaliser le 9 novembre
2004, journée d'affrontements entre l'armée française
et des manifestants ivoiriens.
"Le 9 novembre a été un grand jour de barbarie, de
deuil, mais en même temps un grand jour de courage à tous
les niveaux des manifestants", a déclaré M. Gbagbo,
lors d'une cérémonie au palais présidentiel d'Abidjan.
"Nous ferons tout pour que ce jour reste gravé dans la mémoire
des Ivoiriens", a dit le président Gbagbo, en recevant les
familles des victimes.
Le 9 novembre 2004, des affrontements meurtriers avaient éclaté
entre un contingent de l'armée française et des milliers
de manifestants ivoiriens rassemblés devant l'Hôtel Ivoire,
architecture symbolique d'Abidjan.
Les militaires français disaient préparer une opération
d'évacuation de ressortissants occidentaux depuis cet hôtel
de luxe, alors que les manifestants ivoiriens les avaient accusés
de "comploter" un coup d'Etat contre le président Laurent
Gbagbo.
Le chef de l'Etat ivoirien a également fait savoir qu'une rue dans
le quartier chic de Cocody porterait le nom de "Jean-Louis Kouassi
Koulibaly", jeune manifestant qui, selon les médias ivoiriens,
avait été tué par une balle de l'armée française.
Par ailleurs, M. Gbagbo a déclaré que les victimes mortes
seraient décorées à titre posthume, lors de l'inauguration
d'un siège qui serait alloué au collectif des parents des
victimes.
Trois jours plus tôt, une petite cérémonie s'est organisée
à Bouaké (centre, fief de la rébellion ivoirienne)
en présence de l'ambassadeur de France en Côte d'Ivoire,
André Janier, et du commandant de la force française de
l'opération, le général Elrick Irastorza, pour commémorer
la mort de neuf soldats français lors d'un raid de l'armée
ivoirienne l'année dernière.
Le 6 novembre 2004, un camp de l'armée française à
Bouaké ( centre, fief de la rébellion ivoirienne) avait
été touché par les bombardements de l'aviation ivoirienne,
qui avaient déclenché, deux jours plus tôt, des raids
aériens contre des positions rebelles, ce qui auraient entraîné
une opération de représailles par l'armée française.
Les représailles françaises avaient causé des conflits
entre les forces françaises et ivoiriennes, provoquant ensuite
des manifestations violentes anti-françaises, suivies des pillages
contre la communauté française d'Abidjan.
Selon la télévision nationale ivoirienne, les heurts violents
entre l'armée française et les manifestants ivoiriens, qui
avaient duré trois jours, auraient fait 57 morts, trois disparus,
et plus de deux mille de blessés.
29 footballeurs ivoiriens sélectionnés pour les matches
amicaux avec la Roumanie et l'Italie
Un
total de 29 footballeurs ivoiriens ont été sélectionnés
par le Français Henri Michel pour les prochains matches amicaux
contre la Roumanie et l'Italie, selon la liste publiée jeudi à
Abidjan.
La plupart des footballeurs ivoiriens faisaient partie de l'équipe
qui s'est qualifiée pour le Mondial 2006, alors que certains nouveaux,
notamment les défenseurs Raoul Kouakou (Malmö, Suède)
et Issoumaïla Dao (Toulouse, France), ont été convoqués.
Sur la liste figurent aussi le gardien de but Daniel Yeboah ( Villemonde,
France) et l'attaquant Kandia Traoré (Le Havre, France) ,qui avaient
été retenus une fois par le sélectionneur Henri Michel.
Les matchs amicaux que les Eléphants de Côte d'Ivoire doivent
évoluer se dérouleront le 12 novembre au Mans (France, avec
la Roumanie) et le 16 novembre à Genève (Suisse, avec l'Italie).
Voici la liste des 29 footballeurs ivoiriens :
Gardiens de but: Jean-Jacques Tizié (Espérance Tunis, Tunisie),
Gérard Gnanhouan (Montpellier, France), Boubacar Barry (KSK Beveren,Belgique),
Daniel Yeboah (Villemonde, France)
Défenseurs: Cyrille Domoraud (Créteil, France), Blaise Kouassi
(ESTAC, France), Abdoulaye Meïté (Marseille, France), Etienne
Arthur Boka (Strasbourg, France), Abib Kolo Touré (Arsenal, Angleterre),
Emmanuel Eboué (Arsenal, Angleterre), Marc André Zoro (Messina,
Italie), Issoumaïla Dao (Toulouse, France), Raoul Kouakou(Malmö,
Suède)
Milieux de terrain: Siaka Tiéné (AS Saint-Etienne, France),
Didier Zokora (AS Saint-Etienne, France), Emerse Faé (FC Nantes,
France), Gilles Yapi Yapo (FC Nantes, France), Kanga Akalé ( Auxerre,France),
Romaric N'Dri Koffi (Le Mans UC, France), Guy Roland Demel(Hambourg, Allemagne),
Gnégnéri Yaya Touré (Olympiakos, Grèce), Abdoulaye
Djiré "Junior" (KSK Beveren, Belgique), Marco Né
(KSK Beveren, Belgique)
Attaquants: Aruna Dindane (RC Lens, France), Bakari Koné "Baky
"(OGC Nice, France), Didier Drogba (Chelsea FC, Angleterre), Arouna
Koné (PSV Eindhoven, Pays-Bas), Bonaventure Kalou (Paris Saint-Germain,
France), Kandia Traoré (Le Havre AC, France).
Laffaire Mahé en questions
Six mois après le meurtre dun Ivoirien par des soldats français,
coupables et responsables vont devoir affronter la justice. Quand l
armée nettoie ses écuries...
Les
premières sanctions sont donc tombées, le 2 novembre, à
Paris, dans le cadre de ce qu'il est désormais convenu d'appeler
« l'affaire Firmin Mahé ». Deux généraux,
un colonel, un adjudant chef et deux soldats du rang de l'armée
française sont frappés d'un blâme ministériel
- soit la sanction la plus lourde du premier groupe des mesures disciplinaires
prévues par le statut général des militaires. Les
six hommes, mutés pour la plupart, font également l'objet
d'une enquête diligentée par le Tribunal aux armées
pour « homicide volontaire ». Du jamais vu en France depuis
quarante ans.
Comment et pourquoi Firmin Mahé a-t-il été tué
?
On sait désormais l'essentiel sur le meurtre, le 13 mai 2005, de
ce « coupeur de routes » présumé de l'Ouest
ivoirien. Blessé par une patrouille française puis emmené
à bord d'un blindé vers l'hôpital de Man - selon certains
témoignages, il aurait été exhibé, attaché
à la tourelle d'un VBL, pendant la traversée du village
de Beoué -, Firmin Mahé, 30 ans, est étouffé
au cours de son transfert à l'aide d'un sac en plastique. Ce que
l'on ignore encore cependant, c'est pourquoi l'adjudant chef et les deux
soldats qui ont perpétré cet acte à l'intérieur
même du char en sont arrivés là. « Dans leur
esprit, il valait mieux que Mahé disparaisse », lâche,
laconique, le général Bentegeat, chef d'état-major
des armées - avant de suggérer que les militaires français,
« très impliqués auprès des populations »,
et persuadés que la justice ivoirienne allait à nouveau
le remettre en liberté, auraient jugé utile de débarrasser
une fois pour toutes la région de ce bandit notoire. L'explication
est un peu courte, tant asphyxier un homme blessé à mains
nues semble relever du sadisme. Après tout, le peloton de chasseurs
alpins, qui avait déjà tiré six cent cinquante cartouches
pour atteindre Mahé à la jambe, aurait pu en tirer une de
plus pour l'achever et le déclarer mort pendant sa fuite. Pourquoi
l'étouffement ?
Pourquoi
ce scandale a-t-il été rendu public ?
Pour
éviter, justement, le... scandale. En l'occurrence, la technologie
du numérique qui permet la circulation des photos sur Internet,
la présence des médias et des ONG, bref « l'effet
Abou Ghraib », ont joué à plein. Lorsque le haut état-major
et la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie ont été
informés de l'affaire, ils se sont très rapidement rendu
compte qu'elle était connue d'un certain nombre de militaires ayant
opéré en Côte d'Ivoire. En l'occurrence, c'est un
capitaine fraîchement rentré d'Abidjan qui a « vendu
la mèche » à un général de ses parents
en poste à Nantes, lequel en a averti son supérieur direct
Bernard Thorette, chef d'état-major de l'armée de terre.
Il fallait donc agir vite avant que l'affaire éclate dans les médias
- ce qui aurait été du plus mauvais effet. Et démontrer
que l'armée française, qui sait balayer devant sa porte
quitte à livrer ses brebis galeuses en pâture à l'opinion,
parce qu'elle l'a elle-même décidé, a définitivement
tourné la page des guerres coloniales.
À cet égard, il est notable que les quatre officiers généraux
concernés par cette histoire (les deux blâmés Poncet
et Malaussène et les deux procureurs Bentegeat et Thorette) ont
un profil identique : saint-cyriens, la cinquantaine, ils ont tous servi
à un moment ou à un autre en Afrique. Mais, à la
différence de leurs supérieurs, les deux premiers, et notamment
Henri Poncet, que l'on dit très marqué par l'Algérie,
où il est né, ont une culture d'hommes de terrain où
l'honneur d'un chef consiste à couvrir ses hommes jusqu'au bout.
Justice
militaire ou Cour pénale internationale ?
Dans
le cas d'espèce, la justice est et restera militaire : en matière
de crimes et délits commis par des soldats français à
l'étranger, le Tribunal aux armées de Paris est en effet
seul compétent. Reste que la France est signataire du statut de
la Cour pénale internationale (CPI), laquelle est habilitée
(article 8) à juger des crimes de guerre perpétrés
en zones de conflit tels que l'homicide volontaire, la torture et les
traitements inhumains. Un recours à la CPI est-il dès lors
possible ? La France, qui reproche volontiers aux États-Unis (ou
à Israël) de s'exonérer de toute juridiction internationale,
montrera-t-elle l'exemple ? Non. Car la France, on ne le sait pas assez,
a beaucoup bataillé pour introduire dans le statut de la Cour le
fameux article 124 - une disposition transitoire qui protège les
militaires du pays qui le souhaite contre toute poursuite concernant les
crimes de guerre. Et ce pendant une période de sept années
à partir de l'entrée en vigueur du statut à son égard.
Or Paris a officiellement déposé son instrument de ratification
de la CPI le 9 juin 2000, ce qui lui laisse le loisir d'user de l'article
124 jusqu'en juin 2007. Les autorités françaises ont certes
la possibilité de passer outre à cette disposition purement
facultative, mais elles ne le feront pas. La « ligne Chirac »
est en ce domaine similaire aux lignes Bush, Sharon, Blair ou autres :
protéger au maximum l'armée de toute ingérence de
la part des juridictions internationales.
Pourquoi
les Ivoiriens font-ils profil bas ?
La
quasi-absence de réactions officielles des autorités ivoiriennes
au meurtre d'un de leurs ressortissants - une affaire pourtant éminemment
exploitable - surprend. Mais elle s'explique. Loyaliste le jour, rebelle
la nuit et membre d'une milice d'autodéfense aux allégeances
variables, Firmin Mahé n'est véritablement revendiqué
par aucun camp. En outre, dans un pays où la majorité de
la population est lasse de l'inefficacité de la police et de la
justice, la mort d'un présumé voyou de grand chemin est
un non-événement. À Abidjan, comme partout ailleurs,
les phénomènes de « justice populaire » ne sont
pas rares, tout comme les exécutions sommaires perpétrées
par les « corps habillés » (les forces de l'ordre)
en toute impunité. Certains soupçonnent aussi les Français
d'avoir voulu faire toute la lumière sur un fait précis,
mais très circonscrit, afin d'éviter d'enquêter sur
d'autres « dérapages » beaucoup moins incontrôlés
- notamment les morts de novembre 2004 à Abidjan. Enfin, côté
pouvoir, la tentation de conclure un « deal » implicite avec
Paris entre cette affaire et l'enquête en cours sur le bombardement
du contingent Licorne de Bouaké - laquelle enquête piétine
étrangement aux portes de la présidence - n'est pas à
exclure.
Laurent
Gbagbo cherche de l'argent frais...
Avant
que sa signature de chef d'Etat ne puisse être contestée
et avant la nomination d'un premier ministre qui aurait "le contrôle
des ressources financières", selon les vux pieux du
Groupe de travail international (GIT), le président Laurent Gbagbo
signe et paraphe à tour de bras
Le stylo fume ! La signature
le 17 octobre avec Martin Bouygues, l'ami intime du couple Ouattara, du
renouvellement de la concession d'eau et d'électricité du
groupe était déjà un bel exercice de style ! (LC
n†480). La trésorerie ivoirienne est à l'étiage et
la campagne électorale s'annonce rude. La vente immobilière
à la découpe à Paris et les bonus pétroliers
et cacaoyers ne seront pas de trop pour faire face aux dépenses
dans les prochains mois. Enquête exclusive.
Adieu le patrimoine immobilier du "Vieux".
L'ancien président Félix Houphouët-Boigny avait constitué
à Paris un patrimoine immobilier et mobilier - personnel et étatique
largement imbriqué - impressionnant. Selon nos informations, le
président Laurent Gbagbo a décidé de vendre une partie
de ces "bijoux de famille". Il a donné mandat, le 31
octobre 2005, à Me Sanogo Yaya, de nationalité française,
avocat à la cour d'appel d'Abidjan, de vendre deux hôtels
particuliers au 8 et au 16 rue Léonard de Vinci, dix places de
parking rue Beethoven, deux lots d'appartements aux 12e et 13e étages
de la Tour Norma à la Défense, avec l'ensemble des 28 parkings
correspondants et une cave dans les sous-sols du 49 avenue Paul Doumer.
Le notaire chargé d'établir les actes de vente est Me Félix
Altman, rue St Fiacre à Paris. (Interrogé, ce dernier n'a
pas souhaité confirmer). Les fonds de ces ventes devront être
versés sur le compte "présidence de la République"
ouvert à la Société Générale, Porte
Maillot. Simple, non ?
Bonjour les bonus pétroliers.
A chaque signature de nouveaux permis, tombe le jackpot des bonus pétroliers.
Le 3 novembre dernier, le ministre de l'énergie et des mines, Léon
Emmanuel Monnet a signé, à Milan, en marge du tout nouveau
CREA - comme l'a révélé dans sa dernière édition
Africa Energy Intelligence, lettre spécialisée dans l'énergie
d'Indigo Publications - un contrat de partage de production sur le bloc
CI-24 avec le pétrolier italien Edison, "gentil" sponsor
du colloque (lire également p.5). La même semaine, à
travers les réseaux sud-africains de l'ANC, c'est le groupe Energetic,
contrôlé par Yako Mazwi et Bruce Buthelezi, qui a signé
deux permis (CI-12 et CI-104). Déjà bien implanté
dans le pays, Vanco dont le représentant à Abidjan n'est
autre que l'ancien PDG de Petroci, Gilbert Yougoubare, a signé
le 4 octobre deux nouveaux contrats de partage de production pour les
blocs CI-401 et CI-101, le long de la frontière ghanéenne.
D'après nos sources, le permis C-202 du britannique Africa Petroleum
pourrait être repris par Procarbon, une coquille vide dans laquelle
l'homme d'affaires Arcadi Gaydamak pourrait investir. Que du bonheur
"Bonne arrivée" des taxes du cacao.
La filière du cacao demeure "complexe et opaque" et ses
recettes relèvent, selon le pouvoir en place, quasiment de "la
défense et de la souveraineté" de l'Etat écrit
avec à-propos le groupe d'experts des Nations unies dans son rapport
remis au Conseil de sécurité le 18 octobre (lire p.2). En
plus du Droit unique de sortie (DUS) - 220 F CFA/kg pour la campagne 2005-2006
- une myriade d'agences parafiscales ont été créées
: ARCC, BCC, FRC, ainsi qu'une "réserve de prudence".
Chacune de ses structures prélève sa dîme
De
2002 à décembre 2004, plus de 400 milliards F CFA ont ainsi
été prélevés mais 200 milliards F CFA n'ont
pas été "officiellement" affectés estime
la Banque mondiale dans une note confidentielle de sa dernière
mission (LC n†479). Désagréable. La mission recommande "une
suspension des prélèvements destinés au FRC et au
FDPCC, autres que le fonctionnement" ainsi que ceux de la sacherie.
Elle recommande également des audits
Ces derniers risquent
d'être rapides : selon une note très récente des services
français (DGSE), une partie des archives de l'ARCC et de la BCC
a été détruite. Un petit ménage avant les
fêtes ?
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Armuriers et armements
Le groupe d'experts des Nations unies a fait l'inventaire des achats d'avions
et de véhicules militaires depuis 2002. Très instructif.
Composé
d'Atabou Bodian (expert en aéronautique), Alex Vines (expert en
armements), Jean-Pierre Witty (contrôle douanier) et Agim de Bruycker
(spécialiste du diamant), le "groupe d'experts" sur le
contrôle de l'embargo militaire sur la Côte d'Ivoire a remis
le 18 octobre son rapport au Conseil de sécurité des Nations
unies. Leur mission a été prorogée jusqu'au 15 décembre
2005.
Sukhoi biélorusses. La partie la plus intéressante de ce
rapport concerne l'achat, depuis novembre 2002, des avions de combat :
quatre Sukhoi (deux SU-25 UB, détruits, et deux SU 25K qui nécessitent
des réparations), deux BAC 167 Strikemasters TU-VRB (dont un seul
reste opérationnel), un Antonov 12 TU-MVA (opérationnel),
quatre MI-24V (détruits ou nécessitant des réparations),
un MI-24P (opérationnel), quatre Puma IAR 330L (dont deux en configuration
VIP), achetés au printemps 2003 auprès de la firme roumaine
IAR Brason via Quentin Services International et Elbit Systems en Israël
(deux sont encore opérationnels : le TU-VHM et TU-VHI), un MI-8T
(détruit), un hélico SA-365 Dauphin (en réparation)
et deux UAV (dont un seul opérationnel).
Selon le rapport, les deux tiers de ces acquisitions ont été
réalisés entre 2002 et 2004, c'est-à-dire avant l'embargo
par la firme Darkwood de Robert Montoya dont les quatre SU-25, deux MI-24V,
l'Antonov-12 et le MI-8T. Une assertion que Robert Montoya, ancien membre
de la cellule antiterroriste de l'Elysée sous François Mitterrand,
conteste. (Nous n'avons pas pu le joindre sur son mobile à Lomé
pour recueillir son point de vue sur ce rapport). Agent pour l'Afrique
de l'Ouest de la firme biélorusse Belspetsvneshtechnika (BSTV),
Robert Montoya ne se reconnaît pas, en particulier, comme propriétaire
des deux Mig-23, en cours de réparation sur l'aéroport de
Lomé, base de Darkwood, qui auraient été échangés
contre deux Sukhoi SU-25, importés en Côte d'Ivoire en octobre
2004. Pour les autorités bulgares, premier exportateur de ces Mig,
ainsi que pour le vendeur Metalika Export, ils sont toujours la propriété
du gouvernement ivoirien. Robert Montoya revendique par contre la propriété
des MI-8T "mais sans montrer les papiers le prouvant" selon
le groupe d'experts. Ces deux hélicos étaient en cours de
réparation en juin 2005 dans les hangars de Darkwood, au Togo.
De son côté, Paris serait intervenu dès novembre 2004
pour que les MIG-23, stationnés à Lomé, ne soient
pas remontés.
Puma roumano-israéliens. Les deux autres hélicoptères
MI-8V ont été vendus en leasing aux autorités ivoiriennes
fin 2002 et en juillet 2004 dans le cadre d'un deal monté par l'homme
d'affaires israélien Moshe Rotschild, à travers la firme
russe Eco Trends Ltd et la firme Golden Creek Ltd dont le siège
est à Amsterdam. En décembre 2004 et début 2005,
Elbit Systems a saisi deux fois le gouvernement israélien pour
obtenir l'autorisation de réparer les Puma. Celui-ci leur aurait
adressé la résolution 1 572 des Nations unies. Au passage,
le rapport épingle l'International Crisis Group qui avait déclaré
- à tort - que l'un des hélicoptères détruits
le 6 novembre 2004 par l'armée française était "guinéen".
Jeeps lithuaniennes. L'autre dossier sur lequel a travaillé le
groupe d'experts est la livraison le 23 juin 2005 au terminal fruitier
d'Abidjan - jouxtant le terminal militaire ! - de 22 jeeps UAZ-3151, commandés
aux hommes d'affaires israéliens Daniel Chekroun et Mark Veltman
des sociétés Elite Alpha (Tel Aviv) et Ordan Ltd (Abidjan),
filiales de la holding Clear Skys Group. Selon les experts onusiens, Daniel
Chekroun leur a expliqué que ces véhicules, achetés
à la firme lithuanienne Lisenas, venaient en compensation d'une
commande de munitions de 180 500 $ qui n'avait pu être honorée
en raison de l'embargo.
Les experts ont enquêté sur les "prélèvements"
opérés par le pouvoir dans les caisses du cacao pour acheter
de l'armement (180 millions $ en 2004) et ceux des "Forces nouvelles"
sur les recettes du coton. Les mêmes Forces nouvelles pillent allègrement,
selon les experts, les diamants de la mine de Séguéla et
exportent les cailloux par la Guinée et le Mali. Sur
ce dossier sensible, le groupe dexperts a préféré
ne pas donner les noms des intermédiaires européens qui
récupèrent ces diamants pour ne pas gêner les enquêtes
internationales en cours
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Les pétroliers affluent malgré le conflit
La
guerre civile larvée entre la rébellion, qui contrôle
tout le Nord du pays, et le gouvernement de Laurent Gbagbo ne semble avoir
aucune incidence sur l'activité des grands groupes internationaux
présents à Abidjan, et tout particulièrement sur
les pétroliers qui continent à investir dans l'offshore
ivoirien. La production du champ de Baobab, opéré par Canadian
Natural Resources, a dépassé les 50 000 b/j le mois dernier
et, la semaine dernière, le gouvernement ivoirien a discrètement
signé plusieurs contrats de partage de production.
Le permis diplomatique d'Edison. Le 3 novembre dernier, le Centre de recherche
et de formation sur lEtat en Afrique, un institut italo-ivoirien
présidé par l'ancien ambassadeur italien à Abidjan,
Paolo Sannella, a organisé à Milan un séminaire sur
l'Etat en Afrique en présence du conseiller du président
du conseil italien Silvio Berlusconi pour les questions africaines, Alberto
Michelini. Le séminaire était co-sponsorisé par le
pétrolier italien Edison, et le principal invité était
le ministre de l'énergie et des mines de Côte d'Ivoire, Léon
Emmanuel Monnet. A l'issue de la conférence, Monnet a signé
avec Edison un contrat de partage de production sur le bloc CI-24, dans
l'offshore profond du pays. Ce permis a été exploré
dans les années 90 par l'américain Sante Fe Resources, qui
a mis en évidence plusieurs prospects et a exploité un gisement
désormais épuisé, Bélier. Edison négocie
ce périmètre depuis plus d'un an (voir nos informations
- AEI n†490) et, depuis mars dernier, bénéficie des contacts
dans le pays de l'ancien ambassadeur à Abidjan, Paolo Sannella.
Après avoir quitté la Côte d'Ivoire au printemps 2005,
Sannella a mis en place le Centre de recherche et de formation sur lEtat
en Afrique (CERA), qui rassemble des chercheurs ivoiriens et italiens
et auquel Edison a été associé dès sa création.
Grâce au CERA, rattaché à l'Università di Pavia,le
pétrolier italien a pu rester en contact avec les responsables
ivoiriens.
Energem fait son entrée. Amassant depuis quelques mois les permis
africains tandis qu'elle négocie la vente de sa filiale upstream
First Africa Oil à la China National Offshore Oil Corporation (Cnooc),
Energem a, selon nos informations, signé pour deux permis dans
l'offshore ivoirien la semaine dernière. Il s'agit des blocs CI
12, qui a été exploré dans les années 90 par
United Meridian (UMIC), la société de Joseph Bruso, et du
bloc CI 104, un périmètre longtemps contrôlé
par l'américain Global Natural Resources. Global et UMIC ont été
rachetés à la fin des années 90 par Ocean Energy,
devenu depuis Devon, qui s'est retiré des deux permis. Devon opère
cependant toujours les champs Lion et Panthère, qui produisent
près de 20 000 b/j sur le bloc CI-11.
Vanco élargit son portefeuille. Déjà titulaire d'un
portefeuille conséquent dans l'offshore ivoirien, Vanco doit signer
le mois prochain pour trois nouveaux permis dans le pays. Selon nos informations,
il s'agit des blocs onshore CI-301 et CI-303, ainsi que du permis CI-100,
dans l'offshore ultra-profond du pays, le long de la frontière
ghanéenne et à proximité de deux autres permis déjà
contrôlés par Vanco, CI-101 et CI-401. Vanco, dont le représentant
à Abidjan est l'ancien PDG de Petroci, Gilbert Yougoubare, avait
signé un accord d'étude sur ces trois permis en mars dernier,
et devrait transformer cet accord en contrat de partage de production.
La disgrâce d'Africa Petroleum. Plusieurs juniors s'intéressent
également au permis CI-102, contrôlé depuis l'an dernier
par le britannique Africa Petroleum. Selon nos informations, le groupe
aurait des difficultés à payer son bonus, et serait sur
le point de se voir retirer le permis. Africa Petroleum a été
fondé par le consultant britannique Paul Bristol, également
actif au sein de Sonoran, une junior canadienne très présente
en Irak. Outre Bristol, les autres dirigeants d'Africa Petroleum sont
Charles Waterman et Samuel Hoskinson, deux vétérans du renseignement
américain qui dirigent à Washington la société
de lobbying Jefferson Waterman. Au début de l'année, Bristol
a revendu ses parts dans Africa Petroleum à ses associés,
qui devraient bientôt quitter la Côte d'Ivoire.
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"Soubré" relancé ?
Le groupe français Bouygues a proposé de reprendre le vieux
projet de barrage hydroélectrique à Soubré.
Après avoir renouvelé au printemps dernier sa concession
sur la Compagnie ivoirienne délectricité (CIE), le
groupe français Bouygues a proposé aux autorités
ivoiriennes de reprendre un vieux projet, celui du barrage hydro-électrique
de Soubré, sur le fleuve Sassandra. Le projet est vieux de près
de trente ans : au début des années 80, Electricité
de France et l'américain Kaiser Engineering avaient réalisé
des études de faisabilité sur le barrage et, fort du soutien
de plusieurs fonds de développement arabes, Abidjan avait lancé
un appel d'offres en 1983. Situé à 350 kilomètres
à l'ouest d'Abidjan, le barrage devait alimenter quatre générateurs
de 95 MW chacun. En 1985, le projet avait été abandonné,
les autorités ivoiriennes craignant que le réservoir du
barrage ne parvienne à se remplir. Le barrage de Buyo, en amont
du site de Soubré sur la rivière Sassandra, est déjà
en sous-capacité chronique. Depuis son abandon, la reprise du projet
de Soubré est régulièrement évoquée.
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Le super lobby italien de Gbagbo
Le
ministre des mines et de l'énergie, Léon Emmanuel Monnet,
était l'invité d'honneur, les 3 et 4 novembre, au "Palazzo
Edison" de Milan d'un colloque organisé par le Centre de recherche
et de formation sur l'Etat en Afrique (CREA). Le premier jour, une dizaine
de personnalités et d'universitaires (Alberto Michelini, conseiller
de Silvio Berlusconi ; Jacqueline Oble Louhoues, ancien ministre de la
justice et première ministrable ; Georges Nzongola Ntalaja ; Guy
Martin ; Abdebayo Olukoshi ; Luc Sindjoun ; Ahmed Rhazaoui ; Michel Galy
; Michel Korinman, etc.) ont débattu de l'Etat en Afrique. Etait
également présent Salif Diallo, l'éminence grise
du président Blaise Compaore
Des négociations secrètes
en marge du colloque ? Le deuxième jour, le ministre a carrément
signé avec la compagnie pétrolière Edison, sponsor
de ce colloque, un contrat de partage de production pour le bloc offshore
C-124 (lire édito). Le CREA a été lancé à
l'initiative de Paolo Sannella, ancien ambassadeur d'Italie en Côte
d'Ivoire
et en Angola. Il a rassemblé autour de lui le professeur
Sahi Alphonse Voho, membre du secrétariat général
du FPI ; Raph Uweche, représentant spécial du secrétaire
exécutif de la Cedeao en Côte d'Ivoire ; André Salifou,
conseiller spécial des Nations unies à Haïti, et Lansana
Kouyate, représentant de l'Organisation internationale de la francophonie
(OIF) dans la crise ivoirienne. Les statuts ont été "actés"
par le notaire Serge Roux. Un peu de recherche universitaire, un zeste
de diplomatie secrète et un doigt de pétrole. Le cocktail
ne pouvait être que de haute stratégie politique
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L'assassin de Jean Hélène "individuellement" non
promu !
Le
sergent de police Seri Tolou Dago Théodore, l'assassin de notre
confrère Jean Hélène (RFI), avait été
promu, tout en restant en prison, à un échelon supérieur
le 11 avril 2005 comme nous l'avions indiqué dans notre dernière
édition. Un peu gênées aux entournures par la révélation
publique de cette "promotion automatique", les autorités
ivoiriennes ont fait marche arrière toute le 11 novembre. Le ministre
de l'intérieur, Martin Djézou Bleou, a rapporté cette
décision "en ce qui concerne le sous-officier de police Seri
Tolou Dago Théodore (Mle 8323, Méc 288573H)". Peut-être
aurait-il pu même être dégradé et exclu de la
police ?
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Des noms de rues "patriotiques" à Abidjan pour remplacer
ceux des "colons français"
Les
maires FPI ont reçu des enveloppes pour élever des statues
à la gloire de "patriotes" et changer les noms des rues
de "colons français". Ainsi le "boulevard André
Latrille" a-t-il été rebaptise "boulevard des
martyrs" en hommage aux patriotes morts lors de l'accession de Gbagbo
au pouvoir, en octobre 2000. Une autre rue à Cocody a été
rebaptisée, par le chef de l'Etat lui-même, "Coulibaly
Kouassy", du nom du jeune patriote mort au cours de la fusillade
devant l'Hôtel Ivoire en novembre 2004. Le très long boulevard
Valery Giscard-Estaing pourrait être rebaptisé boulevard
des armées en l'honneur des militaires tombés au front après
le 19 septembre 2002. Mais le pont Charles de Gaulle tient toujours
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Michel Dupuch
Ancien
ambassadeur de France en Côte d'Ivoire (1979-1983) et ancien conseiller
Afrique de l'Elysée (1995-2002), Michel Dupuch est administrateur
du groupe franco-espagnol Progosa (spécialisé dans les opérations
portuaires) et conseiller de son PDG, Jacques Dupuydauby (lui-même
ancien PDG de Scac-Socopao). Ce dernier vient également de coopter
à son conseil d'administration Koffi Sama, ancien premier ministre
du Togo, aujourd'hui conseiller spécial du président Faure
Gnassingbé, et Jean-Pierre Graillot, ancien DG des Ports autonomes
de Nantes et du Havre, nommé vice-président. Au niveau de
la direction du groupe, Michel Darche, ancien directeur du développement
du Port du Havre, a été nommé DG adjoint chargé
du développement de Progosa, et Jean-Claude Le Clech, ancien DG
du Port autonome de Guadeloupe puis contrôleur financier de l'Asecna,
prendra la direction générale de la filiale SE2M Togo, le
1er janvier 2006. Enfin, Stéphanie Erbs, précédemment
chez L'Oréal, est la nouvelle "dircom" du groupe. Rappelons
qu'en Afrique, Progosa est le "frère ennemi" de Bolloré
(voir LC n†473).
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Quel port d'Afrique de l'Ouest a le plus profité du conflit ivoirien
?
Selon
le dernier "rapport thématique Jumbo" de l'Agence française
de développement (AFD), le port de Lomé - avec STSL-Shell
pour les hydrocarbures, SE3M/Progosa et Manuport/Getma pour la manutention
des conteneurs - a plus profité du conflit ivoirien en approvisionnant
les pays de l'hinterland que le port de Cotonou. Le coût des services
(pilotage, remorquage, accostage) serait de 10% à 25% plus élevé
à Cotonou qu'à Lomé, selon le type de navire. Dans
le port béninois de nombreuses agences et services "prélèvent"
des taxes sur les marchandises (1,8% pour le Conseil national des chargeurs
du Bénin, 0,25% pour la Chambre de commerce, 0,7% pour Bivac) "alors
que les bénéfices pour les usagers ne sont guère
palpables". A cela s'ajoute les paiements "officieux" indispensables
pour "obtenir les autorisations requises dans un délai raisonnable".
Au Ghana, Takoradi et surtout Tema ont également profité
de la crise ivoirienne et un consortium formé de Bouygues/Bolloré/Maersk
négocie les 30% restants de la manutention du port déjà
confiée à sept entreprises privées. Enfin, Dakar
est devenu le premier port de transit du Mali grâce à l'amélioration
de l'axe routier Dakar-Bamako.
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La signature de Laurent Gbagbo
Le
28 octobre 2005, le conseil constitutionnel a décidé que
"la saisine du président de la République est régulière
et recevable" et dit que "le président de la République
demeure en fonction". C'est fort de cette décision que Laurent
Gbagbo se maintiendra au pouvoir jusqu'à la prochaine élection
présidentielle.
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Seydou Diarra
Le
premier ministre "sortant" de la Côte d'Ivoire se plaît
à rêver qu'il va rempiler après que tous ses challengers
potentiels se soient neutralisés les uns, les autres. Son principal
handicap est son manque de poigne et sa violente prise de bec avec le
médiateur Thabo Mbeki qui lui garde un chien de sa chienne. Faute
de "premier ministrable" de consensus "interne", la
communauté internationale (dont l'Union africaine) est tentée
d'imposer le gouverneur de la BCEAO, Charles Konan Banny "CKB".
Mais, en ce qui le concerne, il y a un furieux tir de barrage du côté
d'Henri Konan Bédié qui craint que "Charles" joue
à saute-mouton avec lui en favorisant la réélection
de Laurent Gbagbo pour mieux se présenter lui-même en 2011
Reste René Amani, et surtout le général Ouassenan
Koné, président du groupe parlementaire du PDCI. Là,
c'est Gbagbo qui devra franchir le Rubicon vis-à-vis des radicaux
de son régime qui n'ont pas la mémoire courte ! Enfin, Guillaume
Soro qui s'est pris le choux avec Bédié a déjà
une autre proposition : occuper l'un des trois nouveaux fauteuils de haut
commissaire régional que va créer le président ivoirien.
Devinez de quelle région, Guillaume Soro va devenir le patron ?
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Fly Emirates sur Abidjan-Paris
Selon
nos informations, la compagnie Fly Emirates va s'installer à Abidjan
en janvier 2006 et opérer quatre vols hebdomadaires sur Abu Dhabi.
Avant d'exploiter une ligne Abidjan-Paris ?
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Côte d'Ivoire : le 35e RI au combat !
Quel
timing ! Le dernier numéro de RAID, le magazine spécialisé
dans les activités des "forces spéciales", fait
sa "une" de novembre sur la "1re compagnie du 35e régiment
d'infanterie au combat en Côte d'Ivoire" avec texte et photos
couleur... Un vrai anniversaire ! En novembre 2004, cette compagnie qui
n'était en Côte d'Ivoire "que depuis dix jours"
avait été chargée de "contenir la foule"
qui manifestait devant l'entrée du 43e BIMa.
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Gbagbo en héritier d'Houphouët !
Que
ce soit le général Gaston Ouassenan Koné - le "fesseur"
du militant FPI Abou Drahamane Sangaré en juin 1995 -, le "gouverneur"
Charles Konan Banny qui restera de toute façon à la BCEAO
(comme Alassane Ouattara autrefois) ou tout autre "homme providentiel"
qui sera "coopté" cette semaine à la primature
à Abidjan, ne changera pas le rapport de force actuellement en
faveur de Laurent Gbagbo. "Je souhaite pour ma part que les élections
aient lieu bien avant ces douze mois et c'est la mission que je confierai
au nouveau premier ministre que nous désignerons dans quelques
jours" a déclaré le 30 octobre le chef de l'Etat qui
n'était plus le lendemain un "président élu".
Tout est dans le "je confierai" et "nous désignerons".
Comme Mugabe au Zimbabwe, Gbagbo va se maintenir au pouvoir contre vents
et marées. Le Dr Jekyll and Mister Hyde ivoirien va profiter de
sa position pour susciter des dissensions dans la "bande des trois"
de l'opposition (Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et
Guillaume Soro) et imploser le PDCI en sa faveur. Déjà,
le principal opposant au président Félix Houphouët
Boigny, pendant des décennies, prend aujourd'hui la posture de
l'héritier putatif du "Vieux". Fort. Il faut le faire
! Le 18 octobre dernier, c'est lui qui a ainsi posé la première
pierre du "mémorial Félix Houphouët-Boigny"
: deux superbes pyramides de verre inversées qui représenteront
un sablier et symboliseront le temps qui passe... (coût : plus de
25 milliards F CFA). "Il l'avait rêvé, tu l'as réalisé"
a déclaré le concepteur architecte Pierre Fakhoury, déjà
le bâtisseur de la Basilique de Yamoussoukro. Et ce n'est qu'un
début : Laurent Gbagbo compte bien "s'approprier" tous
les grands projets à venir dans la capitale-village du "Vieux",
à Yamoussoukro, laissant Henri Konan Bédié bunkerisé
à Daoukro...
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Patrimoine immobilier ivoirien de Paris à la découpe
Quel
est l'avocat français qui a été mandaté par
Laurent Gbagbo pour vendre une partie du patrimoine immobilier parisien
de la Côte d'Ivoire et tente d'obtenir de l'ambassade de France
à Abidjan un certificat d'authentification de la signature du chef
de l'Etat à la demande des notaires français ?
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Les mystérieuses caisses qui ont volé d'Abidjan à
Luanda
Que
contenait les 100 caisses en bois chargées à bord du Grumann
4 présidentiel ivoirien, les 20 et 21 octobre sur l'aéroport
d'Abidjan à destination de l'Angola ?
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Edouard T. Kassaraté
Le
commandant militaire du Palais a - enfin - obtenu le poste qu'il guignait
depuis plus d'un an. Il a été nommé le 20 octobre
commandant supérieur de la gendarmerie. Stratégique. Il
remplace à ce poste le général Grégoire Touvoly
Bi Zogbo. Edouard Tiapé Kassaraté a réussi l'exploit
de "traverser" tous les régimes sans trop de casse. Dans
l'entourage de Laurent Gbagbo, il est le seul officier supérieur
qui vit encore dans une caserne, en loccurrence celle d'Agban. Ce
Krou de l'extrême sud-ouest de la Côte d'Ivoire est Saint-Cyrien,
breveté de lEcole de guerre de Paris et diplômé
de lEcole détat major des forces armées allemandes.
Sous le régime Bédié, il a été le numéro
deux du Conseil national de sécurité (CNS) aux côtés
du général Tanny Ehuény Joseph. Commandant de la
1re région de gendarmerie pendant la transition militaire du général
Robert Gueï, le colonel-major Edouard Tiapé Kassaraté
a longtemps été mis, une fois commandant militaire du Palais,
sous l'éteignoir par les lieutenants-colonels Logbo Bruno et Ahouman
Brou Nathanael, respectivement aide de camp du président Gbagbo
et commandant du Groupe de sécurité présidentielle
(GSPR). Ses détracteurs affirment qu'Edouard Kassaraté a
dû donner des gages aux durs du régime en "gérant"
des milices dans l'Ouest ivoirien. On n'a pas les photos...
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Gbagbo se cherche des "présidents" amis dans la région
Laurent
Gbagbo a offert deux beaux "carrosses" au président bissau-guinéen
Nino Vieira dont il avait en partie financé la campagne. Il va
aider le président nigérien Mamadou Tandja à financer
ses jeux de la francophonie (que voulait récupérer Blaise
Compaore !) Il soutient le "présidentiable" Georges Weah
au Libéria. Les autres présidents ne sont pas ses copains
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Assé Alafé
Ancien
journaliste à La nouvelle République et Réveil-Hebdo,
dirigé à l'époque par Yao Noél, proche d'Henri
Konan Bédie, Assé Alafé est le DG du quotidien l'Intelligent
d'Abidjan qu'il a monté sur fonds propres fin 2003, après
la fermeture du quotidien très "nationaliste" Le National
dont il était le rédacteur en chef. Aujourd'hui, Assé
Alafé est autant détesté des dirigeants du FPI que
de ceux du PDCI et du RDR. Un bon signe
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La disparition des anciens "opérationnels" de Jacques
Foccart en Afrique
Après
le gal Jeannou Lacaze, décédé le 1er août 2005,
et le gal Pierre-Louis Martin, premier patron de la garde présidentielle
gabonaise décédé le 22 septembre, c'est le colonel
Maurice Robert, ancien chef du service Afrique du Sdece, ancien patron
de la sécurité d'Elf et ancien ambassadeur de France au
Gabon, qui est mort le 9 novembre dernier à Bordeaux. Que de secrets
qui disparaissent
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Washington nouveau "grand protecteur" du Cameroun ?
En
visite à Yaoundé du 15 au 18 octobre 2005, le sous-secrétaire
d'Etat adjoint aux affaires africaines, Donald Yamamoto, a déclaré
que les Etats-Unis pourraient porter de 10% à 30% leurs importations
de pétrole brut du golfe de Guinée" (une première
: auparavant les responsables américains ne "dépassaient"
pas 25% dans leurs déclarations). Donald Yamamoto a également
déclaré que Washington était prêt à
aider le Cameroun à défendre ses frontières face
au Nigeria : "Les Camerounais savent exactement quels sont leurs
besoins et les Etats-Unis sont simplement "à l'écoute"
mais sont prêts à engager de nouvelles discussions relatives
à un appui éventuel". Apparemment, les Camerounais
ne font plus confiance à la France avec laquelle ils sont liés
par un accord de défense pour assurer la sécurité
de leur frontière.
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Washington "subventionne" le coton africain !
Vivement
critiqués pour subventionner leurs producteurs de coton, les Américains
viennent de débloquer 7 millions $ pour améliorer la production
cotonnière du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Tchad
et du Sénégal. Malin
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Wade à Pékin en janvier 2006 ?
Dakar
attend la "manne" de la "Grande Chine" après
avoir bénéficié des douceurs de la "Petite Chine".
Quand à la mi-octobre, le président Wade n'avait envoyé
que son ministre du commerce, Mamadou Diop Decroix, "fêter"
tristement la fête nationale de la République de Chine (Taïwan)
avec l'ambassadeur Yun-Cheh, la messe était dite : le Sénégal
avait décidé de reconnaître Pékin après
des années de résistance
D'autant que le président
Abdoulaye Wade n'avait pas été pour rien, sous le régime
Diouf, pour l'alliance de Dakar et de Taïpeh.
"Le Sénégal reconnaît qu'il n'y a qu'une Chine
dans le monde et que Taïwan fait partie intégrante du territoire
chinois" ont dû déclarer les autorités sénégalaises,
obligées de boire le calice jusqu'à la lie. Plus que le
blocage de leurs ambitions au Conseil de sécurité des Nations
unies, le Sénégal a toujours été inquiet de
l'influence de la Chine sur la crise casamançaise à travers
sa présence en Gambie.
Sans doute par dépit, l'ambassadeur de Taïwan à Dakar
a déclaré que ce revirement devait beaucoup à la
politique du carnet de chèques : la cagnotte promise serait de
110 milliards F CFA. Apparemment, à ce jeu de poker, Taïwan
ne peut plus suivre
Pékin se serait également engagé
à exploiter les ressources minières sénégalaises,
à reconstruire la Casamance, à réaliser un tunnel
sous le fleuve séparant le Sénégal et la Gambie
Entre autres ! Une mission de coopération économique chinoise
est attendue au mois de décembre à Dakar tandis que le président
Abdoulaye Wade se rendrait en visite officielle à Pékin
en janvier 2006.
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« La partition de la Côte d'Ivoire n'est pas impossible »
Pour
l'universitaire Christian Bouquet, la crise ivoirienne montre que l'Afrique
n'est pas prête à absorber le modèle démocratique
occidental.
Professeur de géographie politique et du développement à
l'université Michel-de-Montaigne (Bordeaux-III), Christian Bouquet
est l'auteur de Géopolitique de la Côte d'Ivoire. Un ouvrage
de référence pour tous ceux qui s'intéressent, de
près ou de loin, à la crise que traverse depuis six ans
le pays d'Houphouët. Pour nourrir son propos, cet universitaire a
pu mettre à profit son expérience de terrain, puisqu'il
a travaillé comme attaché culturel à l'ambassade
de France à Abidjan. C'est d'ailleurs à ce poste qu'il assiste,
le 23 décembre 1999, au coup d'État qui porte le général
Robert Gueï au pouvoir, remplacé l'année suivante par
Laurent Gbagbo. En spectateur avisé, il dissèque avec précision
la genèse de la crise qui déchire la nation ivoirienne.
Résultat : un ouvrage écrit avec pédagogie et fluidité,
même s'il soulève peut-être plus de questions qu'il
n'apporte de réponses. Car, au-delà des analyses historiques,
politiques et sociales, c'est bien l'avenir de « l'Éléphant
d'Afrique » qui suscite aujourd'hui le plus d'interrogations. C'est
pourquoi nous avons voulu prolonger avec Christian Bouquet sa réflexion.
Jeune Afrique/l'Intelligent : La date butoir du 30 octobre n'a pas suscité
les affrontements annoncés par certains. Laurent Gbagbo serait-il
devenu indéboulonnable ?
Christian Bouquet : Non, mais il ne pouvait rien se passer le 30 octobre.
La Côte d'Ivoire n'est pas un pays où l'expression démocratique
est libre. La dernière fois que l'opposition a voulu descendre
dans la rue, en mars 2004, il y a eu plus de 120 morts. Cette fois encore,
les forces de l'ordre ont utilisé des balles réelles pour
disperser les quelques fauteurs de troubles. Il n'y a donc aucune leçon
de légitimité à tirer de cette journée. En
revanche, si la communauté internationale laisse une fois de plus
contourner la résolution 1633 de l'ONU sur l'après-30 octobre,
le pays continuera de s'éloigner un peu plus de la sortie de crise.
J.A.I. : Pourquoi dites-vous que le 19 septembre 2002 était prévisible
?
C.B. : La partition de la Côte d'Ivoire a concrétisé
ce qui avait été cartographié deux ans plus tôt
par le journal Le Patriote, au moment des législatives de décembre
2000. Toute la partie nord du pays avait alors menacé de faire
sécession. On a refusé de reconnaître à Ouattara
la nationalité ivoirienne, et la réaction de la population
du Nord a été immédiate : elle a estimé qu'elle
n'était pas ivoirienne non plus. Lors du scrutin départemental
de juillet 2002, on a renouvelé les cartes d'électeurs ;
et l'on a vu que certains Ivoiriens n'étaient plus reconnus comme
tels, puisqu'il manquait plus d'un million de cartes.
J.A.I. : Lorsque l'on évoque les origines de la crise, on accuse
souvent Félix Houphouët-Boigny de n'avoir pas préparé
sa succession. Vous dites que c'est autant la faute d'une transition «
mal préparée » que celle de successeurs qui se sont
« mal assumés ». Quelles ont été leurs
erreurs ?
C.B. : Elles sont nombreuses. Mais une chose fondamentale a manqué
: la Côte d'Ivoire a cru pouvoir faire l'économie de sa conférence
nationale, comme il y en a eu dans la majorité des pays d'Afrique
francophone dans les années 1990. La Côte d'Ivoire, dirigée
alors par Houphouët, n'a pas voulu en passer par là. C'était
une erreur. Ces conclaves ont pris une dimension psychodramatique, ce
fut une sorte de catharsis pour passer d'une époque à une
autre. Le pays en avait besoin.
Ensuite, les successeurs d'Houphouët n'ont pas su jouer le jeu de
la démocratie qu'on leur imposait. La démocratie à
l'occidentale est peut-être une bonne chose, mais, pour la transférer
en l'état dans l'Afrique des années 1990, il fallait prendre
plus de précautions. Et cela demandait de la part des hommes chargés
de gérer cette évolution de grandes qualités, que
bien souvent ils n'avaient pas.
J.A.I. : À propos des accords de Marcoussis, vous accusez la France
d'attitude néocolonialiste et d'ingérence. Ces accords sont-ils
mauvais pour autant ?
C.B. : Non. Ils sont probablement un modèle du genre, car ils faisaient
des propositions pour régler tous les problèmes qui se posaient
à la Côte d'Ivoire à ce moment-là. Rien n'a
été oublié. Sur le fond, c'est un excellent texte.
Sur la forme, c'est une ingérence inacceptable. Gbagbo a joué
là-dessus et Thabo Mbeki aussi. Évidemment, si leur signature
a eu lieu en France, c'est parce que toutes les autres solutions avaient
été épuisées. Et notamment toutes les solutions
africaines. Aucun des pairs de Gbagbo n'était en mesure de réunir
ce conclave.
J.A.I. : La situation en Côte d'Ivoire signifie-t-elle la fin de
l'influence française en Afrique ?
C.B. : Oui, et elle résulte d'une énorme maladresse. Si
les accords de Marcoussis sont très bons, ce qui s'est passé
à Kléber a été beaucoup plus contestable.
La France s'est mis en tête de composer le gouvernement ivoirien.
Il était extrêmement maladroit d'imposer à Gbagbo,
qui avait déjà atteint le dernier degré de l'humiliation,
des ministres rebelles à des postes clés du gouvernement.
Ce qui était déjà dur à avaler est devenu
indigeste. Par ce geste néocolonialiste, la France a réveillé
en Côte d'Ivoire un sentiment qui semblait jusqu'alors anesthésié.
J.A.I. : Thabo Mbeki a-t-il échoué dans sa médiation
?
C.B. : Il est difficile de dire qu'il a échoué, parce que
l'on attendait beaucoup de lui. Il a tout de même été
le seul à obtenir l'éligibilité de Ouattara. Il faut
le mettre à son crédit. Ensuite, qu'il ait penché
très nettement pour le camp de Gbagbo me semble évident.
Maintenant, le problème est de savoir quel médiateur africain
peut faire mieux que lui.
J.A.I. : Les sanctions sont-elles une solution ?
C.B. : Bien sûr. Notamment pour le blocage des comptes bancaires
de ceux qui entretiennent la crise. Cela permettrait de neutraliser le
financement des milices. Ensuite, l'embargo sur les armes n'a pas été
respecté. En renforçant les contrôles, on éviterait
que la situation ne s'embrase. Enfin, on ne peut pas rester trois ans
sans sanctionner. Sinon, on encourage l'impunité.
J.A.I. : Pourquoi estimez-vous que Gbagbo ne peut remporter la présidentielle
?
C.B. : Il s'est écoulé trois ans entre le dernier scrutin,
les élections départementales, et maintenant. Évidemment,
la situation a changé. Est-ce que, pour autant, les lignes de force
politiques ont bougé ? Si la situation est restée figée,
Gbagbo sera certainement battu. Si elle a évolué, comme
ses partisans semblent le soutenir, il reste à démontrer
pourquoi. Est-ce que son bilan permet au chef de l'État d'attirer
les centaines de milliers de nouveaux électeurs qu'il lui faut
pour être élu ? Je n'en suis pas sûr. Reste à
savoir s'il a été fédérateur. La réponse
est non. Enfin, a-t-il su ramener à lui des électeurs séduits
par son programme nationaliste ? Peut-être, mais certainement pas
les centaines de milliers d'électeurs dont il a mathématiquement
besoin.
J.A.I. : Peut-on aboutir à une partition de la Côte d'Ivoire
?
C.B. : C'est une hypothèse forte en ce moment. Elle pourrait se
concrétiser assez rapidement d'une façon presque légale.
Gbagbo peut, s'il le veut, organiser des élections demain ou dans
six mois, uniquement dans le Sud. Il peut aussi modifier les listes électorales
pour être élu. D'autant que la communauté internationale
se montre un peu fatiguée par le dossier ivoirien, et la population
ivoirienne est encore plus lasse. Ce qui permettrait l'avènement
d'une Côte d'Ivoire du Sud, que l'on appelait la Basse-Côte
à l'époque coloniale, avec un président élu
- dans des conditions calamiteuses certes, mais élu quand même.
Avec les richesses du Sud nécessaires à son fonctionnement.
Resterait à résoudre le problème du Nord. Que ferait
le Burkina dans ce cas ? Que ferait la communauté internationale
?
J.A.I. : Vous estimez qu'il manque un élément d'explication
aux Occidentaux pour comprendre la Côte d'Ivoire. Adhérez-vous
à la conception de Gbagbo sur le décalage culturel ?
C.B. : Oui, j'y adhère sur la forme, ne serait-ce que parce que
cela fait des décennies qu'il y a des choses qu'on ne comprend
pas. Dire cela, c'est faire du culturalisme, qui est actuellement l'objet
d'un tabou. Il sera levé un jour, mais il ne l'est pas encore.
On ne pouvait imposer aux cultures africaines la logique arithmétique
de nos démocraties, dans la mesure où les populations ont
vécu sous un mode de gouvernance particulier, qui ne faisait pas
de décompte et recherchait l'unanimité. Lorsqu'on introduit
le paramètre du nombre et de la majorité, il y a forcément
blocage. Il y a des principes qu'on a cru universels mais qui ne le sont
pas encore. Si on ne prend pas cela en compte, on ne comprendra jamais
rien.
J.A.I. : Faut-il étendre à tous les pays africains l'analyse
du « modèle démocratique occidental inapplicable »
que vous inspire le cas de la Côte d'Ivoire ?
C.B. : Les transferts de modèle ne doivent pas être faits
sans précaution. Il faut se reposer la question de l'universalité
des valeurs. L'Afrique n'est pas prête non pas à la démocratie,
mais au modèle démocratique occidental.
J.A.I. : Pour revenir à la Côte d'Ivoire, quelle solution
voyez-vous ?
C.B. : Il faut prendre le temps de réaliser le chantier de l'identification
des Ivoiriens. Alors la plupart des problèmes se régleront.
Aujourd'hui, « l'étranger » n'est plus seulement le
Dioula du RDR, mais aussi potentiellement le Baoulé du PDCI. Tant
que Bédié était allié de Gbagbo, gagner des
élections dans le Sud n'était pas compliqué. Maintenant
que Bédié est un adversaire potentiel pour Gbagbo, même
les électeurs du PDCI pourront être écartés
des listes électorales. Il ne suffira plus de mettre sur la touche
les Konaté et les Coulibaly, mais aussi les Konan ou les Kouassi.
D'où l'intérêt de procéder rapidement à
l'identification.
J.A.I. : Avant le désarmement ?
C.B. : Guillaume Soro l'a dit : « Les combattants sont prêts
à échanger leurs kalachnikovs contre une carte d'identité
ivoirienne. » Il faut le prendre au mot.
Marché
de dupes
Si les
membres du « G7 », qui rassemble les ex-rebelles ivoiriens
et la plupart des partis opposés au président Laurent Gbagbo,
ont tellement peiné à se mettre daccord sur le nom
du prochain Premier ministre, cest en raison dun accord non
respecté. Les premiers affirment navoir laissé la
présidence de la Commission électorale indépendante
(CEI) au Parti démocratique de Côte dIvoire (PDCI),
il y a quelques mois, quen échange de la primature pour leur
chef de file, Guillaume Soro, ou, à défaut, son second,
Louis-Tabley Dacoury. Ce que conteste implicitement le secrétariat
général dudit PDCI, puisquil soutient la candidature
du général Gaston Ouassénan Koné, le président
de son groupe parlementaire. Faute de consensus sur un nom celui
de Soro, en loccurence , chaque membre du G7 a fini par proposer
son propre candidat, celui du Rassemblement des républicains (RDR)
étant lancien banquier Tiémoko Yadé Coulibaly.
Mgr Siméon Ahouana, évêque de Yamoussoukro, sétant
retiré, cest à partir dune première liste
de quinze premiers ministrables (dont Seydou Diarra et Charles Konan Banny),
dressée après consultation par le président Obasanjo
du Nigeria, que les leaders ivoiriens devaient faire leur choix. «
Après lanalyse de vos réponses, leur a-t-il précisé
par courrier, je vous adresserai une autre communication concernant le
procédé qui nous permettra de conclure le processus de nomination
[du Premier ministre] au plus tard le 15 novembre 2005. » Le G7
parviendra-t-il à sentendre ? En tout cas, Henri Konan Bédié,
le patron du PDCI, devait notamment rencontrer le 10 novembre une délégation
de lex-rébellion...
Comprendre
la situation ivoirienne
Deux ouvrages
consacrés à cette crise africaine majeure.
Deux ouvrages viennent de paraître à Paris à propos
de la Côte d'Ivoire, qui aident à mieux saisir le déroulement
et les enjeux de cette crise africaine majeure.
Le bourbier ivoirien, de Charles Maisonneuve (Éd. Privat) : par
un spécialiste de l'histoire militaire, l'affaire vue sous l'angle
de l'armée française, sans complaisance particulière.
Avec un portrait en creux de l'ex-patron du contingent Licorne, aujourd'hui
au coeur du scandale que l'on sait, le général Henri Poncet
: lecteur de Jacques Lacan, passionné d'Albert Cohen, de cheval
et de Johnny Hallyday...
La Crise en Côte d'Ivoire, dix clés pour comprendre, de Thomas
Hofnung (Éd. La Découverte) : un précis très
clair et très utile, petit vade-mecum du conflit ivoirien, par
un journaliste de Libération, spécialiste du dossier.
Baisse du trafic annuel à l'aéroport d'Abidjan
Le trafic
annuel de l'aéroport international Félix Houphouët-Boigny
d'Abidjan est passé de 1.400.000 passagers à 700.000 personnes
à cause de la crise qui affecte le pays depuis septembre 2002,
a appris la PANA lundi, de source officielle.
En dépit de cette situation, le Président du Conseil d'Administration
de la Société chargée de la gestion de l'aéroport
AERIA, Simplice Zinsou, reste optimiste quant au retour à la normale
en Côte d'Ivoire.
Il a annoncé l'arrivée d'une nouvelle compagnie aérienne
qui desservira quatre fois par semaine Abidjan à partir du mois
de février 2006.
Jean-Louis Billon
Président de la Chambre de commerce et dindustrie de Côte
dIvoire
Président du groupe Sifca, spécialisé dans le négoce
et la production de matières premières, Jean-Louis Billon,
40 ans, est un poids lourd de l'économie ivoirienne. De grand-père
français, il incarne le métissage économique lié
à l'histoire du pays. Spécialiste de la gestion et des affaires
- il est titulaire de deux maîtrises obtenues en France et aux États-Unis
-, il assure la présidence de la Chambre de commerce et d'industrie
de Côte d'Ivoire depuis septembre 2002.
Jeune Afrique/l'intelligent : Quel est le visage économique de
la Côte d'Ivoire un an après les événements
de novembre 2004 ?
Jean-Louis Billon : La crise économique est aiguë, les investissements
sont en berne, le pouvoir d'achat est moindre. Beaucoup d'entreprises
occidentales et ivoiriennes ont déplacé leurs sièges
dans les pays de la sous-région, notamment au Sénégal
et au Ghana. D'autres ont disparu du paysage ou suspendu un temps leur
activité avant de revenir. De manière générale,
les opérateurs ont tendance à sécuriser leurs activités
et se sont regroupés en zone 4, près de la base de l'armée
française.
J.A.I. : Quelles sont les entreprises qui ont bénéficié
d'un report des activités des sociétés partantes
?
J.L.B. : Les entreprises de haute technicité n'ont pas été
remplacées. La communauté libanaise a racheté quelques
sociétés et renforcé ses positions dans le commerce.
Les opérateurs chinois et indiens sont également assez dynamiques
dans l'import-export, mais apportent très peu de valeur ajoutée.
La France reste le premier partenaire de la Côte d'Ivoire, bien
qu'elle ait perdu nombre de ses PME.
J.A.I. : Au Nord, l'activité économique s'est profondément
délitée...
J.L.B. : Il reste les industries cotonnières et sucrières,
actuellement déficitaires. La production d'anacarde, de tabac et
de mangues subsiste, mais connaît de forts surcoûts. Seigneurs
de guerre et commerçants se sont lancés dans le trafic de
l'essence et du gasoil, des véhicules, de l'électroménager,
des DVD. Beaucoup de produits arrivent de Guinée. Même si
les exactions sont beaucoup moins importantes qu'au début de la
crise, les autorités administratives ne sont pas réinstallées,
le système bancaire est interrompu...
J.A.I. : Certains secteurs d'activité résistent-ils mieux
que d'autres ?
J.L.B. : Globalement, le secteur de l'import-export résiste assez
bien car les opérateurs n'ont pas la contrainte du marché
local. Les négoces de café-cacao, de caoutchouc et de bananes
ne s'en sortent pas trop mal. La téléphonie cellulaire a
également le vent en poupe. Enfin, certains marchés de niche,
comme la fabrication d'étiquettes spécialisées ou
de code-barres, sont porteurs. Mais sans règlement politique de
la crise, les activités ne pourront pas retrouver leur dynamisme
passé. Pourtant, la Côte d'Ivoire présente toujours
d'incontestables atouts : des personnes qualifiées, les meilleures
infrastructures de la sous-région et un large réseau de
communication.
J.A.I. : C'est le message que vous transmettez aux autorités ?
J.L.B. : Les syndicats, les associations professionnelles et les structures
d'intermédiation éprouvent beaucoup de lassitude et de découragement.
Le lien n'est pas rompu avec les autorités mais les projets de
relance des activités n'aboutissent pas. L'État est dans
une logique de survie. Il n'y a plus de politique de développement
économique à proprement parler. L'agenda des ministres est
essentiellement politique, tout le reste passe après. On ne fait
plus de prospective... On se contente de gérer le budget de l'État.
La corruption gangrène toutes les activités. Nous demandons
le rétablissement d'une administration forte, crédible,
équitable, qui assure sa mission de service public. En Allemagne
ou aux États-Unis, le vide politique créé par la
confusion électorale n'empêche pas les institutions de fonctionner.
Ici, c'est tout le contraire.
Nouveau
round de négociations pour la nomination du Premier ministre
Alors
que la Côte d'Ivoire attendait cette semaine la nomination d'un
Premier ministre de transition, le ministre des Affaires étrangères
nigérian a jeté un froid mercredi à Abidjan en annonçant
que les négociations sur les principaux challengers ne faisaient
que commencer.
"C'est aujourd'hui qu'on a commencé à négocier
avec toutes les parties (...) Nous avons reçu toutes les propositions
et tous les commentaires de toutes les parties samedi", a déclaré
le ministre, Oluyemi Adeniji à la presse.
La déclaration n'a pas manqué de surprendre journalistes
et observateurs pour qui les discussions sur le nom du Premier ministre,
et même des titulaires des principaux porte-feuilles (Défense,
Finances, Intérieur), étaient d'ores et déjà
bien avancées.
Le président en exercice de l'Union Africaine (UA), le chef de
l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo, venu rencontrer au pas de charge
les acteurs de la crise le 4 novembre à Abidjan, avait lui-même
annoncé alors qu'il prévoyait de "conclure d'ici au
15 novembre" le processus de nomination du Premier ministre, soit
15 jours après la date initialement fixée par l'Onu.
Mais le 15 novembre, "journée de la paix" instaurée
par le père de la Nation Félix Houphouët Boigny, le
président Obasanjo n'a pas fait le déplacement.
Un deuxième rendez-vous manqué après celui du 30
octobre, date retenue par la résolution 1633 du Conseil de sécurité
de l'Onu qui prescrivait la nomination du Premier ministre de transition,
après avoir constaté l'impossibilité d'organiser
l'élection présidentielle fin octobre en raison de la persistance
de la crise politico-militaire. Celle-ci coupe la Côte d'Ivoire
en deux depuis l'échec du coup d'Etat, en septembre 2002, de la
rébellion des Forces nouvelles (FN) contre le président
Laurent Gbagbo.
La "1633", qui a également maintenu au pouvoir le président
Gbagbo pour une durée de 12 mois maximum, charge le futur chef
de gouvernement, aux pouvoirs élargis", d'organiser la présidentielle
avant le 31 octobre 2006.
"Nous sommes là dans le cadre du processus de consultation
pour la nomination du Premier ministre. Il y a plusieurs propositions
faites par tous les partis politiques. On connaîtra le nom du Premier
ministre quand tout le monde sera d'accord", a précisé
M. Adeniji à la presse.
"Il faut que le dossier avance en trouvant vite un Premier ministre.
C'est très très important pour faire avancer le processus"
visant à la tenue de l'élection présidentielle, a-t-il
ajouté.
Les déclarations de M. Adeniji, laissant entrevoir un enlisement
de la situation, n'ont toutefois pas alarmé l'opposition politique
et armée, qui y voit une suite logique du processus.
"C'est le processus qui a été convenu qui se déroule.
Il y avait 16 noms. Il (Obasanjo) devait présélectionner
(...) et revenir avec trois ou quatre noms. C'est à cette phase
que nous sommes", a déclaré à l'AFP le porte-parole
de la coalition du G7 (qui regroupe l'opposition et la rébellion
ivoirienne), Alphonse Djédjé Mady.
"Certainement qu'ils ont fait un premier jet. Pour les outsiders
aujourd'hui, c'est fini, parce qu'ils n'ont pas été soutenus
par un parti ou qu'ils sont mal représentés. Ca confirme
que les négociations continuent", a pour sa part estimé
le porte-parole des FN, Konaté Sidiki.
Ce dernier a précisé que M. Adeniji devait se rendre jeudi
à Bouaké (centre - fief de la rébellion) pour y rencontrer
les responsables des FN.
Les autorités ivoiriennes démentent toute tentative de réparer
les bombardiers détruits
Les
autorités ivoiriennes ont démenti toute tentative de réparer
les bombardiers ivoiriens détruits en novembre 2004 par la force
française de l'opération Licorne.
"L'Onu a pris une résolution instituant un embargo sur les
armes en direction de notre pays. Pour ce qui nous concerne, nous respectons
scrupuleusement cet embargo. Nous n'avons jamais tenté, de quelques
moyens que ce soit, de le violer, et nous n'en avons aucune intention",
a déclaré le conseiller pour la défense du président
ivoirien, Bertin Kadet, cité jeudi par le quotidien officiel Fraternité
Matin.
"Tout le monde connaît l'état de la force aérienne
militaire de la Côte d'Ivoire depuis les événements
de novembre 2004 (...) Les carcasses des avions endommagés sont
visibles, la population peut aller les voir là où elles
sont entreposées (à l'aéroport d'Abidjan)",
a poursuivi M. Kadet.
"Nous n'avons encore reçu aucun rapport de l'Onu, nous ne
pouvons donc pas en parler pour le moment. Nous démentons l'information
que nous avons lue dans la presse", a-t-il ajouté.
Pour sa part, le ministre ivoirien de la Défense, René Amani,
a souligné que son ministère n'avait "pas reçu
de budget pour acheter des armes".
Selon la presse ivoirienne, des experts onusiens affirmaient dans un rapport
qu'une équipe de dix techniciens bélarusses et ukrainiens
se trouvait à Abidjan pour aider à reconstituer la flotte
militaire ivoirienne, détruite en grande partie par la force française
de Licorne.
Le 6 novembre 2004, Paris avait ordonné de détruire la flotte
militaire ivoirienne, après la mort de neuf soldats français
dans un bombardement contre un camp militaire français à
Bouaké (centre, fief de la rébellion) par l'aviation ivoirienne
qui bombardait des positions rebelles.
Cette destruction avait provoqué un conflit entre les forces ivoiriennes
et françaises, suivi de violentes manifestations anti- françaises
accompagnées de pillages contre la communauté française
à Abidjan.
Après 15 jours de crise
Au matin du 10 novembre, après 14 nuits de violences, 6 659
véhicules avaient été détruits par le feu
en France, dont 3 862 (58 %) en région parisienne. Les assureurs
s'attendent à débourser 20 millions d'euros. Au cours des
cinq premières nuits, l'agitation est restée concentrée
en Seine-Saint-Denis, où 158 voitures ont brûlé. Elle
s'est ensuite étendue au reste de l'Ile-de-France (543 incendies)
et à la province. La onzième nuit (6-7 novembre) a été
la pire : 226 villes en proie à l'émeute, 1 408 véhicules
incendiés, 36 policiers blessés et 395 interpellations.
Au cours de ces deux semaines, 2 033 fauteurs de troubles ont été
arrêtés et 1 462 déférés devant la justice
(dont 281 mineurs). 173 adultes ont été condamnés
à des peines de prison ferme et 32 à des peines avec sursis.
Au plus fort des événements, 11 500 policiers étaient
déployés sur le terrain, appuyés par 7 hélicoptères
de surveillance dotés de projecteurs. La quasi-totalité
des manifestations se sont produites dans les « cités ».
24 000 personnes vivent dans les quatorze cités d'Aulnay-sous-Bois
(80 000 habitants au total). Et 29 900 personnes dans le Grand Ensemble
de montfermeil/Clichy-sous-Bois (54 000 habitants).
Les raisons de la colère
Après deux semaines d'émeutes dans les banlieues, le
gouvernement proclame l'état d'urgence. Une crise sans précédent
- mais guère surprenante - depuis Mai 68.
La comparaison est facile, démagogique sans doute, mais combien
éclairante... Arthur Galouzeau de Villepin et Zyed Benna ont le
même âge, la même nationalité française
et tous deux ont eu, ces dernières semaines, affaire à la
police. Fils du Premier ministre Dominique de Villepin, Arthur s'est fait
« serrer » par une patrouille mobile sur une avenue du 16e
arrondissement, quartier chic de Paris, au soir du 17 septembre. Motif
classique : bagarre entre jeunes gens sur le trottoir à l'issue
d'une soirée arrosée, plainte des voisins. Au brigadier
qui l'interpelle, Arthur tend alors son téléphone portable.
À l'autre bout du fil, son illustre papa. Le policier claque les
talons et tout s'apaise dans la seconde. Fils d'un artisan tunisien résidant
à Clichy-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, à quelques kilomètres
du 16e mais à mille lieues de là, Zyed Benna, 17 ans, n'a,
lui, ni cette chance, ni cette morgue. Retour d'un match de foot avec
ses copains Bouna le Mauritanien et Muttin le Turc, il tombe en cette
soirée du 27 octobre sur une opération de police. Paniqués,
alors même qu'ils ne se reprochent rien, les trois amis s'enfuient,
vraisemblablement poursuivis. Peur des flics, peur du commissariat, peur
du juge pour enfants, peur de l'engueulade paternelle. Ils sautent le
mur d'enceinte d'un transformateur électrique où ils se
croient à l'abri. À 18 h 30, un court-circuit plonge le
quartier dans le noir. Zyed et Bouna viennent de s'effondrer, le corps
traversé par un arc mortel.
La première anecdote n'a eu aucun effet, si ce n'est sans doute
un discret rapport mis sous le coude, au cas où, par le ministre
de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. La seconde va déclencher
deux semaines d'émeutes dans les banlieues françaises, une
crise de sécurité publique comme le pays n'en avait plus
connu depuis Mai 68 et déboucher sur la réactivation d'un
appareil législatif - état d'urgence et couvre-feu sélectif
- inusité depuis la guerre d'Algérie. Surtout, le choc majeur
de novembre 2005 met à nu le déclin et peut-être la
fin d'un « modèle français », républicain,
social et assimilateur, à bout de souffle. Majoritairement issus
de cette immigration africaine (maghrébine et subsaharienne) qui
a puissamment contribué au développement de la France pendant
la période des « trente glorieuses », les émeutiers
de novembre sont jeunes - mineurs pour moitié -, masculins, en
état d'échec scolaire ou chômeurs, membres de familles
nombreuses et souvent éclatées. Ils vivent dans ce que le
langage technocratique appelle les ZUS (zones urbaines sensibles), ces
quelque neuf cents quartiers difficiles à la périphérie
des villes françaises où le taux de chômage touche
près de 50 % des jeunes issus de l'immigration et où le
fait d'être bachelier ou plus n'est en aucun cas un sésame
pour l'emploi - si ce n'est au McDonald's du coin. Sans travail pas de
logement, sans logement pas de mariage ni de famille à fonder :
le vide. Dans les ZUS, ce n'est pas la misère, puisque la politique
du « tout-social » des années 1980 a tout de même
eu pour effet positif de tisser un réseau d'aide publique qui protège
du pire, mais la précarité et la survie quotidienne sont
la règle. Attirées par des zones franches aux conditions
avantageuses, des entreprises se sont installées au pied des tours
et des barres HLM. Indétectable, sournoise, une discrimination
à l'embauche en fonction du patronyme et du quartier d'origine
a fini par transformer ces appels d'air en lieux de sélection et
de rejet - un peu comme l'école que désertent ces gamins
au langage rudimentaire, qui, à défaut de mots pour s'exprimer,
le font par des actes, souvent délictueux. C'est dans les ZUS qu'ont
été enregistrées la plupart des quelque trente mille
voitures brûlées en France depuis le début de 2005.
Par jeu, par désoeuvrement, sous l'emprise de l'alcool ou de la
drogue, par effet pavlovien des images de Bagdad ou de l'Intifada, après
un match de foot ou un jeu vidéo, on met le feu à la camionnette
du voisin ou à la poubelle de l'immeuble. On brûle en bas
de chez soi, on cultive un nationalisme de substitution - le pays d'origine
des parents, le quartier, le département -, on rêve de descendre
sur les Champs-Élysées dans une orgie de casse et d'incendier
une Mercedes immatriculée 75, on vit avec cette haine des symboles
de l'aliénation et de la ségrégation d'autant mieux
chevillée au corps qu'on n'a en face de soi ni Tsahal, ni les unités
anti-émeutes de la Garde nationale américaine, mais la police
française. Deux cent quarante mille hommes - dont 12 000 CRS -
à qui l'on peut certes reprocher beaucoup de choses et bien des
réflexes coupables, notamment sur le chapitre du racisme, sauf
celui de tirer dans le tas. Si l'on exclut les deux jeunes du transformateur
de Clichy et deux adultes tabassés à mort par des émeutiers
- quatre drames, quatre effrois, quatre douleurs qui se rejoignent sans
se confondre -, les violences de novembre n'ont fait aucune victime. Imaginons
le même contexte à Casablanca, Alger, Tunis ou Dakar...
À la différence des États-Unis, où le modèle
capitaliste reste intégrateur, où le chômage des minorités
est bien moindre qu'en France, mais où le système pénal
et répressif est plus dur, les jeunes des quartiers pauvres n'ont
pour figures de référence ni les chefs de gang ni les leaders
de bande, mais les imams et les caïds. Ces derniers ont-ils manipulé
les émeutes de novembre ? Non, même s'ils en ont peut-être
profité pour recruter. Dans ces ZUS où bien souvent le trafic
et le vol ne sont pas un délit mais un job et où l'économie
souterraine est le dernier filet de secours avant le chaos, les réseaux
criminels sont par nature hostiles au désordre qui attire la police
- laquelle pourrait être tentée de nettoyer en profondeur
le business criminel. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les quartiers
les plus durs et les plus criminalisés d'Île-de-France et
du Rhône sont restés à l'écart des troubles,
comme sanctuarisés par ceux qui les tiennent en dehors de tout
État de droit. Quant aux imams, même les plus radicaux d'entre
eux ont besoin, afin d'apparaître comme des interlocuteurs crédibles,
de démontrer qu'ils peuvent ramener le calme - ce qu'ils ne sont
manifestement pas parvenus à faire. Si l'émeute a failli
trouver un terrain autre que les simples solidarités territoriales
avec l'explosion d'une grenade lacrymogène devant l'entrée
d'une salle de prière, elle n'a jamais pris de connotation religieuse.
À l'évidence, cette révolte fut - et demeure, à
l'état latent - purement spontanée, émanant de jeunes,
en majorité primo-délinquants, qui cassent là où
ils vivent, sans relais ni soutien politique. Aucun parti, aucune force
ne les a d'ailleurs jamais représentés, s'ils sont pour
la plupart français, ils ne sont pas pour autant considérés
comme tels. Ils ne votent jamais. Ils ne sont pas des citoyens mais un
problème policier et une curiosité sociologique.
En trente ans, ces quartiers neufs pour familles modestes construits dans
les années 1960 et 1970 sont devenus peu à peu des quartiers
de relégation, puis des zones de ségrégation et enfin
de sécession. Non pas, comme on l'entend souvent, à cause
du repli identitaire et exclusif de leurs habitants d'origine étrangère
- en particulier africaine - mais à cause de la défection
progressive des couches qualifiées à emplois stables, pour
la plupart constituées de Français de souche, migrant vers
des banlieues plus récentes, plus modernes et plus soft. Dès
lors, ces quartiers sont devenus des sociétés d'apartheid
sans modèles de réussites positifs, sans émulation,
où la cohésion sociale se fait par le bas. De Bernard Tapie
à Jean-Louis Borloo, de Mitterrand à Chirac, les «
politiques de la ville » ont alterné le social et le répressif
avec les mêmes oeillères idéologiques. Empilement
des aides et des dispositifs locaux, émiettement des acteurs, incapacité
à établir la confiance entre associations, institutions,
police et habitants : le résultat, pour une société
française qui se targue toujours de fonctionner selon les principes
de l'universalité, est désastreux. Pis, tout se passe comme
si chacun admettait que cette même société soit structurée
désormais en fonction d'une hiérarchie communautaire qui
ne dit pas son nom. Dans une France qui continue d'entretenir complaisamment
des rapports plus qu'ambigus avec son passé colonial (comme le
démontre l'adoption de la loi du 23 février 2005 portant
sur « le rôle positif de la présence française
outre-mer et notamment en Afrique du Nord »), la « racaille
» des banlieues est un peu la version moderne de l'indigène
des colonies. La « Marche des Beurs pour l'intégration »
il y a vingt ans et la France black-blanc-beur de la Coupe du monde de
1998 sont aujourd'hui bien oubliées. Tous les mécanismes
d'intégration sont arrivés à saturation. Ces jeunes
n'ont ni rêves, ni mémoire, ni repères, ni horizons
autres que la baston, ni message autre que celui d'extérioriser
avec violence leur mal-être.
Face à une telle situation, la réponse de la classe politique
et du pouvoir n'était certes pas simple à formuler. Elle
ne devait être ni homéopathique ni chirurgicale, elle se
devait d'être politique en combinant ordre et justice. Elle a été,
avant tout, indigente, cacophonique et répressive. Passons sur
l'opposition, en particulier la gauche. Empêtré dans son
vaudeville préélectoral, amnésique sur ses erreurs
passées et paralysé par un électorat de classes moyennes,
de fonctionnaires et de syndiqués effrayés par ce Mai 68
sauvage et indéchiffrable, le Parti socialiste n'a rien produit
d'audible et de cohérent sur ces nuits de braises. Mais, après
tout, il n'est pas au pouvoir, et le pouvoir a fait bien étrange
figure. Sans surprise, tout a commencé avec retard et dans le désordre.
Jacques Chirac, qui n'a manifestement pas retenu grand-chose de l'hécatombe
caniculaire et du fiasco de sa campagne européenne, a attendu cinq
jours pour glisser quelques mots sur le sujet en Conseil des ministres
et cinq de plus pour effectuer une courte et peu mémorable déclaration
dans la cour de l'Élysée. Pendant ce temps, la rivalité
entre Villepin et Sarkozy a joué à plein, chacun s'efforçant
d'oeuvrer sur le terrain de l'autre avec, comme punching-ball et dans
le rôle de la conscience morale sans moyens, le pauvre Azouz Begag,
ministre de la Promotion de l'égalité des chances, homme
de bonne volonté et - comme il le confie parfois - « Arabe
qui cache la forêt ». Porté par des sondages favorables,
poussé par des élus locaux obsédés par l'Intifada
à leurs portes - il faut lire, pour comprendre, l'effarante contribution
de Jacques Myard, un député-maire UMP du département
des Yvelines, au Figaro : il y fustige la « guérilla urbaine
» menée par des « Français malgré eux,
issus de l'immigration arabo-africaine », mus par « une haine
primaire de la France » et pour lesquels la seule solution est la
mise en place de « bataillons disciplinaires » ! -, le couple
terrible Matignon-Beauvau a fini par marcher de pair. L'état d'urgence
instauré jadis par Edgar Faure en Algérie, repris par la
France de Guy Mollet puis de Maurice Papon (il concernait alors, de manière
sélective, les grands-parents des jeunes Beurs d'aujourd'hui) et
réactivé vingt ans plus tard dans ce confetti d'empire colonial
qu'est la Nouvelle-Calédonie, a été de nouveau décrété
pour que puissent s'appliquer des couvre-feux à la carte. À
quand la mise à l'ordre du jour de la loi de 1 849 sur l'état
de siège ? Plus sérieusement et au-delà de cette
mesure transitoire qui a - c'est le moins que l'on pouvait en attendre
- ramené un semblant de calme dans les banlieues, c'est bien l'effet
du bâton qui aujourd'hui tient lieu pour l'essentiel de réponse
gouvernementale, reléguant au second plan les mesures de traitement
social du mal énoncées le 8 novembre par le Premier ministre.
À cet égard, la performance de Nicolas Sarkozy tout au long
de ces journées de fièvre ne manque pas d'étonner.
Après avoir employé un langage ultraphysique et provocateur
(« racailles » faisant suite à « nettoyer au
Kärcher »), digne de la police militaire brésilienne
dans les favelas ou de Poutine en Tchétchénie, le ministre
de l'Intérieur a semblé retrouver son équilibre.
Intelligent, il sait, lui dont le souci est de ne pas ressembler à
Charles Pasqua, que le tout-sécuritaire abîme son image d'homme
politique moderne et rassembleur, bref, de présidentiable. Mais
ses dernières et inquiétantes déclarations sur la
nécessité d'expulser de France tout étranger, y compris
en situation régulière, condamné dans le cadre des
émeutes - ce qui revient à réinstaurer la «
double peine » à l'issue de jugements particulièrement
expéditifs -, éclaire la vraie nature du futur candidat
à l'Élysée. L'alternance de propos martiaux et de
petites phrases « sociales » et paternalistes à l'égard
de la jeunesse désespérée des quartiers ne traduit
pas chez lui un mélange de dureté et d'empathie. Elle est
l'expression même du double langage politicien - un art longtemps
pratiqué avec maestria par un certain Jacques Chirac.
Il est beaucoup trop tôt pour mesurer l'onde de choc - notamment
électorale - des émeutes de novembre. Mais une chose est
sûre : pour éviter une catastrophe pire que la poussée
de l'extrême droite en 2002, pour lutter contre la violence des
quartiers sensibles en tant que traduction d'une triple injustice, sociale,
économique et raciale, pour ramener vers l'école les milliers
d'enfants qui l'ont désertée, pour doser avec discernement
prévention, dissuasion et sanction, il faut du temps, de l'argent
et du courage. Rien, hélas, n'y est moins propice que le climat
politique actuel, où la fin d'un règne se conjugue avec
une compétition acharnée pour succéder au monarque
vieillissant.
« La partition de la Côte d'Ivoire n'est pas impossible »
CÔTE D'IVOIRE - 13 novembre 2005- par PROPOS RECUEILLIS PAR ÉLISE
COLETTE ET JEAN-DOMINIQUE GESLIN
Pour l'universitaire Christian Bouquet, la crise ivoirienne montre
que l'Afrique n'est pas prête à absorber le modèle
démocratique occidental.
Professeur de géographie politique et du développement à
l'université Michel-de- Montaigne (Bordeaux-III), Christian Bouquet
est l'auteur de Géopolitique de la Côte d'Ivoire. Un ouvrage
de référence pour tous ceux qui s'intéressent, de
près ou de loin, à la crise que traverse depuis six ans
le pays d'Houphouët. Pour nourrir son propos, cet universitaire a
pu mettre à profit son expérience de terrain, puisqu'il
a travaillé comme attaché culturel à l'ambassade
de France à Abidjan. C'est d'ailleurs à ce poste qu'il assiste,
le 23 décembre 1999, au coup d'État qui porte le général
Robert Gueï au pouvoir, remplacé l'année suivante par
Laurent Gbagbo. En spectateur avisé, il dissèque avec précision
la genèse de la crise qui déchire la nation ivoirienne.
Résultat : un ouvrage écrit avec pédagogie et fluidité,
même s'il soulève peut-être plus de questions qu'il
n'apporte de réponses. Car, au-delà des analyses historiques,
politiques et sociales, c'est bien l'avenir de « l'Éléphant
d'Afrique » qui suscite aujourd'hui le plus d'interrogations. C'est
pourquoi nous avons voulu prolonger avec Christian Bouquet sa réflexion.
Jeune Afrique/l'Intelligent : La date butoir du 30 octobre n'a pas suscité
les affrontements annoncés par certains. Laurent Gbagbo serait-il
devenu indéboulonnable ?
Christian Bouquet : Non, mais il ne pouvait rien se passer le 30 octobre.
La Côte d'Ivoire n'est pas un pays où l'expression démocratique
est libre. La dernière fois que l'opposition a voulu descendre
dans la rue, en mars 2004, il y a eu plus de 120 morts. Cette fois encore,
les forces de l'ordre ont utilisé des balles réelles pour
disperser les quelques fauteurs de troubles. Il n'y a donc aucune leçon
de légitimité à tirer de cette journée. En
revanche, si la communauté internationale laisse une fois de plus
contourner la résolution 1633 de l'ONU sur l'après-30 octobre,
le pays continuera de s'éloigner un peu plus de la sortie de crise.
J.A.I. : Pourquoi dites-vous que le 19 septembre 2002 était prévisible
?
C.B. : La partition de la Côte d'Ivoire a concrétisé
ce qui avait été cartographié deux ans plus tôt
par le journal Le Patriote, au moment des législatives de décembre
2000. Toute la partie nord du pays avait alors menacé de faire
sécession. On a refusé de reconnaître à Ouattara
la nationalité ivoirienne, et la réaction de la population
du Nord a été immédiate : elle a estimé qu'elle
n'était pas ivoirienne non plus. Lors du scrutin départemental
de juillet 2002, on a renouvelé les cartes d'électeurs ;
et l'on a vu que certains Ivoiriens n'étaient plus reconnus comme
tels, puisqu'il manquait plus d'un million de cartes.
J.A.I. : Lorsque l'on évoque les origines de la crise, on accuse
souvent Félix Houphouët-Boigny de n'avoir pas préparé
sa succession. Vous dites que c'est autant la faute d'une transition «
mal préparée » que celle de successeurs qui se sont
« mal assumés ». Quelles ont été leurs
erreurs ?
C.B. : Elles sont nombreuses. Mais une chose fondamentale a manqué
: la Côte d'Ivoire a cru pouvoir faire l'économie de sa conférence
nationale, comme il y en a eu dans la majorité des pays d'Afrique
francophone dans les années 1990. La Côte d'Ivoire, dirigée
alors par Houphouët, n'a pas voulu en passer par là. C'était
une erreur. Ces conclaves ont pris une dimension psychodramatique, ce
fut une sorte de catharsis pour passer d'une époque à une
autre. Le pays en avait besoin.
Ensuite, les successeurs d'Houphouët n'ont pas su jouer le jeu de
la démocratie qu'on leur imposait. La démocratie à
l'occidentale est peut-être une bonne chose, mais, pour la transférer
en l'état dans l'Afrique des années 1990, il fallait prendre
plus de précautions. Et cela demandait de la part des hommes chargés
de gérer cette évolution de grandes qualités, que
bien souvent ils n'avaient pas.
J.A.I. : À propos des accords de Marcoussis, vous accusez la France
d'attitude néocolonialiste et d'ingérence. Ces accords sont-ils
mauvais pour autant ?
C.B. : Non. Ils sont probablement un modèle du genre, car ils faisaient
des propositions pour régler tous les problèmes qui se posaient
à la Côte d'Ivoire à ce moment-là. Rien n'a
été oublié. Sur le fond, c'est un excellent texte.
Sur la forme, c'est une ingérence inacceptable. Gbagbo a joué
là-dessus et Thabo Mbeki aussi. Évidemment, si leur signature
a eu lieu en France, c'est parce que toutes les autres solutions avaient
été épuisées. Et notamment toutes les solutions
africaines. Aucun des pairs de Gbagbo n'était en mesure de réunir
ce conclave.
J.A.I. : La situation en Côte d'Ivoire signifie-t-elle la fin de
l'influence française en Afrique ?
C.B. : Oui, et elle résulte d'une énorme maladresse. Si
les accords de Marcoussis sont très bons, ce qui s'est passé
à Kléber a été beaucoup plus contestable.
La France s'est mis en tête de composer le gouvernement ivoirien.
Il était extrêmement maladroit d'imposer à Gbagbo,
qui avait déjà atteint le dernier degré de l'humiliation,
des ministres rebelles à des postes clés du gouvernement.
Ce qui était déjà dur à avaler est devenu
indigeste. Par ce geste néocolonialiste, la France a réveillé
en Côte d'Ivoire un sentiment qui semblait jusqu'alors anesthésié.
J.A.I. : Thabo Mbeki a-t-il échoué dans sa médiation
?
C.B. : Il est difficile de dire qu'il a échoué, parce que
l'on attendait beaucoup de lui. Il a tout de même été
le seul à obtenir l'éligibilité de Ouattara. Il faut
le mettre à son crédit. Ensuite, qu'il ait penché
très nettement pour le camp de Gbagbo me semble évident.
Maintenant, le problème est de savoir quel médiateur africain
peut faire mieux que lui.
J.A.I. : Les sanctions sont-elles une solution ?
C.B. : Bien sûr. Notamment pour le blocage des comptes bancaires
de ceux qui entretiennent la crise. Cela permettrait de neutraliser le
financement des milices. Ensuite, l'embargo sur les armes n'a pas été
respecté. En renforçant les contrôles, on éviterait
que la situation ne s'embrase. Enfin, on ne peut pas rester trois ans
sans sanctionner. Sinon, on encourage l'impunité.
J.A.I. : Pourquoi estimez-vous que Gbagbo ne peut remporter la présidentielle
?
C.B. : Il s'est écoulé trois ans entre le dernier scrutin,
les élections départementales, et maintenant. Évidemment,
la situation a changé. Est-ce que, pour autant, les lignes de force
politiques ont bougé ? Si la situation est restée figée,
Gbagbo sera certainement battu. Si elle a évolué, comme
ses partisans semblent le soutenir, il reste à démontrer
pourquoi. Est-ce que son bilan permet au chef de l'État d'attirer
les centaines de milliers de nouveaux électeurs qu'il lui faut
pour être élu ? Je n'en suis pas sûr. Reste à
savoir s'il a été fédérateur. La réponse
est non. Enfin, a-t-il su ramener à lui des électeurs séduits
par son programme nationaliste ? Peut-être, mais certainement pas
les centaines de milliers d'électeurs dont il a mathématiquement
besoin.
J.A.I. : Peut-on aboutir à une partition de la Côte d'Ivoire
?
C.B. : C'est une hypothèse forte en ce moment. Elle pourrait se
concrétiser assez rapidement d'une façon presque légale.
Gbagbo peut, s'il le veut, organiser des élections demain ou dans
six mois, uniquement dans le Sud. Il peut aussi modifier les listes électorales
pour être élu. D'autant que la communauté internationale
se montre un peu fatiguée par le dossier ivoirien, et la population
ivoirienne est encore plus lasse. Ce qui permettrait l'avènement
d'une Côte d'Ivoire du Sud, que l'on appelait la Basse-Côte
à l'époque coloniale, avec un président élu
- dans des conditions calamiteuses certes, mais élu quand même.
Avec les richesses du Sud nécessaires à son fonctionnement.
Resterait à résoudre le problème du Nord. Que ferait
le Burkina dans ce cas ? Que ferait la communauté internationale
?
J.A.I. : Vous estimez qu'il manque un élément d'explication
aux Occidentaux pour comprendre la Côte d'Ivoire. Adhérez-vous
à la conception de Gbagbo sur le décalage culturel ?
C.B. : Oui, j'y adhère sur la forme, ne serait-ce que parce que
cela fait des décennies qu'il y a des choses qu'on ne comprend
pas. Dire cela, c'est faire du culturalisme, qui est actuellement l'objet
d'un tabou. Il sera levé un jour, mais il ne l'est pas encore.
On ne pouvait imposer aux cultures africaines la logique arithmétique
de nos démocraties, dans la mesure où les populations ont
vécu sous un mode de gouvernance particulier, qui ne faisait pas
de décompte et recherchait l'unanimité. Lorsqu'on introduit
le paramètre du nombre et de la majorité, il y a forcément
blocage. Il y a des principes qu'on a cru universels mais qui ne le sont
pas encore. Si on ne prend pas cela en compte, on ne comprendra jamais
rien.
J.A.I. : Faut-il étendre à tous les pays africains l'analyse
du « modèle démocratique occidental inapplicable »
que vous inspire le cas de la Côte d'Ivoire ?
C.B. : Les transferts de modèle ne doivent pas être faits
sans précaution. Il faut se reposer la question de l'universalité
des valeurs. L'Afrique n'est pas prête non pas à la démocratie,
mais au modèle démocratique occidental.
J.A.I. : Pour revenir à la Côte d'Ivoire, quelle solution
voyez-vous ?
C.B. : Il faut prendre le temps de réaliser le chantier de l'identification
des Ivoiriens. Alors la plupart des problèmes se régleront.
Aujourd'hui, « l'étranger » n'est plus seulement le
Dioula du RDR, mais aussi potentiellement le Baoulé du PDCI. Tant
que Bédié était allié de Gbagbo, gagner des
élections dans le Sud n'était pas compliqué. Maintenant
que Bédié est un adversaire potentiel pour Gbagbo, même
les électeurs du PDCI pourront être écartés
des listes électorales. Il ne suffira plus de mettre sur la touche
les Konaté et les Coulibaly, mais aussi les Konan ou les Kouassi.
D'où l'intérêt de procéder rapidement à
l'identification.
J.A.I. : Avant le désarmement ?
C.B. : Guillaume Soro l'a dit : « Les combattants sont prêts
à échanger leurs kalachnikovs contre une carte d'identité
ivoirienne. » Il faut le prendre au mot.
les militaires français en Afrique...la France en Afrique.
desyks écrit :
Vivant en Afrique depuis plus de 25 ans, je n'ai pu que constater une
dégradation continue des rapports entre africains et français,
ceux qui vivent côte à côte tous les jours, dans le
travail ou dans la vie.
Quoique fasse la France, ce n'est jamais bien : quand elle intervient
et "elle se mèle de quoi ?" ; si elle n'intervient pas
et "elle nous abandonne".
il se dit tous les jours :
-Les élections sont truquées par la France(comme si c'était
nous qui votions!)
-Les français ne sont que des profiteurs qui pillent nos pays (vous
connaissez des investisseurs qui ne veulent pas faire de bénéfices
?)
-Les français envoient nos filles faire la pute chez eux; ils réalisent
leurs phantasmes qu'ils ne peuvent avoir avec les blanches (comme si la
prostitution n'existait pas ici!).
Ecoutez aussi les textes des rappeurs : on y trouve partout la haine du
blanc et du français en particulier ; jamais des textes pareils
ne pourraient être entendus en France car ce sont de véritables
appels à la haine raciale et même au meurtre : ICI ON NE
SE GENE PAS, tandis qu'en France nous nous autocensurons de peur du "qu'en
dira-t-on"; nous en sommes même à ne plus oser nous
défendre lorsque nous sommes agressés par des "étrangers"
-noirs ou autres- car, si par malheur l'agressé a le dessus, il
sera forcément un "raciste" qui veut se "faire un
étranger"; il le paiera cher. Et ils le savent !!
J'en passe et des meilleures.
Quant à nos militaires et notre politique vis à vis de l'Afrique
: laissons tomber ; rapatrions nous vers la métropole; laissons
les entre eux se déchirer, piller et se faire la guerre (un point
où l'africain est très fort); après 25 ans en Afrique
(où je n'ai pas fait fortune comme le croit chaque africain)où
j'ai formé des centaines de techniciens (presque tous partis travailler
à l'étranger !!) je suis découragé; des milliers
de milliards sont arrivés ici; des remises ou effacements de dettes
ont été faits : quel a été le résultat
?? les hopitaux sont des mouroirs, l'éducation nationale est inexistante,
les routes ne sont que des nids de poules, les dons en médicaments
sont détournés et revendus; les riches sont de plus en plus
riches quant aux pauvres ...C' EST LA FAUTE A LA FRANCE et on laisse dire
évidemment!
N'intervenons plus; c'est inutile.
ps : mon épouse est africaine comme mes enfants et mes petits enfants;j'en
ai adopté 2; j'ai fait beaucoup de choses dans ces pays ; j'y ai
même demandé la nationalité : toujours refusée
malgré mon "ancienneté" , le travail produit et
les investissements .En france, on obtient la nationalité après
combien d'années de présence sur le territoire ?? Quant
à la carte de séjour, elle dépasse rarement les 2
ou 3 ans de validité; 5 pour les plus nantis .Il faudrait une réciprocité;
c'est aussi simple que çà.
les militaires français
en Afrique...la France en Afrique.
yoweri écrit :
Il faut arreter de chanter sur tous les toits la France pense au bien-etre
de l'Afrique et des Africains.quand on entend ça et là qu'il
ne faut pas mettre tout le monde dans le meme sac,qu'il ne faut pas dire
que c'est tous les Blancs qui sont racistes ,mais cette distinction,ce
discernement la france en a t-elle fait preuve? Lorsqu'elle a tiré
à l'horizontale sur une foule non armée avec des hélicopteres
de combats et on raconte qu'elle a fait preuve de sang-froid alors qu'en
réalité elle voulait se venger du meurtre de ses 7 ou 8
soldats morts assassinés par des ivoiriens et non des civils. Il
fallait quand meme avoir la lucidité de reconnaitre que ce n'était
pas des civils qui avaient tué des soldats français. Quand
les elections sont truquées on dit que c'est la France ,ben que
voulez-vous monsieur quand on sait que c'est la France qui a apporté
(et qui le fait toujours)son soutien aux dictatures et dictateurs africains
et que ce n'est pas pret de s'arreter (Mobutu,Compaoré,Bongo,Sassou,Bozizé
sans compter le regime d'Apartheid [Pieter Botha reçu en Ffrance
pays des droits de l'homme et de la démocratie]).
Le
probleme c'est que nous au moins en Afrique on accepte de donner du travail
à des Français lorsqu'ils vont chez nous en Afrique, or
on sait que la réciproque n'est pas forcément vraie,la preuve
en Cote d'Ivoire il y a des Français qui travaillent dans la filiere
café cacao et autres et qui contrairement à ce qu'on veut
nous faire avaler gagnet de l'argent beaucoup d'argent,est ce le meme
cas pour les Africains en France,dites moi monsieur si ils sont nombreux
à avoir du travail avec leur diplomes qu'ils ont? Quand il faut
donner du travail aux gens c'est là qu'il n'y en a pas,mais quand
il faut en offrir aux français chez nous là il y en a.Et
lorsque des Africains meurent dans des immeubles insalubres (pourquoi
y vivent-ils d'ailleurs,est ce que les Français qui vivent en Afrique
sont logés dans des squatts?) le ministre de l'interieur ici se
permet de dire des choses choquantes sur eux.Et bien il faut admettre
la réciprocité maintenant,nous aussi en avons de tout le
temps offrir à des gens qui nous offrent rien et nous tirent dessus
quand on leur demande de partir ce que nous ne faisons pas quand il nous
le demande.Quand aux milliers de milliards de la France qu'elle investit
chez nous sachez monsieur que nous ne sommes plus dupes sur la destination
de ces milliards qui prennent le chemin de comptes bancaires suisses de
ces dictateurs amis et alliés de la france,la France et le FMI
ne financent pas des projets réels de développements en
Afrique et ne se soucient guère du bien-etre et de la prosperité
des Africains si c'etait le cas la France n'aurait pas trempé dans
plusieurs assassinats et projets de coups d'Etatas en Afrique visant à
installer des dictateurs honni et vomis par leur peuples mais maintenu
grace a la France(Lumumba,Sekou Touré et Moumié félix).Quand
aux lois et auto-censures de la part de la France,c'est curieux il y a
beaucoup de lois antiracistes mais les faits racistes contre les Noirs....Je
suis bien placé pour le savoir ça!L'immigration et les conditions
de vies des immigrés ici faut pas nous faire l'affront de nous
dire qu'elles sont meilleures.
daniel écrit
:
Côte d'Ivoire - La plupart des filiales des groupes français
ont rouvert...
Six semaines après les violences anti-françaises, la quasi-totalité
des 147* filiales de nos entreprises présentes en Côte d'Ivoire
ont rouvert leurs portes. Depuis le 29 novembre, Air France a repris ses
vols vers Abidjan, et une centaine d'expatriés sont déjà
revenus à leur poste. Bien sûr, le chiffre peut paraître
dérisoire face aux 8 000 départs qui ont suivi les pillages
et les agressions. Mais les drames humains ont surtout touché les
entrepreneurs individuels et leurs familles, qui ont tout perdu et, pour
l'immense majorité, ne reviendront pas.
« Bunkerisation. » « En revanche, les grands groupes
vont continuer à travailler, mais différemment, comme au
Nigeria », prédit Antoine Glaser, rédacteur en chef
de La Lettre du continent . « Comme au Nigeria », c'est-à-dire
« bunkerisés », confinant leurs collaborateurs dans
des bases-vie sous haute protection. « Les grandes entreprises vont
réduire le nombre de leurs expatriés, mais ne vous attendez
pas à des délocalisations massives », assure Hervé
Le Roy, chef de la Mission économique d'Abidjan. Bien qu'en déclin,
la Côte d'Ivoire reste la locomotive de l'Afrique de l'Ouest, où
un groupe comme Bolloré réalise près du tiers de
son chiffre d'affaires. Inversement, le départ des grands groupes
français laisserait le pays exsangue, lui retirant plus de la moitié
de ses recettes fiscales et près du tiers de son PIB.
Inventée par le « Vieux », Houphouët-Boigny, mort
en 1993, l'appellation de « Françafrique » reste donc
d'actualité. Six** des dix premiers groupes opérant en Côte
d'Ivoire sont partiellement ou totalement à capitaux français
et contrôlent des pans entiers de l'économie : l'eau, l'électricité,
les télécommunications, les transports
La Saur, filiale
de Bouygues, détient 47 % de la Sodeci, la Société
des eaux de Côte d'Ivoire, et 25 % de la CIE, la Compagnie ivoirienne
d'électricité. Le groupe Bolloré, vrai Etat dans
l'Etat, gère le port d'Abidjan et étend son emprise aux
transports maritimes (Saga, SDV) et ferroviaires (Sitarail), au tabac
(Sitab) et au caoutchouc (Sogeb). France Télécom est l'actionnaire
majoritaire de Côte d'Ivoire Télécom et détient
Orange Côte d'Ivoire, principal opérateur de téléphonie
mobile. Total, outre ses 160 stations-service, possède 25 % de
la Sir, la Société ivoirienne de raffinage, première
entreprise industrielle du pays. Le groupe Castel détient les quasi-
monopoles de la bière et du sucre ; la CFAO, filiale de PPR, des
positions dominantes dans de nombreux secteurs.
Gros contrats préservés. Face à cette mainmise, le
mouvement nationaliste des Jeunes Patriotes réclame la «
décolonisation économique » . Laurent Gbagbo lui-même
a menacé un temps de ne pas reconduire certains contrats, comme
la concession de l'électricité accordée à
la Saur par son principal adversaire politique, Alassane Ouattara, proche
de Martin Bouygues et de son épouse. Mais, aujourd'hui, le président
ivoirien privilégie une real-politik apaisante, et aucun des grands
contrats franco-ivoiriens n'a été remis en cause. Le «
Monsieur Afrique » de Bolloré, Michel Roussin, ex-numéro
deux de la DGSE, entretient des relations cordiales avec le président,
et son groupe a obtenu la concession d'un nouveau terminal à conteneurs
sur le port d'Abidjan. Malgré la guerre et la misère croissante
en Côte d'Ivoire, les affaires continuent
Bertrand Fraysse.
* Les principaux groupes français implantés.
**Ces six groupes à capitaux français font partie des dix
entreprises les plus puissantes de Côte d'Ivoire.
Les
Français moins nombreux mais toujours présents en Côte
d'Ivoire
Un an
après les violences de novembre 2004 qui ont provoqué le
départ de nombreux Occidentaux, ressortissants et entreprises français
sont toujours présents en Côte d'Ivoire, même si ils
sont moins nombreux et ont modifié leur mode de vie ou de fonctionnement.
Les chiffres des ressortissants enregistrés au consulat de France
(10.000, mais près de 60% de binationaux dont une majorité
de Franco-Ivoiriens n'ayant aucune attache en France) ne rendent pas compte
de la réalité.
Seuls 500 des près de 8.000 Français évacués
en novembre 2004 sont revenus dans le pays et quelque 3.000 Français
non binationaux et ayant des attaches en France vivent actuellement en
Côte d'Ivoire, estime une source diplomatique française.
Leurs modes de vie ont changé, "ce sont beaucoup d'hommes
seuls, dont la femme et les enfants sont soit rentrés en France,
soit vivent dans un pays voisin" où les enfants peuvent fréquenter
les écoles françaises, explique un diplomate français.
Les établissements français d'Abidjan ont été
totalement détruits par les manifestants qui ont pris la rue le
6 novembre 2004 et entamé une "chasse aux Blancs", après
la destruction par l'armée française de la quasi-totalité
de l'aviation ivoirienne qui venait de bombarder une position française
dans le centre du pays.
Ces "Blancs" ont majoritairement quitté leurs villas
des quartiers résidentiels de Riviera, Cocody ou Deux Plateaux,
au nord d'Abidjan, pour des concessions ou des appartements bien gardées,
au sud des ponts qui enjambent la lagune séparant la ville en deux.
"Outre la criminalité, l'élément déterminant
est la proximité de l'aéroport" et de l'armée
française, poursuit la même source, même si les quartiers
au sud des ponts, denses en commerces et petites entreprises, avaient
subi les pillages les plus graves en novembre 2004.
Parmi ces nombreux commerces et PME, visées car supposées
appartenir à des Français, certaines ne se sont pas relevés
des saccages. Mais là encore aucune statistique n'est disponible.
"On estime que depuis un an environ 120 PME-PMI appartenant à
des Français ont disparu", explique un patron français
du secteur, composé à 80% de PME, principalement dans les
branches commerces et services, dont des "petits métiers"
tels que la boulangerie ou la plomberie.
Outre les pillages, certains petits patrons n'ont pu faire face après
les évènements, les fournisseurs exigeant désormais
d'être payés comptant et non plus à 60 ou 90 jours
comme auparavant.
"Les PME qui restent sont dans une situation difficile. On vit sur
nos fonds propres, alors on réduit la voilure", poursuit ce
patron. Nombre d'expatriés de ces PME qui ont quitté le
pays n'ont ainsi pas été remplacés.
Les quelque 150 filiales de grands groupes français, plus solides
financièrement, ont moins souffert. La Mission économique
de l'ambassade de France à Abidjan dit ne pas avoir constaté
de "désinvestissement massif" et les outils de production
n'avaient pas été touchés par les violences.
La France reste de loin le plus gros investisseur étranger et les
groupes français continuent donc de gérer la quasi-totalité
des services publics ivoiriens: France Télécom détient
la majorité de Côte d'Ivoire Télécom, la Sitarail
(chemin de fer) est une filiale du groupe Bolloré, et la Saur,
filiale du groupe Bouygues, est l'actionnaire de référence
des compagnies de distribution d'eau (Sodeci) et d'électricité
(CIE).
Le contrat de concession de Bouygues pour la distribution de l'électricité
a d'ailleurs été renouvelé pour 15 ans en octobre.
Le groupe Bolloré gère également le port, et Orange
est l'un des opérateurs de téléphonie mobile.
Seul changement notable: ces entreprises emploient désormais 40%
d'expatriés en moins, confiant désormais à des Ivoiriens
les postes à responsabilité qu'ils occupaient précédemment.
Toujours pas d'accord sur le nom du Premier ministre
Le président
en exercice de l'Union africaine (UA) a promis vendredi à la Côte
d'Ivoire un Premier ministre "dans le délai le plus bref",
mais celui-ci ne devrait pas être connu avant plusieurs jours, d'autant
que les parties à la crise semblent loin de s'accorder sur un nom.
Après avoir consulté l'ensemble des acteurs de la crise
au cours d'une journée-marathon à Abidjan, le président
nigérian est reparti avec une liste des candidats qu'ils lui ont
présentés pour le poste.
"Dix heures de discussions et toujours pas de Premier ministre",
notait samedi matin le quotidien d'opposition 24 Heures. Alors que la
date-limite du 31 octobre, prévue par la résolution 1633
du Conseil de sécurité de l'Onu pour la nomination de ce
Premier ministre est largement dépassée, le président
Obasanjo n'a pas voulu donner de nouveau délai précis pour
la désignation de cet homme "acceptable pour toutes les parties".
"Vu la façon dont nous avançons, dans les plus brefs
délais possibles nous (...) trouverons un nom qui apparaîtra
globalement acceptable comme Premier ministre pour toutes les parties",
a-t-il assuré à la presse avant son départ.
Reprenant des propositions de l'UA, cette résolution, constatant
l'impossibilité d'organiser la présidentielle prévue
le 30 octobre en raison de la persistance de la crise ivoirienne, a maintenu
le président Laurent Gbagbo en fonction pour un an maximum, en
lui adjoignant un Premier ministre aux pouvoirs élargis chargé
d'organiser le scrutin. "S'il est tôt pour parler d'échec
de cette mission, le constat est que le nouveau Premier ministre n'a pu
être nommé hier, alors que le délai recommandé
par l'ONU (...) est arrivé à échéance depuis
six jours aujourd'hui", relevait le quotidien indépendant
Soir Info.
Outre la liste des candidats à la "Primature", la presse
ivoirienne spéculait aussi samedi sur la date de cette future nomination,
de quelques jours à plusieurs semaines selon les titres, certains
journaux notant que la mission de M. Obasanjo serait difficile. "Les
Ivoiriens devront encore supporter leur mal avec résignation, au
moins jusqu'à la semaine prochaine pour connaître le nom
de leur Premier ministre", estime Soir Info, qui comme ses confrères
rappelle la procédure choisie par M. Obasanjo pour présider
au choix.
D'ores et déjà, le président nigérian a avancé
un délai compris entre 48 et 96 heures pour que les parties désignent
dans la liste de l'ensemble des candidats proposés, ceux qu'ils
considèrent comme "acceptables". M. Obasanjo et ses homologues
sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de l'UA, et Mamadou Tandja,
président en exercice de la Communauté économique
des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) travailleront alors à
partir des noms qui reviennent dans plusieurs de ces listes réduites.
"S'il y en a", a cru bon de préciser le président
nigérian vendredi.
"Qui peut être cette personnalité consensuelle dans
un univers où l'on se déteste cordialement selon qu'on est
d'un bord ou d'un autre?", s'interroge ouvertement samedi le quotidien
indépendant L'Inter, notant qu'"entre les potentiels candidats
au poste de Premier ministre (...) aucun ne semble faire l'unanimité".
D'autant que la candidature du secrétaire général
de la rébellion des Forces nouvelles (FN), Guillaume Soro, derrière
laquelle s'était rallié jeudi soir l'ensemble du G7, qui
regroupe opposition et rébellion, ne semblait plus vendredi faire
l'unanimité chez ses alliés des partis d'opposition.
La presse dans son ensemble notait samedi "l'explosion" du G7,
pour s'en réjouir ou le déplorer, selon le camp auquel chaque
titre appartient.
QUESTIONS
- RÉPONSES
Bonjour,
Pourquoi est-ce que aujourdhui tous les pays du pré-carré
français sont en faillite?
(Togo, Ex-Zaire, Congo, Tchad, Centre-Afrique, Togo....)
> La faillite dont vous parlez ne concerne pas uniquement les pays
de lancien pré carré français. Elle concerne
la quasi totalité des pays dAfrique subsaharienne. Les causes
sont multiples et différentes selon les pays. Mais on peut retrouver
des constantes : causes internes liées aux régimes clientélistes
et causes externes liées à la mondialisation néolibérale.
question
de : Internaute
> la Côte DIvoire sait et a compris la guerre économique
que la "francafrique" les amis de mr chirac livre à la
côte divoire avec ses lots de désolations et de morts
pour les intérêts de la france . Pourquoi en votre qualité
de spécialiste de la côte divoire vous ne dénoncez
pas lattitude de la politique suicidaire de mr chirac qui prend
le peuple de côte divoire en ôtage en divisant artificiellement
ce beau pays et son soutien à ses rebelles fabriqués par
la francafrique . Je voudrais savoir pourquoi les intélectueles
français restent sans voie , car vous savez aussi que la france
vilipende Mr Gbagbo parcequil refuse de marchander la liberté
de son peuple et son droit à lautodétermination ...
le Peuple de Côte DIvoire voudrait quon dise la vérité
, que les militaires français favorisent impunement les tueries
en ci et l exploitation froduleuses de ses richesses sans que la
communauté internationale lève le petit doit.Votre position
Mr ? ...
> Il est évident que tous les dirigeants des pays du Nord mènent
des politiques qui favorisent lactivité des firmes nationales
à létranger. Il en est ainsi pour la France en Côte
dIvoire et cela a été maintes fois dénoncé
par le Président Gbagbo qui revendique la décolonisation
économique de son pays.Ce qui na pas empéché
Bouygues de renouveler pour 15 ans(le 12 octobre) son contrat daffermage
pour lélectricité en Côte dIvoire. Il
ne faudrait pas oublier que les intérêts de la France en
Côte dIvoire se réduisent fortement au profit de ceux
des Etats-Unis (cacao, petrole), de la Chine, de lAngola et de lAfrique
du Sud... (bien entendu, ces nouveaux arrivants ne pillent en aucun cas
les ressources du pays). Si effectivement, comme vous laffirmez,
les militaires français "favorisent les tueries", Monsieur
Gbagbo devrait demander le retrait de la frorce Licorne.
question
de : Internaute
> Bonjour
La Côte dIvoire traverse actuellement une grave crise politique.
Le gouvernement ivoirien accuse la France dêtre en partie
responsable de la situation actuelle (non respect des accords de défense,
antipatie vis à vis du gouvernement ivoirien, soutien et légitimation
des rebelles, ...). Comme on le dit, pas de fumée sans feu ...
alors pouvez-vous nous éclairer sur les réelles responsabilités
de la France dans ce conflit ?
> Etant seulement économiste, je ne peux vous fournir une analyse
politique concernant la responsabilité éventuelle de la
France dans le conflit ivoirien. Cependant les causes du conflit dépassent
largement lhorizon politique, en impliquant les structures de la
société ivoirienne.
question
de : Internaute
> Bonjour,
Dans les medias français, il ne se passe pas de jours sans que
lon nous abreuve dévénements tragiques causés
par larmée US en Irak (tortures et mauvais traitements de
prisonniers, bavures de lUS Air Force sur des civils, etc etc).
Par contre pas un mot sur les méfaits de larmée française
dans nos pays : Côte dIvoire, Gabon (les tragiques événements
de Novembre dernier).
Pourquoi les médias ont-ils si peur de dire que larmée
française est en CI au même titre que larmée
US en Irak, pour ses ressources afin de protéger ses intérêts
?
> Si la France est en Côte dIvoire pour protéger
ses intérêts, elle le fait très mal. En effet, les
intérêts français ne cessent de se réduire
au profit de nouveaux intervenants extérieurs (USA, Chine, Afrique
du Sud...).
Pour ce qui est de la non-médiatisation des exactions éventuelles,
il semble que la tendance se soit inversée depuis peu avec la forte
médiatisation de la suspension de lancien chef de la force
licorne.
question
de : Internaute
> Pour le bien-être de toute lAfrique, la France doit retirer
tous ses soldats de ce continent. Elle na plus rien à y faire,
le temps des colonies et de sa splendeur est dépassée. Quand
donc les hommes politiques français de droite comme de gauche auront-ils
une vision plus moderne et plus équilibrée de lAfrique
et de ses peuples ?
> Je partage votre opinion en ce qui concerne le nécessaire
retrait des troupes françaises dAfrique. Il faudrait pour
cela que les dirigeants africains le demandent. Il est bien entendu, quaprès
cet éventuel départ, aucune autre puissance ne serait tentée
de prendre la place libérée.
question
de : Internaute
> La France nest en Afrique que pour protéger ses intérêts
au détriment des populations de ces pays. Elle na de cesse
de protéger les pires dictateurs de ce continent (Chirac déplorant
la perte dun ami personnel, lors du décès de Eyadéma,
ex-dictateur sanguinaire togolais de sinistre mémoire). Elle leur
envoit son armée quand un président démocratiquement
élu, Laurent Gbagbo essaie de lui tenir tête et veut faire
appel pour développer son pays à des investisseurs et entrepreneurs
autres que Français.
Cest scandaleux et inadmissible en ce début de IIIème
millénaire.
Retirez vos troupes de CI.
> Il semble, en effet, que la politique africaine de la France ait
toujours privilégié la stabilité à la démocratie,
ce qui est bon pour les investisseurs quelle que soit leur nationalité.
Je comprends le souci de L. Gbagbo de diversifier les investisseurs étrangers
intervenant dans son pays. Certains reprochent à la France de ne
pas avoir respecté ses accords militaires avec la Côte dIvoire,
alors que dautres lui reprochent son intervention. Je pense comme
vous que la France devrait retirer ses troupes, mais pensez-vous sérieusement
que ce retrait permettra un règlement plus rapide du conflit?
question
de : Internaute
> Comment peut-on croire un seul instant que les forces françaises
sont en CI afin de séparer les belligérants ?
Elle fait tout ce qui est en son pouvoir afin de permettre la candidature
de ce Allasane Ouattara, qui lorsquil était 1er ministre
de Houphouët-Boignya accordé de nombreux monopoles à
des entreprises françaises que Laurent Gbagbo désire remettre
en cause au nom de la mondialisation.
> Pensez-vous quAlassane Ouattara soit le candidat de la France?
Certains soutiennent, en se référant à son passé
dans les institutions financières internationales, quil pourrait
être le candidat des Etats-Unis.
question
de : Internaute
> Bonjour,
jai vécu longtemps en CI, justement à lépoque
de lex-Président Houphouët-Boigny. Ce qui ma toujours
étonné, cest quau nom dun certain panafricanisme,
ce chef détat avait pour habitude de nommer ministres ou
encore ambassadeur de Côte dIvoire, des technocrates africains
non ivoiriens. Il nétait pas rare que son gouvernement comprenne
des Sénégalais, des Burkinabés ou autres, comme minstres
ou conseillers.
Justement M. Allasane Ouattara fut nommé 1er Ministre (fonction
qui fut créée par la suite sur insistance des pays occidentaux),
car ancien haut fonctionnaire de la banque mondiale ou du FMI bien connu
pour ses compétences budgétaires et ce pour le compte du
Burkina-Faso dont il possédait le passeport.
Tout le drame de la Côte Divoire (très agréable
pays que jai dû quitter) réside donc dans la nationalité
(ivoirité ?) de ce M. Ouattara et de ses ambitions présidentielles.
Serait-il possible en France à un non-Français de briguer
le poste de Président de la République ? Alors pourquoi
permettre à un non-ivoirien comme M. Ouattara de se présenter
à cette élection en CI ? Quil le fasse mais au Burkina-Faso.
Sil est autant démocrate quil le prétend, pourquoi
finance t-il donc les rebelles qui sont au jour daujourdhui
responsables du blocage actuel ?
> Je ne puis répondre à une suite daffirmations
non fondées. Ce vieux débat me semble dépassé.
question
de : Internaute
> le president sud africain est il credible dans la mediation .
> Il semble que la médiation de Thabo Mbeki manque de crédibilité
car elle est mise en cause par lopposition ivoirienne et lintervention
de la CEDEAO dans le processus semble indiquer que ladite médiation
ne fait pas lunanimité parmi les dirigeants africains.
question
de : Internaute
> gbagbo peut il diriger la transition?
> Pourquoi pas, en effet. Mais, la décision 1633 du Conseil
de sécurité a un air de déjà vu. Par exemple,
en janvier 2003, les accords de Marcoussis prévoyaient la nomination
dun premier ministre aux pouvoirs étendus. Seydou Diarra
a été nommé mais L. Gbagbo a invoqué la constitution
pour ne pas transférer ses pouvoirs. Quelle sera son attitude dans
les mois qui viennent?
question
de : Internaute
> Il semble évident que M. Gbagbo sest positionné
comme "résistant" au colonialisme Français et
a trouvé des oreilles attentives dans lafrique anglo-saxone.
Ce nest pas la réalité du problème ivoirien
mais les décisions qui viennent dêtre prises en ont
été polluées.
Dautre part, une étude attentive de la médiation de
M. Mbeki montre les implications économiques de lAfrique
du sud en CI et leur influence sur les prises de position du médiateur.
Aujourdhui, cette afrique du sud et ses satellites mènent
un combat contre la Fance perçue comme un concurrent politique
et économique.
Mes questions
Ces frustrés de lapartheid ont ils la capacité de
régler la crise ivoirienne ?
Leur position pro Gbagbo ne risque t elle pas dentraîner une
nouvelle explosion ?
Merci
> Effectivement lAfrique du Sud a des intérêts en
Côte dIvoire (Telecel,fourniture de bus à la Sotra...)
ce qui pourrait laisser penser que...
Par ailleurs, il semble que lAfrique du Sud soit passée dambitions
régionales à des ambitions continentales. Je doute que lAfrique
du Sud seule, soit en mesure de régler la crise ivoirienne.
question
de : XCS
> Peut-on savoir quels sont les interets francais en Cote dIvoire
qui justifient que des militaires y risquent leur peau ? Pourquoi ne pas
avoir evacue et basta ?
> En Côte dIvoires certaines firmes multinationales françaisses
occupent des positions diminantes dans certains secteurs clés de
léconomie (transports : Bolloré, Bouygues : électricité
et eau, France-Telecom : télécommunications...) mais les
positions françaises sont menacées par dautres pays
et notamment par les Etats-Unis(cacao, pétrole...).
Il est vrai que les firmes françaises dégagent des profits
en Côte dIvoire, mais il y a des coûts. Selon le général
Irastorza actuel chef de la forec Licorne, lentretien de cette force
coûte 190 millions deuros par an. Ce qui fait 590 millions
deuros depuis le début du conflit. Ces coûts ne sont
pas supportés par les multinationales mais par le contribuable
français.
question
de : beng
> Quel interet les protagonistes en cote divoire ont à
faire soufrir la population?
> Il y a une raison bien simple : cest le pouvoir. En Afrique
le pouvoir politique est la clé de laccès aux ressources
économiques. Donc il faut conquérir le pouvoir politique
pour pouvoir bénéficier, en Côte dIvoire par
exemple, de la rente du cacao. Lobjectif nest pas le bien-être
de la population mais le pillage des ressources pour une minorité.
Si la situation de ni guerre ni paix perdure cest aussi que chacun
y trouve son compte au Nord comme au Sud.
question
de : Internaute
> Comment se porte la Côte dIvoire sur un plan strictement
économique ?
> Etant donnée la persistance du conflit, la situation pourrait
être plus grave. Grâce au cacao, au pétrole... la croissance
pourrait atteindre 1% cette année selon le FMI. Mais il y a des
problèmes daccumulation darriérés sur
la dette extérieure... De plus, la pauvreté ne cesse de
croître...
question
de : Internaute
> Un réel retrait de la France de Côte dIvoire,
fragiliserait-il le pays sur un plan strictement économique ?
> En létat actuel des choses je ne pense pas quun
retrait français fragiliserait la Côte dIvoire. Les
multinationales peuvent être remplacées par dautres
multinationales. Le seul problème cest le tissu de nombreuses
PME françaises, dont la disparition pourrait avoir des conséquences
économiques et sociales plus importantes comme on la noté
après la fermeture de certaines dentre elles après
loes évènements de novembre 2004.
question
de : Internaute
> Aujourdhui, quels sont lesp ays africains qui comptent dans
léconomie mondiale ?
> Les seuls pays qui comptent sont ceux qui possèdent des ressources
naturelles.
question
de : Internaute
> Malgré la crise, la Côte dIvoire est-elle toujours
au top de la production mondiale de café et de cacao ?
> La crise na (paradoxalement) pas atteint les capacités
de production de café et de cacao... la Côte dIvoire
est toujours le premier producteur mondial de cacao (1400000 tonnes tattendues
cette année) et il me semble 6ème producteur mondial de
café.
question
de : Internaute
> Je pense que les institutions tel que le fmi ET LA banque mondiale
, ont en leur sein des celules de reflexiosne t daction prospectives
et strategiques , qui refusent de porter aussi leur part de responsabilité,
sur lechec au developpement et on lambition de proposer des
gens à eux ( ancien fonctionnaires , membres influents de leurs
differents réseaux) à la tete des états africains,
afin de relancer le processus de developpement suivant leurs propres méthodes
et tirer aux mieux un meilleur engagement de ses pays , afin de garantir
la pérénité leurs existences . Quen pensez-
vous
> Jai écrit un article sur la responsabilité du
FMI et de la Banque Mondiale dans le conflit en Côte dIvoire.
En imposant des thérapies de choc pour intaurer le marché,
le FMI et la Banque Mondiale ont déstabilisé les régimes
antérieurs sans vraiment proposer de solutions transitoires ce
qui a conduit à susciter ou envenimer les conflits. Faire appel
à des anciens de ces institutions ne serait pas à mon sens
une bonne idée.
La
justice ivoirienne saisie dans l'affaire Mahé
Le procureur
du tribunal militaire d'Abidjan a été chargé par
la justice française d'effectuer une enquête de moralité
sur Firmin Mahé.
Le procureur du tribunal militaire d'Abidjan, Ange Kessi, a indiqué
jeudi 3 novembre avoir reçu une commission rogatoire du juge d'instruction
du tribunal aux armées de Paris (Tap) "en vue d'enquêter
sur l'affaire Poncet".
Cette commission rogatoire demande à Ange Kessi d'effectuer une
enquête de moralité sur la victime, Firmin Mahé, mort
en mai 2005 après avoir été capturé par des
militaires français.
"Dès demain (vendredi), nous nous rendrons sur les lieux du
meurtre pour rechercher le cadavre et l'exhumer en vue d'une autopsie
afin de déterminer les causes réelles de la mort",
a ajouté le procureur Ange Kessi.
Sanctions
Selon un rapport d'enquête remis mercredi au ministère français
de la Défense, Firmin Mahé, aurait été "tué
par étouffement par des militaires français dans un véhicule
blindé".
Outre le général Poncet et son adjoint de l'époque,
le général Renaud de Malaussène, trois militaires
du rang présents dans le véhicule où a été
tué Mahé après avoir été capturé,
et leur chef de corps, ont été suspendus.
Doué
et Yao Yao main dans la main
Si l'on
en croit les services de renseignements du contingent français
Licorne, le général dissident Mathias Doué et son
collègue, le lieutenant-colonel Jules Yao Yao, respectivement ancien
chef d'état-major et ancien porte-parole des Forces armées
nationales de Côte d'Ivoire (Fanci), coordonnent leurs actions et
leurs déplacements à partir du Ghana, où ils se sont
réfugiés. L'un et l'autre franchissent parfois la frontière
et se rendraient même de temps à autre à Abidjan.
Clandestinement, bien sûr. Directement menacé par le Comité
des sanctions de l'ONU dans le cas où il renouvellerait ses appels
au renversement de Laurent Gbagbo, Doué s'abstient désormais
de toute déclaration.
Affaire Poncet: "très lourdes" sanctions après
le meurtre d'un Ivoirien
Michèle
Alliot-Marie a prononcé mercredi des sanctions "très
lourdes" contre le général Henri Poncet et un autre
général, après le meurtre dans des conditions atroces
d'un Ivoirien par des soldats français, une affaire qui a créé
un malaise dans l'armée française.
Le général Henri Poncet, qui dirigeait l'opération
Licorne en Côte-d'Ivoire au moment des faits, en mai, ainsi que
son adjoint, le général Renaud de Malaussène, sont
frappés d'un blâme, une sanction "très lourde",
a expliqué à la presse après l'annonce de cette mesure
le général Henri Bentégeat, chef d'état-major
des armées.
Le ressortissant ivoirien Firmin Mahé, un "coupeur de routes"
soupçonné d'actes criminels par les forces françaises,
a été "tué par étouffement par des militaires
français dans un véhicule blindé entre Bangolo et
Man, le 13 mai", a confirmé le rapport d'enquête remis
mercredi au ministre de la Défense.
Des sources proches du dossier avaient confirmé la semaine dernière
à l'AFP des révélations de la presse selon lesquelles
ce suspect, blessé par des tirs français, avait ensuite
été étouffé au moyen d'un sac en plastique.
"Le commandant de la force Licorne (le général Poncet)
a été informé des faits mais ne les a pas portés
à la connaissance de ses autorités hiérarchiques",
a précisé le rapport d'enquête.
Cette sanction, la plus grave d'ordre disciplinaire dans l'armée,
touche deux généraux "aguerris, à la compétence
reconnue", selon le général Bentégeat, et auxquels
avaient été confiées des missions délicates.
L'opération Licorne, d'interposition entre rebelles et soldats
réguliers en Côte-d'Ivoire, est particulièrement risquée
car elle implique des soldats français dans un pays où la
haine de l'ancienne puissance coloniale peut à tout moment ressurgir.
Quant au général de Malaussène, il commandait la
brigade multinationale nord-ouest de la KFOR à Novo Selo (Kosovo).
Le général Poncet est muté à la Direction
du renseignement militaire et son ancien adjoint a été affecté
à la région Sud-Est à Lyon.
Aucun blâme n'avait été infligé par un ministre
à un officier général depuis au moins une quinzaine
d'années, selon le général Bentégeat.
Lorsque cette affaire avait été annoncée par le ministère
de la Défense le 17 octobre, trois militaires avaient été
suspendus: le général Poncet, le colonel Eric Burgaud et
un adjudant-chef.
Le ministre a décidé mercredi de suspendre aussi deux "militaires
du rang dont l'enquête de commandement a établi qu'ils étaient
présents avec l'adjudant-chef précédemment suspendu
dans le véhicule où a été tué Firmin
Mahé".
Ces trois militaires et leur chef de corps seront traduits devant un conseil
d'enquête "afin que soient proposées des sanctions adaptées
à leurs responsabilités".
A ces sanctions militaires pourraient s'ajouter des poursuites devant
les tribunaux.
"Le ministre de la Défense a ordonné la déclassification
du rapport d'enquête de commandement et sa transmission au juge
d'instruction", a précisé le ministère. En effet,
le procureur du tribunal aux armées de Paris a ouvert une information
judiciaire contre X pour "homicide volontaire".
"Le rapport, précise le ministère, fait apparaître
deux niveaux de responsabilités, celui de l'implication directe
ou indirecte dans l'homicide d'une part, celui de la falsification des
rapports et de la dissimulation de l'ensemble des faits d'autre part."
La France maintient 4.000 soldats en Côte-d'Ivoire, dans la force
Licorne, aux côtés de plus de 7.000 Casques bleus engagés
dans l'Opération des Nations unies dans ce pays (Onuci).
Obasanjo en Côte d'Ivoire pour accélérer la nomination
d'un Premier ministre
Le président
en exercice de l'Union africaine (UA), le Nigérian Olusegun Obasanjo,
se rend vendredi en Côte d'Ivoire pour tenter d'accélérer
la nomination d'un Premier ministre de transition, que les Nations unies
souhaitaient voir désigné avant le 31 octobre.
La visite du président nigérian a été annoncée
de manière laconique par la présidence ivoirienne mercredi,
indiquant seulement que M. Obasanjo venait pour "une visite de travail"
et rencontrerait tous les acteurs de la crise ivoirienne, dont le président
Laurent Gbagbo et l'actuel Premier ministre Seydou Diarra.
Derrière cette annonce discrète, cette visite a pour objectif
l'accélération de la désignation d'un Premier ministre
de transition, alors que la communauté internationale commence
à s'inquiéter, cette nomination tardant à voir le
jour.
"M. Obansanjo vient tenter de débloquer les décisions
de l'UA et de l'Onu sur la transition qui se heurtent déjà
à l'obstacle de cette nomination", expliquait jeudi un diplomate
à Abidjan, observant que le "consensus" voulu par les
Nations unies pour cette désignation risquait d'être "difficile
à obtenir".
Le Conseil de sécurité de l'Onu a repris le 21 octobre dans
sa résolution 1633 les décisions de l'Union africaine sur
la transition politique en Côte d'Ivoire après le 30 octobre,
prévoyant de donner tous pouvoirs à un nouveau Premier ministre
de consensus en remplacement de Seydou Diarra, et de maintenir au pouvoir
le président Laurent Gbagbo, pour une période n'excédant
pas 12 mois.
Ce schéma, pour aller aux élections générales,
a été élaboré après le report de l'élection
présidentielle prévue le 31 octobre, faute d'accord entre
les parties, alors que ce pays traverse une crise politico-militaire sans
précédent depuis trois ans.
M. Obasanjo aura des consultations tous azimuts à Abidjan et effectuera
même un bref déplacement à Bouaké (centre)
dans le fief de la rébellion pour y rencontrer son chef Guillaume
Soro, secrétaire général des Forces nouvelles.
Il aura à entendre les récriminations des uns et des autres
qui ne voient pas la transition sous le même angle et "parfois
sous des aspects diamétralement opposés", soulignait
un autre diplomate.
M. Gbagbo, dans une adresse à la Nation le 30 octobre au soir de
la fin de son mandat, a réaffirmé qu'il était bien
le président en soulignant que les décisions que l'Onu et
l'UA "viennent de prendre seront appliquées (...) avec d'autant
plus de détermination et d'engagement qu'elles sont conformes à
notre Constitution".
L'opposition et la rébellion, qui récusent la présence
de M. Gbagbo à la tête de l'Etat, le considérant désormais
"comme un simple citoyen", redoutent une application stricte
par M. Gabgbo de la Constitution ivoirienne, accordant de larges pouvoirs
au chef de l'Etat.
En affirmant à la mi-octobre que c'était lui qui "signe
le décret" de nomination du Premier ministre qu'il n'acceptera
que si le nom proposé correspond au "salut de la Côte
d'Ivoire", M. Gbagbo a aussi avivé les craintes de l'opposition
et de la rébellion sur la façon dont il envisage la transition.
"Les suspicions des uns à l'égard des autres sont fortes
surtout après trois ans de crise et de nombreux accords de paix
avortés", notait récemment un observateur.
"M. Obasanjo est devant un écheveau qu'il va avoir du mal
à démêler et son voyage de vendredi risque d'être
le premier d'une longue série, à moins qu'il ne tape du
poing sur la table et signifie la fin de la récréation,
menace de sanctions à l'appui, pour que les accords de paix soient
enfin appliqués", remarquait encore un diplomate.
Gbagbo dos au mur
Maintenu
à la tête de lÉtat mais affaibli, il est loin
davoir dit son dernier mot. Pour lui comme pour son pays, 2006 sera
lannée de tous les dangers.
S'il est une comparaison que cet historien très républicain
ne souhaite pas que l'on fasse à son sujet, c'est bien celle-ci
: Laurent Gbagbo, le Vincent Auriol de la Côte d'Ivoire, ou, pis,
Laurent Gbagbo, reine d'Angleterre. En d'autres termes, un président
dépouillé, un roi nu ou un chef sans sceptre. Sur le papier,
pourtant, et sans même attendre ce fatidique lundi 31 octobre où
sa légitimité électorale aura pris fin, le président
ivoirien a dû se rendre à l'évidence : ce que la communauté
internationale a préparé pour lui n'est rien d'autre qu'une
mise sous tutelle. Lui qui avait qualifié les accords de Marcoussis
de « médicament amer », avant finalement de s'en accommoder,
se voit désormais infliger une double dose de ce traitement de
choc, accompagnée d'un contrôle médical permanent
au cas où l'envie lui prendrait d'oublier les prescriptions : le
patient, dit-on, a plus d'un tour dans son sac...
S'il est une comparaison que cet historien très républicain
ne souhaite pas que l'on fasse à son sujet, c'est bien celle-ci
: Laurent Gbagbo, le Vincent Auriol de la Côte d'Ivoire, ou, pis,
Laurent Gbagbo, reine d'Angleterre. En d'autres termes, un président
dépouillé, un roi nu ou un chef sans sceptre. Sur le papier,
pourtant, et sans même attendre ce fatidique lundi 31 octobre où
sa légitimité électorale aura pris fin, le président
ivoirien a dû se rendre à l'évidence : ce que la communauté
internationale a préparé pour lui n'est rien d'autre qu'une
mise sous tutelle. Lui qui avait qualifié les accords de Marcoussis
de « médicament amer », avant finalement de s'en accommoder,
se voit désormais infliger une double dose de ce traitement de
choc, accompagnée d'un contrôle médical permanent
au cas où l'envie lui prendrait d'oublier les prescriptions : le
patient, dit-on, a plus d'un tour dans son sac...
Si l'on en croit les décisions du Conseil de paix et de sécurité
(CPS) de l'Union africaine (UA), endossées le 14 octobre par le
Conseil de sécurité de l'ONU, la prolongation pour un an
du mandat de Gbagbo est en effet assortie de toute une série de
garde-fous destinés à limiter ses prérogatives et
sa marge de manoeuvre. Le nouveau Premier ministre « acceptable
par toutes les parties », avec lequel Gbagbo devra cohabiter, qu'il
ne pourra démettre et qui aura seul autorité sur le gouvernement,
disposera ainsi de « tous les pouvoirs nécessaires »
et de « toutes les ressources financières, matérielles
et humaines voulues, en particulier dans les domaines de la Sécurité,
de la Défense et des Affaires électorales ». Ce Premier
ministre de transition, non éligible à la prochaine présidentielle,
sera épaulé par un Groupe international de travail (GIT)
de seize membres qui se réunira une fois par mois à Abidjan.
Coprésidé par le ministre nigérian des Affaires étrangères
et par le représentant spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire,
ce Groupe, composé de représentants de pays voisins (Bénin,
Ghana, Guinée, Niger), de puissances extérieures intéressées
(France, États-Unis, Royaume-Uni), de partenaires multilatéraux
(UA, Union européenne, FMI, Banque mondiale, Organisation internationale
de la Francophonie) et de l'Afrique du Sud, aura pour tâche d'évaluer
et de vérifier « le degré de coopération des
acteurs et parties concernés », bref de contrôler si
chacun, et en particulier Gbagbo, joue le jeu et s'en tient à son
rôle. À la moindre incartade, le GIT s'autosaisira et transmettra
le ou les noms des fauteurs de troubles à New York, où siège
le Comité des sanctions, lequel pourra décréter immédiatement
le gel des avoirs et l'interdiction de voyager dudit coupable. Et, comme
si ce corset ne suffisait pas, les résolutions de l'UA et de l'ONU
délèguent aux représentants permanents de la communauté
internationale en Côte d'Ivoire (ils sont désormais six,
avec chacun son bureau et ses agents) la fonction de surveiller au quotidien
le déroulement du processus de paix et la préparation des
élections prévues « au plus tard » pour octobre
2006. Une primature forte et indépendante donc, plus une primature
bis ayant tout pour devenir une autorité de tutelle (le GIT), plus
une batterie de représentants spéciaux, plus les Casques
bleus de l'Onuci, plus les Français de l'opération Licorne...
Que reste-t-il à Gbagbo, si ce n'est nommer ses propres ministres
- ceux issus de son camp, soit à peine un tiers du gouvernement
- et inaugurer les chrysanthèmes ?
En réalité et compte tenu de l'intelligence politique de
l'intéressé, il reste encore beaucoup de choses à
Gbagbo. Il demeure chef de l'État, connaît le terrain mieux
que la plupart de ses adversaires, et on peut lui faire confiance pour
jouer sur les contradictions qui ne manqueront pas d'apparaître
au sein de l'opposition. L'impressionnant dispositif de contrôle
en forme d'armée mexicaine mis en place suite aux résolutions
de l'UA et de l'ONU - un groupe de travail très composite et des
représentants spéciaux aux agendas parfois divergents -
fournira à ses légendaires capacités manoeuvrières
un espace où se déployer. Quant au Premier ministre, Gbagbo
s'emploiera, on l'imagine sans peine, à le séduire, à
le contourner et à le neutraliser - un peu comme François
Mitterrand le fit avec Jacques Chirac et beaucoup comme lui-même
le fit avec Seydou Elimane Diarra. Avec, comme arme fatale, la signature
(ou non) des décrets et, comme terrain de bataille essentiel, le
contrôle des flux financiers. L'absence d'un nouveau descriptif
précis de dévolution des pouvoirs au Premier ministre facilite
à cet égard la tâche du président. Le Sud-Africain
Thabo Mbeki, qui lui est désormais ouvertement favorable, a pesé
de tout son poids lors du sommet d'Addis-Abeba, le 6 octobre, pour que
la solution proposée par le Sénégalais Abdoulaye
Wade, et avalisée par Olusegun Obasanjo, d'un chef d'État
« potiche » et purement symbolique soit écartée.
Résultat : le socle des accords de Marcoussis, avec leur part de
flou, reste toujours la référence. C'est dire, donc, si
la personnalité de celui qui tiendra la primature aura, au cours
de l'année qui s'ouvre, une importance cruciale.
La Côte d'Ivoire n'ayant jamais manqué d'hommes politiques
prêts à se dévouer pour un destin national, surtout
lorsque ce dernier coïncide avec leurs propres ambitions, la liste
des candidats - déclarés ou non - au poste de Premier ministre
était déjà pleine à la veille du 30 octobre.
On en compte une bonne quinzaine. Seydou Elimane Diarra, tout d'abord
: à 71 ans, le sortant souhaite rempiler. En cas de blocage, et
si aucun nom ne s'impose naturellement, ce politicien de qualité
estime avoir ses chances avec la promesse que, fort de la résolution
du Conseil de sécurité, il saura, cette fois, s'émanciper
de la tutelle présidentielle. Une petite campagne de presse en
sa faveur parcourt les journaux d'Abidjan : « Lui, au moins, a su
faire taire son ego, peut-on lire. De Marcoussis à Pretoria, il
a offert sa vie pour conduire les Ivoiriens à la paix. »
Le problème est que, systématiquement contré, voire
saboté, par des collaborateurs qui le marquaient à la culotte
pour le compte de la présidence, Diarra l'honnête homme est
aussi le symbole de l'impuissance, voire de l'échec. N'a-t-il pas,
à deux ou trois reprises, songé à démissionner
avant de se rétracter ? À Paris, comme dans les capitales
voisines de la Côte d'Ivoire, on est ainsi très sceptique
sur les chances de voir apparaître un nouveau Diarra en mesure de
tenir tête à Gbagbo. Une haute personnalité africaine
a cette phrase cruelle, qui résume tout : « Le lapin Diarra
ne va pas devenir comme par enchantement le lion Diarra... » Dans
le processus à plusieurs tours qui s'annonce et qui peut prendre
du temps, certains candidats ont en réalité un profil plus
tactique que stratégique, poussés en avant par tel ou tel
camp afin de mieux négocier la suite. Est-ce le cas d'Amara Essy,
61 ans, ancien ministre des Affaires étrangères et ex-président
intérimaire de la Commission de l'UA ? Certes, l'homme a de l'entregent,
du savoir-faire et un profil consensuel : Akan, membre du PDCI d'Henri
Konan Bédié, il est musulman et natif de Bouaké.
Il aura cependant beaucoup de mal à se défaire de l'étiquette,
désormais admise, de « candidat de Gbagbo ». Même
schéma, mais en sens inverse, en ce qui concerne l'actuel ministre
d'État à l'Enseignement supérieur, Zémogo
Fofana, dont le nom revient régulièrement dans les colonnes
des journaux ivoiriens. Cet ingénieur informaticien de 60 ans,
maire de Boundiali, dans le Nord, est peut-être « l'ami de
tous », y compris de Gbagbo. Mais il est avant tout RDR et proche
d'Alassane Ouattara.
Ex-poids lourds du paysage politique ivoirien en quête d'un second
souffle, les anciens ministres Émile Constant Bombet et Lambert
Kouassi Konan sont, eux aussi, sur les rangs, tout comme, dans une moindre
mesure, Daniel Kablan Duncan, qui fut le Premier ministre de Bédié.
Mais tous trois souffrent d'avoir été, à un degré
ou à un autre, des artisans de l'ivoirité au milieu des
années 1990. Reste la société civile qui, dans un
pays aussi politisé que celui-là, a bien du mal à
trouver une marge de manoeuvre et, surtout, un label de neutralité.
En sont issus l'unique femme de la liste des postulants, Jacqueline Lohoues
Oblé, juriste émérite, ancienne ministre de la Justice
et ex-députée RDR d'Abobo - un parti dont elle a démissionné
en 1999. L'archevêque de Yamoussoukro, Mgr Siméon Ahouanan,
est également en lice au cas où Dieu aurait enfin décidé
de s'intéresser à la Côte d'Ivoire : homme de compromis
et de dialogue avec la communauté musulmane, le prélat est
cependant tout sauf un politique - même ses fidèles le reconnaissent.
Quelques personnalités issues du monde des affaires et de l'économie
pointent aussi le bout de leur nez : Guy Alain Gauze, l'ex- « monsieur
Café-Cacao » de Bédié, ou encore Marcel Zadi
Kessy, homme du Groupe Bouygues en Côte d'Ivoire et président
de l'Association des rois et chefs traditionnels. Tous deux étant
issus de l'ethnie bétée, celle de Gbagbo, leurs chances
sont minimes. Tout comme le sont, tout au moins a priori, celles de l'ambitieux
maire PDCI de Treichville, André François Amichia.
En fait, et sans que cela ne préjuge en aucune manière de
leurs possibilités d'accéder à la primature - d'autant
que, à l'heure où ces lignes sont écrites, la «
vraie » négociation de sortie de crise fixée dans
le calendrier de l'ONU, en présence d'Obasanjo et de Mbeki, n'avait
pas encore commencé -, deux hommes sortent du lot dans la liste
des premiers ministrables possibles, et même souhaitables pour la
Côte d'Ivoire : Charles Konan Banny et Gaston Ouassénan Koné.
Le premier - ce n'est guère un secret - a les faveurs de la France,
de l'UA (présidence et commission) et de la plupart des chefs d'État
voisins. À 62 ans, le gouverneur de la Banque centrale des États
de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) n'est pas officiellement candidat et n'a
toujours pas publiquement renoncé à briguer, fin 2005, un
nouveau mandat à la tête de la BCEAO. On n'est jamais trop
prudent. Très conscient de sa valeur, Charles Konan Banny attend
qu'on le prie et qu'un consensus se dégage autour de sa personne
afin de sortir du bois. « Il joue les coquettes », commente,
un peu agacé, un haut fonctionnaire français familier du
dossier ivoirien, qui est pourtant de ses partisans : « Il ne se
déclarera que s'il a la certitude de ne pas être récusé.
» Certes, nul ne nie en Côte d'Ivoire que cet homme de caractère
a l'étoffe d'un Premier ministre d'envergure. En outre, son accession
à la primature arrangerait théoriquement les trois principaux
protagonistes de l'élection présidentielle d'octobre 2006.
Le chef du gouvernement étant inéligible à cette
consultation, Bédié verrait ainsi s'effacer un rival potentiel
au sein de son propre camp ; Gbagbo aurait sous la main un cheval de Troie
pour attirer à lui une partie de l'électorat baoulé
; quant à Ouattara, qui le connaît depuis trente ans et qui
a le même âge que lui, il estime qu'à défaut
d'être son allié Konan Banny n'est pas son adversaire. L'intéressé
lui-même, dont les ambitions présidentielles sont notoires
- « Je ferai un jour partie de ceux qui changeront l'Afrique »,
déclarait-il, il y a quelques mois, à J.A.I. -, pourrait
y voir, dans cet objectif, un avantage. Peu implanté en Côte
d'Ivoire malgré ses efforts récents, assez peu familier
des réseaux d'influence locaux et surtout trop peu connu du «
petit peuple », cet homme fortuné, qui a fait la totalité
de sa carrière au sein de la BCEAO, trouvera là l'occasion
de labourer le terrain et de se faire un nom. À condition d'être
patient, tous les espoirs lui seront dès lors permis pour la présidentielle
d'octobre... 2011. Reste un handicap tout de même, qui est une qualité
aux yeux de beaucoup, mais assurément un synonyme d'obstacle du
côté de Gbagbo : Charles Konan Banny est tout sauf manipulable.
L'opinion qu'il a de lui-même est telle que lorsqu'on l'interroge
sur l'éventualité d'un accord secret entre lui et le président,
« CKB » a presque un haut-le-coeur : « Je suis moi,
je ne suis le sous-marin de personne. C'est mal me connaître que
de croire que ma personnalité s'accommoderait de ce genre de navigation
en eaux troubles. D'ailleurs, j'ai trois ans de plus que Laurent Gbagbo.
C'est mon petit frère... » Avec lui, la cohabitation risque
de prendre rapidement l'allure d'une confrontation.
« Outre Konan Banny, un seul homme parmi les postulants éventuels
est en mesure de résister à Gbagbo : Gaston Ouassénan
Koné, confie-t-on à Paris, avant d'ajouter, mais il faudrait,
pour que le président l'accepte, que son entourage fasse taire
ses rancoeurs, ce qui est loin d'être acquis. » Ce général
de gendarmerie à la retraite de 70 ans, formé en France,
originaire de Katiola, Sénoufo de confession catholique, président
du groupe parlementaire PDCI à l'Assemblée nationale, est
en fait le candidat (à peine) secret du tandem Bédié-Ouattara
pour la primature. Le temps ayant fait son oeuvre, ce général
de division qui était, il y a quelques jours, à Paris, où
il a été notamment reçu à l'Élysée,
estime entretenir désormais des relations fluides avec Gbagbo,
ce qui ferait de lui un premier ministrable acceptable aux yeux du chef
de l'État. Le problème est que cette fluidité est
récente. En mai 2003, le même Gbagbo avait en effet assorti
son refus de nommer le même Ouassénan Koné au poste
de ministre de la Défense, ainsi que le proposait l'opposition,
de cette petite phrase définitive : « Je le dis clairement,
tant que je serai président de la République, lui, Ouassénan,
ne sera pas ministre. » En filigrane de cette tirade : le passé
ministériel de cet ex-responsable de la Sécurité
sous Houphouët, puis sous Bédié, homme à poigne
à l'efficacité reconnue, mais sans états d'âme
quand il s'est agi de « punir » les militants du FPI, le parti
de Gbagbo. La garde rapprochée du président lui reproche,
en outre, d'avoir joué un rôle non éclairci, alors
qu'il était capitaine, dans la répression de la révolte
bétée de 1970 à Gagnoa et à Daloa. À
l'évidence, la réconciliation a des limites, d'autant que
Gbagbo tient le plus grand compte des états d'âme de son
socle communautaire.
Quelle que soit l'identité d'un Premier ministre, qui, en toute
hypothèse, ne sera pas le sien, et quelle que soit la capacité
de ce dernier à lui tenir tête, le président ivoirien
va donc devoir s'employer à demeurer au centre de l'échiquier.
Pour cela, et même s'il a déjà usé en quelques
années une petite dizaine de cabinets de lobbyistes américains
afin d'améliorer son image à Washington, Gbagbo reste toujours,
et quoi qu'il en dise, obsédé par la France. Il vit comme
une injustice le fait d'y être incompris, et il n'a jamais désespéré
de parvenir à s'expliquer. Même lorsqu'il laisse ses partisans
se livrer à des diatribes antifrançaises et préparer
des slogans hostiles à l'ex-métropole coloniale, le dépit
amoureux n'est jamais loin, et rien, à ses yeux, n'est irréversible.
Jacques Chirac ne le prend plus au téléphone depuis un an
? Peu importe, après tout. Ces deux derniers mois, Gbagbo a eu
deux fois le Premier ministre Dominique de Villepin au bout du fil, et
ses émissaires ne trouvent plus porte close à Paris. Le
docteur Adou Assoa, ministre des Eaux et Forêts, l'un de ses hommes
de confiance, est ainsi régulièrement reçu par la
cheville ouvrière du Quai d'Orsay, le directeur de cabinet Pierre
Vimont. À l'Élysée, chez ce fin connaisseur de la
Côte d'Ivoire qu'est Michel de Bonnecorse, Laurent Dona Fologo et
le ministre des Finances Paul-Antoine Bohoun Bouabré - très
apprécié à Paris - sont des hôtes assidus,
parfois à déjeuner. À Abidjan, avec un sens consommé
du dosage, le président continue de répartir contrats et
marchés entre Français et Américains : aux premiers
les services - eau, électricité, télécoms,
port -, aux seconds les matières premières - café,
cacao, pétrole.
Ce funambule de la politique parviendra-t-il à maintenir cet équilibre
si la perche qu'il tient entre ses mains, en l'occurrence son pouvoir
de gouverner, lui échappe ? Désormais sursitaire, dos au
mur en quelque sorte, Gbagbo n'envisage assurément pas de céder
le pouvoir en octobre 2006, au terme d'une année de transition
que l'on imagine déjà chaotique et tendue. Il veut un «
vrai » mandat de cinq ans, apaisé et, surtout, incontesté,
pour réaliser enfin les grands projets dont il rêve et imprimer
dans l'histoire de son pays une autre image que celle de l'homme qui fut
au centre de la plus grave crise qu'ait connue la Côte d'Ivoire
- et sans doute l'Afrique francophone - depuis l'indépendance.
Pour cela, Gbagbo a son « plan A » : remporter les élections.
Il se dit certain d'y parvenir et a fait partager cette conviction, sondages
à l'appui, à un homme tel que Thabo Mbeki. Mais il a aussi,
au cas où cette certitude ne serait que feinte, un « plan
B ». Nul n'en connaît les contours, si ce n'est qu'il est
sans doute celui de tous les dangers.
Misère dAfrique
Ce qui se passe au Maroc, près des enclaves espagnoles où
les Africains affrontent les barbelés ou choisissent de se jeter
dans des barques de fortune, doit amener ces derniers
à un éveil de conscience. À commencer par les hommes
politiques et les opérateurs économiques. Ceux-ci doivent
créer les richesses sur place, à Abidjan, à Ouagadougou,
à Libreville
Il est temps de construire des infrastructures
(routes, écoles et hôpitaux), de créer de nouvelles
capitales plus vivables et dinviter nos dirigeants à investir
les
biens acquis, honnêtement ou pas, sur notre continent. Ni lUnion
africaine ni la Cedeao nont engagé une action denvergure.
Tant que lOccident se barricadera
LOccident se barricade pour ne pas « accueillir toute la misère
du monde », surtout pas celle made in Africa. Mais jusquà
quand ? Tant que Chirac, Blair, Bush et autres continueront de recevoir
en grande pompe à Paris, Londres ou Washington ceux qui étouffent
leurs peuples en pillant les maigres ressources de leurs pays et en réprimant
toute protestation, les barricades de lOccident seront prises dassaut
! Tant que lordre
économique international fera la part belle à la spéculation
financière au détriment des peuples, lOccident ne
pourra pas jouir tranquillement de sa prospérité ! Aujourdhui,
lOccident se barricade, mais quel mur peut arrêter celui qui
fuit la misère, la dictature, la guerre ?
Edito
de Pascal Barrand : ''Double message''
Journal de la Haute-Marne (Chaumont) - Rien ne peut justifier le crime
dont se sont rendus coupables des militaires français en Côte-d'Ivoire.
Tout comme rien ne peut fonder, non plus, l'attitude des deux généraux
qui ont couvert cette exaction.
C'est le message qu'entend faire passer clairement la ministre de la Défense,
en sanctionnant lourdement tous les militaires, du simple homme du rang
jusqu'au plus haut officier, impliqués dans cette sombre et tragique
affaire. Ce message s'adresse bien sûr en premier lieu à
l'armée française, à qui Michèle Alliot-Marie
veut rappeler ainsi ses devoirs, parmi lesquels celui du respect de ce
qu'il convient d'appeler l'éthique républicaine. Il ne s'agit
pas là simplement d'une question d'image. C'est avant tout une
question de valeur fondamentale, à laquelle ne saurait déroger
aucun homme portant l'uniforme national.
Mais ce message est aussi celui que l'Etat français souhaite adresser
aux Ivoiriens, qu'il s'agissent de ceux du camp du président Laurent
Gbagbo, comme de celui des opposants et des rebelles. Quatre mille soldats
français sont en effet encore présents actuellement en Côte-d'Ivoire,
dans le cadre de la force Licorne. Et chacun, garde en mémoire,
jusque surtout au plus haut sommet de l'Etat, l'attaque meurtrière
de deux appareils de l'aviation ivoirienne contre un camp français.
Il s'agit dans le cas présent de montrer à l'ensemble du
peuple ivoirien que les militaires de la force Licorne sont bien là
pour faire oeuvre de paix au côté des 7 000 Casques bleus
engagés dans l'opération des Nations unies dans ce pays,
et donc d'éviter tant que faire se peut que ce crime ne dresse
à nouveau les Ivoiriens contre les soldats français. Dont
la situation reste d'autant plus délicate que la récente
volte-face de Laurent Gbagbo a créé les conditions d'un
nouvel embrasement.
Le VIH/SIDA circule librement en zones de guerre
Prostitution galopante, floraison de jeunes mères démunies,
le lévirat, gencives et lèvres "pilées et noircies"
à l'aide d'aiguilles, excision, sont autant de sources de contamination
au VIH/SIDA en zones ex-rebelles, dans le nord de la Côte d'Ivoire.
Des analystes affirment qu'après les armes, c'est le SIDA qui tue
aujourd'hui dans ces anciennes zones de guerre où beaucoup d'activités
-- même médicales -- tournent au ralenti, ou sont mises en
veilleuse depuis l'insurrection armée du 19 septembre 2002.
La rébellion est survenue après l'échec d'une tentative
de coup d'Etat, transformée en une insurrection armée qui
a coupé en deux, depuis cette date, ce pays d'Afrique de l'ouest,
malgré plusieurs efforts de médiation internationale entre
les belligérants. Les soldats insurgés avaient déclaré
qu'ils se rebellaient pour s'opposer à une menace d'exclusion présumée
des populations du nord, musulmanes en majorité.
En réalité, jusqu'au milieu des années 1990, le SIDA
n'était, pour plusieurs Ivoiriens, qu'un "Syndrome imaginé
pour décourager les amoureux" dont on se moquait à
défaut de le combattre parce que beaucoup de gens ne croyaient
pas encore à la maladie.
La prostitution sous toutes ces formes -- la débauche sexuelle
des filles de 12 à 25 ans -- et la prostitution déguisée
des femmes mariées sont devenues un fonds de commerce ou un moyen
de compléter l'argent de la popote. Ainsi, ces filles et femmes
mariées fréquentent quotidiennement les "nazongondafa"
ou "hôtels de passe" en malinké (la langue locale
dominante dans le nord) pour rencontrer des clients qui leur paieront
le prix du plaisir du temps passé ensemble, et souvent sans préservatif.
Sur le plan esthétique et culturel, avoir des gencives et des lèvres
noires est très prisé dans cette région septentrionale
de la Côte d'Ivoire. Des jeunes filles et femmes se font donc "piler"
ces parties de la bouche pour avoir un autre "look" et se faire
aimer des hommes qui tombent sous leur charme : une pratique culturelle
qui vient des pays voisins (Mali, Burkina Faso et Guinée Conakry)
dont le nord ivoirien est frontalier. Or les aiguilles utilisées
pour ce maquillage ne sont non seulement pas stérilisées,
mais elles sont appliquées à plusieurs personnes.
Les filles courent les mêmes risques d'infection au VIH/SIDA avec
l'excision encore fortement pratiquée dans cette région,
avec du matériel usé et non désinfecté.
A cela, s'ajoutent les mariages forcés, notamment le lévirat
qui est une pratique coutumière qui impose à une femme veuve
d'épouser le frère cadet du défunt; ou encore le
mariage sororal où la soeur cadette de la femme défunte
est donnée en mariage au mari veuf. Sans compter les mariages précoces,
avec leur cortège de jeunes mères démunies qui mendient
pour se nourrir, avec des enfants dépourvus de tous soins élémentaires.
Ces différents mariages se déroulent sans aucun dépistage
préalable au VIH/SIDA alors que l'un des conjoints est peut-être
mort de la maladie.
Ces différentes pratiques culturelles sont des sources de contamination
à la maladie, déclare à IPS, Dr Aristide Okou, médecin-chef
du laboratoire de dépistage volontaire au Centre hospitalier régional
de Korhogo, envoyé en mission par le Fonds mondial de lutte contre
le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme. Korhogo est l'une des principales
villes du nord de la Côte d'Ivoire sous le contrôle des ex-rebelles.
Suite aux troubles politico-militaires qui ont secoué le pays,
le système sanitaire est désorganisé dans le nord.
Environ 80 pour cent des infrastructures médicales ne sont plus
opérationnelles et plus de 80 pour cent du personnel ont abandonné
leurs postes, selon le bureau de l'Organisation mondiale de la santé,
à Abidjan, la capitale économique..
La dégradation du système sanitaire a amené les populations
des zones occupées par la rébellion à fouler au pied
les règles élémentaires de protection contre le VIH/SIDA,
selon des spécialistes.
Des sources hospitalières indiquent que la côte d'alerte
a été atteinte en Côte d'Ivoire où le taux
de personnes infectées serait en hausse croissante depuis ces trois
dernières années de guerre, du fait des déplacements
des populations vers les zones gouvernementales.
Selon le Réseau ivoirien des personnes vivant avec le VIH/SIDA
(RIP+), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à
Abidjan, au moins 12 pour cent de la population en Côte d'Ivoire
est infecté par le virus du SIDA, soit plus d'un million de personnes.
Pour le RIP+, les jeunes sont les plus infectés (25 pour cent),
les forces de défense et de sécurité (25 pour cent)
et le corps enseignant qui est gravement affecté. Deux enseignants
du primaire et un enseignant du secondaire meurent chaque jour de SIDA
en Côte d'Ivoire, ajoute l'ONG.
En 1993, le Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS) avait estimé
que 9,8 pour cent de la population - âgée de plus de 15 ans
- était séropositif. Le taux actuel de prévalence
du VIH de 12 pour cent fait de la Côte d'Ivoire le pays le plus
touché de l'Afrique de l'ouest, et l'un des pays les plus touchés
en Afrique subsaharienne, ajoute le PNLS.
Selon l'ONG 'SOS violence sexuelle', le SIDA constitue aujourd'hui en
Côte d'Ivoire la première cause de mortalité des hommes
adultes et la deuxième cause chez les femmes. Le plus alarmant
reste le nombre inconnu de personnes séropositives qui vont développer
la maladie dans les 10 ou 15 années à venir, souligne l'ONG.
Sur une population estimée à plus de 15 millions d'habitants,
la Côte d'Ivoire compte 8,100 millions de femmes. Mais sur dix personnes
infectées par le VIH, six sont des femmes, selon le PNLS.
Des responsables du Programme national de prise en charge des personnes
vivant avec le VIH/SIDA, à Korhogo, ont dit à IPS qu'ils
n'avaient pas encore les différents taux d'infection particuliers
aux zones assiégées et qu'ils les attendaient de la représentation
du Fonds mondial de lutte contre le SIDA à Abidjan.
Kady Coulibaly, chargée du dépistage au laboratoire de l'hôpital
de Korhogo, explique à IPS : "Malgré l'implication
tardive des organismes humanitaires dans la sensibilisation en zone de
guerre, il n'y a pas d'affluence pour le dépistage volontaire.
Seuls les malades arrivent dans un état très avancé".
La Côte d'Ivoire est bénéficiaire au Fonds mondial
de lutte contre le SIDA d'un montant de 55 millions de dollars sur cinq
ans, et 15 millions d'euros (environ 17,8 millions de dollars) ont été
mis à la disposition du pays depuis 2003, en période de
guerre, selon la représentation du fonds à Abidjan.
En outre, le traitement aux anti-rétroviraux (ARV), qui était
encore très élevé pour les malades il y a quelques
années, est passé progressivement de 300 dollars à
six ou 10 dollars par trimestre.
Selon Dr Okou, les ARV sont vendus à 10 dollars aux malades de
Korhogo et des zones assiégées contre six dollars en zones
gouvernementales, la différence des quatre dollars étant
utilisée pour d'autres charges, notamment les honoraires du personnel
d'appui.
C'est une politique mise en oeuvre par le Fonds mondial contre le SIDA,
en partenariat avec le gouvernement ivoirien, pour permettre à
tous les malades de se soigner à moindre coût et encourager
le reste de la population à faire son dépistage, a-t-il
ajouté.
Quelque 11.000 malades bénéficient actuellement de la prise
en charge en ARV par le Programme national de prise en charge dans tout
le pays, y compris ceux qui sont dans les zones de guerre, selon Dr Issa
Malick Coulibaly, inspecteur au ministère de la Santé et
de la Population.
Ce nombre encore limité de bénéficiaires des ARV
avait poussé le RIP+ à lancer une quête pour une aide
en faveur des malades. L'ONG estime que plus du tiers des personnes vivant
avec le VIH en Côte d'Ivoire, soit environ 500.000 malades, ont
actuellement besoin d'un traitement ARV.
Par ailleurs, dans les zones de guerre, la prise en charge des femmes
enceintes séropositives manque terriblement. A défaut de
la prévention spéciale de la transmission mère-enfant,
les femmes infectées sont soignées aux ARV comme les autres
malades, a expliqué Dr Okou à IPS.
"On a trop caché les choses, diabolisé le mal dans
la sensibilisation. On doit rendre ordinaire la maladie pour obtenir une
harmonie nationale autour du SIDA et le faire reculer", a déclaré
Ibrahima Soro, de l'ONG "Care International" impliquée
dans la sensibilisation et la création d'activités génératrices
de revenus aux familles affectées par la maladie.
Paris tente de calmer le jeu dans l'affaire Poncet
Les autorités
militaires tentent de calmer le scandale majeur du meurtre présumé
d'un Ivoirien par des soldats français en Côte-d'Ivoire,
qui a provoqué la suspension du général Henri Poncet
et fait l'objet de nouvelles révélations.
"Nous n'avons rien à cacher", a assuré jeudi le
Premier ministre Dominique de Villepin à propos d'une affaire qui
prend chaque jour de l'ampleur. Au point que les autorités militaires
ont jugé bon mercredi soir de diffuser un communiqué intitulé:
"L'armée de terre unie derrière le chef d'état-major
de l'armée de terre".
Le communiqué explique que le général Bernard Thorette,
chef d'état-major de l'armée de terre, a réuni "les
chefs de corps des forces et la haute hiérarchie" qui, après
exposé des faits, "lui ont manifesté leur soutien".
Faisant à demi-mot allusion aux remous que provoque l'affaire Poncet
au sein des armées, les autorités militaires précisent
que "les réactions individuelles, quand elles existent, traduisent
pour la plupart une perception aiguë de la gravité des faits
et une grande prudence dans l'attente du résultat des enquêtes
en cours".
"C'est une affaire grave, car c'est tout à fait nouveau. On
n'a pas l'habitude de désigner les militaires à la vindicte
publique", a commenté le général d'aviation
en retraite Jean-Vincent Brisset. Une nouvelle révélation,
confirmée à l'AFP de source militaire, a relancé
cette semaine l'affaire du général de corps d'armée
Poncet, suspendu le 17 octobre avec deux adjoints, dont le colonel Eric
Burgaud, car soupçonné d'avoir couvert le meurtre en mai
d'un Ivoirien lorsqu'il commandait l'opération "Licorne".
L'hebdomadaire le Point révèle que la victime, Firmin Mahé,
un "coupeur de routes" soupçonné de plusieurs
meurtres et viols, a été "étouffé avec
un sac plastique" par un soldat français puis transporté
à l'hôpital de Man, dans l'ouest de la Côte-d'Ivoire.
Citant des "sources militaires multiples", l'hebdomadaire affirme
qu'un second général, adjoint du général Poncet,
pourrait aussi faire l'objet d'une suspension. Parallèlement aux
suspensions et à l'enquête de commandement en cours, le procureur
du tribunal aux armées de Paris a ouvert une information judiciaire
contre X pour "homicide volontaire".
Le rapport d'enquête sera remis "probablement la semaine prochaine"
au ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, a annoncé
Jean-François Bureau, porte-parole du ministère. L'enquête
"sera déclassifiée par Mme Alliot-Marie pour pouvoir
être versée au dossier judiciaire et transmise au parquet",
a-t-il dit. Selon le quotidien Le Monde qui cite des "indications
qui filtrent de l'enquête", trois soldats français sont
impliqués dans le meurtre présumé du "bandit"
ivoirien. La France maintient 4.000 soldats en Côte-d'Ivoire, dans
la force Licorne, aux côtés de plus de 7.000 Casques bleus
engagés dans l'Opération des Nations unies dans ce pays
(Onuci).
Mme Alliot-Marie a par ailleurs accusé Amnesty International d'omissions
dans un rapport de l'ONG qui reproche aux soldats français d'avoir
"à certaines occasions, fait un usage excessif et disproportionné
de la force létale" en Côte-d'Ivoire en 2004. Elle "regrette
vivement qu'à aucun moment", ce rapport "ne fasse mention
de l'attaque subie par les forces françaises à Bouaké
le 6 novembre 2004, causant la mort de 9 militaires et en blessant 38
autres".
Face à la mise en cause des militaires français et à
l'impasse politico-militaire dans laquelle stagne la Côte-d'Ivoire,
pays coupé en deux, entre la zone rebelle au nord et le sud resté
sous l'autorité du président Laurent Gbagbo, les députés
socialistes ont quant à eux formulé une nouvelle demande
de commission d'enquête parlementaire sur le rôle de la France
en Côte-d'Ivoire, après une première infructueuse.
LE
30 OCTOBRE EST PASSÉ
Les "jeunes patriotes" rassemblent 10.000 personnes pour un
concert
Environ 10.000 personnes assistaient mardi dans un stade d'Abidjan
à un concert organisé par les "Jeunes patriotes",
militants de choc du président ivoirien Laurent Gbagbo, pour fêter
la première qualification des footballeurs ivoiriens à la
Coupe du monde, a constaté un journaliste de l'AFP.
Le concert a commencé en fin d'après-midi, avec plusieurs
heures de retard, par des interventions du chef des Jeunes patriotes Charles
Blé Goudé, du président de l'Assemblée nationale
Mamadou Koulibaly - considéré comme un dur du régime
-, et du président du Conseil économique et social Laurent
Dona Fologo, proche du président Gbagbo, qui ont ensuite cédé
la place aux artistes.
"Nous sommes venus célébrer deux événements:
la qualification des Eléphants (l'équipe nationale de football)
et la résolution des Nations unies qui maintient le président
Gbagbo au pouvoir", a déclaré Charles Blé Goudé.
Après le report sine die de la présidentielle prévue
le 30 octobre, en raison de la persistance de la crise politico-militaire
que traverse le pays depuis septembre 2002, le Conseil de sécurité
de l'Onu a prolongé d'un an maximum le mandat de M. Gbagbo, le
flanquant d'un Premier ministre - qui reste à désigner -
dotés de pouvoirs élargis pour organiser le scrutin.
Ce concert, initialement prévu dimanche, avait été
reporté "pour éviter tout affrontement et toute provocation"
avec la branche jeunesse de l'opposition qui organisait ce jour-là
un rassemblement dans un complexe sportif distant de quelques kilomètres
pour réclamer le départ du président Gbagbo, dont
le mandat était selon eux expiré.
"Aujourd'hui 30 octobre, y'a rien", pouvait-on d'ailleurs lire
sur certains tee-shirts, visiblement imprimés à l'origine
pour dimanche dernier, annoncé comme la journée de tous
les dangers mais qui s'est finalement déroulée sans incident
majeur.
"Merci, parce que vous avez montré ce qu'est l'amour pour
la patrie, vous avez montré au reste du monde ce qu'est une Nation
qui naît", a déclaré Mamadou Koulibaly, demandant
aux jeunes patriotes d'aller "dire aux rebelles", qui contrôlent
le nord du pays depuis trois ans, et aux dirigeants de l'opposition "qu'on
veut aller aux élections pour en finir avec la chienlit".
Aucun incident n'a été pour l'heure signalé. Un important
déploiement de forces de l'ordre était visible autour du
stade, a constaté le journaliste de l'AFP.
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Manifestation pro-Gbagbo à Abidjan
Des milliers de Jeunes patriotes restés fidèles à
Laurent Gbagbo cinq ans après l'avoir aidé à prendre
le pouvoir en Côte d'Ivoire ont manifesté mardi à
Abidjan leur joie de voir le mandat du président prolongé
d'un an. Les Nations unies et l'Union africaine ont donné leur
aval à cette prorogation, des élections n'ayant pas pu être
organisées pour la date prévue du 31 octobre.
Les jeunes du Front populaire ivoirien (FPI) au pouvoir se sont réunis
dans un stade de la capitale économique du pays, deux jours après
une manifestation similaire de l'opposition qui, elle, protestait dimanche
contre le maintien au pouvoir de Laurent Gbagbo. La police avait tiré
des gaz lacrymogènes sur des groupes qui incendiaient des pneus
dans les rues.
Le chef des Jeunes patriotes, Blé Goudé, a déclaré
mardi avant le rassemblement qu'il appellerait les jeunes militants "à
rester dans le cadre du processus de paix afin que les élections
aient lieu avant 12 mois". "Trois ans de guerre ne nous ont
rien apporté d'autre que la désolation et la tristesse.
Il est temps de faire la paix", a déclaré celui qui
a prouvé son pouvoir sur les jeunes dans les émeutes de
2004 contre les soldats français.
Laurent Gbagbo, qui a annulé le mois dernier la présidentielle
prévue pour dimanche en invoquant le refus des rebelles de désarmer,
s'est engagé à organiser des élections sous 12 mois
et à nommer rapidement un nouveau Premier ministre à la
place de Seydou Diarra afin d'organiser le scrutin. Les rebelles qui tiennent
le nord du pays ont de leur côté "nommé"
Guillaume Soro pour former un gouvernement de réconciliation.
La Côte d'Ivoire est coupée en deux entre le Sud contrôlé
par les forces gouvernementales et le Nord tenu par les rebelles à
la suite d'une tentative de coup d'Etat contre Laurent Gbagbo en 2002
à Abidjan. Malgré les accords de paix de Marcoussis (France)
en 2003 qui ont mis fin aux principaux combats et permis la formation
d'un gouvernement d'unité nationale comprenant des ex-rebelles,
les belligérants restent sur leurs positions. Quelque 6.000 Casques
bleus et 4.000 militaires français mandatés par la communauté
internationale sont déployés principalement sur la ligne
de front séparant les deux camps.
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L'enquête
confirme la mort par étouffement de l'Ivoirien Firmin Mahé
L'Ivoirien
mort entre les mains des forces françaises en Côte d'Ivoire
en mai a été tué "par étouffement",
confirme le rapport d'enquête remis mercredi au ministre de la Défense,
qui a décidé d'infliger un blâme au général
Henri Poncet.
Ce ressortissant, Firmin Mahé, a été "tué
par étouffement par des militaires français dans un véhicule
blindé entre Bangolo et Man, le 13 mai", selon un communiqué
du ministère citant le rapport.
"Le commandant de la force Licorne (le général Poncet)
a été informé des faits, mais ne les a pas portés
à la connaissance de ses autorités hiérarchiques",
et le ministre a décidé de lui infliger "un blâme"
ainsi qu'au général adjoint affecté à l'opération
(Renaud de Malaussène), selon la même source.
Ces deux officiers supérieurs font l'objet d'une mutation décidée
ce mercredi en Conseil des ministres. A l'annonce de cette affaire par
le ministère de la Défense, le 17 octobre, trois militaires
avaient été suspendus: le général Poncet,
et le colonel Eric Burgaud et un adjudant-chef.
Le ministre Michèle Alliot-Marie a par ailleurs décidé
de suspendre "deux "militaires du rang dont l'enquête
de commandement a établi qu'ils étaient présents
avec l'adjudant-chef précédemment suspendu dans le véhicule
où a été tué Firmin Mahé". Ces
trois militaires et leur chef de corps seront traduits devant un conseil
d'enquête "afin que soient proposées des sanctions adaptées
à leurs responsabilités".
"Le ministre de la Défense a ordonné la déclassification
du rapport d'enquête de commandement et sa transmission au juge
d'instruction", précise le ministère. En effet, le
procureur du tribunal aux armées de Paris a ouvert une information
judiciaire contre X pour "homicide volontaire", dans cette affaire
qui provoque un malaise au sein des armées. "Le rapport, précise
encore le ministère de la Défense, fait apparaître
deux niveaux de responsabilités, celui de l'implication directe
ou indirecte dans l'homicide d'une part, celui de la falsification des
rapports et de la dissimulation de l'ensemble des faits d'autre part."
La France maintient 4.000 soldats en Côte-d'Ivoire, dans la force
Licorne, aux côtés de plus de 7.000 Casques bleus engagés
dans l'Opération des Nations unies dans ce pays (Onuci).
Trouver un Premier ministre, priorité de la transition ivoirienne
La nomination
d'un nouveau Premier ministre est désormais l'urgente priorité
en Côte d'Ivoire, en vue de la mise en place d'une transition dont
l'objectif principal est l'organisation d'élections dans le délai
maximum de 12 mois exigé par la communauté internationale.
Le président Laurent Gbagbo, maintenu par une résolution
de l'Onu après la fin officielle de son mandat dimanche, a indiqué
dans une adresse à la Nation ivoirienne, qu'un nouveau Premier
ministre serait désigné "dans quelques jours".
Le non-respect de la date-limite du 31 octobre, fixée par la communauté
internationale pour cette nomination, est néanmoins un premier
signe négatif et les médiateurs africains, les présidents
nigérian Olusegun Obasanjo, sud-africain Thabo Mbeki et nigérien
Mamadou Tandja, chargés d'entamer "les consultations"
présidant à cette nomination, ne sont toujours pas annoncés
à Abidjan.
Or la désignation de ce Premier ministre, qui selon la résolution
1633 du Conseil de sécurité de l'Onu, qui prescrit les modalités
de la transition, devra "exercer pleinement son autorité sur
son cabinet", risque de se révéler difficile et de
devenir l'enjeu de luttes farouches entre camp présidentiel et
opposition.
D'ores et déjà, la rébellion des Forces nouvelles
(FN), qui occupe le nord du pays depuis qu'elle a pris les armes en septembre
2002, a "désigné" dimanche soir son secrétaire
général Guillaume Soro à ce poste, le chargeant de
"constituer très rapidement (...) le gouvernement de réconciliation
nationale".
Du côté de l'opposition politique, les différents
partis ont montré plus ou moins d'enthousiasme à cette "désignation",
mais rappelé que le Premier ministre devait être issu des
rangs du G7, front anti-Gbagbo regroupant opposition et rébellion.
"Cela n'est pas acquis. Il y a beaucoup de propositions, beaucoup
de noms qui circulent", a prudemment expliqué Alphonse Djédjé
Mady, le président du directoire du G7, après l'annonce
des FN, alors que le Rassemblement des Républicains (RDR, membre
du G7) de l'ex- Premier ministre Alassane Ouattara a indiqué "reconnaître"
M. Soro comme Premier ministre.
M. Soro est cependant loin d'incarner la personnalité "acceptable
pour toutes les parties" que décrit l'Onu pour occuper le
poste. "C'est moi qui signe le décret. Je ne signerai le décret
de nomination que si le Premier ministre qu'on me propose est pour le
salut de la Côte d'Ivoire", avait souligné mi-octobre
le président Gbagbo.
Dans le microcosme politique abidjanais, plusieurs noms circulent, notamment
ceux d'Amara Essy, ex-ministre des Affaires étrangères,
René Amani, actuel ministre de la Défense issu de la société
civile, ou l'ancien ministre Emile Constant Bombet. L'actuel Premier ministre
du "gouvernement de réconciliation nationale", Seydou
Diarra a aussi été cité récemment avec insistance
comme le mieux à même de satisfaire tout le monde, en dépit
des critiques sur son incapacité à faire appliquer les accords
de Marcoussis. C'est "le profil qui créerait le moins de problèmes",
estimait lundi l'ex-représentant du secrétaire général
de l'Onu en Côte d'Ivoire, Albert Tévoédjéré,
sur Radio France internationale (RFI), rejoignant plusieurs observateurs
à Abidjan.
L'"oiseau rare" une fois trouvé, une nouvelle lutte risque
toutefois de s'engager sur l'étendue de ses pouvoirs: ceux prévus
par la Constitution, estime le camp Gbagbo, la totalité des prérogatives
de l'exécutif, réclame le G7.
Un
blâme pour le général Poncet
Le commandement de Licorne, suspendu à la suite du décès
d'un Ivoirien appréhendé en mai dernier par des militaires
français, va recevoir un blâme et être muté.
L e commandement de Licorne sanctionné: suspendus à la suite
du décès d'un Ivoirien appréhendé en mai dernier
par des militaires français, l'ancien commandant des forces françaises
en Côte d'Ivoire, le général Henri Poncet, et son
adjoint, vont recevoir un blâme et être mutés, a annoncé
mercredi 2 novembre le ministère de la Défense. Trois militaires
et leurs chef de corps vont par ailleurs être traduits devant un
conseil d'enquête.
Remis au ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, le
rapport sur la mort de l'Ivoirien Firmin Mahé établit en
effet qu'il a été "tué par étouffement"
par des soldats français dans un véhicule blindé,
entre Bangolo et Man, le 13 mai dernier. Par ailleurs, le commandement
de la force Licorne, "informé des faits", "ne les
a pas portés à la connaissance de ses autorités hiérarchiques".
Deux niveaux de responsabilité
"Le rapport fait apparaître deux niveaux de responsabilités,
celui de l'implication directe ou indirecte dans l'homicide d'une part,
celui de la falsification des rapports et de la dissimulation de l'ensemble
des faits d'autre part", ajoute un communiqué du ministère
de la Défense qui souligne "la gravité des manquements
avérés aux lois, règlements et obligations résultant
du statut des militaires".
Outre l'adjudant-chef déjà suspendu, deux autres militaires
dont l'enquête a établi qu'ils étaient présents
au moment des faits sont suspendus, ajoute le ministère. Tous trois,
ainsi que leurs chefs de corps, vont être traduits devant un conseil
d'enquête "afin que soient proposées des sanctions adaptées
à leurs responsabilités
Les
rebelles des Forces nouvelles ont désigné dimanche Guillaume
Soro comme Premier ministre d'un "futur gouvernement de réconciliation
nationale".
Guillaume Soro au cours d'une conférence de presse à Paris
(AP)
La rébellion des Forces nouvelles (FN), qui contrôle le Nord
de la Côte d'Ivoire, a annoncé dimanche 30 octobre au soir
avoir désigné son secrétaire général
Guillaume Soro comme Premier ministre du "futur gouvernement de réconciliation
nationale".
Le "mandat
présidentiel de Monsieur Laurent Gbagbo est bel et bien fini"
le 30 octobre, soulignent les FN dans un communiqué, affirmant
qu'elles "ne lui reconnaisssent donc aucun titre de président
de la République de Côte d'Ivoire".
La présidentielle,
qui aurait dû être organisée dimanche, a été
reportée sine die en raison de la persistance de la crise politico-militaire
que connaît la Côte d'Ivoire depuis septembre 2002.
Laurent
Gbagbo a annoncé dimanche soir lors d'une adresse radio-télévisée
à la nation ivoirienne qu'un nouveau Premier ministre serait désigné
"dans quelques jours".
"Arrangement
politique"
La rébellion
mandate Guillaume Soro "pour prendre tous les contacts nécessaires
avec toutes les formations politiques signataires de l'accord de Linas
Marcoussis en vue de constituer très rapidement, dans les heures
à venir le gouvernement de réconciliation nationale",
précise le texte.
L'accord,
censé ramener la paix en Côte d'Ivoire, avait été
signé en janvier 2003 en France, à la suite du coup d'Etat
raté des FN de septembre 2002 contre Laurent Gbagbo.
Selon
les FN, la résolution de l'Onu soutenant le maintien de Laurent
Gbagbo à la présidence pendant un an maximum est "un
arrangement politique".
Laurent Gbagbo justifie son maintien à la présidence
Le président
ivoirien dont le mandat a été prolongé pour un an
par l'ONU s'est adressé à la nation dimanche soir. Il promet
un Premier ministre prochainement pour organiser des élections.
La journée a été marquée par des manifestations
de l'opposition qui exige son départ.
Le président ivoirien Laurent Gbagbo
Le président ivoirien Laurent Gbagbo, dont le mandat s'achèvait
officiellement dimanche, a souhaité que des élections aient
lieu "bien avant" la fin du délai d'un an imparti par
l'Onu pour les organiser et annoncé la nomination d'un nouveau
Premier ministre "dans quelques jours". La présidentielle
prévue ce 30 octobre n'a pu être organisée en raison
de la persistance de la crise que traverse la Côte d'Ivoire depuis
septembre 2002.
Le Conseil
de sécurité de l'Onu a adopté, le 21 octobre, la
résolution 1633 maintenant Laurent Gbagbo à son poste "pour
une durée n'excédant pas 12 mois" et lui adjoignant
un Premier ministre doté de "tous les pouvoirs nécessaires"
pour organiser ce scrutin.
"La
communauté internationale nous enjoint d'achever ce processus (électoral)
dans douze mois au plus tard. Je souhaite pour ma part que les élections
aient lieu bien avant ces douze mois et c'est la mission que je confierai
au Premier ministre que nous désignerons dans quelques jours",
a déclaré Laurent Gbagbo dimanche soir, dans une adresse
télévisée à la Nation.
La
rébellion acusée
Laurent
Gbagbo a justifié son maintien à la tête de l'Etat,
l'estimant "conforme" à la Constitution et attribuant
à "la rébellion et à tous les partis qui l'ont
soutenue" les blocages ayant abouti à la situation actuelle.
"Les
décisions que ces (Union africaine et Onu) organisations, viennent
de prendre seront appliquées (...) avec d'autant plus de détermination
et d'engagement qu'elles sont conformes à notre Constitution".
"Le
président de la République continuera d'assurer la continuité
de l'Etat et demeurera à la tête de celui-ci jusqu'à
ce que l'élection à la présidence de la République
ait lieu", a-t-il ajouté. "Ma conviction profonde est
que notre pays ne sortira de la crise que par les élections. Il
nous faut donc aller aux élections", a-t-il également
souligné.
"L'impossibilité
dans laquelle nous nous trouvons d'organiser les élections est
imputable à la rébellion et à tous les partis qui
l'ont soutenue dans son refus de désarmer malgré les engagements
pris et malgré tous les efforts que nous avons consentis",
a estimé Laurent Gbagbo.
"Les
rebelles et leurs alliés politiques se sont installés dans
le dilatoire, jouant le pourrissement de la situation espérant
ainsi (...) que l'on s'installerait dans un vide juridique qui leur permettrait
d'accéder à la tête de l'Etat sans aucune élection",
a-t-il poursuivi.
Manifestations
En fin
de journée, les Forces de l'ordre ivoiriennes avaient dispersé
à Abidjan par des tirs en l'air à balles réelles
et des grenades lacrymogènes près de 400 manifestants de
l'opposition qui tentaient de se rendre à la résidence de
Laurent Gbagbo. La capitale économique de la Côte d'Ivoire
était calme jusqu'alors. L'animation en matinée à
Abidjan était celle d'un dimanche habituel, et des militants de
l'opposition avaient commencé à se rassembler dans divers
quartiers populaires pour se rendre au meeting prévu en fin de
matinée dans un quartier populaire du sud de la ville
Quelques
4.000 jeunes se sont ainsi rassemblés pour exiger le départ
du président ivoirien dans une ambiance détendue.
Arrivés
par petits groupes en fin de matinée de divers quartiers d'Abidjan,
ces jeunes, sympathisans du Rassemblement des houphouétistes pour
la démocratie et la paix (RHDP, coalition de l'opposition), se
sont réunis dans le complexe sportif de Treichville.
Les responsables
de la jeunesse du RHDP ont encore exigé le départ de Laurent
Gbagbo du pouvoir.
"Si
Gbagbo ne démissionne pas à 20H (GMT et locales), nous appelons
nos militants à se rassembler mardi à la maison du Parti
démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI, ancien parti unique)",
a expliqué un responsable du Rassemblement des républicains
(RDR, de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara).
Manoeuvres
L'armée
loyaliste ivoirienne s'est livrée samedi 29 octobre à une
rare démonstration publique de force dans Abidjan, bloquant la
circulation pour des exercices militaires sur la lagune
Des milliers
de ses partisans ont lancé des cris de joie alors qu'un hélicoptère
survolait des dizaines de vedette rapides traversant la lagune, et que
des membres des commandos brandissant leur Kalachnikov rampaient à
terre, dans une mission imaginaire de récupération de hauts
responsables pris en otage par l'opposition au cours de pourparlers de
paix..
Deux des
principaux ponts de la cité lagunaire avaient été
fermés pour ces manoeuvres, au cours desquelles on a aussi vu parader
d'énormes engins blindés de transports de troupes, équipés
de mitrailleuses. Les Jeunes Patriotes, la milice pro-Gbagbo, et d'autres
de ses partisans estiment que cette démonstration de force a un
objectif clair. "Il s'agit de décourager tous ceux qui veulent
fomenter des troubles", lançait César Etou, rédacteur
en chef du journal pro-Gbagbo Notre Voix. "Cela montre la force de
l'armée et rassure la population"
Manifestation anti-Gbagbo_à Bouaké
Alors
que le mandat du président ivoirien prend fin le 30 octobre, des
centaines d'ivoiriens se sont rassemblés à Bouaké
pour demander son départ.
Le Conseil de sécurité, lors du vote de la résolution
sur la Côte d'Ivoire (AP)
Des centaines de manifestants ont commencé à se rassembler
dimanche 30 octobre, le matin, à Bouaké (dans le centre
du pays), le fief de la rébellion, pour demander le départ
du président ivoirien Laurent Gbagbo. Son mandat prend fin le 30
octobre. Des manifestations ont été organisées dans
toutes les grandes villes du nord ivoirien par les organisations de la
société civile des zones sous le contrôle des Forces
Nouvelles (FN, rébellion). L'opposition entend protester contre
la décision de la communauté internationale de prolonger
de 12 mois le mandat présidentiel de Laurent Gbagbo.Dans la ville
de Bouaké, des groupes de jeunes gens, arborant des bandeaux jaunes
autour du front et T-Shirt réclamant le départ du président
ivoirien circulent, chantant, sifflant et tapant sur des tambours.
"Toute
la population veut le départ de Gbagbo"
Ce meeting
a été organisé à l'initiative de la société
civile (associations, syndicats, organisations de jeunes et ONG locales);
il sera suivi d'une "marche pacifique vers le siège de l'Onuci
(Nations unies en Côte d'Ivoire) pour remettre (..) la position
de nos populations", a expliqué Souleymane Koné, "premier
responsable de la société civile" dans les zones sous
contrôle des FN."Nous commençons à être
nombreux, mais c'est toute la population qui veut le départ de
Gbagbo. On en a assez", clamait une jeune fille présente à
la manifestation.La présidentielle ivoirienne, initialement prévue
le 30 octobre, a été reportée sine die en raison
de la crise politico-militaire qui mine le pays depuis septembre 2002.
Une résolution de l'ONU permet au président Laurent Gbagbo
de voir son mandat présidentiel prolongé pour une durée
de 12 mois. Il sera soutenu par un Premier ministre aux pouvoirs élargis,
chargé notamment d'organiser le scrutin.La Revue de presse ivoirienne
Lundi
31 octobre, la revue de presse ivoirienne par Laure Gnagbé. Journaliste
au Quotidien Perm@nent nouvelobs.com, elle est du 25 octobre au 4 novembre
en Côte d'Ivoire, où elle suit l'évolution de la situation
politique. Vous pouvez également retrouver ses impressions sur
son blog.
Le
30 est passé
«
Lapocalypse na pas encore eu lieu » titre LIntelligent
dAbidjan au lendemain dun 30 octobre (jour initialement prévu
pour lélection présidentielle) finalement calme. «
Les Ivoiriens ont vaincu la peur » assure Fraternité matin
qui déclare en Une que « les avions vers Abidjan sont pleins
». _Le Courrier dAbidjan préfère titrer sur
le meeting de la Jeunesse de lopposition organisé dimanche.
« Echec et mat » clame ce journal pro-Gbagbo pendant que son
confrère proche de lopposition Le Nouveau réveil assure
en Une que cétait « une réussite totale »._Notre
voie explique comment la « tentative de prise de pouvoir par la
force des jeunes houphouétistes a échoué
». Le journal présente également une interview du
leader de lopposition Djédjé Mady qui aurait aimé
« faire cesser le mouvement » qui a dégénéré
dimanche. LInter raconte comment les leaders de la jeunesse de lopposition
ont été débordés par la situation. Le Temps
(pro-Gbagbo) affirme pour sa part en Une que les jeunes voulaient «
brûler le pays ».
Discours
à la nation
LInter
titre également sur le discours du président Laurent Gbagbo
à la nation dimanche soir. « Je demande à ceux qui
ont peur de la paix de prendre courage
», cite en Une le quotidien._«
Je suis là, je reste », analyse pour sa part Soir Info qui
publie également lintégralité de la déclaration
du chef de lEtat retransmise sur la télévision nationale._Les
journaux de lopposition ont évidemment une toute autre analyse
du discours. « Gbagbo se désigne président à
vie » assure Le Patriote tandis que Nord Sud soutient quil
a « opéré un coup dEtat ».
Soro
Premier ministre
Ce sont
ces mêmes journaux qui annoncent en Une la « proclamation
de Soro Premier ministre » (Nord Sud). _Le Patriote publie «
la déclaration des Forces nouvelles » désignant leur
« secrétaire général Guillaume Kigbafori Soro,
Premier ministre du futur gouvernement de Réconciliation nationale
». LIntelligent dAbidjan publie pour sa part une interview
dAlpha Blondy qui explique ce quil ferait sil était
nommé à la Primature. Dans lentretien, lartiste
expose sa « proposition malhonnête » qui pourrait selon
lui satisfaire toutes les parties : «(
) il faut que Gbagbo,
Bédié, Ouattara, se mettent daccord._Il sagira
pour le vainqueur de garantir un fond de 5 milliards (FCFA, mois dun
million deuros) par an pour les deux vaincus (
) pendant 5
ans. (...) » « Je vous promets, je vais trouver » largent,
assure le chanteur ivoirien de reggae.
Ras-le-bol
Enfin,
LInter consacre une partie de sa Une à la « perturbation
du réseau mobile ».
Le journal
se fait le relais du Syndicat des consommateurs unis de Côte dIvoire
qui « exige que des dommages et intérêts soient payés
aux consommateurs victimes des perturbations » et les invite «
à se faire recenser en appelant aux lignes vertes 07 10 99 96 ou
05 46 30 30 ». Encore faudra-t-il parvenir à les joindre
Deux
Français expulsés d'Abidjan
Les motifs
officiels sont "exercice illégal de la médecine, faux
et usage de faux, détention illégale d'armes à feu
et activités de déstabilisation". Deux Français
d'Abidjan ont été expulsés vendredi soir 28 octobre
de Côte d'Ivoire à destination de la France, a annoncé
un communiqué officiel de la présidence ivoirienne.
Ces deux Français le Dr. Claude Roy et Gérard Dulion ont
été interpellés jeudi et étaient gardés
depuis dans les locaux de la Direction de la surveillance du territoire
(DST), selon cette source. Ils ont embarqué "sous bonne garde"
à bord d'un vol de la compagnie Air-Ivoire à destination
de Paris.
Le Dr. Roy, dirige une clinique à Abidjan, tandis que Gérard
Dulion opère dans la sécurité, un secteur prospère
à Abidjan depuis le début de la grave crise militaro-politique
que traverse la Côte d'Ivoire depuis trois ans.
Flou
Les motifs de ces expulsions sont "exercice illégal de la
médecine, faux et usage de faux, détention illégale
d'armes à feu et activités de déstabilisation des
institutions de la République", indique le communiqué,
sans en personnaliser la répartition et sans plus de précision.
L'ancien chef d'état-major de l'armée, le général
Mathias Doué, après son limogeage en novembre 2004 par le
président Laurent Gbagbo avait été hospitalisé
dans la clinique du Dr. Roy. Le général Doué était
ensuite passé dans la clandestinité et en août il
a demandé par voie de presse que Laurent Gbagbo soit "chassé"
du pouvoir.
Gérard Dulion, lors des violentes manifestations antifrançaises
de novembre 2004 en Côte d'Ivoire, avait été interpellé
par la police à Abidjan après avoir été trouvé
armé, couché dans une ambulance. Il avait été
relâché après quelques heures de garde à vue.
Le consul général de France en Côte d'Ivoire, Michel
Dejeagher, qui a rendu visite aux deux hommes, a fait savoir qu'ils "étaient
tout à fait correctement traités" par la DST.
Côte
d'Ivoire: journée calme à Abidjan en dépit de quelques
incidents La manifestation dimanche à Abidjan des jeunes de l'opposition
réclamant le départ du président
Laurent
Gbagbo, dont le mandat arrive à expiration, n'a pas donné
lieu aux dérapages redoutés, même si les forces de
sécurité ont tiré en l'air lors de sa dispersion.
Dans la soirée, M. Gbagbo a souhaité que des élections
aient lieu "bien avant" la fin du délai d'un an imparti
par l'Onu <http://g.msn.fr/FR1000/5980>
pour les organiser et annoncé la nomination d'un nouveau Premier
ministre "dans quelques jours".
Il a justifié son maintien à la tête de l'Etat et
attribué aux rebelles, qualifiés de "bandes armées",
la responsabilité du blocage actuel.
Quelques heures plus tard, la rébellion des Forces nouvelles (FN),
qui contrôle le Nord de la Côte d'Ivoire <http://g.msn.fr/FR1000/7991>
, a annoncé qu'elle désignait son secrétaire général
Guillaume Soro comme Premier ministre du "futur gouvernement de réconciliation
nationale", observant que le mandat de M. Gbagbo est "bel et
bien fini" le 30 octobre.
Environ 5.000 jeunes de l'opposition, selon les estimations des journalistes
sur place, s'étaient rassemblés dans la journée pour
réclamer son départ, estimant qu'il était redevenu
dimanche un "simple citoyen".
Ce rassemblement au complexe sportif de Treichville, un quartier sud d'Abidjan,
avait commencé dans une ambiance festive, qui s'est dégradée
à l'annonce de l'agression par des militants favorables au président
Gbagbo d'un autobus transportant des jeunes de l'opposition, faisant cinq
blessés.
Chauffés à blancs par les slogans appelant au départ
du chef de l'Etat, quelque 400 militants ont refusé de tenir compte
des appels à "la responsabilité" lancés
par les dirigeants de l'opposition et se sont mis en marche vers la présidence,
à plusieurs kilomètres de là.
Ils ont été rapidement dispersés par des tirs en
l'air à balles réelles des forces de sécurité
qui ont fait également usage de grenades lacrymogènes, ont
constaté des journalistes de l'AFP <http://g.msn.fr/FR1001/3>
. Seuls quelques blessés, victimes "d'égratignures"
dans la bousculade qui s'en est suivie, ont été recensés
par la Croix Rouge ivoirienne.
L'opposition "récuse" M. Gbagbo comme "chef de l'Etat"
de la transition en dépit de la décision de l'Union africaine
(UA) et de l'Onu <http://g.msn.fr/FR1000/5980> de le maintenir à
son poste après le 30 octobre.
Le Conseil de sécurité <http://g.msn.fr/FR1000/5981>
a adopté, le 21 octobre, la résolution 1633 maintenant M.
Gbagbo à son poste "pour une durée n'excédant
pas 12 mois" et lui adjoignant un Premier ministre doté de
"tous les pouvoirs nécessaires" pour organiser ce scrutin,
qui devait théoriquement être nommé avant lundi.
"Les décisions que ces organisations, viennent de prendre
seront appliquées (...) avec d'autant plus de détermination
et d'engagement qu'elles sont conformes à notre Constitution",
a déclaré M. Gbagbo dans son intervention, répétant
qu'il resterait en poste "jusqu'à ce que l'élection
à la présidence de la République <http://g.msn.fr/FR1000/8992>
ait lieu".
Le reste de la capitale économique ivoirienne a connu une journée
tranquille, au cours de laquelle de nombreux abidjanais se sont rendus
dans les églises et les lieux de culte pour "prier pour la
paix en Côte d'Ivoire <http://g.msn.fr/FR1000/7991>
" qui traverse une crise sans précédent depuis trois
ans.
Des manifestations pour le départ de M. Gbagbo ont eu lieu dans
plusieurs localités du nord du pays, sous contrôle des FN
depuis septembre 2002, notamment à Bouaké, deuxième
ville du pays et fief de cette rébellion, où ont défilé
près de 10.000 personnes, a constaté un journaliste de l'AFP
<http://g.msn.fr/FR1001/3>
.
Après une longue marche, les manifestants, accompagnés de
plusieurs dirigeants des FN, ont remis à des représentants
des Nations unies <http://g.msn.fr/FR1000/5981>
dans cette ville une motion "exigeant le départ pur et simple
de Gbagbo".
Dans cette motion, la rébellion réaffirme en particulier
qu'elle refuse l'application de la résolution 1633.
Les manifestants ont également laissé un cercueil, exhibé
pendant la marche, sur lequel était inscrit "Gbagbo".
D'autres manifestations dans les villes du nord du pays ont également
eu lieu, selon les FN.
A Paris, des partisans de l'opposition ivoirienne, 500 selon la police,
10.000 selon les organisateurs, ont défilé vers l'ambassade
de Côte d'Ivoire <http://g.msn.fr/FR1000/7991>
. Quelques échauffourées ont eu lieu avec la police qui
les a empêchés de s'approcher du bâtiment.
«Jexercerai
mes fonctions avec la même détermination» - Message
à la Nation
Le chef de lEtat, le président Laurent Gbagbo sest
adressé à ses compatriotes dans la soirée dhier.
Il a rassuré les Ivoiriens de sa bonne volonté daller
à la paix et a promis la désignation dun nouveau Premier
ministre dans quelques jours.Ivoiriens, Ivoiriennes, mes chers compatriotes,
chers amis de la Côte dIvoire,
Nous sommes aujourd`hui le dimanche 30 octobre 2005. Comme chacun de nous
le sait, l`année 2005 est une année d`élections générales
en Côte d`Ivoire. Pour respecter les échéances électorales
prévues par nos lois, j`ai, depuis le Conseil des ministres du
28 avril 2005 et sur la proposition du Premier Ministre du Gouvernement
de Réconciliation Nationale, fixé la date de lélection
à la Présidence de la République à ce jour
du 30 octobre 2005.
Cette échéance n`a pu être tenue du fait de la guerre
dans laquelle notre pays est plongé depuis le 19 septembre 2002,
et de l`occupation qui en est résultée d`une partie du pays
par des bandes armées échappant au contrôle des autorités
légitimes et légales de la Côte dIvoire.
Depuis la Conférence de Kléber du 26 janvier 2003 jusquà
ce jour, le Peuple de Côte d`Ivoire et moi-même avons fait
tous les sacrifices; même les plus inimaginables, pour obtenir de
la rébellion qu`elle désarme afin que nous allions à
la paix :
Le Peuple, par ladoption d`une loi d`amnistie votée par les
députés le 6 août
2003, a pardonné aux rebelles les crimes qu`ils ont froidement
commis, afin que, ne craignant plus aucune poursuite, ils puissent revenir
dans la République.
Le même peuple, toujours par ses députés, a modifié
les lois, toutes les lois dont certaines dispositions prétendument
sources de conflit, avaient été présentées,
après coup, comme les raisons de lagression de notre pays.
Mais les rebelles et les partis politiques qui se sont alliés à
eux ont jugé que ces lois ne les satisfaisaient pas.
J`ai donc, usant des pouvoirs exceptionnels que me confère l`article
48 de notre Constitution en pareilles circonstances et à la demande
du Président Thabo MBEKI, Médiateur de l`Union Africaine,
apporté à ces lois les corrections souhaitées.
J`ai également, sans modifier la Constitution de notre pays pour
la défense de laquelle beaucoup de nos surs et de nos frères
ont fait le sacrifice de leur vie, et toujours à la demande du
Médiateur, autorisé, exceptionnellement, les parties signataires
de l`Accord de Linas Marcoussis, à présenter des candidats
à l`élection à la Présidence de la République
sans que ceux-ci aient à remplir les conditions exigées
par la Constitution et par les lois électorales.
Tout ce que nous attendions en retour des sacrifices ainsi consentis et
à quoi les rebelles et leurs alliés s`étaient engagés
envers moi et envers la communauté internationale, cétait
le désarmement et la réunification du pays en vue des élections,
seules à même dapporter une paix définitive
et durable à notre Nation.
Au lieu de cela, les rebelles et leurs alliés politiques se sont
installés dans le dilatoire, jouant le pourrissement de la situation,
espérant ainsi une prolongation dans le temps du processus de paix
de façon à atteindre la fin de mon mandat.
Pour eux, dès la fin du mandat du Président de la République,
et devant limpossibilité d`organiser normalement les élections,
l`on s`installerait dans un « vide juridique » qui leur permettrait
d`accéder à la tête de l`Etat sans aucune élection,
cest-à-dire sans laccord du Peuple de Côte d`Ivoire.
Mais les trois dernières années que nous venons de vivre
ont montré à chacun de nous que ce Peuple ne veut pas de
chefs parvenus au pouvoir par des voies autres que celles déterminées
par nos lois.
Notre peuple a suffisamment montré sa maturité au cours
de cette guerre.
Il n`acceptera de chef qui exercera sur lui un pouvoir légitime,
que parce quil aura été élu et donc choisi
par lui.
C`est ce que les Ivoiriens ont voulu et ils l`ont consigné dans
notre Constitution.
Je tiens au respect de cette Constitution adoptée par plus de 86%
des ivoiriens pour deux raisons:
premièrement, la Constitution de la Côte d`Ivoire, en son
article 34, confie au Président de la République, Chef de
l`Etat, les charges de veiller à son respect et d`assurer la continuité
de l`Etat.
Deuxièmement, et ce à titre personnel, je suis pour le respect
des lois.
Le respect de lois connues de tous et applicables à tous est, selon
moi, le gage d`une vie paisible en société, le ciment de
la démocratie et de la liberté.
C`est pourquoi je m`opposerai toujours à la prise du pouvoir par
des voies autres que constitutionnelles.
C`est pourquoi également, je n`accepterai jamais la décapitation
de l`Etat de Côte d`Ivoire.
C`est pour garantir la mise en uvre du principe de la continuité
de l`Etat, lorsque le déroulement normal des élections est
rendu impossible, notamment en cas d`atteinte à l`intégrité
du territoire national, que notre Constitution charge le Président
de la République de demeurer en fonction. Le Conseil Constitutionnel
que j`ai interrogé le 26 novembre 2003 sur la question de savoir
si l`occupation toujours actuelle par la rébellion d`une partie
du territoire constituait un cas d`atteinte à l`intégrité
du territoire, m`a répondu par l` affirmative, dans son avis en
date du 17 décembre 2003.
Au total, l`impossibilité dans laquelle nous nous trouvons d`organiser
les élections est imputable à la rébellion et à
tous les partis qui l`ont soutenue dans son refus de désarmer malgré
les engagements pris et malgré tous les efforts que nous avons
consentis.
Aussi, lorsqu`en pareil cas, les élections ne peuvent pas se tenir,
la Constitution charge le Président de la Commission Electorale
Indépendante de saisir le Conseil Constitutionnel aux fins de constater
officiellement les circonstances qui rendent impossible le déroulement
normal des élections.
Mais la Commission Electorale Indépendante est actuellement inopérante;
les membres de sa nouvelle Commission centrale ont déjà
prêté serment de sorte que les anciens ne peuvent plus agir
que pour gérer les affaires courantes et effectuer la passation
des charges en vue de la mise en place du nouveau bureau.
Le nouveau bureau qui n`a pas été non plus installé
ne peut agir puisque aucune passation de charges n`a été
effectuée.
C`est pourquoi, vu l`extrême urgence, j`ai, usant de l`article 48
de la Constitution et suppléant en cela la carence du Président
de la Commission Electorale Indépendante, saisi, avant-hier 28
octobre 2005, le Conseil Constitutionnel aux fins de constater les circonstances
rendant impossible la tenue des élections.
Cette Haute juridiction a rendu, hier, 29 octobre 2005, une décision
par laquelle il constate qu`il y a atteinte à l`intégrité
du territoire et que l`élection à la Présidence de
la République n`ayant pu se tenir, il me charge, en ma qualité
de Président de la République en fonction, d`assurer la
continuité à la tête de l`Etat en demeurant dans lesdites
fonctions.
Le Conseil Constitutionnel est seul habilité, en vertu de la Constitution,
à constater la cessation des événements rendant impossible
l`organisation des élections, c`est-à-dire à constater
la réunification du pays et à ordonner la tenue de l`élection
à la Présidence de la République.
C`est encore au Conseil Constitutionnel qu`il appartiendra, lorsque les
résultats de cette élection seront connus, de les annoncer
et de faire prêter serment au vainqueur de ce scrutin.
C`est à ce moment-là, lorsque le vainqueur de la prochaine
élection aura prêté serment, et à ce moment-là
seulement, que le Président actuel cessera ses fonctions.
Mais la Communauté Internationale nous enjoint d`achever ce processus
dans douze mois au plus tard.
Je souhaite pour ma part que les élections aient lieu bien avant
ces douze mois et c`est la mission que je confierai au nouveau Premier
Ministre que nous désignerons dans quelques jours.
J`exercerai mes fonctions avec la même détermination que
j`ai eue ces trois dernières années pour défendre
notre pays et ses institutions.
Chers compatriotes,
Je saisis l`occasion de ce message pour remercier la Communauté
Internationale.
Je remercie tout d`abord la CEDEAO et son Président Mamadou TANDJA,
Président de la République du Niger.
Je remercie l`Union Africaine et son Président OLUSEGUN OBASANJO,
Président de la République Fédérale du Nigeria.
Je remercie enfin le Conseil de Sécurité de l`ONU et les
grandes puissances de ce monde, membres permanents dudit Conseil dont
l`implication, aujourd`hui très nette dans la résolution
de la crise, et la saine appréciation de la situation ivoirienne
se sont traduites par le communiqué dAddis-Abeba du 6 octobre
2005 et la résolution 1633 du Conseil de Sécurité.
Je réserve au nom du Peuple de Côte d`Ivoire des remerciements
spéciaux au Médiateur que l`Union Africaine a choisi pour
nous aider à obtenir la paix.
En votre nom à tous, je salue le Président Thabo MBEKI,
qui restera dans la mémoire des ivoiriens comme un homme de bien
et un grand leader africain.
Je saisis également l`occasion de ce message pour réaffirmer
que la Côte d`Ivoire étant membre de l`Union Africaine et
de l`Organisation des Nations Unies, les décisions que ces organisations
viennent de prendre seront appliquées.
Nous continuerons de les appliquer avec d`autant plus de détermination
et d`engagement qu`elles sont conformes à notre Constitution: le
Président de la République continuera d`assurer la continuité
de l`Etat et demeurera à la tête de celui-ci jusqu`à
ce que l`élection à la Présidence de la République
ait lieu.
Telle est la volonté des Ivoiriens exprimée dans notre Constitution
votée par plus de 86% d`entre nous, le 23 juillet 2000, à
l`occasion de son adoption par référendum.
Tel est également le sens du Communiqué de l`Union Africaine
et de la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité.
Les décisions de ces organisations ne sont pas rendues au profit
de ma personne.
Elles sont rendues au profit de la Côte d`Ivoire et de ses populations
qui souffrent depuis plus de trois ans.
Elles constituent donc pour nous un ensemble de moyens pour nous aider
à bâtir nous-mêmes la paix pour notre pays.
C`est pourquoi je demande à ceux qui ont peur de la paix de prendre
courage et de ne pas avoir peur du lendemain.
Il ne leur arrivera rien.
Je les assure de la protection de la loi.
Je demande également à ceux qui sont mus par leurs intérêts
individuels ou partisans, de dépasser leur personne pour ne penser
qu`à l`intérêt de notre pays.
Saisissons donc ces leviers que nous offre la communauté internationale
à laquelle nous avons volontairement fait appel pour bâtir
une paix définitive pour notre pays.
La mission qui vient de m`être confiée est constitutionnellement
normale en ce qu`elle préserve notre pays des incertitudes.
Je m`en réjouis pour cela.
Mais ma conviction profonde est que notre pays ne sortira de la crise
que par les élections. Il nous faut donc aller aux élections.
Tous les mécanismes sont aujourd`hui mis en place, notamment avec
la présence du Haut Représentant de l`ONU chargé
des élections pour que celles-ci soient transparentes.
Président de la République de Côte dIvoire
M. Laurent GBAGBO
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